Travaux Universitaires - Thomas Sankara Website - Officiel https://www.thomassankara.net/category/francais/analyses/travaux-universitaires/ La patrie ou la mort, Nous vaincrons! Thu, 19 Feb 2026 20:37:49 +0000 fr-FR hourly 1 145130549 L’intégrité, la discipline et le sacrifice de Thomas Sankara : quelles leçons pour la jeunesse africaine du XXIe siècle ? https://www.thomassankara.net/lintegrite-la-discipline-et-le-sacrifice-de-thomas-sankara-quelles-lecons-pour-la-jeunesse-africaine-du-xxie-siecle/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=lintegrite-la-discipline-et-le-sacrifice-de-thomas-sankara-quelles-lecons-pour-la-jeunesse-africaine-du-xxie-siecle https://www.thomassankara.net/lintegrite-la-discipline-et-le-sacrifice-de-thomas-sankara-quelles-lecons-pour-la-jeunesse-africaine-du-xxie-siecle/#respond Thu, 19 Feb 2026 20:37:49 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=251369 Un article de Bulonza Enock Introduction Thomas Sankara reste une figure emblématique de l’histoire contemporaine de l’Afrique, un leader dont l’héritage continue d’inspirer et de nourrir les réflexions sur le développement, la gouvernance et les droits humains sur le continent. Ce travail s’inscrit dans une réflexion sur les valeurs qui ont animé le parcours de […]

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Un article de

Introduction

Thomas Sankara reste une figure emblématique de l’histoire contemporaine de l’Afrique, un leader dont l’héritage continue d’inspirer et de nourrir les réflexions sur le développement, la gouvernance et les droits humains sur le continent. Ce travail s’inscrit dans une réflexion sur les valeurs qui ont animé le parcours de ce président charismatique et visionnaire, en particulier son sens du sacrifice, son intégrité et son engagement pour l’émancipation de son peuple. Grâce à ses réformes et ses actions concrètes, Sankara a cherché à libérer le Burkina Faso des chaînes de la dépendance économique, tout en œuvrant pour la dignité des individus et l’égalité des sexes.

Hormis l’introduction et la conclusion, cette réflexion est constituée de deux grands points. Le premier explore les engagements et les réalisations de Sankara, en mettant l’accent sur sa vision de l’indépendance, sa réforme de l’agriculture, son combat pour l’égalité entre les sexes, ainsi que son intégrité en tant que leader politique. Le second s’intéresse aux leçons que les jeunes Africains du XXIe siècle peuvent tirer de son exemple. Nous nous pencherons notamment sur les valeurs fondamentales de son leadership, comme l’intégrité, le sacrifice personnel et l’engagement en faveur du progrès social, afin de comprendre comment ces principes peuvent guider la jeunesse africaine dans un contexte mondial marqué par des défis de gouvernance et de développement. L’objectif de cette réflexion est de démontrer que, loin d’être un modèle figé dans le passé, l’héritage de Thomas Sankara offre des pistes pertinentes pour repenser la gouvernance et le leadership en Afrique aujourd’hui.

I. Les engagements de Thomas Sankara

Ce premier point est centré sur les engagements de Thomas Sankara, qui ont marqué son passage à la présidence du Burkina Faso et continuent de résonner dans les consciences africaines. Nous mettons en avant les principaux domaines dans lesquels il s’est engagé, notamment l’agriculture, la souveraineté, la lutte contre la corruption, ainsi que son soutien aux droits humains et à la dignité de chaque citoyen.

I.1. Un engagement pour l’émancipation de l’Afrique

Thomas Sankara, né le 21 décembre 1949 à Yako, au Burkina Faso, et tragiquement assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou, demeure une figure politique incontournable et un leader révolutionnaire. Bien qu’il n’ait exercé la présidence que pendant 4 ans et 2 mois, de 1983 à 1987, son influence reste profonde (Perspective monde, sd). Durant cette période relativement brève, il a entrepris une série de réformes radicales destinées à transformer la société burkinabè, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la lutte contre la corruption, des infrastructures et de l’égalité des sexes (Kyélem, 2009). Sa vision de l’indépendance économique, sa discipline et son engagement en faveur du bien-être de son peuple ont marqué l’histoire du pays et inspirent encore aujourd’hui de nombreuses générations en Afrique.

En particulier, Sankara a laissé une empreinte indélébile dans la lutte pour l’égalité entre les sexes. Il a activement encouragé la promotion des femmes dans des rôles de leadership, a interdit les mutilations génitales féminines et a facilité leur accès à l’éducation et à l’emploi. Sur le plan politique, son nationalisme était centré sur une souveraineté économique totale, refusant l’aide extérieure et cherchant à libérer son pays de la dépendance vis-à-vis des anciennes puissances coloniales (Thibaut, 2019).

Son fameux discours sur l’unité africaine lors de la réunion de l’OUA en 1987 souligne encore son engagement en faveur de la solidarité entre les nations africaines et la lutte contre le néocolonialisme (Hiessler, 2018). Sankara dénonçait notamment la dette des pays africains comme un instrument de domination et un frein à leur développement autonome (Ritimo, 2018). Par ailleurs, son soutien symbolique à la lutte contre l’apartheid, en offrant un fusil aux Sud-Africains, témoigne de son engagement sans faille en faveur des droits humains et de la libération du continent africain (Montcho, 2021).

I.2. Sankara, l’agriculture et la souveraineté

Durant les 4 ans au pouvoir, l’ancien président avait mis un accent sur la promotion et la valorisation des ressources locales. En portant le « Faso Dan Fani », une étoffe en coton tissée au Burkina Faso, il a non seulement donné l’exemple, mais a aussi mis en avant l’importance de consommer ce que l’on produit soi-même (Kabré, 2023). Ce geste symbolique renforçait sa conviction que la dépendance à l’égard des produits importés affaiblit une nation et empêche son développement durable. En commandant des articles fabriqués localement, tels que des sacs d’écoliers et des étuis à pistolets pour les écoles et l’armée, il a non seulement encouragé la production locale, mais a aussi permis de diversifier les débouchés pour les artisans burkinabè.

Du point de vue indépendance, un autre élément parle en sa faveur. Son approche pragmatique visait à réduire la dépendance de la nation vis-à-vis de l’aide étrangère, un principe qu’il considérait essentiel pour libérer le Burkina Faso de l’influence des puissances coloniales et impérialistes (Montcho, 2021). Cette idée de promouvoir l’autosuffisance a également eu un impact profond sur la mentalité des jeunes Burkinabè, qui ont appris à ne pas attendre une aide extérieure, mais à chercher des solutions locales pour résoudre leurs problèmes.

I.3. L’agriculture et l’environnement

Thomas Sankara a compris que l’indépendance économique d’un pays repose sur sa capacité à se libérer des dépendances extérieures, notamment alimentaires. Pour lui, « accepter l’importation de céréales était synonyme d’accepter un modèle économique néocolonial, dans lequel les pays africains étaient soumis à la volonté des puissances extérieures ». Plusieurs historiens soutiennent que durant ses quatre années au pouvoir, Thom Sank a fait de la souveraineté alimentaire « une priorité, réussissant à rendre le Burkina Faso autosuffisant en matière de céréales ». Il a également soutenu les coopératives agricoles, qu’il considérait comme un outil clé pour le développement rural et l’émancipation des paysans (Méténier, 2022).

En parallèle, il a plaidé pour une gestion durable de l’eau, un autre pilier de son projet d’autosuffisance, soulignant que la maîtrise de l’eau était essentielle pour garantir la sécurité alimentaire à long terme. Thomas Sankara a été un véritable précurseur en matière de gestion environnementale et de développement durable, bien avant que ces problématiques ne deviennent des priorités à l’échelle mondiale. Dans un contexte où la déforestation et la désertification menaçaient gravement l’écosystème et les conditions de vie des populations, Sankara a pris des mesures audacieuses pour préserver les ressources naturelles du Burkina Faso.

En 1986, alors que l’Afrique était confrontée à une crise écologique croissante, il a pris conscience de l’impact dévastateur de la dépendance au bois pour l’énergie domestique, qui représentait 94 % de l’énergie utilisée (Ouedraogo, 2020). L’un de ses grands succès a été de lancer des initiatives de reboisement à grande échelle, en incitant chaque famille à planter 100 arbres par an pendant cinq ans. Cela visait à stopper l’avancée du désert et à restaurer l’équilibre écologique du pays (Marco, 2024). Cette approche proactive a permis de faire de la gestion durable des ressources naturelles une priorité nationale.

I.4. La lutte pour l’émancipation de la femme

On ne le dit pas assez souvent, mais Thomas Sankara a véritablement compris que l’émancipation de la femme était un levier incontournable pour le progrès et le développement d’une société. En plaçant l’éducation et l’autonomie économique comme pierres angulaires de cette émancipation, il a ouvert la voie à une vision moderne et égalitaire du rôle de la femme dans la société. En nommant, par exemple, des femmes à des postes clés au sein de son gouvernement, comme celle du ministère du Budget, il a non seulement honoré ses engagements envers l’égalité des sexes, mais a également montré l’exemple d’une gouvernance inclusive, où les femmes étaient des acteurs à part entière dans les processus de décision politique (Sawadogo, 1999). Ce geste plein de sens, bien que novateur pour l’époque, témoignait de sa conviction que le véritable progrès d’un pays passe par l’implication active de toutes ses composantes, sans distinction de genre.

D’ailleurs, la sociologue sénégalaise et militante du féminisme en Afrique Marie-Angélique Savané rappellera dans un podcast de France Culture intitulé: « Une si longue lettre », consacré à Mariama Ba, que le plus important mouvement féministe pour la promotion des droits des femmes et l’égalité des sexes en Afrique « Yewwu-Yewwi » avait décerné un prix à l’illustre président burkinabé quelques mois avant sa mort pour son engagement en faveur de l’émancipation de la femme africaine (Jah Ndjike, 2021).

I.5. Sankara, l’humaniste

Du point de vue altruiste, en 1986, 600 adolescents quittent le Burkina Faso pour Cuba dans le cadre d’un programme d’échange initié par l’ancien président Thomas Sankara et son homologue cubain Fidel Castro. Agés de 12 à 15 ans, ces jeunes étaient destinés à se former dans des domaines tels que la médecine, l’agronomie, la menuiserie et d’autres métiers, afin de revenir ensuite au Burkina Faso pour contribuer à la construction du pays (Nsabimana, 2023). Ils avaient été sélectionnés par le président burkinabè selon des critères sociaux : issus de familles rurales, orphelins (père, mère ou des deux) et vivant dans des conditions défavorisées (Eboulé, 2019).

En envoyant ces jeunes issus de milieux défavorisés, Sankara cherchait à briser les cycles de pauvreté en offrant des opportunités uniques d’éducation et de formation professionnelle. En analysant les critères de sélection de ces jeunes, nous pouvons noter que l’ancien président burkinabè s’est mis dans une posture de leader épris du « ubuntu » africain pour l’inclusion et la promotion des laissés-pour-compte de la société capitaliste, ceux qui ont peu de chances, notamment les orphelins, dans un contexte où les élites et les enfants ayant encore leurs parents étaient souvent favorisés. Qu’on se le dise, son geste plein de sens a illustré sa vision d’un avenir où « le progrès est un droit pour tous, et non un privilège pour quelques-uns », comme le disait Nelson Mandela, une autre figure qui a marqué l’Afrique.

Cependant, un an plus tard, celui qu’ils appelaient déjà leur « père » est assassiné, et ils sont contraints d’abandonner leur formation. Bien que certains aient pu la poursuivre, la majorité a dû interrompre leur parcours. Le destin de ces adolescents devenus orphelins non seulement de leurs parents, mais aussi de leur « père adoptif » et mentor, illustre la perte de cette promesse d’un avenir meilleur. Ce groupe d’anciens étudiants, désormais porteurs d’un héritage lourd, incarne la résilience de la jeunesse face à l’injustice. Pour mettre en avant leurs ressentis, la réalisatrice Géraldine Berger leur a consacré un documentaire intitulé Les orphelins de Sankara.

I.6. L’intégrité de Thomas Sankara

Thomas Sankara est souvent cité comme un symbole d’intégrité, en raison de son engagement profond envers des principes de justice sociale, de transparence et de lutte contre la corruption. Lors de son accession au pouvoir en 1983, il a pris des mesures audacieuses pour instaurer un système politique et économique plus équitable au Burkina Faso, en renonçant à de nombreux privilèges personnels et en mettant en place des réformes radicales (Foka, 2023). Il a délibérément renoncé aux privilèges. Le journaliste Alain Foka déclare clairement dans une série de podcasts Archives d’Afrique qui lui est dédiée que « Thom Sank », comme on l’appelait, avait, « dès son arrivée au pouvoir, refusé les privilèges de luxe réservés aux dirigeants, tels que les salaires exorbitants, les voitures de luxe et les privilèges liés au logement ». Le président burkinabè avait opté pour un train de vie simple avec son véhicule Peugeot 207 traduisant sa vie modeste qu’il menait. Un de ses anciens conseillers indiquaient que Sankara recevait des valises d’argent, mais qu’il choisissait de les donner au trésor public (Solo et Cagnollari, 2014).

En effet, dans une ère où la corruption et l’amour excessif des biens matériels sont souvent des traits dominants dans la gestion politique, sont à compter au bout du doigt ces présidents africains qui adopteraient un comportement similaire à celui de Thomas Sankara. Son choix de vivre simplement, de refuser les commodité matérielles associées à sa fonction, et de privilégier les besoins du peuple plutôt que ses propres intérêts personnels, reste une exception dans le paysage politique africain.

II. Quelles leçons pour les jeunes Africains du XXIe siècle

Il y a énormément à dire sur les quatre années de présidence de Thomas Sankara au Burkina Faso. Dans ce billet, nous ne mentionnons même pas son soutien à la promotion de la culture et du cinéma africains, ni son rôle dans le développement du Festival panafricain du cinéma et de télévision de Ouagadougou (FESPACO), devenu un événement international majeur. Les éléments contenus dans ce billet, qui ne représentent, il faut le dire, qu’une petite partie de ses nombreuses réalisations, illustrent néanmoins clairement que Thomas Sankara demeure un modèle en matière d’engagement, d’humanisme et d’intégrité. Ainsi, ce deuxième point de notre réflexion s’intéresse entièrement à l’impact durable de l’héritage de Thomas Sankara et aux leçons que les jeunes Africains du XXIe siècle peuvent tirer de son parcours.

II.1. Combat pour l’égalité et l’émancipation des femmes

Thomas Sankara a compris dès le début de son mandat que l’émancipation des femmes était essentielle pour le progrès d’une société. Dans une Afrique souvent dominée par des normes patriarcales, il a placé les femmes au cœur de son projet de transformation sociale. Il a promu des femmes à des postes de leadership, les a encouragées à accéder à des emplois et à l’éducation, et a mené des actions concrètes telles que l’interdiction des mutilations génitales féminines. Sankara croyait que la lutte pour l’égalité des sexes ne se limitait pas à des discours, mais devait passer par des réformes sociales audacieuses (Nick et Na, 2022).

En soulignant que les femmes ne doivent pas se contenter d’être spectatrices du changement, mais qu’elles peuvent en être des actrices majeures, M. Sankara a donc ouvert un vaste champ de possibilités pour les jeunes africains d’aujourd’hui (Abena, 2018). S’inspirer de son initiative, c’est saisir l’opportunité de participer activement à une véritable révolution sociale, politique et économique en Afrique, où la parité et l’égalité des sexes deviennent des priorités incontournables.

Dans un contexte où les femmes en Afrique continuent de faire face à des inégalités persistantes, des violences conjugales, une faible représentation politique et un accès limité aux opportunités économiques, l’héritage de Sankara offre des pistes précieuses pour repenser et réinventer le rôle des femmes dans la société. Les jeunes générations doivent ainsi suivre son exemple et lutter avec la même détermination pour redéfinir la place des femmes, tant dans la société que dans la gouvernance du continent.

II.2. L’engagement personnel au service de la nation

Le sacrifice a constitué un pilier essentiel de la gouvernance de Thomas Sankara. Dès son accession à la présidence, il a choisi de vivre simplement, renonçant aux privilèges luxueux associés à sa fonction, comme précisé ci-haut. Son idéal était celui d’un leader au service de son peuple, guidé par un profond sens de responsabilité collective. En sacrifiant son confort personnel, il a instauré une gouvernance fondée sur la transparence, l’équité et l’autosuffisance (Tamba, 2013). Pour les jeunes Africains, cet exemple incarne l’essence même du leadership qui privilégie les intérêts collectifs avant les ambitions personnelles.

Le sacrifice de Sankara transmet un message fort : pour bâtir une Afrique prospère et indépendante, il est parfois nécessaire de renoncer à ses propres gains pour servir le bien commun. Les jeunes passionnés par la politique, le social ou tout autre domaine doivent s’inspirer de cet engagement pour œuvrer activement au développement de leurs pays.

II.3. Un modèle d’intégrité sans compromission

L’intégrité de Thomas Sankara reste l’une de ses qualités les plus admirées. Dans un contexte africain souvent marqué par la corruption et les abus de pouvoir, Sankara a incarné l’idéal du dirigeant honnête et transparent. Il a refusé les privilèges matériels liés à sa fonction, optant pour une vie simple et redonnant les ressources qu’il recevait au trésor public (Lepidi, 2020). Pour lui, l’intégrité n’était pas seulement une valeur morale, mais une boussole pratique guidant ses actions en tant que dirigeant.

Ce modèle d’intégrité constitue une leçon précieuse pour la jeunesse africaine du XXIe siècle, qui assiste à des défis considérables en matière de gouvernance, de transparence et de lutte contre la corruption en Afrique. L’héritage de Sankara nous rappelle que l’impact d’un leader se mesure par sa capacité à rester fidèle à ses principes, même face aux tentations de l’opulence.

Conclusion

Nous voici à la fin de cette réflexion qui a porté sur l’héritage de Thomas Sankara et qui a exploré les valeurs essentielles de son leadership : l’intégrité, le sacrifice et l’engagement pour l’émancipation de son peuple. Comme le répète souvent le journaliste Remy Nsabimana : « mort, Sankara est mille fois plus vivant que ceux l’ont tué ». Si l’homme est mort, le symbole lui aura survécu éternellement. Thomas Sankara a tracé la voie pour un leadership authentique, centré sur le bien-être collectif et la justice sociale. Sa mémoire doit perdurer, elle doit inspirer, comme l’affirmait Sennen Andriamirado : « Une légende assassinée devient un mythe ». Son exemple continue de résonner aujourd’hui, offrant des enseignements précieux à la jeunesse africaine du XXIe siècle.

Bulonza Enock

Source : https://commpratique.hypotheses.org/166

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THOMAS SANKARA FACE A LA LOGIQUE OSTRACISTE DES GROUPES COMMUNISTES : « UN PAS AVEC LE PEUPLE VAUT MIEUX QUE DIX SANS LE PEUPLE » https://www.thomassankara.net/thomas-sankara-face-a-la-logique-ostraciste-des-groupes-communistes-un-pas-avec-le-peuple-vaut-mieux-que-dix-sans-le-peuple/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=thomas-sankara-face-a-la-logique-ostraciste-des-groupes-communistes-un-pas-avec-le-peuple-vaut-mieux-que-dix-sans-le-peuple https://www.thomassankara.net/thomas-sankara-face-a-la-logique-ostraciste-des-groupes-communistes-un-pas-avec-le-peuple-vaut-mieux-que-dix-sans-le-peuple/#respond Tue, 23 Dec 2025 12:16:45 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250890 L’ASSASSINAT DE THOMAS SANKARA : L’EXACERBATION DES OPPOSITIONS POLITIQUES ET L’EXPLOSION DE LA CRISE A LA VEILLE DU 15 OCTOBRE 1987 (1/3) L’accentuation des dissensions internes au sein de l’instance dirigeante de la Révolution a été sans aucun répit. Les conspirations des groupes communistes les uns vis-à-vis des autres, la volonté acharnée de prééminence de […]

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L’ASSASSINAT DE THOMAS SANKARA : L’EXACERBATION DES OPPOSITIONS POLITIQUES ET L’EXPLOSION DE LA CRISE A LA VEILLE DU 15 OCTOBRE 1987 (1/3)
L’accentuation des dissensions internes au sein de l’instance dirigeante de la Révolution a été sans aucun répit. Les conspirations des groupes communistes les uns vis-à-vis des autres, la volonté acharnée de prééminence de ces derniers dans la conception et la direction de l’État révolutionnaire et les règlements de comptes qui en découlèrent avaient acculé les premiers leaders de la Révolution dans une situation politique labyrinthique qui les avait opposés. Avec cette donne, aucun compromis n’avait pu être trouvé afin de secréter une plate-forme idéologique et politique à même de fédérer l’ensemble des révolutionnaires, favoriser la naissance du parti d’avant-garde et sauver la Révolution. Malgré son discours rassembleur, sa volonté de corriger les erreurs afin de rassembler tout le monde, Thomas SANKARA s’était trouvé en butte à des ambitions opposées qui étaient désormais de faire la Révolution sans lui. Par conséquent, toutes ses entreprises politiques avaient subi le sabotage systématique de ceux qui se revendiquaient comme étant la crème du communisme burkinabè. Dans ce titre, nous analysons premièrement le discours et l’action du président du CNR pour rassembler toutes les composantes politiques dans un cadre au service de la Révolution. Enfin, il est question pour nous de disserter sur l’échec des tentatives de conciliation au sommet de l’État et la conséquence immédiate que cela a eue.
Face à la dégénérescence du corps politique révolutionnaire qui s’installait dans la chronicité, le président du CNR, le capitaine Thomas SANKARA, s’était employé particulièrement au cours de l’année 1987 à impulser une nouvelle dynamique tendant à l’apaisement et à la cohésion.
La prise de conscience de l’impact de la frénésie des transformations socio-économiques sur la population et la volonté de corriger les erreurs nées de l’exercice du pouvoir populaire par les CDR avaient convaincu le premier responsable de la Révolution de la nécessité d’une pause. Dès lors, dans tous ses discours se manifestait ce souhait qui, selon lui, pouvait aider la Révolution à se ressourcer avant de se relancer. C’est pourquoi dès l’année 1985, il avait instruit la reprise des licenciés de la Fonction publique, dont les enseignants du SNEAHV renvoyés en 1984. « La composition sans principe de la liste des enseignants repris indiquait en outre que le CNR souhaitait revenir sur l’une des mesures les plus impopulaires de ses trois années de pouvoir » (Pascal LABAZÉE, « Une nouvelle phase de la révolution au Burkina Faso » in http://www.politique-africaine.com/numeros/pdf/024114pdf).
La recherche du compromis sociopolitique s’était traduite par ailleurs par la clémence en faveur du colonel Saye ZERBO (chef de l’État voltaïque de 1980 à 1982) et de l’ex-président de l’Assemblée nationale Gérard Kango OUÉDRAOGO. En même temps, il y a eu cette ouverture en direction des dépositaires de l’autorité coutumière et la création de l’Union Nationale des Anciens du Burkina (UNAB). Ces initiatives pondératrices tendaient à rompre avec la praxis bonapartiste qui avait été la constante depuis l’avènement de la Révolution et l’investissement des CDR dans tous les milieux de la vie de l’État. L’admission de la gérontocratie dans le débat politique conférait désormais à ses éléments jadis décriés le droit de pouvoir jouer leur rôle de médiateur dans la société révolutionnaire. C’est ainsi que l’on peut interpréter les nominations de Maurice YAMÉOGO et de Sangoulé LAMIZANA comme membres d’honneur de l’UNAB.
La quête d’un second état de grâce pour la Révolution s’est poursuivie à l’endroit des commerçants et des industriels dans la réorientation en cours des alliances sociales. L’abaissement significatif, en 1986, des taxes douanières et surtout de la levée de l’ordonnance, en vigueur depuis janvier 1985, instaurant la gratuité de l’habitat locatif – détenu dans sa quasi-totalité par les entrepreneurs nationaux visait la restauration d’un climat de confiance qui n’existait guère. Dans la conception et la mise en exécution du plan quinquennal l’on constate qu’une place déterminante est accordée à l’investissement privé local.
Enfin, il y a eu cette volonté de reprise en main des CDR. À ce titre, la tenue des conférences de ces structures en 1986 et en 1987 constitua un signe fort. Lors de la première conférence, le président du CNR avait instruit un véritable procès du bas niveau de la formation des CDR, des exactions dont ils ont été responsables (Thomas SANKARA in SGN-CDR, 1986, Résultat des travaux de la première conférence nationale des Comités de Défense de la Révolution du Burkina, p.p.154-158). De ce constat procédait la volonté de réorienter leur action sur les priorités socio-économiques à partir de leur deuxième conférence à Dédougou en juin 1987 ; cette réorientation répondait à ce souci de trêve afin de reconstituer les forces nécessaires pour poursuivre le processus révolutionnaire. Celle-ci devait s’opérer surtout sur le plan politique et permettre aux structures révolutionnaires de capitaliser leur légitimité vis-à-vis de la population en mettant l’accent sur les œuvres sociales et économiques. À cela répondait particulièrement l’appel du président du CNR aux CDR de se saisir de l’opportunité de la réorientation stratégique pour améliorer leur image de marque. Il s’agissait donc de l’amorce d’une dimension nouvelle de la socialisation révolutionnaire dont l’objectif global était de corriger les erreurs et de réconcilier les acteurs de la Révolution avec le peuple tout entier (Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA, 2014, p. 53).
Mais cette détente globale ne pouvait devenir réalité sans qu’on n’ait pu au préalable faire l’économie des dissentiments qui polluaient le climat au sein de l’élite politique. D’où le souci de Thomas SANKARA de soigner la maladie congénitale de la Révolution qui naturellement était l’absence du parti d’avant-garde. Le CNR qui était l’organe dirigeant de la Révolution n’avait guère les contours d’un parti politique d’avant-garde. D’ailleurs, dans les deux premières années de son existence, il n’avait ni statuts ni organigramme d’un parti politique communiste ou socialiste classique, ce qui explique en partie le capharnaüm qui avait cours en son sein avec l’inimitié des groupes communistes. Ce n’est qu’à partir de 1985 que le CNR a pu se doter de textes de fonctionnement (statuts, règlement intérieur). En octobre 1985, s’amorça un début d’organisation au sein du CNR avec la création d’un Comité central, d’un Bureau politique et des cellules de base. L’impératif de la création d’un parti d’avant-garde qui allait fédérer toutes les sensibilités politiques et exorciser un tant soit peu les démons de la discorde et de l’intrigue s’imposait de facto.
Toutefois, le jeu trouble des politiciens au sein des différents groupes communistes, leur volonté à faire de leurs chapelles politiques le foyer de conception et d’administration de la Révolution au mépris d’un mouvement fédérateur allait mettre en péril tous les efforts de Thomas SANKARA d’aboutir à ce compromis politique. Parmi les opposants du président du CNR, les théoriciens communistes de l’UCB et du GCB étaient particulièrement les plus farouches. Contraste vraiment absurde lorsque l’on considère que Thomas SANKARA himself avait été le président de ce parti. Toute chose qui indique qu’il n’avait pas la situation en main dans sa propre famille politique. Les dissensions s’étaient surtout cristallisées sur la problématique de la création du parti d’avant-garde (Valère SOMÉ, 1989, Thomas SANKARA, l’espoir assassiné, Paris, L’Harmattan, p.p. 20-28).
Le projet sankariste était de procéder à un élargissement de la base de la Révolution à d’autres couches ou forces sociopolitiques afin d’aboutir à une certaine ouverture démocratique et politique dans la mise en place du parti (Capitaine Thomas SANKARA « Nous préférons un pas avec le peuple que dix pas sans le peuple » discours de l’An IV de la RDP in Carrefour africain n°1000 du 21 aout 1987, p.p. 7 – 11). La mise en place de cette réforme pour accroître le capital populaire et militant de la Révolution ne pouvait se faire dans un contexte martial. Or, comme nous le constations d’emblée, les lézardes politiques dans la famille révolutionnaire se posaient avec gravité. Face à cette situation de déchirures idéologiques et politiques, la panacée pour le président du CNR était à n’en point douter la création, coûte que coûte, vaille que vaille, du parti qui allait désormais par une gouvernance inclusive garantir la prise en compte de tous les Burkinabè et leur participation véritable au processus révolutionnaire.
Et en matière de modus operandi pour mettre en place cette institution politique d’avant-garde, la vision de Thomas SANKARA était d’éviter une sorte de nomenklatura qui risquerait de tomber dans l’opportunisme, la restrictivité et la sélectivité. Il s’était mis à l’évidence que ceux qui prônaient le purisme idéologique et politique n’étaient pas les plus authentiques et les plus désintéressés. Les deux derniers importants discours qu’il a prononcés en 1987, dont nous analysons certains extraits, montrent tout son attachement à une unité sans exclusive des révolutionnaires au sein d’un même parti (Sidwaya du 8 octobre 1987).
Mais le tandem UCB-GCB nourrissait une ambition contraire à celle du président du CNR. En tout état de cause, ce camp s’était présenté dans les groupes communistes comme le principal sicaire politique du président du CNR dans sa volonté d’ouverture et de pause. Les cadres théoriciens de ce bloc s’y opposaient résolument. Le 04 juillet 1987, au cours d’une très longue réunion interne à l’UCB qui dura toute la nuit, Thomas SANKARA proposa la dissolution des organisations dans le CNR en vue de la création du parti. Mais bon nombre des militants exprimèrent leur volonté de voir créer une structure autre que le CNR, dans laquelle les ulcéristes ne devaient pas être admis (Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA, 2014, p. 124).
Face à son vœu d’accélérer les réformes pour exorciser les mécontentements et la démobilisation grandissante, les ucébistes lui reprochèrent de passer outre les instances de leur organisation pour prendre de grandes décisions. Il proposa pour répondre aux mécontentements d’accélérer encore les réformes. Il menaça de déposer sa démission face à la pluie de critiques particulièrement acerbes qu’on lui adressait. Au bout du compte, l’on s’accorda pour reprendre les discussions en incluant l’ULCR, mais cela en dehors du CNR. Après cette mise en minorité, Thomas SANKARA cessa de participer aux réunions de l’UCB. Il mit désormais l’accent sur la revigoration de l’OMR afin d’en faire désormais un cadre d’appui pour faire passer ses idées et les mettre en œuvre (Sous l’impulsion de Thomas SANKARA, on commença la rédaction des textes fondamentaux de l’OMR en août 1987. Dans le préambule de ses statuts l’on peut lire : « Consciente du rôle historique qu’elle a joué pour le triomphe des tâches de la révolution et convaincue de la nécessité de l’existence d’une véritable avant-garde, l’Organisation Militaire Révolutionnaire se fixe comme tâche immédiate de réaliser l’union de la gauche burkinabè en vue de la création du parti marxiste-léniniste. » (FP, 1988, Mémorandum sur les évènements du 15 octobre, p. 15).
Le 06 et le 23 juillet 1987 les reprises des discussions entre les organisations membres du CNR aboutirent premièrement à l’adoption d’un plan d’unification, puis à la décision de poursuivre les discussions sur la base d’une plate-forme politique et de mettre en place un comité d’organisation provisoire pour le parti. Toutefois le consensus sur les modalités de constitution du Comité Provisoire pour le Parti manqua. Valère SOMÉ déclara à ce sujet : « Sur ce point, nous fûmes, le représentant du GCB (Jean-Marc PALM) et moi (représentant de l’ULC(R) », divergents. Le représentant de l’UCB (Watamu LAMIEN), comme dans toutes les questions épineuses, demeura louvoyant. Le GCB, proposa que le Comité provisoire fût composé de deux membres par organisation selon un rapport arithmétique. Je proposai de mon côté que l’initiative de la composition du Comité provisoire soit laissée à la discrétion du Président du CNR, puisque personne ne s’opposait à son leadership. » Comme on le constate, l’antinomie entre le bloc UCB-GCB et l’ULCR qui approuvait quelque peu la vision politique de Thomas SANKARA était des plus criardes. Les déclarations de bonnes intentions couvaient difficilement les luttes obscures entre les deux camps. Pendant ce temps, l’ULC-la flamme qui ne manquait pas de sympathie vis-à-vis du premier camp jouait le critique face à une situation de déchirements généralisée. Elle dénonce dans La Flamme n°02 cette rivalité accrue pour l’hégémonisme qui a comme conséquences intrigues, complots, putschisme, bureaucratisme, diffamation, esprit de coterie (lire l’extrait de La Flamme n°02 in Ludo MARTENS, 1989, Sankara, Compaoré et la révolution, Berchem, EPO International, page 163).
À la veille de la célébration du quatrième anniversaire de la Révolution, Thomas SANKARA est en butte à un véritable dédale politique. Le discours qu’il livre constitue une sorte d’offensive politique. Il annonce une pause, une rectification de la Révolution : « Dans le proche passé, nous avons parfois commis des erreurs. Cela ne devra plus se produire sur la terre sacrée du Faso. II doit y avoir de la place dans le cœur de chacun de nous pour ceux qui ne sont pas encore parfaitement en harmonie avec le Discours d’orientation politique et les objectifs de notre plan quinquennal. Ce sera à nous d’aller à eux et de les gagner à la cause révolutionnaire du peuple. La Révolution ne cherche pas des raccourcis. Elle impose à tous de marcher ensemble dans la même volonté de pensée et d’action. C’est pourquoi le révolutionnaire doit être un perpétuel pédagogue et un perpétuel point d’interrogation. Si les masses ne comprennent pas encore, c’est de notre faute. II faut prendre le temps d’expliquer et le temps de convaincre les masses pour agir avec elles et dans leurs intérêts. Si les masses comprennent mal, c’est encore de notre faute. Et il faut rectifier, nuancer, il faut s’adapter aux masses et non vouloir adapter les masses à ses propres désirs, à ses propres rêves. Les révolutionnaires n’ont pas peur de leurs fautes. Ils ont le courage politique de les reconnaître publiquement, car c’est un engagement à se corriger, à mieux faire. Nous devons préférer un pas ensemble avec le peuple plutôt que de faire dix pas sans le peuple. II faut encore beaucoup de travail politique pour élargir plus les rangs des militantes et des militants » (Thomas SANKARA, 1987, Discours de l’An IV de la RDP).
Quant à la problématique de l’union des révolutionnaires, il s’inscrit en faux contre ceux qui sont partisans d’une ligne pure et dure de la Révolution : « II nous faudra consacrer plus particulièrement l’An V à l’exécution de ces tâches-là qui sont d’ordre politique, idéologique et organisationnel. L’approfondissement de notre Révolution et les succès futurs de notre action politique dépendront de la justesse avec laquelle nous aurons résolu dans notre pays les questions organisationnelles et d’orientation idéologique. La Révolution ne saurait se poursuivre et atteindre ses objectifs sans organisation d’avant-garde à même de guider notre peuple dans tous les combats, sur tous les fronts. La construction d’une telle organisation doit requérir désormais beaucoup d’engagement de notre part. […] L’unité des révolutionnaires est assurément une étape par laquelle il nous faut passer pour aller plus en avant dans l’exécution de la tâche d’organisation de l’avant-garde. […] Mais gardons-nous de faire de l’unité une univocité asséchante, paralysante et stérilisante. Au contraire, préférons-lui l’expression plurielle, diversifiée, et enrichissante de pensées nombreuses, d’actions diverses ; pensées et actions riches de mille nuances, toutes tendues courageusement et sincèrement dans l’acceptation de la différence, le respect de la critique et de l’autocritique, vers le même, le seul objectif radieux qui ne saurait être rien d’autre que le bonheur de notre peuple. […] Evitons donc les élaborations éthérées qui donnent naissance à des organigrammes théoriques sans fonctionnalité, sans intérêt pour les masses ; simplement destinées à la contemplation de quelques rêveurs, zélateurs qui voudraient se faire plaisir. Au contraire, notre Révolution est d’abord une révolution qualitative ; une transformation qualitative des esprits qui se traduit dans la construction concrète de la société nouvelle burkinabè. C’est la qualité de la vie qui est en train de changer au Burkina et cela est la conséquence de l’évolution qualitative des esprits. » (Thomas SANKARA, 1987, Discours de l’An IV de la RDP).
L’exégèse de ces propos renseigne éloquemment sur la conception que le président du CNR avait de l’organisation d’avant-garde à mettre en place. Pour lui, il ne s’agissait guère de faire de l’orthodoxie dans la création de cette institution. Il souhaitait une constitution plurielle de cette organisation avant-gardiste de la RDP, cependant que certains militaires et les théoriciens des groupes communistes penchaient au parti communiste unique type soviétique ou chinois où ils devaient être les maîtres à penser. Cette tendance s’inscrivait également en faux contre les mesures d’apaisement social que le président du CNR estimait opportun de prendre afin de réconcilier la population avec la Révolution.
Pour matérialiser sa volonté d’ouverture, Thomas SANKARA avait signé la circulaire suivante adressée à tous les ministres : « Suite au discours du 04 août 1987, je vous invite à vouloir bien faire réexaminer les demandes de reprise d’agents sanctionnés pour leurs actes et propos contre la Révolution. Avec perspicacité révolutionnaire, sans complaisance mais sans sectarisme, vous devez courageusement engager le débat d’idées. Ceux qui font entrave au combat du peuple devront être convaincus par la force de vos arguments ; à défaut, vous devrez les amener au moins à respecter les devoirs du bon citoyen et à accomplir correctement les tâches qui leur sont confiées. Des camarades ont prouvé que les divergences politiques n’excluent pas dans certaines limites un bon rendement du travailleur : et notre peuple en a été le bénéficiaire. Il reste que vous devez rester fermes vis-à-vis de tous ceux qui, provocateurs fanatisés ou subtils saboteurs, confondraient dialogue et faiblesse » (CNR, PF, Lettre n°AN V 00019 du 19 août 1987, Le Président du CNR, Président du Faso à tous ministres, objet : reprise d’agents, in Jeune Afrique n°1401 du 21 novembre 1987, p. 41).
Mais pendant que l’ULCR soutient le président, dans le bloc UCB-GCB-ULC-la flamme, on récrimine crûment ce pas vers l’ouverture politique qu’il tente de développer. Les trois organisations disconviennent de l’option du président de procéder à la pause. Elles ne cautionnent guère la volonté de Thomas SANKARA de faire reprendre les agents sanctionnés. Les militants de l’UCB se prenaient comme les plus avancés, les vrais communistes, la voûte de la Révolution. C’est pourquoi ils plaidaient l’exclusion de l’ULCR et s’opposaient farouchement à l’implication du PAI, taxé d’opportuniste, dans la construction du parti. D’ailleurs, après l’assassinat de Thomas SANKARA, dans le journal étatique Sidwaya du 06 novembre 1987, l’UCB décalottait encore plus clairement son goût pour l’hégémonisme en ces termes : « Il y a nécessité objective pour les organisations de mener une lutte d’hégémonie sur le terrain afin d’aboutir en dernière analyse à une clarification conséquente et totale, indispensable pour la bonne poursuite de la Révolution » (T. G., « La vision mystique de l’unification et les leçons de la résistance » in Sidwaya n°893 du 06 novembre 1987, p. 05). C’est une lapalissade de dire que la continuité des joutes intestines avait poussé les principaux acteurs de la Révolution à se ranger soit dans tel camp soit dans tel autre. Un dualisme politique qui fut fatal au président du CNR.
Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA (KAMMANL), « Etat, Révolution et transition démocratique au Burkina Faso : le rôle des structures populaires révolutionnaires de l’avènement de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) à la restauration de la République », Université Joseph KI-ZERBO, thèse de doctorat en Histoire politique et sociale, p.p. 500-507.

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La question de la lutte des classes sous la Révolution démocratique et populaire (RDP) au Burkina Faso https://www.thomassankara.net/question-de-lutte-classes-revolution-democratique-populaire-rdp-burkina-faso/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=question-de-lutte-classes-revolution-democratique-populaire-rdp-burkina-faso https://www.thomassankara.net/question-de-lutte-classes-revolution-democratique-populaire-rdp-burkina-faso/#respond Thu, 07 Aug 2025 14:44:32 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250337 Par Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA Un processus d’émergence des classes : mythe révolutionnaire ou réalité sociologique en haute-volta? L’ordonnancement idéologique de la société à travers le prisme du matérialisme historique, notamment la lutte des classes, par le CNR suscite des questionnements quant à la justesse d’une telle vision sur la réalité sociétale et sociologique […]

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Par Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA

Un processus d’émergence des classes : mythe révolutionnaire ou réalité sociologique en haute-volta?

L’ordonnancement idéologique de la société à travers le prisme du matérialisme historique, notamment la lutte des classes, par le CNR suscite des questionnements quant à la justesse d’une telle vision sur la réalité sociétale et sociologique voltaïque de l’époque. Par exemple, l’on peut se poser la question sur l’existence réelle des classes dans la société, eu égard au niveau d’évolution du pays sur le plan économique. D’aucuns estiment que par un clivage idéologique porté à son paroxysme, la rhétorique révolutionnaire avait inventé cette lutte des classes qui ne disait pas encore son nom et qui n’existait pas dans la Haute-Volta coloniale et postcoloniale. L’on peut effectivement arguer que la société voltaïque était quand même mue par l’esprit communautaire et solidaire de vie de sorte qu’il n’y ait pas de scissions sociétales clivantes de façon marquée. Une telle argumentation évidemment est loin d’être erronée si l’on se fie à la dynamique historique…

Avant la pénétration coloniale, l’exploitation et la domination étaient tempérées dans les royaumes, chefferies et communautés villageoises de la Haute-Volta

Avant la pénétration coloniale, l’exploitation et la domination étaient tempérées dans les royaumes, chefferies et communautés villageoises de la Haute-Volta. Malgré le fait que dans la plupart des cas, ces entités sociopolitiques d’essence militaire se soient construites par la puissance des armes en s’imposant aux populations autochtones, des compromis avaient été conclus avec les sociétés vaincues, aboutissant à un partage des pouvoirs et un rééquilibrage de la société. L’ethnologue et anthropologue français Michel IZARD analyse avec pertinence et éloquence ce compromis sociopolitique à travers une œuvre de référence qu’il convient de citer : “Gens du pouvoir, gens de la terre : les institutions politiques de l’ancien royaume du Yatenga (Bassin de la Volta Blanche)”. « Le partage du pouvoir a eu pour effet de créer une certaine coexistence pacifique entre conquérants et conquis » (Issouf TIENDRÉBEOGO, « Chefferie traditionnelle et politique » in Hakili n°11 de février 2009, page 11).
Dans les régions occidentales et méridionales du pays, une trentaine de sociétés à travers des communautés villageoise vivaient dans une certaine homogénéité sans qu’au-delà des interférences culturelles il y ait des clivages de domination des uns sur les autres. Malgré des tentatives centralisatrices portées par les Dioulas de Kong (l’Empire de Gwiriko avec Famagan OUATTARA), les Sénoufos (Kénédougou) et les Zabermas (Sud), les organisations sociétales étaient mues par un certain équilibre où la domination n’avait pas beaucoup de sens.
En tous les cas, ces entités sociopolitiques, qu’elles furent centralisées (royaumes moose, peuls, dioula, senoufo…) ou “acéphales”, n’étaient pas encore intégrées au système capitaliste, si bien que leurs responsables avaient une réputation particulière à laquelle les notabilités actuelles ne peuvent prétendre de nos jours. Les dignitaires avaient un respect d’amour de la part de leurs sujets qui les considéraient à bien des égards. Avec ces derniers, effectivement, les responsables coutumiers entretenaient des relations à travers lesquelles ils devaient obligatoirement faire montre de leur capacité intrinsèque à conduire des hommes dans la dignité : « Un des éléments clés de cette conduite est l’équilibre des pouvoirs. À cet égard, l’exemple des chefs mossi était significatif. […] À l’intérieur de ces royaumes, l’équilibre tenait principalement par trois sources : les maîtres de la terre, les tengsobdemba, le clan royal et le collège des électeurs chargés de désigner le roi. Contrairement à l’idée largement répandue aujourd’hui, la désignation du roi n’a pas toujours suivi la voie gérontocratique patrilinéaire. Il s’agissait d’une compétition mettant aux prises l’ensemble des prétendants au sein du clan royal. Ceux-ci étaient départagés par la suite par un collège d’électeurs composés de sages dignitaires. Il est vrai, la préparation à la compétition pouvait se faire par des éliminations violentes de certains prétendants. Mais cela aussi, le collège des sages devait en tenir compte. La compétition restait largement ouverte. L’histoire des familles royale atteste amplement que la continuation filiale n’était pas très répandue » (Issouf TIENDRÉBEOGO, « Chefferie traditionnelle et politique » in Hakili n°11 de février 2009, page 12).
En conséquence, l’exercice du pouvoir exigeait des dons en matière de gouvernance tels un minimum d’adhésion populaire et des vertus comme la dignité et la probité. « Le titre de roi était plus une charge, un exercice de vertu qu’un lieu de jouissance. […] Les récits abondent de suicides de chefs face à ce qui a pu être vécu comme déshonneur » (Issouf TIENDRÉBEOGO, « Chefferie traditionnelle et politique » in Hakili n°11 de février 2009, page 12). Cela faisait le socle des relations équilibrées entre l’autorité traditionnelle et sa subordination. La différence entre un chef et ses sujets était si mince si fait que Salfo Albert BALIMA affirme : « Un naba est un modèle et un exemple. C’est sur lui que les communs se règlent […] Comme leurs simples paysans, les nabas vivent et meurent en toute simplicité dans leur case » (Issouf TIENDRÉBEOGO, « Chefferie traditionnelle et politique » in Hakili n°11 de février 2009, page 12). Lorsqu’on compulse l’œuvre de l’anthropologue japonais Junzo KAWADA, Genèse et dynamique de la royauté : les Mosi méridionaux (Burkina Faso), l’on apprend effectivement que « la hiérarchisation économique n’a revêtu d’un caractère essentiellement segmentaire et répétitif avant l’époque coloniale ».
Louis Gustave BINGER après avoir visité le Moogo écrivit ceci en 1892 : « Je m’attendais à trouver quelque chose de mieux que ce qu’on voit d’ordinaire comme résidence royale dans le Soudan, car partout on m’avait vanté la richesse du naba, le nombre de ses femmes et de ses eunuques. Je ne tardai pas à être fixé, car le soir même de mon arrivée je m’aperçus que ce que l’on est convenu d’appeler palais et sérail n’est autre chose qu’un groupe de misérables cases entourées de tas d’ordures autour desquelles se trouvent des paillotes servant d’écuries et de logements pour les captifs et les griots. Dans les cours on voit, attachés à des piquets, quelques bœufs, moutons ou ânes reçus par le naba dans la journée – offrandes n’ayant pas reçu de destination » (Louis Gustave BINGER, 1892, Du Niger au golfe de Guinée à travers le pays de Kong et le Mossi, Paris, Hachette, page 460).
Lorsqu’on plonge dans les travaux de Junzo KAWADA et ceux récents de Benoît BEUCHER, notamment sur le rapport des chefs traditionnels à l’économique, on conclut qu’avant la période coloniale, peu de choses distinguaient les dignitaires de leurs sujets sur les plans économique et matériel (Benoît BEUCHER, 2012, Quand les hommes mangent le pouvoir : dynamiques et pérennité des institutions royales mossi de l’actuel Burkina Faso (de la fin du XVe siècle à 1991), Université Paris-Sorbonne (Paris IV), thèse de doctorat en Histoire moderne et contemporaine, 664 pages). Il y avait l’existence d’un code de conduite porté par un certain nombre de valeurs obligatoires auquel les chefs ou rois étaient soumis. D’une part il y avait des interdictions qui leur étaient prescrites (comme par exemple la fréquentation des marchés…), d’autre part il y avait cette exigence de faire preuve de générosité envers leurs sujets et leurs visiteurs, toute chose qui ne leur permettait pas de s’inscrire dans une logique de compétition économique de domination ou de prédation avec ces derniers. « La libéralité du chef vis-à-vis de ses sujets et des visiteurs étrangers […] constitue une des conditions que ce chef doit remplir » afin de jouir de la considération et de la légitimité dans son royaume (Junzo KAWADA, 2003, Genèse et dynamique de la royauté : les Mosi méridionaux (Burkina Faso), Paris, L’Harmattan, page 221). Les chefs ne pouvaient rien posséder en propre. Une fois intronisé, le roi devait prioritairement garantir la sécurité matérielle et physique de ses sujets. Sa générosité est donc le signe le plus apparent de son pouvoir. Selon toute vraisemblance, un peu partout, en plus du sens élevé de l’honneur et du respect strict des prescriptions sociétales, l’humanisme était la caractéristique principale des centres de pouvoir qui s’exerçaient sur le territoire de l’actuel Burkina Faso. L’on ne pouvait donc pas parler de systèmes traditionnels de domination et d’exploitation comme nous le disions déjà plus haut.

La colonisation, facteur de désarticulation sociopolitique, de dénaturation de l’autorité traditionnelle : quand le sens des intérêts égoïstes et de l’accumulation prennent le pas sur les valeurs de bienveillance et de probité

Mais lorsqu’intervint la colonisation, l’on a assisté à une désarticulation sociopolitique qui avait dénaturé et l’autorité traditionnelle, et le rapport de cette dernière à ses sujets. En effet, la furie colonisatrice avait provoqué un galvaudage systématique de la configuration sociopolitique des sociétés voltaïques dans lesquelles le sens des intérêts égoïstes et de l’accumulation allait désormais prendre de l’ascendance sur les valeurs de bienveillance et de probité. L’intervention coloniale a effectivement fracturé la logique relationnelle entre l’autorité traditionnelle et ses sujets en intégrant la première, bon an mal an, dans son administration. C’est ainsi qu’était née la chefferie administrative colonialiste. L’une des particularités de cette chefferie transmuée est qu’elle avait été promue par le colon qui avait choisi et préparé les dépositaires à leurs futures fonctions au service de la colonisation. « Cette catégorie de chefferie est symbolisée à Ouagadougou par le Moogo-Naba Kom II et à Tenkodogo par Naba Zanré » (Issouf TIENDRÉBEOGO, « Chefferie traditionnelle et politique » in Hakili n°11 de février 2009, page 14).
Ces chefs devaient tout leur pouvoir à l’administration coloniale qui les avait désignés et à qui ils avaient l’obligation de rendre compte. De garante de l’équilibre et de l’harmonie dans la société à l’origine, les notabilités coutumières étaient devenues des suppôts du despotisme colonial. À ce propos, Robert DELAVIGNETTE disait : « De ces chefs, nous avons fait des adjuvants et des intermédiaires, des chiens de quartiers et des courtiers pour le commerce. Ce sont eux qui surveillent les corvées des produits et qui en profitent » (cité par Issouf TIENDRÉBEOGO, « Chefferie traditionnelle et politique » in Hakili n°11 de février 2009, page 15).
Cette transmutation orchestrée par le colon avait in fine amené les chefs traditionnels à perdre leur humanité et l’humanisme qu’ils devaient incarner dans l’exercice de leur fonction. Ils se détachèrent de leurs sujets avec lesquels les relations étaient devenues marchandes et coercitives. D’hommes dignes et vénérés, les autorités coutumières devinrent des dictateurs craints et détestés qui faisaient molester leurs administrés. À ce sujet, Issouf TIENDRÉBEOGO explique que le vocabulaire s’était même modifié pour refléter le caractère brutal du pouvoir dénaturé des chefs. Par exemple en ce qui concerne le royaume de Ouagadougou, la cour royale qui s’appelait zaoogo ou zaoogẽ (terminologie désignant le trône ou la résidence royale) étaient dorénavant appelé pãngẽ (lieu de la force). Les nãyirkamba incarnaient la terreur si bien que leur apparition dans les villages provoquait une sorte de frayeur. Et lorsque les habitants en étaient prévenus, ils prenaient des précautions pour assurer la cache de leurs enfants, femmes et autres biens qui pouvaient subir la prédation des dignitaires.
Lorsqu’après la Première Guerre mondiale, la France ruinée adopta le plan SARRAUT afin d’exploiter méthodiquement les colonies pour assurer son redressement économique, la décision d’y associer les notabilités traditionnelles en les intéressant fut prise. L’on incita donc les pouvoirs traditionnels à mobiliser les ressources humaines nécessaires aux grands travaux coloniaux afin de renflouer les caisses de la métropole. La contrepartie de cette mobilisation des hommes qu’ils devaient obtenir bon gré mal gré fut une solde fixe annuelle payable en mensualités. Cette mesure coloniale parachève la corruption, autrement dit la dénaturation des pouvoirs coutumiers, qui pour des raisons financières, se devaient de livrer leurs subalternes. Concernant le royaume de Ouagadougou, en plus des honoraires financiers, l’administration coloniale française avait offert au jeune Naaba Koom II un nouveau palais ostentatoire, dont la différence avec l’habitat royal d’antan crevait les yeux, et une voiture de fonction battant pavillon français.
En ce qui concerne les palais royaux que l’on observe de nos jours, nombre d’eux furent construits à cette période de coercition et d’exploitation par l’administration coloniale avec l’appui des populations soumises aux corvées à cet effet. L’on assista alors à une sédentarisation des palais royaux. « Or, cette sédentarisation pose un sérieux problème à la tradition. Traditionnellement, en effet, la résidence royale change avec le changement de roi. Cette transition marque à chaque changement de souverain, le renouvellement de l’alliance entre “gens de la terre et gens du pouvoir”. Les gens de la terre, après avoir inhumé le souverain avalise le choix du nouveau et procède à son intronisation. A cet effet, il leur appartient de construire le nouveau palais ou au moins la salle du trône en signe de l’accord qu’ils donnent aux “gens du pouvoir” de veiller sur la population (d’ailleurs, le rite d’intronisation comporte une partie où le souverain entrant doit jurer devant les gens de la terre de veiller sans distinction sur homme et femme, jeune et vieux, valide et non valide…). Dès lors, la sédentarisation des palais marque une usurpation du droit à la terre par les gens du pouvoir. Cela est si vrai que la construction des bâtiments royaux est conçue comme une obligation de ses sujets au bénéfice du roi et vécue effectivement comme telle par ces derniers » (Issouf TIENDRÉBEOGO, « Chefferie traditionnelle et politique » in Hakili n°11 de février 2009, page 15).
En plus des grands travaux coloniaux, l’on assista dans la même conjoncture à l’introduction des cultures rentières au détriment de celles vivrières. Dès lors, le foncier devint un enjeu économique et financier majeur en faisant naître les spéculations sur valeur dès cette période. S’en était suivie une conjoncture de misère dans tout le pays qui ne commença à prendre fin qu’après la Deuxième Guerre mondiale. Issouf TIENDRÉBEOGO explique : « La réalité est que les chefs traditionnels se sont reconvertis en véritables trafiquants d’êtres humains, touchant la dîme par tête de recrue, Naba Kom II, Naba Saga et dans une moindre mesure Naba Kougri pour le royaume de Ouagadougou, vont s’ériger en fournisseurs de travailleurs pour la Côte d’Ivoire. Naba Tigré, Naba Siguiri en feront autant pour l’Office du Niger dans le royaume du Yatenga. Les naba de Tenkodogo feront le bonheur des planteurs du Ghana » (Issouf TIENDRÉBEOGO, « Chefferie traditionnelle et politique » in Hakili n°11 de février 2009, page 15). Et pire : « Par endroits, ces pratiques ont conduit à la restauration de l’esclavage. Les marchés de Salga et de Bouaké ont été rouverts. Sur celui de Bouaké, le journaliste français Albert LONDRES a noté à la veille de la Deuxième Guerre mondiale que le coupeur mossi destiné à l’exploitation forestière s’y vendait à 300 F. Sur ce tarif, l’administration prélevait une taxe de 10%. Le dernier train à bestiaux transportant de la marchandise humaine sur ce marché a quitté la gare de Ouagadougou en septembre 1956 » (Issouf TIENDRÉBEOGO, « Chefferie traditionnelle et politique » in Hakili n°11 de février 2009, page 15).
Dans la partie sud-ouest du pays, où l’implantation de la chefferie administrative avait eu lieu plus tôt, la situation n’était guère meilleure. À cause de l’absence d’autorités centralisées, particulièrement dans le Sud, pour donner écho à ses ordres, le colonisateur enrôlèrent les populations allogènes et les instrumentalisèrent contre celles autochtones. C’est ainsi que pendant la conquête, les premières fournirent des renseignements forts utiles sur les dernières aux conquérants. En outre, elles servirent même de guides et de soutiens militaires aux colons qui bien entendu devaient rétribuer cette collaboration. Dans cette logique, Pintiéba, résident de Kotédougou commandait aux Vigué, Tiéfo, Doghosyé et une partie des Karaboro ; Tiéba eut le commandement des cantons entourant la ville de Bobo-Dioulasso et la région de Faramana ; Morofing fut nommé chef des pays des Bolon, Tagwa, Sianou, Toussian et d’une partie de celui des Sambla ; Ouidi SIDIBÉ de Barani commandait aux Peuls, Marka et Bwa occupant l’Ouest du Sourou ; Saloum SANGARÉ de Dokuy fut placé à la tête des Bwa et des Bobo ; Seydou AMADOU eut le commandement de l’Est du Sourou peuplé de Sana et Marka ; Aouidi DIALLO, un porteur de la colonne coloniale fut placé à la tête de Bagassi tandis que son coéquipier Karfalat l’était à Kari près de Dédougou ; enfin Karantao, en plus de son fief de Wahabou, eut autorité sur une partie des Bwa, Marka et Ko (Magloire SOMÉ, 2004, La christianisation de l’Ouest de la Volta : action missionnaire et réactions africaines, Paris, L’Harmattan).
L’administration coloniale travailla régulièrement à aiguillonner le goût du pouvoir des chefs à telle enseigne que ces derniers faisaient même du zèle dans l’exécution des travaux coloniaux. C’est alors qu’elle récompensait les chefs qui prenaient des initiatives pour obtenir les meilleurs résultats et qui pour cela n’hésitaient pas à pressurer leurs sujets. À titre d’exemple, à l’avènement du plan SARRAUT, le commandant Henri LABOURET prit la décision d’accorder en plus de leurs soldes, 1% des ristournes sur l’impôt récolté aux chefs les plus prompts dans l’exécution des ordres administratifs. Deux ans après cette décision, le colon écrivait ceci dans un esprit de satisfaction certaine : « D’une manière générale, les chefs donnent satisfaction et contribuent puissamment à rétablir et resserrer le contact avec l’indigène. Désormais, le pays est calme, accessible aux étrangers. L’impôt est payé vite et complètement, les prestations sont effectuées sans le concours de détachements pourchassant les ouvriers » (propos cités par Magloire SOMÉ, 2004, La christianisation de l’Ouest de la Volta : action missionnaire et réactions africaines, Paris, L’Harmattan). Quant au missionnaire Marcel PATERNOT : « L’indigène n’a jamais été aussi exploité par ses chefs devenus des nôtres. Ceux-ci pressurent leurs sujets en percevant deux et trois fois l’impôt et en réquisitionnant leurs produits. Ils sont aidés par les garde-cercles et certains interprètes » (propos cités par Magloire SOMÉ, 2004, La christianisation de l’Ouest de la Volta : action missionnaire et réactions africaines, Paris, L’Harmattan).

La transmutation de l’autorité traditionnelle, sous l’effet de la corruption du colon, en classe bourgeoise rentière complice de l’administration coloniale

L’exégèse de toutes ces dynamiques à l’intérieur des sociétés voltaïques de la période précoloniale à celle coloniale permet de soutenir que la colonisation a été un facteur essentiel d’une désorganisation sociale qui a mis à l’épreuve le rapport des dépositaires du pouvoir local à leurs sujets. L’on a assisté à une désarticulation profonde de ces sociétés avec une perte des valeurs qui initialement régissaient les rapports interhumains à tous les échelons avant l’intrusion coloniale et qui étaient vecteurs d’harmonie et de cohésion.
À partir de 1920, l’autorité traditionnelle, sous l’effet de la corruption du colon, avait opéré une transmutation pour devenir une classe de bourgeoisie rentière complice de l’administration coloniale. Dorénavant, les soucis des notabilités coutumières étaient ceux des marchés étrangers et de l’accumulation capitaliste, ce qui les avait conduits à entretenir des liens foncièrement verticaux avec leurs administrés. Cette bourgeoisie fleurissante portée par les chefs traditionnels n’avait que du mépris pour les populations auxquelles pourtant elle devait son opulence soudaine. Selon Issouf TIENDRÉBEOGO, la facilité avec laquelle elle disposait de la main-d’œuvre gratuite l’empêchait de voir la nécessité d’y consacrer le moindre soin. « Son nouveau modèle est le colon blanc et elle tente tout pour lui ressembler » (Issouf TIENDRÉBEOGO, « Chefferie traditionnelle et politique » in Hakili n°11 de février 2009, page 16).
Dans le Sud-Ouest, notamment entre Banfora et Bobo-Dioulasso, « ils [les chefs] tenaient aussi le commerce du coton et des colas ; et depuis l’arrivée des Européens et la construction des routes, ils se mêlaient au trafic des maisons de commerce et faisaient du rabattage clandestin pour procurer des hommes aux coupeurs de bois de la côte. Il fut un temps qu’ils ne résidèrent plus dans leurs cantons n’y laissant qu’un « représentant » dur aux paysans et ils vécurent dans les affaires, les dettes et la noce » (Robert DELAVIGNETTE, « Chefs noirs » in Europe n°37, 1935, Paris, Les Éditions Denoël, page 373). L’écart ne faisait que se creuser entre les chefs et leurs sujets. Quid de leur dignité et de leurs serments de protéger les habitants de leurs entités juridictionnelles selon les règles de la coutume ?
Le 06 février 1946, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la population de Kourouma, dans le canton de Sidéradougou près de Bobo-Dioulasso, éprouvée par la famine, voulut se servir le mil des greniers de réserve à l’extérieur de la cour du chef. Mais celui-ci refusa et donna l’ordre de tirer sur la foule. Il en résulta 6 morts. Des incidents malheureux auxquels étaient mêlés les chefs ne manquaient d’ailleurs pas dans les autres localités. C’est encore le colonisateur, qui au regard de l’extrémisme des chefs traditionnels vis-à-vis de la population, avait décrété la fin des travaux forcés, lesquels avaient permis à ces derniers de faire fortune. Sauf que malgré tout, la chefferie traditionnelle ne put pas retrouver son lustre social d’antan jusqu’à l’indépendance le 05 août 1960.
L’avènement d’une certaine stratification marquée dans la société voltaïque postcoloniale
À l’analyse de toutes ces réalités historico-sociologiques, l’on ne peut pas dire qu’il n’y avait pas une certaine stratification dans la société voltaïque postcoloniale. L’on ne peut pas dire que les chefs traditionnels, ceux des cantons créés arbitrairement par la colonisation pour mieux appliquer sa politique de prédation des richesses du pays, les intermédiaires de tous genres, tous ce beau monde, chacun avec ses réseaux clientélistes et marchands, étaient au même niveau que la majorité paysanne qui avait subi la domination et l’exploitation des années durant.
Or selon Kwame NKRUMAH, dès qu’il y a lutte, oppression et exploitation, les classes sociales existent (Kwame NKRUMAH, 1972, La lutte des classes en Afrique, Paris, Présence africaine, page 29). Il explique qu’en Afrique francophone, les schémas sociaux sont nés des divisions particulières à cette zone de colonisation. Il y avait d’abord les “Citoyens français” et les colons français, les “Assimilés”, les Africains parvenus à entrer dans l’armée et l’administration, enfin les sujets comprenant la grande masse de la population. Ainsi tous ceux qui avaient droit au chapitre des privilèges en faisant preuve de collusion avec la colonisation allaient chercher à maintenir leurs intérêts lorsque survint l’indépendance. « La bourgeoisie africaine, classe qui bénéficia du colonialisme, est encore celle qui bénéficie, après l’Indépendance, du néocolonialisme. Son intérêt réside dans le maintien de structures socio-économiques capitalistes. Son alliance avec le néocolonialisme et les monopoles financiers capitalistes internationaux la met donc en conflit direct avec les masses africaines dont les aspirations ne seront réalisées que dans un socialisme scientifique » (Kwame NKRUMAH, 1972, La lutte des classes en Afrique, Paris, Présence africaine, page 29).
En tout état de cause, les révolutionnaires du 04 août 1983 avaient évidemment fait siennes ces thèses qui prennent source dans le marxisme-léninisme. C’est en se fondant sur leur connaissance de la compromission des notabilités traditionnelles et des autres cercles de pouvoir dans la colonisation au détriment de la majorité de la population, qu’ils avaient théorisé sur la lutte des classes dans le cadre du Discours d’Orientation Politique (DOP). Tout comme Kwame NKRUMAH, Samir AMIN (1976, Impérialisme et sous-développement en Afrique, Paris, Anthropos, 585 pages), Simon KOMAF (1979, La révolution permanente et l’Afrique, Paris, Abexpress, 160 pages), Mongo BETI (1978-1991, Peuples noirs, peuples africains (revue)) et bien d’autres, pour les révolutionnaires du 04 août 1983, le colonialisme avait survécu à l’indépendance en se transmuant en néo-colonialisme. Et ce sont ceux qui avaient été de connivence jadis avec les colons qui étaient devenus les représentants de ce néocolonialisme procédant de l’impérialisme : la chefferie traditionnelle, la vieille garde politicienne (issue surtout du RDA), l’armée néocoloniale… Ces classes, bien qu’inférieures numériquement, financièrement et politiquement à la bourgeoisie des pays industrialisés ou développés, ayant des liens étroits avec les colons avec lesquels ils ont collaboré étroitement et étant employées dans des firmes étrangères, avaient un intérêt financier direct dans le maintien de l’exploitation économique de la Haute-Volta.
Pour faire réussir sa mission de libération nationale, de démocratie populaire, de patriotisme, de développement socio-économique…, il était indispensable pour les porteurs de la Révolution d’août 1983 de mettre fin à la domination et à l’exploitation incarnées par les classes ainsi désignées. Une volonté de rupture idéologico-politique, économique, socioculturelle qui, en plus de réformes tous azimuts engagées çà et là, s’était traduite, une année plus tard, par le changement du nom et des symboles de l’État.
Docteur Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA (KAMMANL), “Etat, Révolution et transition démocratique au Burkina Faso: le rôle des structures populaires révolutionnaires de l’avènement de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) à la restauration de la République”, thèse de doctorat en Histoire politique et sociale, p.p. 173-184

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A propos des victimes de la violence politique sous la Révolution https://www.thomassankara.net/a-propos-victimes-de-violence-politique-revolution/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=a-propos-victimes-de-violence-politique-revolution https://www.thomassankara.net/a-propos-victimes-de-violence-politique-revolution/#respond Tue, 13 Dec 2022 16:56:56 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=246886 De Anselme LALSAGA En tant que bastions politiques du CNR, les CDR s’étaient emparés de toutes les institutions politiques de l’État. En procédant à une telle occupation systématique, les structures populaires réalisaient un des objectifs majeurs qui était la révolutionnarisation de tous les secteurs de la vie de la société. Leur omniprésence sous-tendait leur capacité […]

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De Anselme LALSAGA
En tant que bastions politiques du CNR, les CDR s’étaient emparés de toutes les institutions politiques de l’État. En procédant à une telle occupation systématique, les structures populaires réalisaient un des objectifs majeurs qui était la révolutionnarisation de tous les secteurs de la vie de la société. Leur omniprésence sous-tendait leur capacité de contestation de tout le monde au nom de la prééminence de leur légitimité politique. Toute chose qui permettait au CNR d’avoir toutes les instances politiques sous son contrôle. En conséquence, il pouvait surveiller tous les acteurs et punir tous ceux qui étaient indélicats vis-à-vis de la politique révolutionnaire, c’est-à-dire les “ennemis de la Révolution”. Selon la vision politique du CNR, tous ceux qui n’œuvraient pas en faveur de la Révolution pouvaient constituer des ennemis potentiels qu’il fallait combattre de façon énergique. Rappelons qu’à ce propos, le DOP disait sans détours que la Révolution allait être pour eux la chose la plus autoritaire qui soit ; un acte par lequel le peuple allait leur dicter sa volonté par tous les moyens dont il disposait, et s’il le faut, par les armes (CNR, 1983, Discours d’Orientation Politique (DOP), Ouagadougou, Ministère de l’Information, page 15).
LA MISE A L’ÉCART DES ENNEMIS DE LA RÉVOLUTION
Dans le DOP, l’identification et la catégorisation de ces ennemis de la Révolution procédaient d’une volonté de permettre aux structures populaires de la Révolution de débusquer les individus jugés comme tel et de les combattre dans le sens de la préservation de la Révolution : les “forces rétrogrades” représentées par la chefferie traditionnelle, la “bourgeoisie” commerçante véreuse, la droite politique et les anarcho-syndicalistes (CNR, 1983, DOP : p.p. 15-19). Les chefs traditionnels ont été des cibles privilégiées du CNR et de ses avant-gardes CDR, dans la spirale de la lutte contre les antirévolutionnaires. Désignées danger numéro un de la RDP et combattus énergiquement, les pouvoirs coutumiers subissaient les foudres de la Révolution.
Il y avait aussi la classe bourgeoise regroupée dans les partis droitistes ou réformistes qu’il fallait neutraliser.
L’action des CDR contre l’existence des partis politiques de droite ou de gauche réformiste amenait bon gré mal gré leurs leaders et sympathisants à rester dans les schémas idéologiques progressistes de la Révolution. Seules les organisations de gauche révolutionnaire étaient permises. Mais là aussi, il fallait qu’elles ne défendent pas une conduite inverse à celle prêchée par le CNR. Considérées comme un creuset de la bourgeoisie, de la réaction nationale et internationale et de l’impérialisme, la droite et la gauche réformiste furent ainsi condamnées à mourir puisqu’elles complotaient contre la Révolution. Cette optique permettait au CNR de se livrer à la construction d’un nouvel ordre hégémonique dans lequel il constituait le sommet (K. Marcel Marie Anselme LALSAGA, 2007, Les Comités de Défense de la Révolution (CDR) dans la politique du Conseil Nationale de la Révolution (CNR) de 1983 à 1987 : une approche historique à partir de la ville de Ouagadougou, Université de Ouagadougou, UFR-SH, département d’histoire et archéologie, mémoire de maîtrise, page 150).
La mise à l’écart de la droite et de la gauche réformiste a favorisé la réalisation du projet hégémoniste du CNR : « Désormais, on ne doit plus distinguer un Voltaïque à travers son ethnie ou sa région, mais il faut le considérer à travers son appartenance de classe, c’est-à-dire comme homme de gauche ou homme de droite, ami ou ennemi du peuple » (Babou paulin BAMOUNI, « Idéologie : qu’est-ce que la gauche ou la droite ? » in Carrefour africain n° 796 du 16 septembre 1983, page 16). L’instrumentalisation des CDR a permis au CNR de dompter par la violence (comme ressource politique) les ennemis de la Révolution et de faire tourner cette dernière au profit de ceux qui la soutenaient. À ce niveau, nous pouvons d’ores et déjà évoquer les premières exécutions qui qui eurent lieu après le 04 août 1983, notamment celles du Colonel Yorian Gabriel SOMÉ et du Commandant Fidèle GUÉBRÉ. Il n’est pas inutile de rappeler que ces deux officiers étaient proches de la droite. Toujours est-il qu’ils ne cautionnaient pas l’option révolutionnaire de Thomas SANKARA et de ses compagnons. Étant donné cette hostilité et du rôle majeur qu’ils jouèrent dans la déchéance du CSP I et l’avènement du CSP II, les militaires révolutionnaires les considéraient évidemment comme des éléments nuisibles. L’opportunité de leur régler les comptes arriva avec la victoire du 04 août 1983.
Selon Roger Bila KABORÉ, les acteurs du 04 août 1983 considéraient le Colonel Yorian Gabriel SOMÉ comme ennemi numéro un à abattre (Roger Bila KABORÉ, 2002, L’Histoire politique du Burkina Faso : 1919 – 2000, Paris, L’Harmattan, page 217). « C’est ainsi que son domicile fut pris d’assaut dans la nuit décisive, mais l’officier qui devait être sur ses gardes, avait déjà pris la clé des champs. On retrouva ses traces quelques jours après à la garnison de Ouahigouya, où il tenta d’avoir le chef de ladite garnison, le Commandant LOMPO Karim, à ses côté afin de retourner la situation. Mais la balance était trop penchée du côté des révolutionnaires de l’avis du Commandant LOMPO qui jugea sage de le livrer aux nouveaux hommes forts du pays » (Roger Bila KABORÉ, 2002, page 217).
Transféré effectivement à Ouagadougou, le Colonel Yorian Gabriel SOMÉ fut incarcéré au Conseil de l’Entente, dans le sous-sol de la villa “Niger”. Finalement, le 09 août 1983, soit 5 jours après la proclamation de la Révolution, il fut passé par les armes, ainsi que le Commandant Fidèle GUÉBRÉ, considéré comme un de ses hommes de confiance.
Sur les circonstances de l’élimination de ces deux officiers considérés comme les principaux représentants de la droite au sein de l’armée, le PAI écrivait : « Le 08 août, SANKARA avait invité un de nos camarades pour préparer un communiqué de presse, annonçant leur arrestation et leur détention. Au moment où ce communiqué était diffusé sur les antennes par la voix du sous-lieutenant Daouda TRAORÉ, on entendait les explosions et les tirs qui ponctuaient la mort en cellule des deux officiers. C’est plus de vingt quatre heures après, que SANKARA nous donnera la version de leur mort accidentelle, qui serait liée à une maladresse de son garde de corps Vincent SIGUÉ » (PAI, Rapport du Bureau exécutif, 28-29 août 1987, page 24, cité par Ludo MARTENS, 1989, Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè, Berchem, EPO International, page 83). La version officielle servie au peuple fut que les deux officiers avaient été abattus lors d’une tentative d’évasion. Selon Roger Bila KABORÉ, « Il n’en fut rien en réalité. Les révolutionnaires avaient tout simplement jugé que leur sécurité et leur survie passaient par l’élimination physique de ces deux hommes. La RDP avait ainsi commencé à se rougir les mains » (Roger Bila KABORÉ, 2002, page 217).
LE SORT DES CONJURES DE MAI 1984
Il nous paraît également important de parler de l’élimination des conjurés de mai 1984. Le 27 mai 1984, le Colonel Nobila Didier TIENDRÉBEOGO, ancien maire de Ouagadougou, et six de ses camarades, à savoir les Lieutenants Moumouni OUÉDRAOGO et Maurice OUÉDRAOGO l’homme d’affaires Adama OUÉDRAOGO, le Major de gendarmerie Barnabé KABORÉ, le Sergent du RCS Moussa KABORÉ et le pilote d’Air Burkina, Issa Anatole TIENDRÉBEOGO sont accusés de tentative de coup d’État prévue s’opérer le 28 mai. Ils sont arrêtés le même jour du 27 mai 1984. Et la réaction des CDR : « Suite à l’importante déclaration du CNR portant sur la situation intérieure actuelle de notre pays, notamment sur le coup d’État déjoué, le comité de sensibilisation des jeunes révolutionnaires, les cellules féminines de Bilibambili et de Kologh-naba (deux quartiers de Ouagadougou), les CDR de l’université, des commerçants, des services, des militaires et paramilitaires de la garnison de Ouagadougou… ont adressé des motions de soutien et d’encouragements au Conseil National de la Révolution (CNR) et ont pris des motions de condamnation à l’égard de ces individus malintentionnés, malhonnêtes et assoiffés de pouvoir visant à renverser le pouvoir révolutionnaire. Dans toutes ces motions de condamnation, les CDR, représentants authentiques du peuple dans l’exercice du pouvoir politique, exigent l’exécution immédiate sur la place publique de ces apatrides à la solde honteuse de l’impérialisme international. Par la même occasion, ils invitent tous les CDR à redoubler de vigilance révolutionnaire afin de barrer la route à tous ceux qui tenteront d’une manière ou d’une autre d’entraver la marche héroïque du train de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) vers un avenir radieux et promoteur. Certaines motions de mise en garde ont stigmatisé les manœuvres intoxicatrices du quotidien L’Observateur » (Déclaration citée in André Roch COMPAORÉ, 2015, Politiques de Thomas SANKARA et de Blaise COMPAORÉ et enseignements de l’Église catholique, Paris, L’Harmattan, page 127 et 128).
Jugés, selon la version officielle, par une cour martiale et reconnus coupables de complot contre le gouvernement révolutionnaire le 11 juin 1984, les conjurés furent immédiatement passés par les armes dans la nuit du 12 juin sous un baobab à la sortie nord de Ouagadougou. Leurs dépouilles avaient été mises sous terre au cimetière de Tanghin. Il se raconte que lors de la rencontre du CNR sur cette affaire, Thomas SANKARA tenait la position selon laquelle, il fallait pousser plus avant les investigations, alors qu’en ce moment même, les conjurés avaient déjà été exécutés (Sayouba TRAORÉ, « Mémoire collective : de ces quelques causes orphelines » in http://wwwkaceto.net/spip.php?article2074 ; Cf également Germaine PITROIPA : entretien du 14 janvier au siège de l’UNIR/PS à Ouagadougou). « Lui ne savait pas que les accusés avaient déjà été tués » (Sayouba TRAORÉ, « Mémoire collective : de ces quelques causes orphelines » in http://wwwkaceto.net/spip.php?article2074 ; Cf également Germaine PITROIPA : entretien du 14 janvier au siège de l’UNIR/PS à Ouagadougou ). L’on soutient par ailleurs que lors de ladite réunion, « d’autres militaires ont gagné la salle, portant le nombre des partisans à la peine de mort au quorum suffisant. Et que, ainsi fait, le vote pour la peine de mort est passé plus facilement » (Sayouba TRAORÉ, « Mémoire collective : de ces quelques causes orphelines » in http://wwwkaceto.net/spip.php?article2074 ).
Selon les informations fournies par le Colonel-major Bernard SANOU qui y était présent, les participants n’étaient pas composés des militaires seulement ; il y avait aussi des responsables politiques des organisations membres du CNR, notamment le PAI-LIPAD et l’ULCR. Mais pour lui, la version selon laquelle l’exécution des conjurés a été faite avant la réunion n’est pas tenable. Il soutient que c’est à l’issue du vote qu’ils ont été passés par les armes (Colonel-major Bernard SANOU : entretien du 14 mars 2019 à domicile).
« L’exécution publique n’a pas eu lieu, mais les exigences du peuple ont été satisfaite dans la nuit du 11 juin », commenta Carrefour africain (Clément TAPSOBA, « Le choix est désormais clair » in Carrefour africain n°835 du 15 juin 1984, page 16). Dans le même organe, le journaliste révolutionnaire en son temps Luc Adolphe TIAO signait dans l’éditorial : « Pour la première fois depuis le déclenchement de la Révolution d’Août, le CNR a opposé sans hésitation la violence révolutionnaire aux manœuvres de déstabilisation de la réaction interne. LÉNINE disait à juste titre qu’ ʺune Révolution n’a de valeur que dans la mesure où elle sait se défendre…ʺ Mais la défense pacifique adoptée par le pouvoir populaire ne pouvait être interprétée par la réaction comme une incapacité à radicaliser davantage la Révolution. […] L’histoire nous enseigne que la naïveté politique et le sentimentalisme vis-à-vis de la bourgeoisie réactionnaire ont toujours fini par enterrer les révolutions. La preuve, dans un vain sursaut, les réactionnaires ont tenté de baigner le pays dans le sang. La tentative de putsch de la droite rappelle une fois de plus que la lutte contre l’impérialisme international et la réaction nationale est une guerre permanente. […] Pour notre part, la Révolution ne s’apitoiera pas sur le sort des larbins nationaux encore moins se préoccuper du démocratisme de leurs maîtres impérialistes. L’élimination des contre-révolutionnaires ne doit souffrir ni de ce sentimentalisme ni de velléités » (Luc Adolphe TIAO, « Les leçons du complot droitiste » in Carrefour africain n°835 du 15 juin 1984, page 7).
Cet évènement avait créé une onde de choc à travers le pays. Au-delà de son caractère violent, l’élimination physique des conjurés participait d’une dissuasion politique pour tous ceux qui étaient contre le pouvoir et dont l’ambition devait les amener à la planification d’un coup de force contre le pouvoir révolutionnaire. « … Il s’agissait pour le CNR en prononçant les condamnations de montrer sa capacité de détermination à barrer la route à toute manœuvre d’où qu’elle vienne. En outre, il reste certain que la non-exécution des sanctions exigées par le peuple pouvait démobiliser certains militants sincères irrités devant le ʺvisage humainʺ affiché depuis longtemps. La phase célèbre selon laquelle ʺcelui qui fait une révolution à moitié creuse sa propre tombeʺ trouve à travers ces condamnations tout son sens. Le CNR semble l’avoir compris ainsi et décidé à l’appliquer pour le renforcement de la RDP » (Clément TAPSOBA, « Le choix est désormais clair » in Carrefour africain n°835 du 15 juin 1984, page 16).
L’Observateur, dans sa parution n°2855 du 08 juin 1984, commentant l’arrestation des “comploteurs” avait promis de revenir sur l’évènement avec beaucoup plus de détails. Cependant, comme le signifiait la déclaration des CDR ci-dessus, les analyses de L’Observateur déplaisaient. Pour les CDR, ce canard était à l’origine de manœuvres pour faire de l’intoxication. Toujours est-il que ce journal n’avait pas pu revenir sur l’évènement, puisque dans la nuit du 10 juin 1984, il avait été victime d’un incendie criminel. Pour le directeur de publication dudit journal, il n’y a aucun doute à entretenir sur la responsabilité des CDR dans cet incendie qui obligeait au mutisme. L’exécution des conjurés ayant eu lieu dans la nuit du 11 au 12 juillet 1984 et L’Observateur ayant été réduit en cendre, il n’y avait plus de possibilité d’une voix dissonante concernant l’affaire.
Il ne restait désormais que les organes de presse étatiques pour développer les versions du pouvoir révolutionnaire concernant cette fameuse affaire. En affinant l’analyse sur la disparition de L’Observateur, l’on constate que l’une des conséquences immédiates était la privation d’une tribune d’expression que les droitistes et autres adversaires politiques pouvaient utiliser pour faire passer leurs opinions. Sa réduction au silence, l’instrumentalisation politique des TPR et le contrôle serré exercé par les CDR qui n’hésitaient pas à faire licencier les contre-révolutionnaires ou les réactionnaires avaient laminé sérieusement les marges communicationnelles de la vieille garde politique, l’obligeaient à se taire et à observer.
L’ASSASSINAT DU COMMANDANT AMADOU SAWADOGO
Toujours au nombre des victimes de la violence politique, l’on peut citer le cas du commandant en chef adjoint du Haut Commandement, le Commandant Amadou SAWADOGO dont la vie a été attentée le 18 juillet 1984 aux environs de 20h55 sur au niveau du barrage n°3 du quartier Tanghin (route de Ziniaré). Evacué d’urgence en France, précisément à l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce à Paris, cet officier qui disait-on très brillant succomba le 7 août de la même année. Les circonstances et les commanditaires de cet attentat qui a couté la vie à ce haut-gradé de l’armée n’ont jamais été élucidés jusque-là. Alors, même de nos jours, le mystère demeure entier, laissant libre cours à toutes sortes de supputations.
Les déclarations de la veuve du défunt, Marie Rose SAWADOGO, tendent en tout cas à incriminer le président du CNR, Thomas SANKARA, concernant cet assassinat. Ses propos suivants dans une presse sonnent comme une incrimination faite au premier responsable de l’État révolutionnaire : « Deux mois avant la mort de SANKARA, j’ai décidé d’aller lui cracher mon vénin. Blaise COMPAORÉ et lui étaient les amis de mon mari. C’est sous la présidence de SANKARA que mon mari est mort. J’étais très fâchée contre SANKARA et il le savait. Cette rencontre a été très houleuse parce que j’ai déversé sur lui tout mon ressentiment, toute ma colère. Je lui ai dit qu’il est inadmissible que, sous son régime, mon mari disparaisse comme cela. La rencontre s’est très mal passée. Lorsqu’il avait été arrêté et devrait être éliminé, mon mari s’y est opposé. Je lui ai dit qu’après ce que mon mari a fait pour lui, il n’a pas été reconnaissant. Je lui avais juré que s’il était mêlé à la mort du commandant, il serait tué et enterré comme un chien! Ce fut notre dernière rencontre » (Ylkohanno SOMÉ, « Fondation Commandant Amadou Sawadogo: un espace pour faire revivre la mémoire du disparu » in http://www.fasozine.com/actualite/societe/6012 ).
Le Colonel Louis Johanny YAMÉOGO, à l’époque commandant du deuxième Régiment d’Infanterie Commando à Ouahigouya où résidait la famille de Amadou SAWADOGO, raconte qu’un jour, de passage au Haut Commandement, il était allé au bureau du Commandant Amadou SAWADOGO ; ce dernier lui relata sa rencontre avec une autorité politique, qui lui avait « reproché son absence de l’arêne politique en dépit d’un excellent rendement militaire et professionnel. En somme, il lui était demandé de troquer ses valeurs et rigueurs morales militaires contre l’élasticité de celles du politicien. Il a rétorqué que militaire, il se refusait à faire de la politique. Cela semblait l’agacer mais je n’ai senti aucune inquiétude dans sa voix. Arriva le 18 juillet 1984. […]. Quelque temps plus tard, le président Thomas Sankara est annoncé à Ouahigouya pour l’inauguration de la cité. La sœur du regretté commandant me contacte pour demander une audience. Je m’enquiers du motif de cette demande : “Je veux savoir pourquoi il a tué mon frère” » (« Témoignage du Colonel Louis Johanny Yaméogo à la soirée d’hommages au commandant SAWADOGO le 09 août 2014 » in https://facebookkibaria.wordpress.com/…/temoignage-du…/ ).
Quant à Domba Jean Marc PALM, il soutient dans son livre Maurice YAMÉOGO, Blaise COMPAORÉ : un destin croisé ? que cet acte crapuleux suscita de grandes dissensions entre les quatre chefs historique de la Révolution, surtout entre Thomas SANKARA et Blaise COMPAORÉ : « Leurs relations furent surtout empreintes de méfiance. La victime était, en effet, très proche de Blaise. Elle avait été le tuteur de son frère cadet, François COMPAORÉ, à Bobo-Dioulasso. Cet officier avait protesté contre l’arrestation de Thomas et de Lingani en mai 1983. Il avait aussi menacé le président Jean-Baptiste OUÉDRAOGO de descendre avec ses hommes à Ouagadougou si jamais Pô, où était retranché Blaise COMPAORÉ était attaqué par le reste de l’armée. Cette menace avait changé le cours de l’histoire de la Haute-Volta. Après cet attentat, le ministre délégué à la présidence était devenu nerveux et anxieux. Il se retrancha à Pô. Souvent, il débarquait, en pleine nuit, chez des amis à Ouagadougou et restait prostré des heures durant, sans dire un mot si ce n’était : “ça va ? Tout va bien ? C’est sûr ?”. Puis, très tard, il retournait dans sa garnison. Avait-il des informations sur les assassins, le ou les commanditaires, les causes et le message véhiculé par l’attentat ? Il n’en a rien laissé filtrer» (Domba Jean Marc PALM, 2017, Maurice YAMÉOGO, Blaise COMPAORÉ : un destin croisé ?, Ouagadougou, Mercury Édition, pages 48 et 49).
Dans le livre – Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè -, Ludo MARTENS écrit ceci : « SANKARA lui-même confiait à un de ses proches que le Commandant SAWADOGO avait été tué par Michel KOUAMA. KOUAMA, un fidèle du président, n’entreprenait rien sans l’accord de SANKARA » (Ludo MARTENS, 1989, Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè, Berchem, EPO International, page 247).
Par contre de l’avis de Valère SOMÉ, la main de Blaise COMPAORÉ est trempé dans cette affaire de l’assassinat du Commandant Amadou SAWADOGO. Il se prévaut de la détention du Sergent-chef PASSATÉ après le 15 octobre 1987 pour abonder dans ce sens : « Blaise COMPAORÉ a laissé entendre dans certains milieux qu’il serait l’exécuteur du Commandant SAWADOGO abattu lâchement et dans des circonstances demeurées jusque là obscures. En réalité, selon des éléments que j’ai pu réunir ça et là, Blaise COMPAORÉ lui-même aurait été partie prenante du plan d’assassinat de son “ami” le Commandant SAWADOGO. Aux yeux de la famille du disparu, il se fait donc passer pour le vengeur du crime. Le Chef PASSATÉ doit en savoir beaucoup trop sur l’affaire, ce qui expliquerait sa détention. Mais il aurait laissé des écrits “post-festum” qui devront être divulgués au cas où … » (Valère D. SOMÉ, 1990, Thomas Sankara, l’espoir assassiné, Paris, L’Harmattan, page 95). Beaucoup d’eau ayant coulé sous les ponts depuis, nous avons cherché à contacter ce militaire dont parle Valère SOMÉ afin d’en savoir sur ce qu’il sait de cette affaire. Mais nous n’avons pas pu. Aux dernières nouvelles, nous avons appris qu’il était décédé.
Nous avons approché le Colonel Moussa DIALLO qui fut garde de corps de Thomas SANKARA dans un premier temps avant d’être commandant adjoint de la Gendarmerie nationale jusqu’au 15 octobre 1987. Ce gendarme juriste a apporté un éclairage sur la position du Commandant Amadou SAWADOGO par rapport à la Révolution. D’abord, Moussa DIALLO a expliqué que dans la perspective de la prise du pouvoir, il avait été mandaté auprès de Amadou SAWADOGO afin d’obtenir son adhésion audit projet ; cependant, il avait opposé une fin de non-recevoir (Valère D. SOMÉ, 1990, Thomas Sankara, l’espoir assassiné, Paris, L’Harmattan, page 95). Après, Amadou SAWADOGO, toujours selon Moussa DIALLO, avait clairement adopté une position d’opposant qu’il a eu la témérité d’afficher lors d’une rencontre dans la salle de conférence du camp Guillaume OUÉDRAOGO à Ouagadougou. Il soutient qu’à cette occasion, Amadou SAWADOGO avait placardé son opposition à la Révolution, notamment lorsqu’il s’est agi faire les slogans. Au lieu de proclamer les mêmes slogans – À bas, l’impérialisme ! À bas la réaction !… – Amadou SAWADOGO disait plutôt : « À bas les mildious ! » Or, le terme mildiou, initialement désignant une maladie de la vigne, a été utilisé pour désigner les communistes, les marxistes-léninistes dans un film intitulé “Z” qui a connu un succès à la fin des années 1960. Il y est question de la situation trouble en Grèce dans les années 1960, où la gendarmerie et la police cherchaient à tout prix à réprimer le communisme et tout mouvement qui lui serait affilié. Mildious connotait dans ce contexte-ci les communistes, les marxistes-léninistes, notamment en référence à l’histoire sociopolitique de la Grèce de la décenie 1960-1970. En disant « À bas les mildious », le Commandant Amadou SAWADOGO ne voulait-il pas dire « À bas les révolutionnaires » ? En tout cas, cette interprétation, des zélés l’avaient faite. Selon notre informateur, en faisant usage d’un tel slogan, le Commandant Amadou SAWADOGO avait signé son arrêt de mort (Colonel Moussa DIALLO : entretien du 14 octobre 2018). Le Colonel Moussa DIALLO a souligné aussi le fait que Amadou SAWADOGO était le gendre de Gérard Kango OUÉDRAOGO. De ce fait, l’illustration dont il a fait preuve lors de la réunion avait suscité de la suspicion, de la méfiance au sein des militaires révolutionnaires. Mais sur la décision de procéder à son élimination, il soutient formellement, c’est le terme qu’il a utilisé, que ce ne pouvait pas être Thomas SANKARA. Pour soutenir cela, il explique qu’après le crime, au détour d’une conversation avec le président du CNR, ce dernier l’avait mis en garde contre Michel KOUAMA qui les avait mis dans des problèmes avec l’assassinat de Amadou SAWADOGO (Colonel Moussa DIALLO : entretien du 14 octobre 2018). Sur ce fait, l’on constate qu’il cite la même piste que Ludo MARTENS. Mais il refuse d’engager la responsabilité de Thomas SANKARA ; de ses explications, l’attentat contre le Commandant Amadou SAWADOGO a peut-être procédé d’une initiative personnelle de Michel KOUAMA qui, dit-on, était quand même réputé être très proche de Thomas SANKARA. Est-ce que c’est à cause de cette proximité que le président du CNR s’était prévalu pour ne pas le sanctionner et laisser le mystère prospérer ?
En tout cas, l’enquête promise au lendemain de l’attentat pour que la lumière jaillisse avait marqué le pas. Et même sous le Front Populaire, les démarches de la veuve de Amadou SAWADOGO ne connurent pas d’issue. À ce propos voici ce que la veuve du defunt déclare : « Au contraire, souligne Marie-Rose Sawadogo, on me faisait suivre pour m’intimider. Mais je ne cédais pas à ces intimidations. Je me suis adressée au MBDHP (Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples), ils ont pris un avocat pour suivre le dossier et cela n’a pas abouti. Le dossier a été classé. Pourtant, comme c’était un crime, il ne devrait pas être classé! » (Propos de Marie Rose SAWADOGO in Ylkohanno SOMÉ, « Fondation Commandant Amadou Sawadogo: un espace pour faire revivre la mémoire du disparu » in http://www.fasozine.com/actualite/societe/6012 ).
On peut arguer sur le fait que la disparition du président du CNR et de son régime donnait quand même des coudées franches au nouveau pouvoir pour réinstruire une enquête sérieuse sur cet assassinat. D’autant plus qu’une telle démarche allait lui permettre de gagner en crédibilité et de posséder dorénavant de preuves pour déconstruire avec plus d’efficacité la réputation de Thomas SANKARA. En tout état de cause, l’on peut se poser la question suivante : pourquoi tout comme le CNR, le régime du Front Populaire n’a pas travaillé à l’élucidation de cette affaire et l’a fait classer sans suite ? Au-delà de la problématique de non débroussaillage des circonstances authentiques de ce crime et de ces premiers commanditaires, sa perpétration fut symptomatique de la violence politique qui prévalait dans l’État révolutionnaire. Évidemment, les supputations qui se sont développées à partir de cet évènement contribuèrent à étoffer la psychose au sein de la population.
Outre ces exemples bien illustratifs, la violence politique se faisait par ailleurs dans le cadre du contrôle très dru de l’activité économique dans toutes ses dimensions. Sur ce pan, il convient de mentionner l’action des CDR contre la bourgeoisie dite commerçante. Nombre de commerçants, rappelons-le, étaient traités de pourris et de corrompus. Tous les secteurs de la vie commerciale avaient été investis par les CDR dont le rôle était de lutter contre toute forme de spéculation ou d’affairisme.
En définitive, il faut reconnaître que les personnes considérées comme faisant partie de ces catégories politiques et socio-économiques et victimes s’étaient vraiment enfermées dans un mutisme et dans une certaine passivité. L’on avait donc assisté à une légitimation forcée du pouvoir révolutionnaire.
Dr Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA (KAMMANL), « État, Révolution et transition démocratique au Burkina Faso : le rôle des structures populaires révolutionnaires de l’avènement de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) à la restauration de la République », thèse de doctorat en Histoire politique et sociale, p.p. 431 – 440

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Thomas SANKARA et le refus du remboursement de la dette extérieure des Etats africains : Vision légitime ou responsabilité inassumée ? Cas du Burkina Faso https://www.thomassankara.net/thomas-sankara-refus-remboursement-de-dette-exterieure-etats-africains-vision-legitime-responsabilite-inassumee-cas-burkina-faso/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=thomas-sankara-refus-remboursement-de-dette-exterieure-etats-africains-vision-legitime-responsabilite-inassumee-cas-burkina-faso https://www.thomassankara.net/thomas-sankara-refus-remboursement-de-dette-exterieure-etats-africains-vision-legitime-responsabilite-inassumee-cas-burkina-faso/#respond Tue, 09 Aug 2022 15:28:53 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=246944 Nous publions ci-dessous l’intervention des membres du CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes) au colloque international Thomas Sankara qui s’est tenu à Ouagadougou du 26 au 28 juillet 2022 à l’université Thomas Sankara. Auteurs : NIKIEMA Dramane  : Masteurant en Sociologie Université Joseph-Ki ZERBO, dramson81@gmail.com FAYAMA Tiyonlé  : Chargé de Recherche au Centre National de la Recherche […]

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Nous publions ci-dessous l’intervention des membres du CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes) au colloque international Thomas Sankara qui s’est tenu à Ouagadougou du 26 au 28 juillet 2022 à l’université Thomas Sankara.

Auteurs :

NIKIEMA Dramane  : Masteurant en Sociologie Université Joseph-Ki ZERBO, dramson81@gmail.com

FAYAMA Tiyonlé  : Chargé de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique tionyele@yahoo.fr

BAGAYOGO Broulaye : Juriste et Secrétaire Permanent du Comité pour l’Abolition des Dettes illégitimes (CADTM/AFRIQUE) secretariatcadtmafrique@gmail.com

SAMPEBEGO Souleymane : Secrétaire Général de l’Association pour la Taxation des Transactions Financières pour une Action Citoyenne (ATTAC/BURKINA) samso_2005@yahoo.fr

Résumé

Cette contribution renforce l’actualité sur le bien fondé du refus du remboursement de la dette africaine à partir de l’appel historique de Thomas Sankara le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba, invitant ses pairs chefs d’États à constituer un front uni contre le remboursement de celle-ci. La résurrection d’un tel débat intervient dans un contexte où 12 pays africains sont à haut risque de surendettement et 9 pays en suspension de paiement, mais ce sont des pays loin d’être ceux auxquels l’on pourrait penser.

Les débats ont permis dans le cadre de cette recherche, de mettre en lumière toutes les formes d’exploitation, d’accords économique, de pillage des ressources naturelles, de fuite de capitaux dont l’Afrique est victime. La fuite des capitaux la maintient dans un déficit budgétaire structurel dont la conséquence est le recours à l’endettement continue. Pourquoi devrait-elle utiliser des sommes importantes chaque année pour assurer le service d’une dette illégitime et illégale hypothéquant ainsi son développement économique et social ?

Summary/Abstract :

This contribution reinforces the topicality of the refusal of the repayment of the African debt from the historic call of Thomas Sankara on July 29, 1987 in Addis Ababa, inviting his fellow heads of state to form a united front against the repayment of the latter. The resurrection of such a debate comes in a context where 12 African countries are at high risk of debt distress and 9 countries are in suspension of payment, but these are far from being the countries one might think.

The debates have allowed us to highlight all the forms of exploitation, economic agreements, plundering of natural resources and capital flight of which Africa is a victim. The flight of capital maintains it in a structural budget deficit whose consequence is the recourse to continuous indebtedness. Why should it use large sums of money each year to service an illegitimate and illegal debt, thus mortgaging its economic and social development ?

Introduction :

Situé au cœur de l’Afrique de l’ouest, s’étendant sur une superficie de 274 200 Km2, pays sahélien et enclavé, le Burkina Faso est un pays à vocation agro-pastoral. Selon le recensement général de la population et de l’habitat (2022), 73,7% de sa population vivent en milieu rural. Le pays regorge d’énormes et diverses ressources naturelles, minières, énergétiques, halieutiques et sylvopastorales. Bien avant qu’il ne soit découvert un potentiel minier très important dans le pays des « hommes intègres », l’or blanc est resté longtemps la première devise d’exportation. A partir de 2009, le pays a connu un boom minier faisant du métal jaune la première devise d’exportation. En effet, selon l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) Burkina Faso, le 31 décembre 2021, 577 titres miniers et autorisations valides avaient été attribués aux exploitants. Ainsi, sur ces 577 titres miniers et autorisations valides on y dénombrait 447 permis de recherche, 27 permis d’exploitation industrielle de grandes mines, 19 permis d’exploitation semi-mécanisée, 10 permis d’exploitation artisanale et 74 autorisations d’exploitation de substances de carrières. Grâce à la découverte de ce potentiel minier très important, la quantité d’or extraite au Burkina Faso s’est considérablement accrue d’année en année. Si l’on s’en tient au journal « l’hebdomadaire l’Economiste du Faso en 2007 », la seule mine industrielle en activité n’a produit que 0,4 tonne d’or contre 23,1 tonnes en 2010 produites par 6 sociétés minières pour ainsi atteindre en 2017 45,5 tonnes produites par 12 sociétés minières. Plus récemment, L’ITIE (op cit) dans son rapport révélait que la production industrielle de l’or s’élevait 66,858 tonnes contre 0,268 tonnes pour la production artisanale. Le même rapport note qu’entre 2018 à 2021, les productions d’or industrielle et artisanale se sont accrues respectivement de 6,55%, de 0,42%. La production du Zinc quant à elle, se chiffrait à 166343,630 tonnes en 2021 avec une croissance moyenne 9,05% entre 2018 à 2021. Même si la production du phosphate a décrue de 12,81% dans ce même laps de temps, elle s’est élevée à 2443, 650 tonnes en 2021.

Malgré son rang dans le top cinq du classement des pays africain producteur de l’or et troisième dans la production du coton avec sa balance commerciale structurellement déficitaire. En dépit, l’énormité et la diversité de ses richesses, le Burkina Faso croule sous le poids d’une dette qui ne cesse de croître. Pis, Il a toujours été présenté sous les projecteurs comme un mendiant qu’il faut toujours assister à travers des prêts, dons enrobés sous le vocable de l’aide publique au développement.

En effet, le stock de la dette du Burkina ne cesse de croitre malgré son élection aux initiatives pays pauvre très endettés, et de l’initiative de l’allègement de la dette multilatérale. Cinq ans après l’approbation de ces deux initiatives dans « l’assouplissement » de la dette du Burkina Faso, le stock de sa dette publique est passé de 1266,9 milliards en 2010 à 6 122,08milliards de FCFA en fin mars 2022. Aujourd’hui, des voix s’élèvent de plus en plus pour réclamer l’annulation de la dette extérieure des États africains. Le Président Thomas SANKARA, pionnier dans le débat et de positionnement sur la dette, son discours en 1987 a inspiré la création des organisations comme le Comité pour l’Abolition des Dettes illégitimes (CADTM) pour réclamer l’annulation de la dette africaine. Dans ce discours historique, lors des travaux de la vingt-cinquième Conférence au sommet des pays membres de l’organisation de l’unité africaine à Addis-Abeba qu’il a invité ses pairs à constituer un front uni contre le remboursement de la dette extérieure. Il a même ironisé que s’il restait le seul à engager son pays le Burkina Faso à ne pas payer la dette extérieure, il ne participerait pas au prochain sommet. Effectivement, moins de trois mois après l’appel d’Addis-Abeba le 29 juillet 1987, le président Thomas SANKARA sera assassiné suite à un coup d’État militaire.

Mais, plus de trente-quatre (34) après, l’écho de cet appel historique lancé par le président Thomas Sankara continue de raisonner dans les consciences de nombreuses personnes en Afrique et partout ailleurs dans le monde. Ainsi, selon le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, jamais ; aucune cause n’a mobilisé autant la société civile dans le monde que celle de l’annulation de la dette à l’aube de l’an 2000. Il indique que le cadre de la campagne pour l’annulation de dette a obtenu 24 millions de signatures sous la forme de pétitions à travers le monde. Toutefois, une préoccupation demeure sachant que tout emprunt doit logiquement être remboursé, alors que le président Thomas SANKARA invitait ses pairs, chefs d’État africains à répudier les dettes que leurs États ont contractées auprès des institutions internationales de finances où d’autres partenaires. Dans le cadre d’une telle contribution, notre démarche visera à partir des données de terrain recueillies auprès d’acteurs et d’une revue documentaire à analyser les raisons profondes légitimant ou non le discours de Thomas Sankara dans la répudiation de la dette extérieure des États africains dans une perspective diachronique. D’où la question centrale « l’invitation faite par le président Thomas SANKARA à ses pairs à répudier la dette extérieure de leurs États le 29 juillet 1987 aux travaux de la vingt-cinquième Conférence au sommet des pays membres de l’organisation de l’unité africaine à Addis-Abeba était-ce une vision légitime ou une posture des Etats africains à ne pas s’assumer dans le remboursement de leurs dettes ? »

 Méthodologie

Étant dans l’incapacité de conduire la collecte des données dans le cadre de cette recherche sur l’ensemble des États africains, nous avons circonscrit notre étude au Burkina Faso. Un tel choix répond au fait que le Burkina Faso est aussi l’un des pays de l’Afrique qui traîne une dette extérieure qu’elle peine à solder en dépit de son éligibilité aux initiatives pays pauvres très endettés en 2001 et de l’initiative de l’allègement de la dette multilatérale en 2006. De plus, ce choix répond au fait que c’est certainement à partir des réalités socioéconomiques du Burkina Faso qu’est née la prise de conscience de Thomas Sankara, à inviter ses pairs chefs d’États africains à répudier la dette extérieure de leurs États. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Z. Ziegler affirme (2014 :13) « ce qui fonde l’autorité, la crédibilité et le rayonnement de la parole du jeune capitaine, c’est son discours sur la dette nourri de son expérience publique et sociale, personnelle et singulière ». Le Porte-Parole du réseau International Éric Toussant dans son livre « le Système Dette », évoque la théorie de la doctrine de ma dette odieuse développée par Alexandre Nahum Sack en 1927. Ce juriste russe et spécialiste de droit bancaire et financier international à travers son œuvre intitulée : « Les effets, des transformations des États sur leurs dettes publiques et autres obligations financières » définit la dette odieuse de la façon suivante :

  • Les besoins, en vue desquels l’ancien gouvernement avait contracté la dette en question, étaient « odieux » et franchement contraires aux intérêts de la population de tout ou partie de l’ancien territoire ;
  • Les créanciers, au moment de l’émission de l’emprunt, avaient été au courant de sa destination odieuse.
    Ces deux points étant établis, c’est aux créanciers que reviendrait la charge de prouver que les fonds produits par les dits emprunts avaient été en fait utilisés non pour des besoins.

La notion de dette odieuse et la théorie de l’exploitation marxiste s’interpénètrent dans la mesure où les éléments la structurant débouchent inéluctablement aussi sur l’exploitation, le pillage des ressources des États africains. En écoutant l’intégralité du discours d’Addis-Abeba, les fondements du refus du remboursement de la dette extérieure des États africains repose sur l’exploitation, le pillage de l’Afrique à travers la traite négrière, le colonialisme et le néocolonialisme, la fuite des capitaux, les accords de libre échange

Dans le cadre de cette recherche, nous avons privilégié l’approche qualitative avec comme outil de collecte, le guide d’entretien semi directif.

 Résultats :

  • La reproduction de la dette extérieure du Burkina Faso une conséquence de la fraude et de l’évasion fiscales
    Les États africains disent recourir à l’endettement extérieur pour combler leurs déficits budgétaires structurels à cause de l’insuffisance des recettes fiscales.

Pourtant, de nombreux observateurs très bien avisés sur les questions économiques et de finances des États africains restent unanimes pour dire que n’eut été la fraude et l’évasion fiscales occasionnées par les multinationales, les recettes fiscales suffiraient à engager toutes les dépenses des États.

En effet, selon le Directeur Exécutif du Centre d’information de formation et d’études du budget OUATTARA Issouf avance que selon les déclarations des agents des impôts, l’État burkinabè en luttant sérieusement contre l’évasion et la fraude fiscales pourrait augmenter ses recettes fiscales à l’ordre de 25 à 50%. Il ajoute qu’en appliquant ce ratio au budget de 2021, le manque à gagner atteindrait au moins 25 à 30 milliards. »

Si l’on s’en tient aux déclarations de Zakaria Bayiré Secrétaire Général du syndicat national des agents des impôts et des domaines le manque à gagner à cause de la fraude et l’évasion fiscales que le Directeur exécutif du CIFOEB a déclaré est loin de saisir l’ampleur du phénomène et estime que n’eut été la fraude et l’évasion fiscales au Burkina Faso, les budgets annuels d’une moyenne de deux milliards auraient dû être relevés à trois mille, quatre mille voire cinq mille milliards. L.Watrinet reste aussi formelle pour indiquer que l’économie des pays en développement subit d’énormes pertes d’argent à travers l’économie criminelle. Elle montre quand bien même que les calculs soient sous-estimés l’aide publique au développement atteignait, en 2016, 142 milliards de dollars alors qu’au même moment les flux financiers illicites (l’argent de la fraude, de la corruption et du crime) qui s’échappaient des pays en développement s’élèveraient à 1000 milliards.

  • L’Afrique dans une spirale de l’endettement produit de son pillage
    Si l’Afrique perd d’importantes sommes à travers la fraude et l’évasion fiscales, elle subit également une hémorragie financière à travers le pillage de ses ressources minières, énergétiques, agro sylvo-pastorales. L’État burkinabè a favorisé l’investissement étranger à travers la mise en place d’un code d’investissement et minier attractif ce qui fait perdre au trésor public burkinabè d’importantes sommes d’argent chaque année. Selon ; Diallo Moussa Secrétaire Général de la CGTB « Le code minier a accordé des avantages fiscaux aux investisseurs étrangers, par exemple la part de la manne aurifère qui revient à l’État Burkinabè n’est que de dix pourcent (10%). Il eut fallu même qu’en tant que syndicat, nous dénoncions auprès du gouvernement la part de pourcentage de la manne aurifère déversée au trésor public burkinabè afin que celle-ci e passe de 5% à 10% sous la transition passée en 2015.

Par ailleurs, au-delà du fait que le Burkina Faso ne perçoit que 10% de la valeur du métal jaune extrait de son sous-sol, le processus de contrôle de la quantité d’or extraite par les entreprises minières échappe totalement au contrôle de l’État. C’est bien ce que révèle le rapport général de la commission d’enquête parlementaire conduite en 2015 sous la transition sur la gestion des titres miniers et la responsabilité sociale des entreprises minières.

Dans le processus de production de l’or, les services de l’État burkinabè (la douane, les impôts, le BUMIGEB) n’ont pas accès aux opérations de la coulée de l’or. Ils assistent cependant à la pesée. Avant l’expédition, il est procédé à la vérification des documents à signer et toute la production est mise sous scellée. L’absence des représentants de l’État lors de la coulée permet d’émettre des doutes sur les quantités d’or effectivement produites.

Au-delà des manœuvres frauduleuses mises en place par les multinationales pour piller les ressources naturelles en Afrique, Broulaye Bagayogo, Secrétaire Permanent du CADTM, taxe les accords de libres échanges tels que libellés par les puissances impérialistes à travers l’organisation mondiale du commerce d’arnaque. Selon, lui les pays comme le Burkina Faso perdent d’importantes sommes d’argent à travers ses accords dont les conséquences sont désastreuses pour les économies nationales. Il poursuit en qualifiant d’irraisonnable voire d’un manque d’intelligence de la part des États africains de renoncer aux droits de douane sur leurs importations à hauteur de 70% sous injonction de l’Union européenne pour ne se contenter que des subsides qu’elle leur accorde à travers de viles mesures de compassassions. Parlant de l’inopportunité des États africains à renoncer aux droits douaniers sur leurs importations à hauteurs de 70% pour ne se contenter que des subsides compensatoires, le Secrétaire Permanent tourne en dérision tout en ironisant il convoque un proverbe en langue nationale Bamanan-Kan ou Dioula « on ne doit pas laisser le poisson qui est dans la main au profit de celui qui est sous le pied dans l’eau. Il termine pour dire, pourtant, le recouvrement intégral des droits douaniers pourrait couvrir l’essentiel des dépenses liées à la satisfaction des besoins les plus élémentaires des populations africaines qui doublera d’ici à 2050.

Dans la même perspective, de dénonciation de l’option faite par les États africains à s’engager dans les accords de libre-échange avec l’Union Européenne et le reste du monde dans le contexte actuel de la position de l’Afrique, dans le concert des nations L.Ilboudo nous renseigne que presque tous les pays qui se disent développés ont adopté une politique protectionniste même si par la suite ils ont opté pour le libre-échange. Sur la question en citant Paul Bairoch L. Ilboudo avance ceci : les États-Unis « patrie et bastillon du protectionnisme moderne » ont dès 1816 jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale ont le plus pratiqué le protectionnisme, mais, pas bien avant avoir consolidé leurs assises économiques. Il en est de même pour la Grande Bretagne qui a solidifié ses assises technologiques avant se porter porte-étendard du protectionnisme.

  • Le ré-endettement des États africains une conséquence de l’omniprésence des pratiques corruptives et le détournement des deniers publics au sein des administrations publiques.
    Chaque année l’État burkinabè recourt en l’endettement sous le prétexte de déficits budgétaires structurels. Pourtant, les rapports annuels produits par les structures de contrôle des dépenses de l’État révèlent une prédation à grande échelle et une corruption endémique entretenues au sein des services publics de l’État. Au-delà même de ces rapports, les faits de corruptions et de détournements de deniers publics révélés à chaque parution des bimensuels comme Le Reporter, l’Evènement et le courrier confidentiel foisonnent.
  • En guise d’exemple, on peut lire à travers quelques-uns de ces bimensuels : Sotraco forte odeur d’enrichissement personnel du directeur général in l’Evènement n° 458 du 25 novembre 2021, De faux ordre de mission établis pour s’offrir indûment des frais in Le Reporter n°313 du 1er au 14 juillet 2021, Ministère des Transports, la pompe à Sous du ministre Dabilgou in l’Evènement n°430 du 25 septembre 2020. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Broulaye Bagayogo dit ne rien comprendre de l’acceptation voire la légalisation par l’État burkinabè de pratiques corruptives, de prédation et de détournements de fonds à l’heure où il s’est engagé sur un vaste chantier comme le programme de développement économique et social 2016- 2020 exigeant une enveloppe d’environ 2000 Milliard de Francs CFA par an pendant toute sa durée. Or, ce montant représente environ 30% de son PIB avec des recettes fiscales mobilisées représentant en moyenne 15,5% de son PIB pendant les trois (3) dernières années précédant son adoption et des dépenses courantes absorbent environ 13,5% du PIB créant ainsi un besoin de financement important à combler. C’est bien d’ailleurs la raison pour laquelle le Directeur Exécutif du CIFOEB établit une très forte corrélation entre la corruption et l’endettement d’un État. Pour lui, la courbe du niveau de corruption croit au même rythme que celle de l’endettement. Une telle corrélation selon lui, s’observe à plusieurs niveaux. D’abord, les agents de recouvrement des impôts en se faisant corrompre recouvreront peu au profit du trésor public. Ensuite, le peu qui est recouvré est aussi détourné par ceux qui en auront sa gestion si bien qu’à la fin il n’y’ aura pas grand-chose il faut recourir à l’endettement. Aussi dit-il, il est inconcevable que des montants d’argents contractés par l’État burkinabè pour des réalisations de projets soient détournés à travers des pratiques corruptives. Ces montants détournés contribuent à la dégradation de la qualité des infrastructures en chantier ou en finition si bien qu’il faut les reconstruire en si peu de temps en se réendettant sans avoir remboursé les premières. Parlant de la mauvaise qualité des infrastructures, cette dernière décennie l’État burkinabè a été mis à rude épreuve suite à des effondrements récurrents d’édifice publics en chantier ou en finition au point même de nommer le vent où la pluie de contrôleur naturel. C’est ce que le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la réalisation des infrastructures publique et l’acquisition d’équipements par les maîtres d’ouvrages délégués exprime mieux. Selon ledit rapport entre 2010 et 2016, l’État burkinabè il a été dénombré sur toute l’étendue de son territoire, 502 infrastructures publiques en souffrance. La qualité des infrastructures incriminées portait essentiellement sur leur mauvaise exécution dont le manque à gagner de l’échantillon prélevé sur les 502 infrastructures se chiffrait à la somme de cinq milliards deux cent soixante millions deux cent quarante un mille huit cent quatre (5 263 241 804) F CFA.

Pourtant si l’on en croit Jean-Baptiste Natama Secrétaire Permanent du mécanisme africain d’évaluation par les pairs cité par le secrétaire général du SNAID Zakaria Bayiré (2020), le manque à gagner aurait dû relever de 25% de son produit intérieur brut. Et si l’on se base sur le PIB actuel du Burkina, celui de 2014, ça nous fera à peu près 1000 milliards de francs CFA »

Malheureusement, l’État burkinabè et les institutions de Breton Wood refusent d’analyser aussi le déficit budgétaire comme la conséquence de la corruption et des détournements de deniers public encore moins de les combattre. Mieux, ils font l’apologie d’une économie criminelle en décorant les grands prédateurs de l’État. A contrario, les dénonciateurs des pratiques corruptives et de la prédation au sein des administrations publiques font le plus souvent l’objet d’intimidations, d’affectations arbitraires dans des localités très loin de la capitale et subissent parfois même des licenciements abusifs. Le cas le plus récent nous est révélé par « l’Évènement » dans sa parution n°457 du 10 novembre 2021 dans lequel quand bien même le Directeur Général Adjoint des Douanes, l’inspecteur divisionnaire William Allassane Kaboré soient mis en examen et placé sous contrôle judiciaire en juin 2020, pour enrichissement illicite, délit d’apparence et de blanchiment de capitaux, ils furent proposés comme travailleur méritant pour être décorés dans le cadre de la célébration du 61e anniversaire des ‘’indépendances’’ le 11 décembre 2021.

Cependant, le directeur provincial de la police d Zondoma le commissaire principal Pascal Ilboudo a subi les menaces du directeur régional de la police du Nord, pour avoir dénoncé le clanisme, la corruption, le refus de réintégration malgré une décision de justice des policiers affiliés à l’Alliance Police Nationale licenciés abusivement. N’eut été la décision du tribunal administratif de Ouahigouya annulant les sanctions et celles qui étaient en cours le commissaire principal pascal Ilboudo devrait répondre de franchise et son honnête devant un conseil de discipline.

  • L’appel du 29 juillet 1987 vision légitime ou responsabilité inassumée ?
    D’après ce qui précède en faisant le bilan de l’Afrique, dans son cheminement à travers l’Histoire des peuples et des relations internationales entre elle et le reste du monde, nous déduisons que l’appel de Thomas Sankara à l’endroit de ses pairs à constituer un front uni contre la dette africaine est bel et bien une posture légitime d’autant plus que la quintessence et l’essence de son appel reposent fondamentalement sur les deux conditions essentielles formulées par Sack pour répudier une dette. C’est en cela que Jean Ziegler montre qu’en replaçant le discours de Thomas Sankara dans son contexte, son originalité et son actualité a laissé entendre ceci : « Le discours sur la dette tenue le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba est probablement, parmi les discours de Sankara le plus impitoyable, le plus profondément intelligent. Il mettait radicalement en question le système international qui écrase l’Afrique. Les propos tenus ce jour-là par le Président du Burkina Faso sont d’une totale actualité »

Pour le Secrétaire Général du MBDHP l’appel lancé par Thomas Sankara le 29 juillet 1987, à l’endroit de ses pairs est bel et bien légitime et d’actualité dans la mesure où la dette extérieure des États africains se présente comme un instrument de domination. Selon, lui, il est démontré que la dette africaine a été inutile, elle n’a pas permis d’améliorer les Droits Humains, d’enclencher un développement réel pour nos États. Tout au contraire, les fortes sommes utilisées par le Burkina Faso pour assurer le service de la dette auraient pu être réaffectées dans l’investissement, les secteurs sociaux comme l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable, la création d’emplois pour les jeunes. En ce qui concerne l’impact du service de la dette sur les droits humains, sous l’hypothèse que la dette africaine est indue, en se prêtant à l’exercice du Centre de formation d’information et d’étude sur le Budget sur les trop perçus des membres du gouvernement de Rock Marc Christian Kaboré de 2016-22020 et en prenant en compte le service de la dette du Burkina Faso rien que ces six dernières années, on ne peut que déduire que le service de la dette publique du Burkina Faso hypothèque sérieusement les droits humains des populations.

En effet, entre 2016-2020 en violation au décret 2008-891/PRES/PM/MEF du 31 décembre 2008 portant rémunération du Premier ministre, des présidents d’institutions et des membres du gouvernement, le CIFOEB a détecté que certains membres du gouvernement de Rock Marc Christian Kaboré ont bénéficié indûment des salaires de trop perçu s’élevant à 2.090. 741.505 FCFA. Pour le CIFOEB si cette somme de trop perçu avait été investie dans la construction d’infrastructures publiques, elle aurait servi à la construction de 69 blocs de 3 salles de classes ou 38 CEG ou 67 maternités ou encore 272 dépôts MEG de 2016 à 2020. Si l’on reproduit cet exercice en lien avec les 2785,82 milliards qui ont servi à assurer le service de la dette ces six dernières années, l’on se rend compte que les populations burkinabè ont été privées de la construction 91939,43 blocs de 3 salles de classes, 50633,31 CEG, 89274,52 maternités et 362427,90 dépôts de médicaments essentiellement génériques.

En plus, les politiques d’austérité imposées au Burkina Faso à travers les PAS en lien avec le remboursement de la dette ont contribué à réduire drastiquement les budgets alloués aux secteurs sociaux tels l’éducation, la santé et l’emploi. Cette réduction drastiques des budgets alloués à ces secteurs a eu pour conséquence la privatisation de la santé, de l’éducation et à une poussée du chômage juvénile. Si l’on s’en tient à l’annuaire statistique de l’enseignement post-primaire et secondaire (2022) il a été recensé au titre de l’année scolaire 2020-2021, 2202 établissements privés sur l’ensemble des 4306 établissements de l’enseignement général soit un taux de 51, 14. La privation de l’école est très criarde dans la région du Centre abritant la capitale Ouagadougou.

En effet, sur les 929 établissements de l’enseignement général recensé dans la région du Centre 772 sont privés soit un taux de 83, 1. Le comble c’est que les promoteurs des établissements accordent plus d’importance à la maximisation du profit plutôt qu’à la qualité de l’enseignement. Il n’est plus rare de voir des privés se constituer dans le paysage éducatif du Burkina sans aucune autorisation préalable. En rappel, le secrétaire général du MENAPLN à travers le communiqué N°2019/000775/MENAPLN/SG/DGEFG/DGEP du 08/08/2019 informait les élèves et parents d’élèves de ce que 315 établissements d’enseignement officiaient sans aucune reconnaissance du ministère. Il a ajouté que 789 établissements d’enseignement officiant dans des irrégularités moins graves que celles à fermer bénéficieront d’un accompagnement de la part de l’État.

En se fondant sur ces listes publiées et concernant ces établissements illégaux nous nous sommes interrogés comment un nombre si important d’établissements ont pu fonctionner pendant des années en toute impunité dans la formation des décideurs de demain. Or Joseph Ki zerbo (1990) avait déjà mis en garde toute nation qui brade son système éducatif périra.

De même, dans le domaine de la Santé, le gouverneur de la Région du Centre Sibiri de Issa Ouédraogo par arrêté N°2022/E0001/MATDS/RCEN/GVTO/SG du 06/1/2022 informait de l’opinion publique nationale de la fermeture 46 établissements sanitaires privés de la région du Centre ne respectant pas les dispositions des autorisations d’ouverture des formations sanitaires privées.

Bien avant une telle décision, la RTB annonçait le 16 mars 2021 du démantèlement de trois cabinets médicaux existant dans l’illégalité par la gendarmerie de l’arrondissement de Nongr Massom. En 2015, le rapport général de la commission d’enquête parlementaire sur le système de santé au Burkina Faso conduite sous la transition avait noté l’existence de structures de santé privées fonctionnant dans l’illégalité parmi les nombreux autres problèmes qui hypothèquent la garantie de la qualité des soins de santé aux populations. L’ouvrage titré « une médecine inhospitalière, les difficiles relations entre soignants et soignés dans cinq capitales d’Afrique de l’Ouest » sous la direction de Yannick Jaffré et Jean Pierre Olivier de Sardan rend mieux du dysfonctionnement du système de santé au Burkina. Comment des Centres de santé malades peuvent garantir une santé aux malades qui les fréquentent. S’interrogent-ils ?

Cependant, Le directeur de publication de l’hebdomadaire économique l’Économiste du Faso Abdoulaye Tao estime quant à lui que les États africains continuent de bénéficier de la confiance des créanciers quand bien même les mécanismes de d’endettement sont forts bien critiquables. Il reconnaît que les créanciers en criblant les États africains de dette vise leur insolvabilité pour faire main basse sur leurs richesses ce qui est moralement détestable. Il faut le combattre. Mais, comme on a dit on négocie souvent avec le couteau sur la gorge. Pour se soustraire il faut déjà vider le stock de dette, développer votre économie au point d’être indépendant !

BROULAYE BAGAYOGO rétorque en indiquant que l’appel de Thomas Sankara est actuellement plus d’actualité qu’au moment où il interpellait ses pairs le 29 juillet 1987 à constituer un front uni contre la dette dans la mesure où le degré de pillage des richesses minières énergétique agrosylvo-pastorales n’avait pas atteint celui d’aujourd’hui. A l’heure où Thomas Sankara lançait cet appel on n’avait pas encore découvert des gisements de minerais encore moins de les piller. Au-delà du niveau des taux élevés, le suivi et le respect strict des mesures des PAS sont une condition pour bénéficier de nouveaux prêts. Or, les PAS ont créé une impasse au développement. En réalité, toute la dette africaine n’a pas existé, certaines sont fictives à travers le truchement du jeu monétaire. Ce jeu monétaire s’exprime par le fait qu’une partie non moins négligeable du remboursement du stock de la dette s’effectue en devise. Les africains perdent beaucoup d’argent lorsque leurs recettes d’exportation sont converties en dollars. En guise d’exemple, leurs recettes d’exportation de 1500 Millions de Dollar équivalent en 1 500 Millions de Dollar si un Euro est égal à 1 Dollar. En revanche, cette même recette d’exportation se réduit à un Milliard d’Euro lorsque l’Euro s’apprécie et s’échange à 1,5 Dollar on constate ici une perte d’échange sérieuse des Africains de 500 Milliards de Dollars correspondant à 250 Milliards de Francs CFA. Cela veut dire que si l’Euro vaut demain le double de la devise Américaine, les revenus d’exportation des Africains seront amputés automatiquement de leur moitié. Je vous prends un exemple pour vous faciliter la tâche : soit une dette Africaine de 100 Milliards de Dollars, si un Dollar est égal à un Euro alors 100 Milliards de Dollars de dette est 100 Milliards d’Euro ; mais lorsqu’un Dollar est égal 1,25 Euro ou si un Euro est égal 0,80 Dollar alors la dette Africaine devient 125 Milliards d’Euro par la pratique du jeu monétaire. Donc, notre dette à grimper sans un emprunt complémentaire à travers la pratique du jeu monétaire. Une autre dette qui n’a pas existé, ça c’est la dette coloniale, les créanciers se sont endettés pour venir coloniser nos pays, après les indépendances on nous dit de rembourser cette dette ; cette dette a servi a qui et pendant la même colonisation vous conviendrez avec moi que les européens ont construit leur fortune grâce au commerce triangulaire. Et donc on parle aussi de la dette de sang, alors tout le monde sait l’histoire des tirailleurs Sénégalais, tout le monde sait que nos grands-parents ont libéré la France des mains de l’Allemagne. Voilà tout cela constitue une dette que SANKARA aborde dans son discours la dette de sang qui ne nous a pas été remboursée. Ensuite, des chercheurs ont dit que 20% des prêts accordés à l’Afrique constituent des pots de vins. Donc SANKARA a alerté la conscience de ses collègues sur cette problématique qui ont refusé malheureusement de l’écouter !

L’artiste ivoirien Moussa Doumbia plus connu sous le nom de Tyken Jah Fakoly ne donne-t-il pas raison à Broulaye Bagayogo lorsqu’il dit être étonné qu’on dise que l’Afrique est endettée, à travers le 13e titre de son 7e album baptisé « coup de gueule l’Afrique doit du fric ». Ce titre fait allusion à la dette et à esclavage de sang. Dans son deuxième couplet, il fait allusion à la fuite des capitaux, à la corruption, les détournements de deniers publics. A travers son troisième couplet, l’artiste fait référence à la mise en place par l’occident des valets locaux à la tête des États africains à leur solde pour piller et appliquer les politiques néolibérales contre le développement de l’Afrique. Dans son quatrième couplet il fait référence à l’argent sale que les puissances occidentales et leurs valets locaux engrangent à travers des guerres causant le malheur des africains. C’est pourquoi il insiste dans ce couplet sur la reconnaissance de la dette de sang non après 400 ans d’esclavage, plusieurs années de travaux forcés. Dans son sixième couplet, il dénonce l’économie criminelle érigée par les institutions de Breton woods de connivence avec ses valets locaux.

 Conclusion :

Jusque-là l’Afrique reste enfermée dans le piège de l’endettement, pourra-t-elle s’en sortir dans ce trouble jeu où les règles et les mécanismes d’endettement lui échappent. Étant entendu que l’appel de Thomas Sankara relève d’une vision légitime il sied de remettre le débat du refus de remboursement de dette sur la table en mobilisant les arguments. Il sied de créer un rapport de force autour de fortes mobilisations pour exiger l’annulation de la dette.

Par la suite, exiger un audit de la dette publique africaine à travers un collectif composé de toutes les couches sociales de la société notamment les victimes des plans d’ajustements structurels, des personnes compétences sur les questions de l’économie, de droit et de sociologie pour analyser les aspects sociologiques de la dette c’est-à-dire son impact sur les droits humains, l’économiste quant à lui analysera l’impact de la dette sur les économies nationales et enfin le juriste déterminera si les accords de prêts ont respecté les normes nationales, le caractère usurier ou non des taux d’intérêts des emprunts. À ce stade une fois le rapport d’audit validé, l’opinion saura les emprunts qui ont servi aux intérêts des peuples et ceux détournés au profit des dirigeantes et les créanciers.

Plaider pour l’encadrement strict du recours à l’endettement pour se protéger contre les dérives observées depuis plusieurs décennies en procédant à la constitutionnalisation de la dette comme l’ont fait Equateur et la Bolivie

Renforcer les mécanismes de recouvrement des recettes fiscales en mettant fin au pillage des ressources naturelles et à l’impunité des multinationales

 Bibliographie :

BADIEL, S, préoccupation des travailleurs du Public et du privé dans un contexte de remise en cause des droits démocratiques et sociaux : analyse du projet de réforme du système de rémunération des agents publics de l’État engagés par le gouvernement in les conférences CGTB-B, édition 2020 pp 5-24

BAYIRE, Z et Sawadogo, M, la gestion de la richesse nationale in les conférences CGTB-B, édition 2020 pp 51-63

DIALLO, M, la domination et l’exploitation impérialiste, obstacle à l’indépendance, au progrès social et économique véritables des pays africains. in les conférences CGTB-B, édition 2020 pp 126-132

Fattoreli, M, L, 2013, Audit citoyen de la dette publique, expériences et méthodes 259p

Ilboudo , L, Libre échange et développement, quelles leçons pour l’Afrique subsaharienne in n°000 Défis Économiques du 15 septembre au 15 octobre 2012

Le Reporter, Enseignement post-primaire et secondaire général. De faux ordre de mission établis pour s’offrir indûment des frais ; n°313 du 1er au 14 juillet 2021 pp7-8

NABALOUM, A, K, Société minière SEMAFO. Soupçons de fraude fiscale d’une valeur de 153 millions FCFA in Le Reporter n°314 du 15 au 31 juillet 2021 pp 5-6

Réseau national de lutte anti-corruption, État de la corruption au Burkina Faso, rapport 2020, 163

TOUSSAINT, E, 2017, Le système dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, les liens qui libèrent, France, 333p

TRAORE, A, Fraudes fiscales plus de 880 milliards perdus par le Trésor public in l’Evènement n°416 du 25 février 2020 pp 9-10

VERSCHAVE, F, X, 2002, L’envers de la dette Criminalité politique et économique au Congo-Brazza et en Angola 218p

Ziegler, J, Thomas Sankara et Ziegler Jean, discours, discours sur la dette. Discours d’Addis Abeba, de Thomas Sankara, Elytis Edition

Source : https://www.cadtm.org/Colloque-international-Thomas-Sankara-et-le-developpement

The post Thomas SANKARA et le refus du remboursement de la dette extérieure des Etats africains : Vision légitime ou responsabilité inassumée ? Cas du Burkina Faso first appeared on Thomas Sankara Website - Officiel.

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Par Kakiswendépoulmdé Anselme Lalsaga

En ce qui concerne le rapport de la Révolution à la religion, d’une manière générale, le moins que l’on puisse dire est qu’il y avait des tensions. Certes, jusqu’alors, les recherches n’ont pas prouvé l’existence d’une politique officielle établie par le CNR en vue d’une liquidation en règle des religions pendant la Révolution. Thomas SANKARA avait d’ailleurs déclaré à ce sujet : « Des informations nous reviennent selon lesquelles le Capitaine SANKARA et la Révolution sont contre les religions ; n’en croyez rien ! Quand on dirige un peuple de croyants, il est impossible d’être contre les religions. Ce serait insensé ! Rassurez-vous ; la Révolution n’est contre aucune religion ! » (Alfred Yambangba SAWADOGO, 2001, Le président Thomas SANKARA, chef de la révolution burkinabè : 1983-1987, portrait, Paris, L’Harmattan, page 113).

Mais, c’est plutôt au niveau des sources idéologiques de la Révolution, l’utilisation d’une phraséologie foncièrement empreinte du marxisme-léninisme, la transposition de ce discours naturellement athée sur la pratique gestionnaire et enfin la volonté de contrôle total de toutes les organisations fussent-elles religieuses par les CDR que les tensions s’étaient nourries.

L’on peut dire que l’empreinte marxiste s’est manifestement répercutée sur les rapports entre le CNR et les institutions religieuses, rapports qui s’étaient inscrits dans une certaine conflictualité. Dans le contexte de la RDP, les institutions religieuses n’avaient pas été toujours vues comme des forces concourant à la quête de l’idéal politique poursuivi. La fidélité que les révolutionnaires proclamaient à l’endroit de leurs inspirateurs marxistes n’était donc pas de nature à garantir des relations saines entre eux et le monde religieux. De ce fait, on avait pu constater que sur le plan discursif ou pratique, des partisans du CNR avaient nourri une certaine hostilité envers les institutions religieuses, qu’ils accusaient de prendre part à la réaction contre le régime.

La création des CDR était une stratégie du pouvoir révolutionnaire pour arriver à s’introduire dans toutes les organisations sociales et faire de ces dernières des bases de soutien. Cette démarche ne trouva pas l’assentiment des institutions religieuses dont le mutisme remarqué constituait une sorte de résistance à la visée dominatrice du CNR sur elles. Sur cette question, Édouard OUÉDRAOGO déclare : « Un système révolutionnaire ne peut pas s’accommoder de bonnes grâces avec tout ce qui est force organisée qu’il ne contrôle pas. Or cette Révolution a éclaté dans un pays [Burkina Faso] où il existait quand même des forces organisées [les religieux] qui n’ont pas été faciles à pénétrer » (Édouard OUÉDRAOGO : entretien du 09 août 2005 au siège de L’Observateur).

À l’approche même du 04 août 1983, Babou Paulin BAMOUNI avait écrit : « On ne peut pas parler d’évolution politique en Haute-Volta sans tenir compte des forces féodales et religieuses … qui jouent un rôle dans la vie politique voltaïque. … Les forces religieuses regroupent la communauté chrétienne et la communauté musulmane. Ces forces contribuent à l’orientation politique des différents régimes. Pour ce faire, la communauté chrétienne influence par ses messages les organisations syndicales et politiques. Le haut clergé, par le cardinal Paul ZOUNGRANA interposé, prend chaque fois une position quant à l’orientation de la vie politique. Cette communauté contrôle la jeunesse voltaïque. Des organisations de jeunes ont été implantées partout : JAC (Jeunesse d’Action Catholique), JEC (Jeunesse Etudiante Catholique), JOC (Jeunesse Ouvrière Catholique), JTC (Jeunes Témoins du Christ), plus d’autres mouvements parareligieux : les Guides, les Eclaireurs, les Cœurs vaillants et Ames vaillantes, etc. Tous ces jeunes, hommes politiques potentiels, étant entre les mains du fatalisme et de la réaction rétrograde, il y aura pour longtemps encore des esprits prêts à défendre le système qui nous exploite. Du côté de la communauté musulmane, la canalisation de la jeunesse est faite par le biais de l’école coranique où l’obscurantisme enveloppe un esprit conservateur. En 1973, l’on comptait selon les statistiques 1 538 750 musulmans dans le pays. La communauté musulmane d’une façon générale agit avec l’occultisme, c’est-à-dire le maraboutage qui influence énormément les Voltaïques et plus particulièrement les petit-bourgeois qui luttent par tous les moyens pour conserver leurs postes ou leurs privilèges politico-bureaucratiques » (Babou Paulin BAMOUNI, « L’évolution politique de la Haute-Volta » in Peuples noirs, peuples africains n°34 de juillet – août 1983, p.p. 53 – 74, dans les sites : http://mongobeti.arts.uwa.edu.au / et http://www.thomassankara.net ). Certes, on peut considérer ces affirmations comme personnelles et n’engageant pas forcément ou totalement tous les leaders révolutionnaires. Toujours est-il que ces procès des institutions religieuses ont influencé de nombreux révolutionnaires et justifié leur méfiance et leur agressivité vis-à-vis des responsables religieux. Rappelons qu’après le 04 août 1983, Babou Paulin BAMOUNI a été promu à un poste politique important, celui de directeur de la presse écrite. Aussi était-il considéré comme un idéologue de la Révolution à travers ses écrits dans l’hebdomadaire Carrefour africain où il animait principalement la rubrique Idéologie.

Les tentatives du CNR de mettre les institutions religieuses sous son contrôle exprimaient clairement sa crainte de voir ces dernières, dont les théories étaient à l’antipode du marxisme, œuvrer contre lui. Ces opérations allaient nourrir des relations orageuses que nous voulons exposer dans cette partie de notre réflexion. Certes, ainsi que dit plus haut, il n’y a pas eu véritablement une politique concertée de l’instance suprême du CNR pour opprimer les institutions religieuses. Mais, comme le souligne Édouard OUÉDRAOGO, à travers même la stratégie d’action des CDR, leurs déclarations, leurs veillées-débats, on savait que les forces religieuses étaient dans le collimateur du pouvoir révolutionnaire (Édouard OUÉDRAOGO : entretien du 09 août 2005 au siège de L’Observateur paalga). D’après Achille TAPSOBA, au-delà du discours, l’opposition entre la Révolution et les religions n’était pas systématique, mais le message vulgarisé par celles-ci n’était pas toujours de nature à rassurer les révolutionnaires. Cela étant, il y a eu des moments de tension entre certains religieux et les acteurs de la Révolution, notamment les CDR (Achille TAPSOBA : entretien du 27 juillet 2005 à l’Assemblée nationale). Nous abordons la problématique du rapport de la Révolution aux religions en trois temps : les références marxistes-léninistes de la Révolution, les confessions chrétiennes à l’épreuve de la Révolution et la communauté musulmane face aux ingérences des CDR.

Docteur Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA (KAMMANL), État, Révolution et transition démocratique au Burkina Faso: le rôle des structures populaires révolutionnaires de l’avènement de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) à la restauration de la République, thèse de doctorat en Histoire politique et sociale, p.p. 282-284.

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La politique en faveur de la femme sous la révolution. L’Émancipation de la femme : une exigence révolutionnaire https://www.thomassankara.net/politique-faveur-de-femme-revolution-lemancipation-de-femme-exigence-revolutionnaire/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=politique-faveur-de-femme-revolution-lemancipation-de-femme-exigence-revolutionnaire https://www.thomassankara.net/politique-faveur-de-femme-revolution-lemancipation-de-femme-exigence-revolutionnaire/#respond Sun, 07 Nov 2021 11:24:20 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=245375 Par Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA Le CNR considéra l’émancipation de la femme comme une nécessité dans l’approfondissement du processus révolutionnaire : « La Révolution et l’émancipation de la femme vont de pair. Et ce n’est pas un acte de charité ou un élan d’humanisme que de parler de l’émancipation de la femme. C’est une […]

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Par Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA
Le CNR considéra l’émancipation de la femme comme une nécessité dans l’approfondissement du processus révolutionnaire : « La Révolution et l’émancipation de la femme vont de pair. Et ce n’est pas un acte de charité ou un élan d’humanisme que de parler de l’émancipation de la femme. C’est une nécessité fondamentale pour le triomphe de la Révolution. Les femmes portent en elles l’autre moitié du ciel » (CNR, 1983, Discours d’orientation politique, Ouagadougou, Ministère de l’Information, page 36  voir le discours à http://www.thomassankara.net/discours-d-orientation-politique-2/). Cette conception de la Révolution sur la femme fut à l’origine d’une véritable reconversion des mentalités qui mit désormais la femme au cœur de la vie politique et socio-économique, faisant d’elle une actrice de premier plan dans le projet de développement. Dans un pays où les femmes étaient condamnées par la routine coutumière à jouer les seconds rôles, la politique féministe du CNR constitua une profonde redéfinition des rapports de genre. La complémentarité entre l’homme et la femme fut célébrée comme une grande valeur pour l’enracinement de la Révolution. Il s’est agi de façon globale d’une politique qui a engagé résolument les femmes dans la lutte collective révolutionnaire pour développer le Burkina Faso. Notre préoccupation dans cette partie de notre travail est d’appréhender l’ampleur et la qualité des initiatives du CNR avec le soutien des CDR pour l’émancipation de la femme.

La création de la DMOF et de L’UFB

L’idée de créer une organisation féminine pour la promotion des femmes germa très vite au niveau du CNR. Les bases de cette organisation furent jetées avec l’institution de la Direction de la Mobilisation et de l’Organisation des Femmes (DMOF) en octobre 1984, une structure directement liée au SGN-CDR qui assurait son fonctionnement.
La DMOF se voulait un cadre de réflexion et d’action dont la finalité était d’aboutir à l’épanouissement véritable de la femme burkinabè. Elle a servi de premier canal au pouvoir pour mettre en valeur sa politique en faveur de la femme. Du 1er au 08 mars 1985, eut lieu à Ouagadougou la Semaine nationale de la femme. Grâce à l’œuvre de la DMOF, plus de 300 femmes de tous les horizons du Burkina Faso se rassemblèrent pour réfléchir sur les problèmes qui les encellulaient dans les conditions difficiles. À cette occasion, trois commissions principales menèrent des réflexions et proposèrent des résolutions pour améliorer la condition féminine. Une commission réfléchit sur la situation juridique de la femme, surtout au niveau de la famille, et émit l’idée d’élaboration d’un Code de la famille. La deuxième commission traita du droit de la femme à l’éducation et prôna une alphabétisation et une scolarisation des personnes du sexe féminin à grande échelle. Quant à la troisième commission, elle orienta sa réflexion sur la place de la femme dans la construction économique et sociale du pays.
Dans le souci de rendre plus efficiente l’œuvre de la DMOF, le SGN-CDR créa en septembre 1985 l’UFB, structurellement rattachée aux CDR. La directive instituant l’UFB affirmait vertement d’ailleurs qu’elle était une émanation des comités de CDR (Capitaine Pierre OUÉDRAOGO « Directive du Secrétariat général des CDR relative à la mise en place de l’Organisation des femmes » in Sidwaya n° 359 du 23 septembre 1986, page 2). Cette dépendance de l’UFB vis-à-vis des CDR était encore visible au niveau des dispositions statutaires qui se calquaient directement sur le Statut général des CDR. La dissolution de la DMOF à la fin de l’année 1986 décapita l’UFB qui sombra dans la désorganisation. Thomas SANKARA annonça la mise en place d’un bureau national le 08 mars 1987, mais cela s’avéra sans suite. Les tractations nourries par des calomnies et des mesquineries, des rivalités et des querelles de préséance maintinrent l’UFB dans un certain dysfonctionnement jusqu’au 15 octobre 1987 (Ludo MARTENS, 1989, Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè, Berchem, EPO International, pages 27 et 28).
Le pouvoir a eu une nette responsabilité dans les dysfonctionnements dont a été victime l’organisation des femmes. Il y a lieu alors de mettre en cause le rattachement intrinsèque de l’UFB aux CDR. Cette subordination fut à la source des difficultés de l’UFB et, au lieu de libérer la femme, consacra son maintien dans un certain confinement politique. On peut reprendre à ce compte cette affirmation de deux responsables de l’UFB peu après le 15 octobre : « Dans l’UFB, nous ne maîtrisions plus notre action. Les dirigeants du CNR passaient au-dessus de la tête des responsables de l’UFB pour donner des instructions à des éléments de base » (propos de Véronique KANDO et de Madeleine OUÉDRAOGO rapportés par Ludo MARTENS, 1989, idem, page 23). De même, Alima TRAORÉ affirma : « Le Secrétariat Général National nous considérait comme une structure subordonnée qu’il contrôlait étroitement. Sur papier nous étions chargées de la coordination de toutes les actions des femmes, mais on nous refusait les moyens politiques de la réaliser. Pour chaque action que nous voulions entreprendre, il fallait l’approbation du Secrétariat général. Ainsi, beaucoup d’initiatives ont été tuées, nous devenions de plus en plus une structure administrative et bureaucratique » (propos de Véronique KANDO et de Madeleine OUÉDRAOGO rapportés par Ludo MARTENS, 1989, idem, page 23). Finalement, un travail de sape de l’indépendance effective des femmes était ourdi par les dirigeants du CNR. Du discours profondément féministe à l’action, la contradiction était flagrante.
Ce n’est cependant pas une raison pour noircir toute l’œuvre entreprise par le CNR en faveur de la femme à travers premièrement la DMOF et ensuite l’UFB. Cette politique a eu la vertu d’avoir suscité une réelle prise de conscience sur le rôle indispensable de la femme dans la société et la nécessité de la participation de cette frange à la construction d’une société prospère. Malgré toutes ces insuffisances, c’est une politique qui a provoqué un véritable chamboulement des mentalités pour un regard plus juste sur la femme. Jamais aucun gouvernement au Burkina Faso ne s’y était investi à un tel degré pour cette cause pourtant juste.

La bataille pour l’émancipation économique de la femme

Le CNR estima que l’émancipation de la femme passait obligatoirement par son indépendance économique. Or, la femme était pratiquement exclue de l’activité économique moderne, et seulement 5% des femmes étaient employées dans les entreprises privées en 1983 (propos de Véronique KANDO et de Madeleine OUÉDRAOGO rapportés par Ludo MARTENS, 1989, Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè, Berchem, EPO International, page 26). Dans de nombreux secteurs de la vie professionnelle, les femmes étaient marginalisées sur la base de préétablis qui avançaient leur infériorité et leur nullité à produire quelque chose de positif. La situation était plus critique à cause du taux parlant de la faiblesse de la scolarisation et de l’alphabétisation qui frappait majoritairement les femmes. Bref, de façon globale, la situation économique de la femme était peu enviable. Pour le CNR, la responsabilité de cette précarité économique incombait aux régimes antérieurs, célèbres par les systèmes d’exploitation qu’ils avaient mis en place. La nécessité de promouvoir l’indépendance économique de la gent féminine devenait ainsi une mission exaltante pour le CNR.
Pour ce faire, le CNR ouvrit l’accès des postes politiques aux femmes. Depuis longtemps, ces responsabilités semblaient être réservées aux hommes. Le cas le plus spectaculaire de cette ouverture fut l’entrée en force de femmes dans l’équipe gouvernementale. À partir de 1984, les femmes disposèrent désormais de portefeuilles ministériels clés, une innovation extraordinaire sans doute pour bousculer les mentalités : la gestion d’un ministère n’est pas seulement l’apanage de l’homme, la femme peut le faire aussi, et même mieux. Il s’agit alors d’une volonté manifeste de déboulonner tout un système sectariste et sexiste qui, selon l’entendement du CNR, s’accommodait bien aux régimes capitalistes de naguère. Ainsi, à l’occasion du renouvellement du gouvernement en août 1984, trois femmes devinrent ministres : Adèle OUÉDRAOGO au Budget, Rita SAWADOGO au Sport et aux loisirs et Joséphine OUÉDRAOGO à l’Essor familial et à la Solidarité nationale. En 1986, le nombre de femmes dans l’équipe gouvernementale passa à cinq. Quatre femmes devinrent également hauts-commissaires : Aïcha TRAORÉ dans le Passoré, Eve SANOU dans le Sanguié, Béatrice DAMIBA dans le Bazèga et Germaine PITROIPA dans le Kouritenga.
La guerre à l’exclusivisme professionnel écartant la femme fut ainsi déclenchée et força même l’admiration du fait du caractère extraordinaire que revêtaient les actions engagées. La femme possède les mêmes aptitudes que l’homme. À titre d’exemple, cinq femmes suivirent la formation de maçon et furent engagées par l’entreprise GDEIRI, une société de construction (Ludo MARTENS, 1989, Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè, Berchem, EPO International, page 26). À Ouagadougou, 38 femmes, majoritairement analphabètes, avaient appris à conduire des poids lourds (Ludo MARTENS, 1989, page 26).
Concomitamment, les CDR créèrent des entreprises artisanales au profit de l’autosuffisance économique des femmes. Par exemple au secteur 22, l’ONG Sahel-solidarité subventionna avec l’aide des CDR le montage d’une unité de fabrication de savon et de beurre de karité ; la vente de ces produits devait alimenter la caisse d’une coopérative créée par l’UFB (Ludo MARTENS, 1989, page 26). Malheureusement, les membres se partagèrent les rétributions de cette œuvre aux dépens des fonds collectifs. Il s’ensuivit une désolidarisation des femmes du groupement. Ces dernières, après avoir été bien formées, optèrent pour l’expérience individuelle (Ludo MARTENS, 1989, page 26).
Cette banqueroute ne veut cependant pas dire que la totalité des entreprises initiées ont échoué. Des résultats satisfaisants s’en démarquent heureusement. Au secteur 30, les CDR obtinrent un moulin à grains d’une valeur de 5 millions grâce aux cotisations infra-sectorielles et au financement d’une ONG dont l’exploitation généra des bénéfices que les CDR utilisèrent pour l’achat d’une décortiqueuse au prix de 350 000 F CFA (Ludo MARTENS, 1989, page 26). Ils prévirent également la création d’un centre de métiers destiné aux femmes. Un dernier exemple d’initiative fut la création du restaurant Yidigri à Ouagadougou. Ce restaurant dont le nom (en moore) signifiait épanouissement avait été encouragé par le pouvoir. Par exemple, le mercredi 03 décembre 1986, Thomas SANKARA, au sortir du Conseil des ministres, avait invité son gouvernement dans ce restaurant pour prendre le repas du soir (L’Intrus n°0024 du 05 décembre 1986, « Vivre avec les masses ou bouffer avec les masses ? », page 7). De façon globale, la création des entreprises en faveur de la femme a touché tout le territoire national où existaient des CDR. Il reste cependant que de l’avis de certains observateurs, ces entreprises ont eu peu de réussite. C’est l’avis par exemple de Sylvy JAGLIN qui soutient que ces entreprises, de par leur aspect embryonnaire et leurs fortunes aléatoires, bénéficiaient faiblement de la mobilisation de la population, ce qui créait des entraves à la capacité des CDR à encadrer dûment le développement local (Sylvy JAGLIN, 1994, Gestion urbaine partagée à Ouagadougou : pouvoirs et périphéries (1983-1991), Paris, Karthala, page 339).
Malgré tout, il convient de complimenter l’initiative de toutes ces entreprises qui, au-delà des considérations matérielles et pécuniaires, a défait là une psychologie sexiste longtemps distillée par des traditions ancestrales et a libéré l’énergie productrice maintenue en sommeil chez la femme. Des efforts fort louables ont été faits pour faciliter l’accès de la femme à l’éducation. La scolarisation des jeunes filles connaît un envol sans précédent. En même temps, les CDR et l’organisation des femmes incitèrent les femmes analphabètes à suivre des cours d’alphabétisation. Cette extension de l’éducation à la femme devait renforcer le sentiment de cette dernière quant à sa capacité d’être elle-même l’artisan de son épanouissement économique, gage de renforcement de la Révolution.
En 1985, le pouvoir tenta l’institution d’un salaire dit vital pour aider économiquement les femmes. Il était question de prélever directement sur les salaires des maris une somme pour leurs épouses à la fin de chaque mois. Cette mesure « se justifie par le fait que les problèmes liés notamment à l’éclatement de la famille traditionnelle et aux conséquences psychosociologiques qui en découlent amènent de nombreux pères de famille à s’adonner à l’alcoolisme ou à entretenir des « maîtresses », laissant dans un dénuement plus ou moins total épouses et enfants » (Christine BENABDESSADOK, 1985, « Femmes et révolution : comment libérer la moitié de la société » in Politique africaine n° 20, Le Burkina Faso, Paris, Karthala, page 62). Sur ce phénomène, Thomas SANKARA déclarait : « l’État ne contraint personne au mariage, mais exige que celui qui fonde un foyer assume ses responsabilités […]. Il y a des hommes qui transforment leurs femmes en bonnes à domicile, refusant cependant de leur donner un salaire de bonne, et dissipent en futilités l’argent du foyer. Ce qui du point de vue de la morale simple est immoral, est pour la Révolution démocratique et populaire inacceptable » (lire le discours de Thomas SANKARA à l’An II de la RDP in Sidwaya n°327 du 06 août 1985, p.p. 1 – 5. Le discours est accessible librement en ligne à http://www.thomassankara.net/susciter-lhomme-de-la-liberte-contre-lhomme-du-destin-discours-de-thomas-sankara-4-aout-1985/).
Le salaire vital avait suscité bien des espoirs chez de nombreuses femmes, mais n’a guère connu d’application à cause de la résistance accrue que son institution avait suscitée chez les hommes. Ces derniers n’étant déjà pas contents du nombre croissant des femmes à la tête des institutions publiques de l’État (Richard BANÉGAS, 1993, Insoumissions populaires et révolution au Burkina Faso, Bordeaux, CEAN, page 73). « L’idéologie féodale persiste ; les femmes sont mineures, elles doivent être chapeautées par les hommes » (Ludo MARTENS, 1989, Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè, Berchem, EPO International, page 23). Au-delà de ces mesures socioprofessionnelles, la libération de la femme, c’était aussi la restaurer dans sa dignité. Le respect de cette dignité était la plénitude de l’importance de la femme dans la société. Dans ce sens, le CNR entreprit de lutter contre la prostitution.
Docteur Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA (KAMMANL), “Etat, Révolution et transition démocratique au Burkina Faso: le rôle des structures populaires révolutionnaires de l’avènement de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) à la restauration de la République”, thèse de doctorat en Histoire politique et sociale, p.p. 418- 421.

La lutte contre la prostitution

La morale révolutionnaire considéra la prostitution comme une pratique avilissante et intolérable dans une société qui cultivait l’intégrité morale. Or, cette pratique était bien présente dans les centres urbains, surtout dans la ville de Ouagadougou. Selon un recensement mené par les CDR dans neuf secteurs, 629 prostituées dont 86% étrangères (Ghanéennes et Togolaises) s’appliquaient à deux types de prostitution dans la ville de Ouagadougou : la prostitution professionnelle pratiquée par les étrangères et la prostitution occasionnelle exercée par les Burkinabè (CNR, SGN-CDR, 1986, Rapport des travaux de la première conférence nationale des CDR du Burkina, page 90). L’ampleur de la prostitution, surtout professionnelle, était telle que Bruno JAFFRÉ l’avait décrite misérablement en ces termes : « Une prostitution particulièrement misérable. De jeunes femmes, le plus souvent Ghanéennes ou Togolaises assises devant une toute petite chambre cachée par un rideau, attendaient les clients pour des passes leur rapportant 200 à 400 francs CFA maximums. On les appelait “tabourets” (parce qu’elles s’asseyaient sur des tabourets devant leurs portes pour attendre les clients) » (Bruno JAFFRÉ, 1989, Burkina Faso, les années Sankara : de la Révolution à la Rectification, Paris, L’Harmattan, page 31).
À partir de l’année 1985, le CNR entreprit de combattre ce fléau qui faisait la honte de la société burkinabè. Il définit la prostitution comme une norme d’exploitation qui était en adéquation avec le système capitaliste. C’est parce qu’il y avait des injustices dans la société que la prostitution était pratiquée. Il était donc fondamental de créer une société nouvelle faite de justice et d’égalité. L’édification de cette société était indissociable de la lutte contre le fléau de la prostitution.
Thomas SANKARA accusa l’homme d’être responsable de la prostitution ; la femme est seulement vue comme victime. Dans son discours prononcé le 08 mars 1987, il affirma : « La prostitution […] n’est que la quintessence d’une société où l’exploitation de la femme est érigée en règle. Elle symbolise le mépris que l’homme a de la femme. De cette femme qui n’est autre que la figure douloureuse de la mère, de la sœur ou de l’épouse d’autres hommes dont chacun de nous tous. C’est en définitive, le mépris inconscient que nous avons de nous-mêmes. Il n’y a de prostituées que là où existent des ʺprostituteursʺ et des proxénètes » (Thomas SANKARA, discours du 08 mars 1987 : « Libération de la femme, une exigence future » in Bruno JAFFRÉ, 1989, Les années Sankara, page 304).
Le CNR employa les CDR pour lutter véritablement contre le fléau. Ceux-ci commandèrent d’abord des opérations dites kokoko qui consistaient en des contrôles inopinés de pièces d’identité et de pièces d’état civil de mariage dans les chambres de passe ; toute femme sans carte d’identité prise entre 20 heures et 2 heures du matin était présumée prostituée et gardée à vue à la permanence jusqu’à ce que le contraire soit prouvé (Matthias S. KANSÉ, « Le CNR et les femmes : de la difficulté de libérer la moitié du ciel » in Politique africaine n°33, 1989, Retour au Burkina, Paris, Karthala, page 69). Il s’ensuivit des bavures, ce qui amena l’abandon de ces mesures policières.
La tenue de la première conférence des CDR constitua une opportunité pour le CNR dans la conception de son action anti-prostitution. Elle préconisa des actions préventives d’une part et des actions curatives d’autre part.
Les actions préventives consistèrent en la sensibilisation aux risques de la prostitution, en l’éducation sexuelle dans les écoles et secteurs, en l’actualisation de la loi n°11/64/AN du 4 août 1964, portant réglementation de la circulation des mineurs et fréquentation des dancings, salles de cinéma …, l’interdiction de la projection des films pornographiques (CNR, SGN-CDR, 1986, Rapport des travaux de la première conférence nationale des CDR du Burkina, page 90). Les CDR géographiques furent sollicités pour faire respecter ces mesures.
Quant aux actions curatives, elles devaient aider à trouver des emplois aux prostituées et permettre leur réinsertion sociale (CNR, SGN-CDR, 1986, Rapport des travaux de la première conférence nationale des CDR du Burkina, page 90). Le CNR décria le chômage comme une des causes essentielles de la propagation de la prostitution. Il était impératif donc de concevoir des activités professionnelles pour les prostituées afin qu’elles délaissent leur “service” : « La lutte contre le fléau de la prostitution est indissociable de la transformation qualitative et l’édification d’une société nouvelle […] dans laquelle des membres s’épanouiront par l’exercice d’activités productives et plus saines », déclarait Thomas SANKARA le 08 mars 1986. Les activités proposées furent, entre autres, la couture, la coiffure, le tissage, le commerce.
Mais, cette option du CNR se heurta curieusement à des résistances de la part des prostituées. SANKARA en personne tenta une sensibilisation directe, mais se vit très vite couvert de ridicule. Lors d’un entretien avec les prostituées, il exposa un plan visant à donner un travail à toutes celles que la précarité de la vie poussait à se prostituer. Elles lui répondirent que leur activité ne se limitait pas à l’équation financière ; sans doute, il fallait prendre en compte le besoin de jouir de sa génitalité.
Les ayant bien comprises, Thomas SANKARA proposa de les marier. Ironiquement elles rétorquèrent que certes, il avait bien les moyens de les nourrir toutes, mais il n’était pas évident qu’il arrivât à les satisfaire toutes (Ludo MARTENS, 1989, Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè, Berchem, EPO International, page 27).
Malgré ces résistances significatives des protagonistes, le pouvoir persista dans sa résolution et prit d’assaut les localités de la ville où la prostitution battait son plein. Il détruisit le quartier Bilbambili, réputé être le haut lieu de la prostitution, dans le cadre de la politique d’urbanisation.
La suite de la lutte s’appuya sur les CDR qui, tout en ayant recours à la sensibilisation, procédaient à des arrestations et à la dénonciation des maisons closes ou chambres de passe. La somme de ces actions asséna un coup décisif à la prostitution dont l’ampleur publique avait notablement décru. Assurément, le phénomène n’avait pas été totalement anéanti, mais la politique morale révolutionnaire l’avait décisivement réduit à un stade où il ne pouvait s’exprimer que de façon plus clandestine.
Notons pour terminer que dans sa volonté d’apporter un solutionnement holistique au phénomène de la prostitution, Thomas SANKARA avait prévu l’organisation d’un congrès mondial des prostituées à Ouagadougou (D. BAILLY, « Sankara m’a dit… » in Ivoire Dimanche n° 856 du 05 juillet 1987, page 14). Avec son assassinat, non seulement cette projection n’avait pas abouti, mais encore la prostitution elle-même allait reprendre de plus belle.
La politique de réhabilitation de la femme dans sa dignité, en tant que maillon essentiel de la société et actrice du développement, passa aussi par une croisade contre le phénomène du mariage forcé, usage bien ancré dans le Burkina Faso de l’époque où la tradition pesait encore de façon importante sur la société.
Docteur Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA (KAMMANL), “État, Révolution et transition démocratique au Burkina Faso: le rôle des structures populaires révolutionnaires de l’avènement de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) à la restauration de la République“, thèse de doctorat en Histoire politique et sociale, p.p. 418- 425.

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Blaise Compaoré et la construction d’un nouvel ordre politique après le 15 octobre 1987. La réhabilitation des “forces rétrogrades” : la cooptation des autorités coutumières et religieuses https://www.thomassankara.net/blaise-compaore-construction-dun-nouvel-ordre-politique-apres-15-octobre-1987-rehabilitation-forces-retrogrades-cooptation-autorites-coutumieres-religieuses/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=blaise-compaore-construction-dun-nouvel-ordre-politique-apres-15-octobre-1987-rehabilitation-forces-retrogrades-cooptation-autorites-coutumieres-religieuses https://www.thomassankara.net/blaise-compaore-construction-dun-nouvel-ordre-politique-apres-15-octobre-1987-rehabilitation-forces-retrogrades-cooptation-autorites-coutumieres-religieuses/#comments Tue, 20 Jul 2021 16:57:34 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=244813 Par Docteur Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA Contrairement aux discours d’approfondissement de la Révolution proclamés et à la revendication de fidélité au DOP (NDLR : discours d’orientation politique), Blaise COMPAORÉ œuvra à la cooptation des forces socioreligieuses afin d’élargir son assiette de légitimité. Les pouvoirs coutumiers et les structures des religions instituées, jadis vilipendés, occupèrent […]

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Par Docteur Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA
Contrairement aux discours d’approfondissement de la Révolution proclamés et à la revendication de fidélité au DOP (NDLR : discours d’orientation politique), Blaise COMPAORÉ œuvra à la cooptation des forces socioreligieuses afin d’élargir son assiette de légitimité. Les pouvoirs coutumiers et les structures des religions instituées, jadis vilipendés, occupèrent désormais une place prépondérante dans le processus de construction du nouvel ordre sociopolitique. L’approche nouvelle adoptée par le Front Populaire vis-à-vis de ces forces dites rétrogrades et obscurantistes constitua une remise en cause de la sociologie révolutionnaire telle que prescrite dans le DOP et mise en pratique sous le CNR. Ainsi s’opérait une rupture fondamentale avec le paradigme idéologique et sociopolitique tel que théorisé dans le DOP et expérimenté dans la praxis depuis 1983. Évidemment, cette conduite du Front Populaire, qui fut essentiellement le fait de son premier responsable, s’inscrivait dans la logique de repolarisation des alliances sociales que nous avons évoquée plus haut.

LA COOPTATION DES CHEFS TRADITIONNELS

Commençons par les pouvoirs coutumiers. Le nouveau pouvoir s’était abstenu de les vilipender comme au temps de la gouvernance de Thomas SANKARA. Blaise COMPAORÉ dans ses discours prit le soin tactique de ne point les évoquer dans ses déclarations officielles. Certes, au niveau des organes de la presse d’État, notamment Sidwaya, certaines plumes ne manquaient pas dans les premiers moments de la rectification de semoncer les autorités traditionnelles, toujours à travers le prisme de l’obscurantisme et de la féodalité. Au niveau des structures populaires et des états-majors des partis politiques, des inconditionnels du marxisme-léninisme qui croyaient encore dur comme fer à l’avancée de la Révolution ressassaient la rhétorique contre les autorités traditionnelles.
Cependant, au faîte du Front Populaire, précisément le premier responsable, on se gardait bien de se montrer dédaigneux vis-à-vis de ces forces coutumières dans ces discours officiels. Mieux, en usant d’approches et de symbolismes, il travaillait à intégrer les dépositaires du pouvoir traditionnel dans les schèmes de sa légitimation et de sa prééminence politique. À ce propos, sur le plan médiatique, la stratégie de Blaise COMPAORÉ consista à associer de façon toujours plus visible les chefs traditionnels à la mise en scène médiatique de son pouvoir (Benoît BEUCHER, 2012, Quand les hommes mangent le pouvoir : dynamiques et pérennité des institutions royales mossi de l’actuel Burkina Faso (de la fin du XVe siècle à 1991), Université Paris-Sorbonne (Paris IV), thèse de doctorat en Histoire moderne et contemporaine, page 578). Le rapprochement entre le régime de Blaise COMPAORÉ et les autorités traditionnelles s’engageait de facto : « Il s’opère de façon feutrée, subtile au moyen d’images subliminales, celles de bonnets de chefs qui finissent par emplir les journaux d’État. Empruntant ses méthodes au monde des publicitaires, la presse officielle, à commencer par Sidwaya, met en scène de façon toujours plus prononcée la présence de la chefferie aux côtés de Compaoré. Si aucun article n’évoque précisément le cas de la place des naaba dans le processus de Rectification, les insignes du pouvoir mossi font florilège dans les grands meetings auxquels participe le chef de l’État » (Benoît BEUCHER, 2012, pages 578 & 579). Par exemple dans la ville de Ouagadougou, vers la fin de l’année 1988, le Front Populaire prit directement contact avec le jeune moog-naaba Bãoongo. Il envoya un message fort à ce dernier en lui notifiant que le gouvernement allait respecter les pratiques coutumières sans y interférer et qu’il pouvait s’estimer “empereur” s’il le souhaitait pour peu que le pouvoir central n’en souffre pas (Benoït BEUCHER, « Le mythe de l’”Empire mossi” : l’affirmation des royautés comme force d’accompagnement ou de rejet des nouveaux pouvoirs centraux, 1897-1991 » in Mathieu HIGERS et Jacinthe MAZZOCCHETTI, 2010, Révoltes et oppositions dans un régime semi-autoritaire : le cas du Burkina Faso, Paris, Karthala, pages 46 et 47). Bapougouni Roger THIOMBIANO soutient que dans la ville de Fada N’Gourma, l’on notait une dynamique de décrispation entamée entre les structures populaires et les garants de l’autorité traditionnelle : « … Les occasions de frictions entre militants des organisations de masses et responsables coutumiers se firent de plus en plus rares. N’étant plus considérée comme indésirable, la chefferie traditionnelle bénéficiait de ce fait de conditions favorables pour la pratique de certaines prérogatives dans la ville de Fada » (Bapougouni Roger THIOMBIANO, 1991, Du pouvoir traditionnel au pouvoir populaire : les capacités d’adaptation, de reconversion et de redéploiement du pouvoir traditionnel à Fada N’Gourma, Université de Ouagadougou, INSHUS, mémoire de maîtrise, pages 71 et 72). Un peu partout sur le territoire national, les pouvoirs coutumiers jadis marginalisés furent remis au-devant de la scène publique.
En fait, la somme de dispositions bienveillantes prises à leur égard par le Front Populaire procédait d’une réhabilitation. Cette démarche permettait au président du Front Populaire d’entrer dans les bonnes grâces de ces autorités traditionnelles qui avaient su résister tant bien que mal à la furie régicide des CDR sous le CNR.
Avec le Front Populaire, les pouvoirs coutumiers recouvrèrent les avantages qu’ils avaient avant l’avènement de la Révolution. Ils reconquirent leurs prérogatives dans la gestion de la question terrienne, rendant ainsi caduc le RAF. À ce propos, le témoignage de Étienne TRAORÉ est très intéressant à partager. Il affirme ceci : « J’étais en mission. Il était dit que les chefs coutumiers étaient considérés comme des observateurs. À mon retour, on me dit que les chefs-là sont désormais les premiers acteurs. Je n’ai rien contre les chefs. Mais, je trouve que cela est injuste. Ils n’ont certainement aimé ma position. Par la suite, j’apprends que Issa TIENDRÉBEOGO a été envoyé auprès des chefs pour leur tenir à peu près ce langage : “Sous la Révolution, vous avez été humiliés, je viens vous réhabiliter.” Je ne sais pas dans quel pays, la Révolution s’est faite en s’appuyant sur la tradition… » (témoignage de Étienne TRAORÉ in Charles KIENDRÉBEOGO, 2018, Thomas SANKARA : les témoignages en toute vérité, Ouagadougou, Les Éditions la République, page 123 et 124).
Le militant de l’UCB n’était certainement pas le seul dans la formulation de ces réserves, surtout dans les rangs des férus de la cause marxiste-léniniste. La question du rapprochement se posait avec stridence à l’intérieur des succursales idéologiques qui participaient au Front Populaire. Au demeurant, le président du Front Populaire continua sa démarche de bienveillance vis-à-vis de ces pouvoirs. Plus tard, sa stratégie de cooptation consista en l’implication directe des chefs coutumiers dans le processus de la re-constitutionnalisation du pays, ce qui lui avait d’ailleurs permis de survivre à la vie politique tumultueuse et d’assurer sa domination sur tous les segments de l’État. En tout cas, la caution des détenteurs du pouvoir traditionnel fut d’un apport on ne peut plus important dans la reconfiguration du champ politique et à son réinvestissement par Blaise COMPAORÉ et de ses lieutenants.
Mais l’opération de charme du Front Populaire ne se limita pas aux forces coutumières. Elle s’exerça à l’endroit des institutions des religions dites révélées, notamment le christianisme et l’islam. Malgré sa fidélité proclamée au DOP tout empreint de l’idéologie marxiste-léniniste, le Front Populaire cherchait à paraître aux yeux des responsables religieux comme un régime bienveillant à leur égard. Il n’en demeura pas moins que le caractère sanglant du coup d’État du 15 octobre 1987 et la violence qui s’en était suivie avaient quelque chose d’embarrassant et suscitaient des interrogations. Toutefois, le discours d’ouverture entretenu par l’État-Front Populaire avait fini par rassurer quelque peu les responsables religieux qui assistèrent au bilan des quatre ans de Révolution. Par exemple, à ce propos, à l’occasion de la cérémonie de clôture à la place de la Révolution le 10 janvier 1988, le Cardinal Paul ZOUNGRANA siégea à la tribune d’honneur (Roger Bila KABORÉ, 2002, Histoire politique du Burkina Faso, Paris, L’Harmattan, page 231).

LE CONCORDAT AVEC LES ÉGLISES CATHOLIQUE ET évangéliques

Concernant le cas particulier de l’Église catholique, constatant la reprise du dialogue avec les syndicats, la réhabilitation des autorités traditionnelles, le décantonnement des partis non marxistes-léninistes…, cette institution choisit de sortir du mutisme dans lequel elle s’était murée depuis l’avènement de la Révolution. Dans une lettre pastorale intitulée Pour l’Homme, se maîtriser pour maîtriser la terre, l’Église disait que son défaut de déclarations durant quatre années ne signifiait pas qu’elle ait manqué de sollicitude pastorale pour tous ceux qui avaient souffert dans leur âme et leur chair pour divers motifs. À l’instar des organisations qui en voulaient au CNR, la hiérarchie de l’Église catholique n’avait pas manqué de piquant contre la gouvernance du CNR. Même si elle reconnut des avancées à l’actif du CNR, elle finit par poser cette question qui en disait long sur sa perception globale du régime défunt : « L’Église peut-elle sans trahir son maître divin s’identifier à telle ou telle forme de gestion du pouvoir politique ? » (lire les extraits de la lettre pastorale in Myriam BRUNEL, 1996, Les relations entre l’Église catholique burkinabè et le pouvoir de 1960 à 1995, Mémoire de DEA, CEAN/ IEP, pages 104 & 105). Cette posture critique de l’institution ecclésiale vis-à-vis du CNR confortait la légitimité du Front Populaire.
L’un des fruits du concordat entre le Front Populaire et l’Église, ce fut les démarches entreprises pour inviter le souverain pontife au Burkina Faso. De telles démarches ne pouvaient pas être entreprises sans qu’il y ait eu au préalable une entente intelligente entre le Front Populaire et les autorités de l’Église catholique. Que ce soit pour l’Église catholique ou le Front Populaire, la visite du Saint-Père était bénéfique. Pour la première, elle permettait de manifester directement la sollicitude et la proximité de la Cité éternelle vis-à-vis des catholiques burkinabè après les moments durs sous le CNR. Pour le second, cette visite devait lui donner l’occasion non seulement d’élargir sa base au niveau des fidèles catholiques, mais encore d’exorciser sa renommée entachée par le sang coulé le 15 octobre 1987 et après. À ce sujet, Domba Jean Marc PALM, qui fut ministre des Relations extérieures, explique : « En 1989, je suis parti à Rome. J’estimais que le climat était extrêmement délétère au Burkina. Et pour moi, la visite d’une personnalité comme le Pape Jean-Paul II pouvait permettre de baisser la tension, comme on dit souvent. Et lorsque j’étais en visite officielle en Italie, j’ai demandé à le rencontrer. Il m’a accordé 30 minutes de discussion et à la fin j’ai suggéré qu’il puisse venir au Burkina. Il est venu en 1990 pendant que je n’étais plus ministre » (interviewé par Dayang-ne-Wendé P. SILGA, article de Notre Temps in http://lefaso.net/spip.php?article58719).
Les démarches avaient abouti. Le Saint-Père visita le Burkina Faso en fin janvier 1990, ce qui occasionna une mobilisation grandeur nature à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso. Un autre signe que le temps avait fait le rapprochement entre les deux structures, l’hebdomadaire Carrefour africain consacra un numéro spécial à cette visite papale. Il est important de souligner cette seconde revanche sur la Révolution sankariste : il y avait dorénavant un grand mouvement des élites politiques sankaristes vers les églises. « Parmi eux, des révolutionnaires désillusionnés, en particulier les partisans du président Thomas SANKARA qui retrouvaient subitement la foi. Ils avaient abandonné tout projet de résistance qui les exposerait à la répression par les autorités du Front Populaire. Par un examen de conscience, ces révolutionnaires qui monopolisaient la doxa du discours révolutionnaire, en reprenant les termes sankaristes de l’idéologie de la faute et dont beaucoup avait donné toute l’apparence d’athées en tout cas d’indifférents religieux, trouvaient refuge dans la religion et devenaient de fervents pratiquants. Ces partisans de Thomas SANKARA ont vu dans l’assassinat de Thomas SANKARA le sacrifice à l’image de Jésus trahi par Juda. Ils avancent la thèse selon laquelle Thomas SANKARA s’est livré à ses assassins, il a donné sa vie pour le salut de la nation » (Magloire SOMÉ, « Pouvoir révolutionnaire et catholicisme au Burkina de 1983 à 1987 » in Cahiers du Centre d’Etudes et de Recherches en Lettres, Sciences Humaines et Sociales (CERLESHS) n°25, 2006, Presses Universitaires de Ouagadougou, page 204).
Notons par ailleurs que le Front Populaire avait entrepris des démarches auprès des responsables des églises dites évangéliques afin de leur signifier qu’un temps nouveau était dorénavant venu. Ce, d’autant plus que l’on avait assisté à un « raz de marée des élites catholiques et autres victimes de la Révolution vers le protestantisme évangélique, en l’occurrence du courant pentecôtiste. Les Assemblées de Dieu et le Centre d’évangélisation fondé par l’évangéliste Mamadou Philippe KARAMBIRI ont été les principaux lieux de confluence de ces hommes et femmes en quête du divin comme solution à leurs problèmes sociopolitiques » (Magloire SOMÉ, « Pouvoir révolutionnaire et catholicisme au Burkina de 1983 à 1987 » in Cahiers du Centre d’Etudes et de Recherches en Lettres, Sciences Humaines et Sociales (CERLESHS) n°25, 2006, Presses Universitaires de Ouagadougou, page 205). L’attitude du Front Populaire fut de montrer à tout ce beau monde qu’il était venu pour mettre fin à leur calvaire.

LA DÉTENTE AVEC LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE

Quant aux relations avec la communauté musulmane, le régime de Blaise COMPAORÉ s’appliqua à les rendre également bonnes. Sur cette occurrence, Toumani TRIANDÉ, alors président de la communauté musulmane, affirmait : « Les rapports entre la religion et le pouvoir sous le Front Populaire sont bons, corrects. […] Aucun exemple malheureux significatif ne nous vient donc guère à l’esprit dans nos rapports avec l’administration générale sous le Front Populaire… La grande crise qui minait la Communauté Musulmane du Burkina (CMB) et qui connut son apogée sous le CNR a failli diviser gravement l’association islamique nationale… » (Jean Claude Yirzaola MÉDA, « Peu de zones d’ombre avec le pouvoir du Front Populaire » in Carrefour africain, Spécial bilan Front Populaire, pages 56 et 57).
Plus tard, dans le processus de re-constitutionnalisation de l’État, la chefferie traditionnelle, les Églises, catholique et évangélique, eurent droit à la représentation dans les instances de discussion. Même si des divergences ne manquèrent pas dans le fond des débats, la participation des anciennes “forces rétrogrades” au processus entérina la légitimité du régime dans sa volonté de réorganiser la vie politique et citoyenne selon des normes défendues par la communauté internationale. Au niveau de la société civile, le Front Populaire suscita une dynamique nouvelle qui fut déterminante dans l’affermissement du pouvoir de son leader. Nous abordons cette réalité dans le point suivant de notre réflexion.
Docteur Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA (KAMMANL), 2020, “État, Révolution et transition démocratique au Burkina Faso: le rôle des structures populaires révolutionnaires de l’avènement de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) à la restauration de la République“, thèse de doctorat en Histoire politique et sociale, p.p. 649 – 654.

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«Bienvenue au Burkina Faso, tombeau de l’impérialisme!» La Révolution burkinabé, bilan et perspectives, un mémoire de maitrise François Thibaut https://www.thomassankara.net/bienvenue-au-burkina-faso-tombeau-de-limperialisme-la-revolution-burkinabe-bilan-et-perspectives-un-memoire-de-maitrise-francois-thibaut/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=bienvenue-au-burkina-faso-tombeau-de-limperialisme-la-revolution-burkinabe-bilan-et-perspectives-un-memoire-de-maitrise-francois-thibaut https://www.thomassankara.net/bienvenue-au-burkina-faso-tombeau-de-limperialisme-la-revolution-burkinabe-bilan-et-perspectives-un-memoire-de-maitrise-francois-thibaut/#respond Mon, 04 Jan 2021 18:13:37 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=243602 Nous vous présentons ci-dessous le mémoire de maitrise de François Thibault. Nous ne connaissons pas beaucoup de travaux de recherche sur les CDR. Sans doute en existent-ils au Burkina Faso, mais ils sont difficiles d’accès. En France, il n’y en a d’autant plus quand ils amènent, comme ce travail juste présenté ci-dessous, des sources directes […]

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Nous vous présentons ci-dessous le mémoire de maitrise de François Thibault. Nous ne connaissons pas beaucoup de travaux de recherche sur les CDR. Sans doute en existent-ils au Burkina Faso, mais ils sont difficiles d’accès. En France, il n’y en a d’autant plus quand ils amènent, comme ce travail juste présenté ci-dessous, des sources directes en provenances du Burkina.

Les CDR, de façon méprisante, réduits à des milices armées, constituaient les organes essentiels du pouvoir populaire. C’est par eux que se mobilisait la population pour les différents chantiers lancés par pour construire le pays, et donc les acteurs essentiels de la construction du pays à l’époque révolutionnaire. Tous les travaux de recherche sur le sujet sont bienvenus. D’autant plus, comme celui que nous vous présentons, lorsqu’ils travaillent à partir de documents directement issus du Burkina Faso.

Nous n’allons pas publier la mémoire en entier, mais l’introduction, la conclusion et la tables des matières.

La rédaction du site.


Université Paris I Panthéon Sorbonne,
UFR09 Histoire

Mémoire de Master 2 Histoire – Recherche
Préparé sous la direction de Mme Françoise BLUM
Septembre 2019


Résumé :

La Révolution burkinabé reste largement méconnue, en raison notamment de la célébrité de
celui qui l’incarne : Thomas Sankara. Ce mémoire se propose donc de dépasser l’histoire
héroïque, militante ou l’analyse politique qui regroupent la quasi-totalité de la production sur
la Révolution pour poser les bases d’une histoire sociale de la Révolution. Ainsi, il apparaît
indispensable de resituer la révolution dans toute son historicité. En cela, l’inscrire dans la
circulation mondiale des modèles, des pratiques, des discours révolutionnaires permet non
seulement de mettre en avant les continuités mais également d’en déceler les singularités. De
la même façon, resituer la Révolution dans les dynamiques nationales de la Haute-Volta
permet de reconsidérer l’originalité de ses principales mesures. Cela permet également d’en
reconsidérer la périodisation, polarisée par l’arrivée au Pouvoir de Sankara et sa mort, pour la
resituer comme un moment, celui des années 1980, celui de la militarisation du pouvoir et des
tensions liées à la décompression autoritaire et l’entreprise de civilisation. Mais, ce qui permet
d’identifier la Révolution burkinabé comme un moment singulier de cette période, c’est
l’importante politisation et la nouvelle participation populaire, à travers notamment les CDR,
et les débordements d’une souveraineté populaire, toujours rétive à son encadrement. Mais le
processus révolutionnaire reste indubitablement lié à la figure de Thomas Sankara, sur lequel
il faut porter un regard socio-historique, en resituant sa pensée, ses représentations mais aussi sa pratique du pouvoir, dans les différents espaces, en particulier intellectuel ou militaire, dans lesquelles elles ont pu se construire. Cette approche permet ainsi de repenser le moralisme de Sankara, qui au-delà de résurgences religieuses personnelles, participe de l’entreprise d’édification radicale de l’Etat burkinabé.


Introduction Thomas Sankara et sa Révolution Actualités d’une figure

En 2016, le jeune rappeur français Kalash Criminel montrait, au détour des paroles de Sauvagerie 2, toute l’ambivalence entourant la figure de Thomas Sankara et de la Révolution
Burkinabé :

« Léopard du Zaïre traîne avec éléphants et des lions indomptables/ Grand, petit,
moyen, on respecte tous ceux respectable/ Ma prof d’histoire connaissait pas Thomas
Sankara, J’trouve ça regrettable/ En 2016, ils savent pas tous rapper… Ils savent faire
des dab  »[i]

Cette mise en faute de l’un des tenants de la culture historique légitime, ou de la transmission pédagogique des acquis de la production savante, ne peut qu’interpeller. Elle révèle un écart important entre la prédominance de plus en plus affirmée de la mémoire sankariste, particulièrement sur le continent africain et les individus relevant de sa diaspora, et la relative absence de production scientifique sur la Révolution burkinabé. Car si Sankara existe dans les mémoires, c’est comme une icône révolutionnaire, un héros africain, dont l’œuvre fut sans égale depuis la décolonisation et sacralisant la terre même du Burkina Faso. Ainsi, le reggaeman ivoirien Tikah Jah Fakoly déclarait au cours de la soirée des Marley d’or qui se tenait à Ouagadougou en avril 2019 devant une foule surchauffée : « Pour nous,
panafricanistes, venir au Burkina Faso, c’est comme lorsqu’un musulman va à la Mecque ou
un chrétien à Rome. » L’image de Thomas Sankara dépasse ainsi celle du « simple » Père de
la Nation africain, il est carrément selon certains celui qui a « relevé l’image de l’homme
noir », il est une figure mondiale et incontournable du panafricanisme, particulièrement
francophone, et son utilisation dans la construction de la blackness est récurrente.
Le lyrisme de ses discours, sa probité, sa mort tragique, tout concours à l’accession d’une
figure héroïco-tragique, aboutissement d’un processus de mythification commencé avant
même son accession à la présidence du CNR, avant même qu’il ne s’impose comme le « chef historique de la Révolution »[ii]. Cette figure est d’autant plus tragique que sa mort repose sur la « trahison » du plus fidèle ami. Et le héros Sankara est accompagné de son antithèse, le traître Blaise Compaoré, traître à l’amitié comme aux espérances révolutionnaires, révolutionnaire dont la pureté des débuts fut corrompue par les fastes du pouvoir.[iii] Dans les discours mémoriels, Sankara est l’incarnation de la Révolution, il s’y confond et elle meurt avec lui. Il est l’homme intègre, celui qui défia l’impérialisme dans un tête à tête orgueilleux, accédant ainsi au panthéon des Grands Hommes africains.
Cette omniprésence de la figure sankariste conditionne les discours sur la Révolution
burkinabé de 1983. Sankara incarne la Révolution et toute son oeuvre ne serait due qu’à sa
volonté, son ambition, sa vision. Car la mémoire sankariste se prête à toutes les récupérations.
Sankara démocrate qui donna au peuple burkinabé les moyens d’assurer sa souveraineté,
Sankara anti-impérialiste qui fit tant pour remettre en cause l’ordre de domination mondial,
Sankara nationaliste, dans lequel tout militant nationaliste se trouve une accointance avec ses discours sur la dignité et l’indépendance, Sankara intellectuel, que certains n’hésitent pas à mettre sur le même plan que Cheikh Anta Diop, Sankara féministe, qui fit tout pour assurer
l’émancipation de la femme, cette « autre moitié du ciel », et même, de plus en plus, Sankara
écologiste, qui combattait dés les années 1980 la désertification du Sahel. Plasticité d’une
figure qui se prête à toutes les instrumentalisations, au point que l’on peut même voir la figure sankariste enrôlée dans la lutte contre le mouvement anti-vaccin américain.[iv]
La figure de Sankara a particulièrement bénéficié de l’insurrection burkinabé de 2014. Ses
mots d’ordres furent scandés par les manifestants, ses appels à la mobilisation populaire
furieusement clamés dans les rues de Ouagadougou. Cette insurrection, dont la participation
fut largement fondée sur les mécanismes de l’économie morale, se donna pour mot d’ordre le

respect de la Constitution.[v] Paradoxe que celui d’un Sankara putshiste et pourtant figure
consensuelle d’une population civile payant le prix du sang pour le respect d’une constitution
et d’une démocratie pluraliste et libérale. De fait, la mémoire de Thomas Sankara dépasse
largement le champ de la « galaxie sankariste »[vi], elle est désormais l’élément incontournable
du champ d’expérience politique de nombreux citoyens burkinabè. Que la mémoire
révolutionnaire soit convoquée en de pareils épreuves, cela n’a rien d’étonnant. Ce qui l’est
peut-être plus, c’est cette filiation affirmée entre l’insurrection d’octobre 2014 et la
Révolution d’août 1983. Le Wikipedia francophone, dont l’œuvre de classification des
connaissances est révélatrice d’une certaine forme de consensus dans l’espace intellectuel,
nomme ainsi ce soulèvement populaire « Deuxième Révolution burkinabè ».[vii]
Ainsi, force de productions culturelles, articles de blogs, de journalistes, documentaires vidéos, il est vrai que les grandes lignes de la Révolution commencent à être connues d’un
public toujours plus nombreux. Le 04 août 1983, le capitaine Blaise Compaoré et plusieurs
militaires marchent sur Ouagadougou et renversent l’appui des civils, principalement les
organisations d’extrême-gauche, le régime du CSP présidé par Jean Baptiste Ouédraogo.
Thomas Sankara livre alors son premier discours au nom du Conseil National de la
Révolution, le CNR et appelle aussitôt la population à former des Comités de défense de la
révolution (CDR). Il devient l’énergique Président de la Haute-Volta, mène une politique de
restauration de la dignité nationale (renommant le pays Burkina Faso), combat frontalement
l’autorité des chefs coutumiers, initie de vastes réformes pour moderniser le monde rural et
lutter contre la corruption. Il mène une diplomatie flamboyante, pourfendant l’impérialisme et
ses avatars, avant de périr dans un coup d’état le 15 octobre 1987 qui portera au pouvoir son ancien compagnon d’arme, Blaise Compaoré.
Ainsi, c’est grâce à la figure de Sankara que la Révolution burkinabé est peut-être la Révolution africaine la plus connue, mais c’est peut-être également à cause d’elle, qu’elle
demeure l’une des plus mal connues. La production savante reste encore largement tributaire
de cette histoire héroïque, où les faits d’un homme conditionnent l’histoire d’un pays. Or, si
cette histoire héroïque et militante peut tout à fait se comprendre comme la construction d’un discours de résistance par les dominés, en produisant des figures mobilisatrices et aptes à  contrer toutes les stigmatisations dont ils sont les victimes, elle ne produit que l’invisibilisation des mécanismes sociaux, des effets de structures et, in fine, des dominés eux-mêmes.
Pourtant, il serait trop facile de balayer cette production aux motifs qu’elle ne répond
pas aux critères de la production savante et particulièrement de la démarche empirique. En
l’état actuel de l’espace intellectuel de la Révolution burkinabé, du difficile accès aux sources, elle est encore indispensable.

L’histoire sociale africaine : le dynamisme de la marge

Faire un bilan de l’historiographie de la Révolution burkinabè, c’est avant tout en tirer la
conclusion que cette historiographie reste encore largement à construire. Ce constat pourrait
paraître présomptueux au regard de l’importante bibliographie francophone et de sa relative
connaissance par le grand public. Mais force est de constater qu’il n’existe actuellement à
notre connaissance aucune synthèse pouvant prétendre répondre aux exigences de la
production universitaire. Non pas que des ouvrages ne se distinguent pas par la qualité de
leurs analyses. Mais aucun ne marque un quelconque renouvellement historiographique ou
même ne cherche à faire un bilan de récentes avancées dans la connaissance du processus
révolutionnaire burkinabè. Quant à la production anglophone, elle se résume principalement
à la courte biographie de Ernest Harsch, Thomas Sankara: An African Revolutionary.[viii] Parfois
stimulants, souvent redondants, ces ouvrages montrent tout à la fois de l’intérêt du grand
public pour la Révolution burkinabè et la figure de Sankara qu’ils ne révèlent le désintérêt des
universitaires pour la question.
Cette méconnaissance de la Révolution tient cependant en partie aux conditions de la
production universitaire sur l’histoire de l’Afrique, une historiographie qui reste encore
malheureusement largement marginale et marginalisée dans l’historiographie générale.

L’espace des études africaines est encore en structuration. Ainsi, l’une des ambitions affichées du Groupe d’Intérêt Scientifique à son Etat des lieux des études africaines, livre blanc qui fait une synthèse actualisée des études africaines en France, est d’accélérer leur consolidation en assurant une publicité aux différentes institutions et chercheurs des études africaines.[ix]
Reconnu de tous les chercheurs, cette situation pourrait rejoindre celle des études d’autres
« aires culturelles » ou « aires aréales » marginales (Asie, Moyen-Orient etc.) si ce n’est que
les études africaines en sont encore au stade où elles doivent encore affirmer les fondements
d’une démarche scientifique en leur sein.[x] Reste que la production de la recherche en
Sciences Sociales française sur l’Afrique en France demeure dynamique. Finalement,
l’histoire sociale est dynamique dans un espace institutionnellement marginal (faiblesses
numériques des postes, secteur éditorial spécialisé en difficulté) etc.[xi] Cette conscience d’une marginalisation n’est pas sans déclencher quelques réflexions polémiques.[xii] Aussi bien ne peut-on que conclure que les perceptions de cet état de marginalité témoignent peut-être plus des positions et dispositions des chercheurs que de la réalité de l’objet de recherche.

Connecter les socialismes africains

Il est somme toute commun pour l’historien de l’Afrique que de présenter son objet comme
« vierge », peu investi avant lui par d’autres chercheurs… Ce constat est pourtant de moins en moins valable concernant le socialisme africain. En effet, ce sujet connaît un regain d’intérêt depuis quelques années déjà. Cela tient tout autant à l’ouverture des archives, à la disparition
historiographie du socialisme ou des mouvements sociaux en général privilégie largement les
perspectives transnationales et les circulations militantes, même si l’Afrique reste bien
souvent le grand continent oublié.[xiii] C’est précisément sur ce constat et pour redonner toute sa place au socialisme africain, à la fois dans l’histoire du socialisme et dans l’histoire de l’Afrique, que s’est tenu en avril 2016 l’important colloque « Socialismes africains,
socialismes en Afrique ».[xiv] Ce colloque semble être un tournant et ses organisateurs ont pensé sa publication, enrichis de nouveaux articles, comme « un état des lieux de la recherche internationale et un état des connaissances sur ces thématiques ».[xv] Il faut toutefois noter qu’il n’y a dans cet ouvrage qu’une unique occurrence du terme Burkina Faso.[xvi] Ainsi, sans être un objet de recherche clairement établi et sans être suffisamment intégrés à l’étude des socialismes connectés, les socialismes africains prennent depuis une dizaine d’année une place de plus en plus importante dans les études africaines. Ces travaux sont largement le reflet de ce qu’on appelle la « new Cold War history », courant historiographique qui, prenant acte des acquis de l’histoire globale, s’attache à décentrer le regard pour intégrer l’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique dans son champ d’étude et ses réflexions.[xvii] Le second courant serait composé de quasiment tous les historiens de l’Afrique intégrant la période des années 1950-1980 tant la question du socialisme et du nationalisme est centrale… Pour ne donner qu’un exemple, B. Beucher dans sa thèse sur la royauté Mossi de la fin du XVè siècle à nos jours, consacre une partie, la dernière, à la chefferie Mossi en Révolution.[xviii]

Mais force est de constater que l’histoire sociale ne s’est donc encore que trop peu saisie de l’objet de Révolution en Afrique.

Politistes en Révolution

Le seul courant des Sciences sociales à s’être réellement intéressé au processus
révolutionnaire du Burkina Faso fut celui des Sciences politiques. Ce courant fut largement
polarisé par R. Otayek et rattaché à l’Université de Sciences Po. Il s’inscrit dans le
prolongement des travaux de toute une génération de politistes depuis les années 60 cherchant à comprendre l’engouement des nouveaux Etats pour l’idéologie socialiste. Par exemple, G. Martin publie dès 1986 « Idéologie et praxis dans la révolution populaire du 4 août 1983 au Burkina Faso », conçu comme une analyse des dynamiques économique et idéologique ayant concouru à la Révolution du 4 août.[xix] Mais les travaux de R. Otayek sont également à resituer dans les débats internes au champ des sciences politiques des années 80 (dépassement de l’européocentrisme, décloisonnement, politique par le bas etc.). Ainsi, est publié dès 1985, un numéro spécial de Politique Africaine consacré au Burkina Faso.[xx] Celui-ci consacre plusieurs articles au processus révolutionnaire. En mars 1989, est ainsi publié un second numéro intitulé Retour au Burkina.[xxi] Les différents articles multiplient les points d’entrée, s’intéressant tout à la fois au Discours d’Orientation Politique afin d’expliciter les alliances révolutionnaires, comme a pu le faire P. Labazée, qu’à la politique urbaine en insistant également sur la question féminine. R. Otayek continue par la suite de construire une réflexion sur la Révolution burkinabè en publiant un article sur la place de l’islam dans le processus révolutionnaire.[xxii] Cette décennie d’études se conclut, pourrait-on dire, en 1996 par la publication des actes d’un colloque tenu en 1994 à l’IEP de Bordeaux, Le Burkina Faso entre Révolution et Démocratie, 1983-1993 où s’accumulent de courtes communications relevant à la fois du témoignage, de la communication politique et du discours savant.

D’une manière générale, ce « moment otayekien » est largement surdéterminé par les débats
de son temps, particulièrement marqué par le cadre théorique du « totalitarisme ». Après ce
colloque et ce « moment », les publications s’égrènent sous forme d’articles. Ainsi de C.
Wable qui s’intéresse à la télévision nationale ou de G. André analysant la politique éducative et linguistique du Burkina Faso en particulier sous la Révolution.[xxiii] Enfin, l’historiographie burkinabé a pu fournir des études ponctuelles. S. Guiré a ainsi publié une thèse de droit sur les CDR.[xxiv] Et Marcel Marie Anselme Lalsaga a également publié un livre sur les structures populaires de la Révolution en 2012, issu d’un mémoire de maîtrise.[xxv] Cette surreprésentation des sciences politiques à l’avantage d’offrir de nombreux cadres d’analyse généraux sur les dynamiques de la Révolution extrêmement stimulants. Mais elle peut avoir tendance à tomber dans certains travers de cet espace intellectuel : manque de réflexivité sur les sources ou d’empire dans la démonstration, sur-importance accordée aux discours politiques, vision téléologique etc…). On aurait toutefois tord de ne résumer la production sur la Révolution qu’à la production des politistes. Si elle demeure essentielle, toute réflexion ne peut faire l’impasse sur une littérature que l’on peut qualifier « d’essai », même si c’est pour tenter de procéder à son dépassement. Or, l’une des caractéristiques de cette littérature est qu’elle est extrêmement militante, et donc conflictuelle.

Littérature d’une Révolution

Comme on a pu le dire, s’exercer au bilan d’une historiographie que l’on estime encore peu
structurée pourrait apparaître polémique au regard de l’importante production intellectuelle
qu’a engendré la Révolution. Jamais le Burkina Faso ne suscita autant d’attention que durant
cette période révolutionnaire.[xxvi] Et si ce petit Etat sahélien, périphérie de la Côte d’Ivoire,
bénéficie sur la scène internationale d’une reconnaissance généralisée, c’est encore grâce au
souvenir de cette révolution. Mais cette attention, comme on a pu le dire, est tributaire de la
figure de Thomas Sankara. Dans la quasi-totalité de la production intellectuelle sur le sujet, le moment révolutionnaire ne s’incarne qu’en la personne du capitaine Sankara et les autres
acteurs sont méconnus, largement ignorés, à l’exception peut-être de Blaise Compaoré, dont
la longévité politique explique en partie l’attention dont il fit l’objet. Cette production sur le
Camarade-Président tient en partie aux conditions de réception de la Révolution burkinabé
dans l’espace intellectuel francophone, africain comme français. De fait, la Révolution
burkinabé reçut un accueil médiatique important en France, en raison même de la figure de
Sankara, ce qui a conditionné et conditionne encore sa réception.
Ce contexte polémique et militant explique que toute une partie de la bibliographie soit
excessivement personnalisée.[xxvii] Ainsi, la seule biographie d’envergure du Président, celle de Bruno Jaffré, a été produite par l’un des acteurs les plus investis dans la promotion de sa
mémoire et, aussi utile soit-elle, force est de constater que certains passages de la biographie
de Br. Jaffré relève bien souvent de l’hagiographie et l’explication historique cède par trop
souvent au psychologisme.[xxviii] Reste cependant un travail ambitieux et d’une honnêteté
intellectuelle certaine, qui demeure toujours incontournable. A l’inverse, ou plutôt dans une
même logique, il faut souligner l’existence de deux biographies de Blaise Compaoré dont le
parti-pris apparaît dès le titre : Blaise Compaore: The Archictect Of The Revolution et Blaise
Compaoré. Réalisme et intégrité.[xxix] Cette passion biographique traduit une approche de la
révolution excessivement personnalisée de l’histoire largement surdéterminés par des
préoccupations politiques. A noter tout de même l’article d’Elliott P. Skinner, « Sankara and
the Burkinabe Revolution: Charisma and Power, Local and External Dimensions »,
ambassadeur des États-Unis et anthropologue de formation, qui en septembre 1988, qui prit la peine de resituer la trajectoire de Sankara dans un cadre wébérien tout en articulant l’échelle internationale et l’échelle locale.[xxx]
D’un point de vue chronologique, les principaux ouvrages sont contemporains du processus
révolutionnaire. Encore une fois, cela s’explique en grande partie par l’écho international
qu’il reçut. La Révolution interroge, elle fascine, il s’agit alors d’en rendre compte, d’en
dégager des cadres d’analyses. C’est le premier travail de Pierre Englebert, lié aux réseaux
des coopérants, qui publie son Révolution burkinabè dès 1986 dans la collection Points de
Vue de l’Harmattan.[xxxi] Après avoir resitué la Révolution du 4 août dans la pratique du coup
d’état dans l’histoire de la Haute-Volta, il s’attache à décrire l’avènement du C.N.R., pour
ensuite dégager les principaux fondements idéologiques, politiques qui sous-tendent la
Révolution et terminer en présentant les principaux rapports sociaux et les orientations de
politiques extérieurs. L’ouvrage qui semble le plus indispensable et assurément l’un des plus
aboutis est celui de Ludo Martens, militant communiste belge, publie en 1989 Sankara,
Compaoré et la révolution burkinabè. Ouvrage peut-être le plus documenté, l’auteur s’est
livré à un nombre conséquent d’entretiens avec des acteurs de la Révolution mais cet ouvrage
est largement tributaire du contexte post-Sankara et y contribue, en reprenant toutes les
critiques des tenants du nouveau régime sur l’ère sankariste et les justifications du
Mémorandum sur les évènements du 15 octobre.[xxxii]
De toute évidence, la Révolution mobilisa intensément les intellectuels burkinabès et
africains. En effet, elle fut aussi l’occasion pour eux de se livrer à un intense travail de
théorisation. Tout à la fois réflexions sur le processus révolutionnaire, coups politiques et
prescriptions stratégiques, cette littérature est marquée par sa forte dimension agonistique, ce qui permet surtout, au-delà des informations qu’elle apporte, de restituer l’espace intellectuel burkinabé. Ainsi pourrait-on déjà dire que les plus insérés dans les réseaux éditoriaux publient des livres. Babou Paulin Bamouni, secrétaire à la Présidence de Sankara, directeur du service de presse présidentiel, publie dans la même collection de l’Harmattan le Burkina Faso Processus Révolutionnaire.[xxxiii] La révolution est ici saisie dans une perspective marxiste, elle est l’aboutissement d’un processus dont les origines sont à chercher dans les contradictions socio-économiques de la période post-coloniale. Preuve, s’il en fallait, de l’immersion dans le jeu politique de Bamoumi, la dernière partie consiste en une énumération d’objectifs assignés à chaque classe.[xxxiv] Valère Somé, ministre révolutionnaire et proche de Sankara, publie à son tour en 1990 Thomas Sankara, L’espoir assassine. Ce livre est tout autant un témoignage de l’une des grandes figures de la Révolution qu’un violent règlement de compte d’un homme qui fut emprisonné et torturé à l’avènement du nouveau régime du Front Populaire. Quant à Alfred Yambangba Sawadogo, il publie Le Président Thomas Sankara, chef de la révolution burkinabè, 1983-1987: Portrait, biographie doublée d’une chronique de la période révolutionnaire.[xxxv] Il faut enfin signaler l’ouvrage de André Roch Compaoré, Politiques de Thomas Sankara et de Blaise Compaoré, publié en 2015, attaque en règle d’un ancien ministre du CMRPN, fervent chrétien, anti-communiste, contre cette génération de militaire progressistes, aux liens étroits avec les partis marxistes, qui ont selon lui, ont instauré un régime de terreur de 1982 à 2014 avec l’aide du démon.[xxxvi] Au-delà de l’espace burkinabé, la Révolution mobilisa également, d’une manière extrêmement intense toute une génération d’intellectuels africains. Ainsi, en 1987, est publié Sankara le rebelle de Sennen Andriamirado, journaliste malgache de Jeune Afrique qui resitue la trajectoire de Sankara de son enfance à la Révolution.[xxxvii] Ce livre est suivi de Il s’appelait Sankara en l989, témoignages des derniers moments de la vie de Thomas Sankara, suivis d’une tentative d’explication des circonstances de son assassinat.[xxxviii]

La Révolution en débats

Aussi utile soit-elle, cette littérature n’en est pas moins clairement limitée tant les enjeux
politiques et mémoriaux la surdéterminent. Elle est principalement le fait d’acteurs des
évènements, des contemporains de la Révolution ou des acteurs de sa mémoire.
L’incontournable livre du militant maoïste Ludo Martens est tout à la fois une enquête de terrain et une réflexion sur les dynamiques de la Révolution mais il est la production d’un
homme que même les hommages nécrologiques qualifient de « gardien de l’orthodoxie
communiste ». En cela, son livre est aussi une succession d’avis péremptoire sur la conduite à tenir lors d’une Révolution et une exposition de querelles doctrinales et personnelles avec
« l’arc en ciel du marxisme burkinabè ».[xxxix] Le travail, incontournable, de Br. Jaffré est tout à la fois celui d’un témoin, historien de la révolution et militant actif de la mémoire sankariste qui « ne se pense pas lui-même comme faisant parti[e] d’un champ scientifique déterminé »[xl].
Valère Somé conçoit explicitement son histoire de la Révolution comme une réponse à celle
de L. Martens, quant à l’essai de Basile Guissou, Burkina Faso, un espoir en Afrique, il est le
fruit d’un homme qui fut plusieurs fois ministre sous la Révolution et dont les retournements
politiques soulèvent encore aujourd’hui des débats enflammés. Quant au livre d’André Roch
Compaoré, il montre surtout que derrière l’apparent consensus se dissimule une véritable
querelle mémorielle, tout en montrant la religiosité d’une partie des acteurs du champ
politique burkinabé. Finalement, la réception politique de la Révolution est la même depuis
son commencement. Aux pro-révolutionnaires de défendre son bilan, ses avancées sociales et sanitaires, prompts à voir dans la chute de Sankara le seul complot des puissances
impérialistes, rassurés dans leur représentation d’une Afrique subsaharienne uniquement
saisie sous l’angle du néo-colonialisme.[xli] A leurs opposants, moins audibles, de rappeler
l’autoritarisme du CNR, l’inadaptation des cadres théoriques marxistes en territoire africain
ou les violences et injustices révolutionnaires. Et aux modérés d’osciller, entre « acquis » et
« erreurs » de la Révolution, entre l’attachement à l’éthique révolutionnaire et la
condamnation morale de son application.
La Révolution suscita également des querelles importantes chez les politistes. Même si en
avant-propos des numéros de Politique africaine, en 1985 et 1989, R. Otayek en appelait à un apaisement des débats, la réception des articles fut âprement politique. G. Martin, rattachée à l’Université de Nairobi, intitule ainsi sa réponse « Retour au Burkina Faso : la deuxième mort de Thomas Sankara »[xlii]. Martin se livre dans cet article à une attaque en règle contre le numéro de Politique africaine, allant jusqu’à parler d’une « oeuvre révisionniste » et concluant son article par une attaque anti-intellectualiste du plus mauvais effet.[xliii] Finalement, l’article de Martin montre surtout toutes les difficultés du discours sur la Révolution à s’émanciper des querelles politiques, puisque selon lui le seul moyen d’étudier la Révolution est d’estimer si elle a rempli les objectifs qu’elle s’était fixée en ses débuts.[xliv] On peut dire que ce point de vue domine largement les débats. Cependant, si cet article est une véritable profession de foi en faveur du régime sankariste, certaines critiques portées à l’encontre du cercle otayekien n’en sont pas moins pertinentes, en particulier leur attachement au modèle du « totalitarisme », leur condamnation sous-jacente de l’idéal révolutionnaire et in fine leur défense du modèle de la démocratie libérale à l’occidentale, accusation somme toute classique et caractéristique de la production savante des années 1980.
Il convient donc de poser à nouveaux frais les débats sur la Révolution burkinabé en
accordant une attention particulière à la contextualisation des sources employées,
l’historicisation des espaces sociaux et intellectuels des acteurs et en mobilisant les acquis
conceptuels des Sciences Sociales, particulièrement la démarche constructiviste. Il convient
ainsi d’accorder une importance particulière à l’historicisation des pratiques et des termes
révolutionnaires Cependant, aux vues de la documentation existante et accessible, une histoire sociale de la Révolution fondée en grande partie sur des sources écrites ne peut encore passer outre la figure de Sankara. Mais celui-ci peut-être compris et utilisé comme un point de départ, celui d’un homme historiquement et socialement situé. A travers Sankara, sa pratique comme son discours, c’est la circulation internationale des modèles révolutionnaires, c’est tout le rapport d’une élite au peuple qui se joue, par les nouvelles institutions qu’il met en place (les Tribunaux Populaires, les Comités de Défense de la Révolution) toute une
participation et une politisation populaire qui se trouve bousculée, tout un tableau de l’espace intellectuel qui peut se trouver incarné en Sankara. Ce mémoire vise donc tout autant à faire un bilan, évidemment non exhaustif, qu’à proposer quelques pistes pour redonner à sa Révolution, toute la complexité qu’elle mérite.
Les sources en question Ce mémoire repose sur plusieurs types de sources. Une place importante est accordée aux productions écrites, livres, entretiens et articles de journaux contemporains ou non de la période, principalement burkinabé et français. En cela, il faut souligner l’important travail de numérisation effectué par Br. Jaffré et collectivisation des sources afférentes à la révolution centralisées sur son site Thomassankara.net. Ce fond a été enrichi par les archives de l’ambassade française de Ouagadougou, disponibles aux archives diplomatiques de Nantes, qui comprennent de nombreux articles de journaux photocopiés relatifs à la Révolution mais également quelques documents de la pratique diplomatique. Il faut cependant noter que de nombreux documents semblent encore inaccessibles pour « la sécurité de l’État » et ne le seront qu’à partir des années 2030. De la même façon, la nouvelle phase juridique ouverte par la chute de Compaoré en 2014 pour élucider la mort de Thomas Sankara a conduit la France a donner à la justice burkinabé nombre de ses archives. Il faut donc en déduire que ces archives ne seront plus accessibles avant plusieurs années en espérant qu’elles ne se perdent pas dans les méandres d’une administration judiciaire internationalisée.
Une collecte a également pu être effectuée aux Archives Nationales du Burkina Faso (ANB),
même si celle-ci est demeurée incomplète, faute de temps. Ces sources sont principalement
constituées de journaux, de documents administratifs liés à la Présidence et de dossiers
juridiques.
Ces sources écrites ont pu être complétées à travers différentes productions culturelles,
principalement des sources audiovisuelles et cinématographiques, principalement diffusées
sur différentes plateformes internet. De la même façon, a pu être convoquée sporadiquement
divers documents iconographiques numérisés et recensés sur internet.
La multiplicité apparente des sources ne doit pas masquer leur profonde unité et finalement
leur très fort biais. Il s’agit de sources principalement produites par les « dominants »,
urbains, lettrés et francophones, quand ce n’est pas étranger, dans une société à 90% paysanne
et analphabète. Ce biais déjà important n’en est que plus crucial lorsqu’il s’agit d’étudier une
Révolution qui se donna pour objectif premier de renverser le rapport de force entre les villes
et les campagnes et entendit de faire de la paysannerie la base de son pouvoir. Reste que la
collecte matérielle de témoignes, un des moyens qui permettrait d’accéder à une parole de
dominés, principalement ruraux, fut rendue impossible pour diverses raisons, particulièrement
des contraintes de temps et des bases en moré ou langues nationales encore défaillantes. Ainsi les réflexions sur les dynamiques rurales que l’on peut trouver dans ce mémoire sont surtout fondées sur une relecture de travaux d’anthropologues présents au Burkina révolutionnaire dans le cadre de leurs propres recherches.

Plan

Une première partie sera consacrée à l’exploration des circulations internationales des
pratiques, modèles, symboles révolutionnaires. Cette perspective consistera à situer la
Révolution burkinabé dans toute son historicité, ce qui permettrait tout à la fois d’explorer les
connections révolutionnaires et les jeux d’influences que de reprendre la question de son
originalité.
La deuxième partie a pour enjeu de réintégrer la Révolution dans l’histoire nationale dans une
double perspective. D’une part, cela consiste à se départir d’un praxonyme de Révolution qui
ferait commencer le processus révolutionnaire le 4 août 1983 et qui s’arrêterait brutalement
avec la mort de Sankara. Aussi cette partie envisage-t-elle la Révolution moins dans ce qu’elle peut avoir d’originale que dans ses continuités prérévolutionnaires afin de proposer une autre périodisation, fondée sur les différentes logiques de militarisation et de civilisation du Pouvoir.
La troisième partie vise à intégrer ce qui donne son unité à la période révolutionnaire, telle
qu’elle est communément bornée, la participation populaire, principalement au sein d’une
structure, les CDR. Ainsi, il sera ici question d’encadrement et de débordement des pratiques
populaires et de la question de la politisation et des affrontements entre différentes légitimité
de pratiquer la politique.
Enfin, il s’agira dans une quatrième partie, d’interroger ce qu’a pu être le Sankarisme, pris à la
fois comme ses représentation, pratique et discours. La question du marxisme-léninisme
notamment semble avoir masqué d’autres éléments qui permettraient d’expliquer plus
pertinemment le discours et la pratique sankariste (la notion de Développement, notamment).
De la même façon, il s’agira d’étudier la construction de l’autorité charismatique de Sankara
et le fonctionnement d’une autorité en Révolution afin de dépasser les débats sur la simple
personnalisation du Pouvoir. Enfin, il s’agira de revenir sur la mystique sankariste, qui, audelà
des résurgences religieuses personnelles, entend se fonder comme une morale
d’édification de l’Etat.

[i] Kalsh Criminel, « Sauvagerie 2 », R.A.S, 2016. 10 historique de la Révolution ».

[ii] Anna Cuomo, Présentation en 2011 dans le cadre du séminaire « Héros fondateurs et pères de la nation : la fabrication des grands hommes dans l’Afrique contemporaine, le Panafricanisme » au sein du MASTER1 d’anthropologie sociale de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).
http://thomassankara.net/thomas-sankara-president-du-burkina-faso-ex-haute-volta-de-1983-a-1987-processusdheroisation/

[iii]   Sur ce plan, il faut reconnaître la défaite totale des partisans de Compaoré dans leur volonté de présenter Sankara comme un autocrate dont les ambitions irréalistes allaient conduire le Burkina Faso à la ruine et à la guerre civile. Ce discours devint clairement inaudible sur le plan international et largement national une fois la consolidation « du régime semi-autoritaire » (Hilgers et Mazzochetti 2006) de seul Blaise Compaoré.

[iv] On pense notamment à la page Facebook « Vaccinating Memes for Sankarist Teens » qui publie des montages photographiques humoristique et volontairement de piètre qualité faisant l’apologie de Sankara, « The Vaccinator » et de ses opérations vaccinations « commandos ».

[v] Bonnecase 2015.

[vi] Expression de Christophe Joly dans son mémoire sur la mémoire de Sankara dans la galaxie sankariste qu’il définit comme étant « composée principalement de partis politiques des descendants directs de Sankara et d’associations. » Joly. 2009.

[vii]https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Deuxi%C3%A8me_r%C3%A9volution_burkinab%C3%A9. Ce qualificatif apparaît également dès les journées du 28-30 octobre et est employé par les commentateurs et journalistes. Par exemple, l’émission radiophonique hebdomadaire Le Débat africain, animé par le délicieux Alain Foka, intitule son émission du 2 novembre 2015. « la seconde Révolution du Burkina Faso »

[viii] 8 Harsch 2014. Cette petite biographie, d’excellente facture, publiée aux éditions Ohio Universiy Press n’en est pas moins limitée par l’objectif même attribuée à la collection. En effet, « l’Ohio Short Histories of Africa is a series of informative and concise guides, lively biographies, and succinct introductions to important topics in African history perfectly suited for the classroom. » L’ouvrage d’E. Harsch ne peut être reçu que comme une
introduction réussie au sujet.

[ix] GIS (2016), p. 6: « Le GIS, après le réseau thématique pluridisciplinaire (RTP) qui l’a précédé a, dès son origine en 2013, cherché à être un outil fédérateur, à améliorer, voire à créer, des liens, des synergies, et une meilleure connaissance réciproque des collègues et des unités consacrant recherches et enseignements à l’appréhension des mondes africains ».

[x] « L’essentialisme, le culturalisme et l’exotisme ne sont plus d’actualité » écrit le GIS (2016), p. 9. Le culturalisme n’est plus de mise, l’on peut s’en féliciter, mais les débats suscités par ces approches sont encore trop récents, si ce n’est vivaces, pour qu’on le se demande s’ils sont réellement dépassées. Cf Sardan 2010. Olivier de Sardan accuse ainsi Schatzberg, Chabal et Daloz, dans leurs livres respectifs de céder à ce qu’il appelle le « culturalisme traditionaliste africaniste » (CTA), démarche sans fondement empirique.

[xi]  Remarque empruntée à R. Banégas. Cf la publication de sa commination « Etudes africaines : l’exotisme est-il devenu banal ? Décentrement du regard, comparatisme et doxa disciplinaire » délivrée à l’occasion du colloque « Aires culturelles » organisé par l’Institut des Amériques, l’INALCO et le CNRS en novembre 2014.

 

[xii] 12 Bernault 2001/2002, p. 138 : « En attendant, le risque demeure que la difficulté permanente de l’Afrique à s’imposer comme une source épistémologique reconnue, renforcée par les susceptibilités de certains Africains et leur corollaire obligé, l’autoculpabilisation ad nauseam des chercheurs occidentaux, ne les enfonce tous ensemble dans un provincialisme de mauvais aloi. »

[xiii] Fr. Blum écrit que ces travaux sur les Révolutions africaines et l’année 68 découlent en partie d’un « constat de ce vide historiographique » (Blum 2014, p. 14).

[xiv] Dans la présentation générale, il est annoncé : « les temps sont venus de donner aux socialismes africains et/ou aux socialismes en Afrique la place qui leur revient dans l’historiographie générale du socialisme et dans celle de  l’Afrique. »14 Dans la présentation générale, il est annoncé : « les temps sont venus de donner aux socialismes africains et/ou aux socialismes en Afrique la place qui leur revient dans l’historiographie générale du socialisme et dans celle de l’Afrique. »

[xv] A paraître. Perspective d’autant plus encourageant qu’elle a été suivi d’un autre colloque, l’année suivante au Sénégal : « Colloque sur les socialismes africains », 30-31 octobre 2017, Université de Dakar Cheikh Anta Diop.

[xvi]  Il faut tout de même rendre justice à la communication de Sophie Cohen (Université Paris 1), « Arts et pouvoirs politiques et religieux en République populaire du Bénin sous Kérékou et au Burkina-Faso sous Sankara. » durant le colloque, même si malheureusement cette communication ne donna pas lieu à une publication.

[xvii] Cf l’ouvrage de Westad Odd Arne au titre suffisamment évocateur : The Global Cold War : Third World Interventions and the Making of Our Times, (Westad 2005).

[xviii] 18 Beucher 2012, p. 551-582.

[xix] Martin 1986. G. Martin a étendu sa réflexion à une contribution aux débats sur les perspectives de démocratie et du rôle des militaires en Afrique (Martin 1990).

[xx] Le Burkina Faso, Politique Africaine, 20 Décembre 1985.

[xxi] Retour au Burkina, Politique Africaine, 3 Mars 1989.

[xxii] Otayek 1996.

[xxiii] 23 Wable 1997. André 2007.

[xxiv] Guiré 1995.

[xxv] Lalsaga 2012.

[xxvi] Cette effervescence intellectuelle autour du Burkina Faso fut perçue comme telle par les contemporains : « Car c’est un fait que jamais par le passé ce pays n’avait tant fait parler de lui, sauf peut-être en 1978 [date de la première consultation électorale libre d’Afrique] » Otayek 1985, p. 3.

[xxvii] Andriamirado 1987 ; Andriamirado 1989 ; Sylla 2012.

[xxviii] Jaffré 2007.

[xxix] Nnaji 1989 et Guion 1991. Chez Guion Sankara y est ainsi dépeint comme un démagogue autoritaire, au contraire de Blaise Compaoré « stature internationale incontestable, un homme réfléchi, de dossier (…) [à la] puissance de travail semble sans limites…».

[xxx] Skinner 1988.

[xxxi] Englebert 1987.

[xxxii] Martens 1989.

[xxxiii] Bamouni 1986. Babou Paulin Bamouni avait deux ans auparavant publié ses Principes Révolutionnaires (Bamoumi 1984), était, en 1986, directeur du service de la presse présidentiel après avoir été le directeur de Sidwaya, organe de presse du Pouvoir. Il fait partie des victimes du coup d’état du 15 octobre 1987.

[xxxiv] Ainsi du Lumpenproletariat qui se voit confier la tâche de former « un réseau d’indicateurs au service de la Révolution » dans le but de dénoncer la Réaction…

[xxxv] Sawadogo 2001.

[xxxvi] Compaoré 2015. En cela, l’ouvrage d’André Roch Compaoré tranche avec le reste de la littérature. Ne prenant parti ni pour Blaise Compaoré, ni pour Thomas Sankara, le sous-titre indique clairement la grille de lecture adoptée : Et enseignements de l’Eglise catholique. Ancien militaire, André Roch Compaoré fut ministre du développement rural sous le CMRPN de 1980 à 1982. Destitué par le coup d’Etat qui donna naissance au CSP en 1982, puis emprisonné en 1985, lors « d’un procès inique » selon sa dédicace, il souhaite inscrire son livre clairement en porte-à-faux avec la légende sankariste dans un moment où celle-ci s’impose comme consensuelle.
Au-delà l’entreprise religieuse d’évangélisation, c’est tout un pan de la mémoire burkinabé qui est rendu visible et surtout lisible, celle des Burkinabé réprimés par la Révolution, celle des milliers de fonctionnaires destitués etc.

[xxxvii] Andriamirado 1987.

[xxxviii] Andriamirado 1989.

[xxxix] Martens p. 246. Ainsi peut-il écrire : « Sankara était le président de l’Union des Communistes qui affirment s’inspirer de l’oeuvre de Mars, d’Engels, de Lénine et de Staline. Mais il laissait écrire Andriamirando sans réagir : « Staline a tué » le léninisme en étouffant les soviets et en rendant toute puissante la Tchéka, Mao, en vieillissant a figé la Chine dans un proto-communisme fossile. ».

[xl] Joly 2009, n. 78.

[xli] 41 Sans remettre en cause toute la critique de l’impérialisme opérée par les tiers-mondistes, le sociologue Fr. de Negroni y voit aussi le refus de rendre à l’Afrique noire son historicité singulière et une porosité manifeste aux fantasmes, actuels et éculés, projetés sur l’Afrique noire, une « Afrique vraie, anhistorique, qui ne réclamait rien à personne, [qui] été foudroyée dans son immutabilité ; [qui] ploie sous le poids des dominations extérieures et
ne possède plus la maîtrise de son destin. » (Negroni 1992, pp. 92-93).

[xlii] Martin 1991.

[xliii] Martin 1991, p. 330 : « En fin de compte, qu’est-ce qui est le plus important pour le paysan, l’ouvrier, ou le petit fonctionnaire burkinabè, l’amélioration de ses conditions matérielles de vie ou une illusoire “liberté” : celle de vivre aux marges de la subsistance ? Il faudrait peut-être enfin – et pour une fois – interroger les intéressés eux-mêmes sur ce point, plutôt que de laisser les intellectuels occidentaux et africains, de droite comme de
gauche, poursuivre leurs débats stériles et leurs vaines arguties sur le sens profond et la portée de cette expérience révolutionnaire unique en Afrique. »

[xliv] Martin 1991, p. 329 : « En dernière analyse, ce qui devrait, à mon sens, retenir l’attention de tous les chercheurs africanistes de bonne volonté, c’est la contribution réelle et tangible du régime Sankara à l’amélioration du niveau de vie des masses rurales et urbaines burkinabé, objectif déclaré de la révolution.»


 

Conclusion Retour au Burkina révolutionnaire

Sankara écrase la Révolution. L’étudier, c’est ployer sous son poids. A Paris, la simple évocation de ce travail peut suffire à s’attirer les amitiés d’un chauffeur de taxi qui, français d’origine malienne n’en considère pas moins Thomas Sankara comme « son président ».Sankara est une icône. Même au milieu du son des capuches, de ces artistes qui ne prétendent représenter que la laideur des trafics illégaux il fait sentir sa présence. Faire l’histoire de la Révolution, c’est faire le deuil d’un romantisme d’autant plus sensible qu’il est l’un des héros des plus dominés de France et d’Afrique. Mais c’est aussi affronter des sources littéraires qui dans une très grande majorité sont « sankarocentrée ». Ainsi, faire l’histoire de la Révolution burkinabé, c’est déjà entreprendre de dévoiler Sankara et sa mémoire. Ce dévoilement est d’autant plus important que l’héroïsation masque ces milliers d’hommes et de femmes qui ont oeuvré pour qu’aboutissent le projet révolutionnaire.

Ainsi, il paraît essentiel de situer ce processus à l’échelle internationale. Car la Révolution burkinabé paraît bien se confondre avec les normes de l’époque, voire même paraît en retard.

Elle est le dernier moment de ces régimes militaires dans un monde encore structuré par la guerre froide et le tiers-mondisme. En cela, la révolution qui eut lieu en Haute-Volta et le CNR peuvent être vus comme le dernier régime « afro-marxiste » issu d’une alliance des militaires et des partis communistes qui émergèrent à partir des années 1970. En cela, elle est l’alliance des militaires qui voulaient procéder au redressement national, édifier l’Etat indispensable au développement de leur pays et les partis qui voulaient fonder une nouvelle société, encore fonder, dans les années 1980, un « homme nouveau ».

Mais la Révolution emprunte surtout sa logique dans ce moment militaire partagé par la plupart des pays issus d’anciennes colonies, notamment africaines. Elle accélère des logiques nationales déjà à l’oeuvre en Haute-Volta, notamment l’affirmation d’un pouvoir central au détriment de la chefferie, les coupes budgétaires radicales et les politiques d’émancipation paysanne. Elle reprend les arguments qui légitiment quasiment tous les coups d’Etat : la restauration de la dignité nationale, la lutte contre la corruption… Car la Révolution est bien conforme à une norme africaine, celle qui fait de l’ingérence des militaires dans le politique une habitude des pratiques de Pouvoir. Elle prend sa source dans la logique de contre-coups  d’Etat, qui est un des moyens rapides de circulation des élites. En cela, elle n’est qu’un moment de cette militarisation et de cette décompression autoritaire, cette civilisation, du Pouvoir, qui peut résumer l’histoire voltaïque et burkinabé de la décennie 1980.

En 1980, le CMRPN consacre cette intervention militaire et cette descente du Pouvoir vers les masses rurales. Mais il achoppera devant les organisations civiles, les précipitera syndicats de la Haute-Volta, et les partis d’extrême-gauche. L’autoritarisme grandissant précisera sa chute, actée par de jeunes militaires, réunis dans l’OMR, l’Organisation Militaire Révolutionnaire. Sa chute, en novembre 1982, consacre l’émergence d’une nouvelle génération d’officiers, rassemblés dans le CSP, dont une partie est étroitement liée aux partis d’extrême gauche. L’histoire du CSP, c’est donc l’histoire de sa progressive bipolarisation, entre l’aile sankariste et les autres. Aux rivalités politiques, structurées par la guerre froide, par l’opposition capitaliste/communiste, viennent se greffer des rivalités de régiment, des rivalités personnelles et le CSP ne résiste pas à ces divisions. Le 17 mai, la première crise ouverte du régime, n’est pas simplement un « coup d’état droitier », visant à purger l’assemblée des éléments progressistes, il est aussi provoqué par la crainte d’une partie de l’armée devant sa propre politisation, sa propre sortie des casernes. Et ce sont les officiers les plus politisés , les plus en lien avec le PAI, qui en font les frais. Mais, jeu de l’histoire, le chauffeur de Blaise Compaoré va lui permettre de regagner la ville de Pô et donc d’entrer en sécession.

Car c’est à Pô que se forme le noyau progressiste, autour de Thomas Sankara, son premier commandant. Après les premiers temps du ROC, ce réseau informel d’interconnaissances, Sankara peut exercer ses vues d’une participation active de l’armée au développement du pays. Car c’est ce concept même de « développement » qui réunit les officiers progressistes.En cela, les années 1970 furent bien la matrice de leur politisaton. Elles marquent la crise de cet « Etat-Développementaliste », repéré par Fr. Cooper, et donc la concurrence nouvelles entre certaines élites civiles (les ingénieurs, mais aussi les ONG et les coopérants) et les élites militaires pour prendre en charge le développement du pays. Cette politisation des militaires est d’autant plus renforcée que la région est durablement et profondément marquée par la famine du début de la décennie, par la dépendance à l’aide internationale mais aussi par les scandales du détournement de ces aides. A cela s’ajoute le fait que ces militaires se révèlent être bien plus sensibles au discours de l’expertise agronomique qu’au discours théorique marxiste, même s’il continue de fournir les mots pour penser la domination ou l’impérialisme.

Or, les années 1970 sont également celles où ce discours d’expertise, que l’on peut incarner en René Dumont, façonne l’image d’un Sahel de la Faim, de la Soif, de la Désertification, le tout sur un ton catastrophiste qui ne peut qu’inciter à l’action politique. Il semble que ce soit l’idée de développement ait est permis de trouver un objectif commun, un point d’accord, entre les militaires et les partis d’extrême gauche, notamment le PAI.

Le CNR résulte donc de cette alliance. Cela explique en partie la multiplicité des influences internationales, tant dans les pratiques d’encadrement que dans l’esthétique du Pouvoir ou sa nomination. Le CNR même rappelle le CNR béninois, les CDR, les CDR castriste, l’esthétique le réalisme socialiste, autant de jeux d’influence qui montrent tout un champ d’expérience mondialisé chez les Révolutionnaires. C’est peut-être la prégnance de ce champ d’expérience, particulièrement chez les militants d’extrême gauche, tout à leurs modèles du bloc socialiste (Albanie etc.) qui rend si sensible ce sentiment de décalage temporel. A bien des égards, le régime burkinabé apparaît comme en retard au regard des dynamiques du bloc de l’Est, tentant d’encadrer fortement la population au moment de la Perestroïka soviétique ou de la Rectification castriste, allant puiser dans l’expérience maoïste le retour vers les masses rurales au moment des réformes de Deng Xiaoping, devant compter sur les ingénieurs nord-coréens pour se mettre en spectacle ou s’incarner dans le bâti…

Mais au-delà de cet aspect « socialiste », c’est encore la logique de la militarisation qui donne sa dynamique à la Révolution. Alors que les militaires conçoivent encore après le 4 août 1983 le prolongement de leur action dans celle du CSP, l’alliance avec les partis marxistes bouleversent l’échiquier politique et le 4 août est construit comme la date d’une Révolution.

Ainsi, si le CNR consacre le retour de quelques civils dans l’organe du pouvoir, c’est finalement le militaire qui va s’imposer au civil, à travers l’extrême militarisation qui est insufflée à la société (distribution d’armes, parades militaires etc.). Car le Pouvoir révolutionnaire entend fonder et conforter sa souveraineté et pour cela il a besoin du peuple en arme, du peuple brandissant sa kalash face aux ennemis. Le moment révolutionnaire fut ainsi celui de la militarisation de la population, et sa fin, le retour des armes.

Mais au-delà des discours de fusion des militaires et des civils, la Révolution reste guidée par un Pouvoir militaire. La première civilisation du pouvoir qui a été évoquée ne dure pas, les partis civils d’extrême-gauche, le PAI, la LIPAD, sont de plus en plus évincés du pouvoir par des militaires peu enclin à le partager et finalement l’autoritarisme de Sankara, dans son dernier moment, se recroquevillera sur l’OMR. Sa mort et la proclamation du Front Populaire viennent entamer le processus de civilisation, par le retour des partis politiques. Ainsi, le processus de transition que Compaoré parviendra à maîtriser, éliminant les deux autres chefs militaires, Lingani et Zongo, aboutit jusqu’à la constitutionnalisation du régime et la mise en place d’un régime semi-autoritaire fondé sur l’armée et la maîtrise du jeu politique des partis.

Ce mouvement peut s’incarner dans la trajectoire des unités de Pô et leurs fidélités aux Imperatores, qui d’unités putschistes fidèles aux officiers progressistes, contre celles des autres officiers, deviendront par la logique de l’intérêt corporatif, fidèles à Blaise Compaoré au point de devenir la garde prétorienne de son nouveau pouvoir.

Cette concentration en si peu d’années de toutes les expériences socialistes de la Guerre froide ou des régimes afro-marxistes précédents, ce décalage même, pourrait révéler la dramatique marginalisation de la Haute-Volta des logiques mondiales. Mais le Burkina Faso commençait justement, au cours de la Révolution, à s’imposer comme un pôle politique, propre à susciter tous les espoirs des jeunes urbains africains, des intellectuels panafricanistes, des derniers intellectuels tiers-mondistes. Ainsi, alors même que la Haute-Volta révolutionnaire se faisait réceptrice de toutes les expériences révolutionnaires, la diplomatie flamboyante de Sankara commençait à instaurer le Burkina Faso comme un centre des nouveaux espoirs, obligeant même, un temps, la diplomatie française à s’interroger sur ses propres pratiques. Sankara mort, la diplomatie du Burkina Faso deviendra celle, pragmatique, d’un Etat-voyou soucieux de construire un petit leadership régional. Ainsi, la pratique diplomatique est assurément l’un des moyens d’identifier le commencement et la fin d’une Révolution au sein de cette période militaire.

Mais il en est un autre, l’importante politisation et participation populaire, en particulier à travers l’institution des CDR. Cette institution se devait d’être l’expression de la souveraineté populaire. Mais assurément, ce fut une expression encadrée. Peut-être faut-il voir dans les limites juridiques même des CDR, qui jamais ne pouvaient s’opposer au secret CNR, la peur des militaires et leur attachement à la discipline devant le désordre démocratique rejoignant en cela l’attachement à la discipline de Parti des organisations marxistes. Pourtant, cette souveraineté déborde de toute part tant cette structure fut appropriée. Elle fut appropriée dans une logique d’opposition au pouvoir syndical, dans les CDR de service. Mais surtout, dans les comités de base, elle fut appropriée par de jeunes hommes sans ressources qui trouvèrent dans cette structure, l’occasion de remédier à tous les effets de la marginalisation, économique, sociale, symbolique, dont ils sont les victimes. Ainsi, trouvèrent à s’exprimer dans les CDR, des logiques de quartiers, des logiques populaires d’opposition à l’Etat et à l’ordre qu’il prétendait incarner.

Cette souveraineté déborde donc de toute part. Paradoxalement, elle déborde le CNR luimême, en reconduisant en maintes occasions les chefs, les tenants de l’autorité coutumière, aux  responsabilités des délégués CDR. Toutefois, par-delà même les permanences, les CDR semblent avoir bouleversé certaines communautés rurales. L’élection des bureaux au suffrage universel s’inscrivait dans les rivalités communautaires et obligeaient les chefs à élaborer de nouvelles stratégies pour préserver leur autorité. Stratégies qui devaient s’avérer d’autant plus cruciales que les élections CDR permettaient, par l’instauration du suffrage universel, l’émergence « d’hommes nouveaux » dont la principale difficulté consistaient à faire front malgré l’absence de ressources (économiques, sociales, linguistiques etc.). De la même manière, la diffusion du vote, par l’acte même de voter individuellement, pouvait bouleverser les communautés villageoises ou les liens familiaux en permettant aux individus d’entrer dans un processus d’apprentissage des savoirs pratiques de la démocratie moderne, de se construire comme sujet politique Avec cette nouvelle politisation et cette nouvelle institution, c’est la participation populaire qui va déborder les élites urbaines. Tout d’abord, au sein des comités de service, car les nouveaux CDR sont prompts à entrer en lutte avec les décisions de l’Etat, forçant même leur Secrétariat Général à les suivre dans cette opposition aux ministères. Cette participation va également déborder la justice révolutionnaire. La foule impose sa présence dans les Maisons du Peuple, réagissant aux accusations, veillant à l’application de la loi révolutionnaire. Et le magistrat lettré se voit bien en peine d’appliquer ses textes juridiques, concurrencé qu’il est par le CDR armé de sa kalachnikov et de ses envies de justice, qu’il soit dans la foule ou au sein même du jury. Les accusations d’arbitraires, souvent reprochées aux TPR, masquent ainsi cette pression faites aux magistrats de la logique de justice populaire. Ainsi, certains « excès » des CDR peuvent être relus dans cette relation conflictuelle qui unit les élites révolutionnaires et le peuple du Faso. C’est ce que semble enseigner l’affaire du Secteur 17 de 1987, ce « coup de secteur » de certains éléments armés, tout à leur logique de survie, mais aussi ulcérés par la corruption d’un bureau qui reçoit pourtant tout le soutien de l’administration.

« Débordements », « excès » sont aussi des mots qui permettent de masquer les exigences populaires du « mandat impératif ». Ainsi, la fin de la Révolution, c’est aussi le reflux des CDR, de leur participation, mais c’est aussi leur désarmement.

Toutefois, malgré l’essoufflement des espérances et de la participation, la mort de Thomas bouleversa une partie de la population, preuve qu’il incarnait bien à ses yeux la Révolution.

Le concept d’incarnation semble ainsi le mieux à même de comprendre la politique sankariste. Car, Sankara et les Voltaïques sont des hommes et des femmes du XXè siècle, le siècle des chefs, pour reprendre l’expression d’Y. Cohen. En cela, Sankara répondit à ce « besoin de chef ». Il y répondit d’autant plus qu’il héritait par son milieu familial, par sa formation militaire, de dispositions qui facilitaient le transfert de son capital militaire au jeu politique. Car Sankara ne peut se comprendre sans le resituer comme un officier du Xxème siècle, formé dans les écoles militaires, avec une très importante adhésion individuelle aux valeurs de l’officier moderne, en particulier celle de l’exemplarité, attendue si l’on veut remporter l’obéissance. Ce capital militaire est d’autant plus fort que Sankara l’a éprouvé au feu, durant la guerre de la bande d’Agasher, en 1975. Son milieu, sa formation, son baptême du feu, autant d’épreuves qui peuvent expliquer son fort sentiment de légitimité à exercer le métier de soldat, à s’opposer, par la suite, aux plus gradés de l’institution, pour finalement finir par présider à la destinée d’une Nation.

La religiosité du Capitaine Sankara a été de nombreuses fois soulignées. De fait, son important messianisme en est une grande spécificité. Mais ne percevoir que cela, c’est ne pas percevoir « l’effet d’oracle » propre à toute mandature politique, où une personne s’autoconsacre comme capable de parler au nom d’un groupe. L’un des grands fondements de la légitimité des officiers à leurs propres yeux consiste, on l’a dit, dans leur croyance qu’ils pourront organiser le développement de leur société. Mais c’était aussi qu’ils pensaient pouvoir présider au « développement » de leur population. Car le peuple, en particulier les populations rurales, sont perçues par ces officiers comme des populations archaïques, qu’il est nécessaire d’émanciper. En cela, les officiers, Sankara en tête, vont chercher leur légitimité dans l’idée qu’ils se font éducateurs du peuple, parvenant ainsi à résoudre le paradoxe d’un chef démocratique. Ce positionnement est d’autant plus important que, malgré son autoritarisme et ne pouvant compter sur un soutien électoral, le Pouvoir sankariste chercha à se construire une légitimité populaire pour faire oublier l’usurpation que consiste tout coup d’État.

Cette légitimité fut d’autant plus forte qu’elle s’éprouvait en de nombreuses fois, par les visites, par les grands meetings. Plutôt que de n’être que de simples spectacles, que de ne traduire qu’un goût prononcé chez Sankara pour le théâtre, ces meetings sont l’occasion pour ce mandataire du Peuple, non élu, de conforter le lien qui l’unissait à la population. Cette multiplicité des meetings est aussi le moyen d’afficher cette légitimité et de la reconfirmer.

Prendre le risque de s’exposer sans cesse à la population, c’est aussi demander à être reconduit d’une façon régulière dans ses fonctions. Sankara, ainsi, peu enclin à suivre le modèle d’une  démocratie électoraliste, fut guidé par la conviction qu’il pratiquait une démocratie plébiscitaire, où l’acclamation est le dépassement du scrutin.

Car des acclamations il en reçut, qu’elles furent organisées par les CDR ou non. « Sankara n’est pas un voleur », c’est pourquoi la population le suivait disait la propagande. L’exemplarité de l’officier était devenue le principal facteur de la légitimité du Président.

Cette lutte contre la corruption n’a rien de bien novateur. Mais novatrice fut la manière dont il s’y employa car il dépassait la simple judiciarisation de deux manières. D’une part, en faisant des TPR les principaux organes de luttes contre la corruption, ce qui assurait une médiatisation à cette question et donc un contrôle populaire sur la manière dont elle s’exerçait. D’autre part, Sankara s’est employé à poser comme fondement de sa légitimité présidentielle l’exemplarité, le sacrifice, le dévouement. Ainsi, face à ces pratiques de corruption, pourtant si diverses, tellement stigmatisées dans les discours normatifs, mais qui reste in fine qu’une pratique du service élargi, Sankara se proposait de fonder réellement un service public burkinabé, en poussant chaque agent à agir de même. Ainsi, la lutte contre la corruption de Sankara est aussi la tentative de fonder radicalement un État, sur le modèle encore une fois européen, et, à travers le service public d’un État, de fonder les conditions d’accès à l’universel.

Toutefois, Sankara ne fut que l’un des quatre « chefs historiques de la Révolution ». Or, au fur et à mesure que Sankara incarnait à l’échelle mondiale les espérances révolutionnaires, cette autorité collégiale se fissurait, jusqu’au point de rupture. Comment expliquer la passivité de Sankara face aux menaces, cette fuite en avant dont tous témoignent ? Comment expliquer ses refus à « buter Blaise » ou au moins l’écarter du jeu, au point de menacer de mort ceux qui s’y risqueraient ? Fidélité à une amitié de jeunesse ? Il n’avait pourtant pas hésité à faire emprisonner son ancien professeur, Adama Touré. Croyance naïve en l’apaisement prochain, au « terrain d’entente » ? Prêt à être écarté alors même qu’il se disait hanté à l’idée « de n’avoir rien fait » ? Autant d’explications qui ne rendent finalement que peu justice à sa complexité d’homme. Car Sankara, quand il dut sortir des discours moralistes pour assumer le réel n’hésita pas à ordonner l’exécution de 7 « comploteurs ». Mais, ni le PAI, ni les ennemis de la Révolution n’étaient les « chefs historiques ». Ainsi, admettre et participer à la dissolution de l’autorité collégiale, le plus petit noyau de l’Incarnation du Peuple, c’était se confronter à ce mensonge à soi-même par lequel l’homme politique appelle peuple sa propre volonté. En ce cas, cela serait un beau legs à l’histoire révolutionnaire que cet acte d’humilité consistant à refuser, au prix de sa vie, cette fuite en avant.


Table des matières

Introduction

Thomas Sankara et sa révolution………………………………………………………………… 9
Actualités d’une figure ……………………………………………………………………………. 9
L’histoire sociale africaine : le dynamisme de la marge ……………………………………… 12
Connecter les socialismes africains ……………………………………………………………. 13
Politistes en Révolution …………………………………………………………………………. 15
Littérature d’une Révolution ………..  ………………………………………………………… 16
La Révolution en débats…………………………………………………………………………. 19
Les sources en question ………………………………………………………………………… 22
Plan ………………………………………………………………………………………………… 23

Chapitre 1  Situer le moment sankariste. Expérience mondiale d’une Révolution ………… 25

I – Le militaire en politique : approche théorique et comparative …………………………. 26
Politique du Putsh ……………………………………………………………………………….. 26
Perspective internationale : un monde révolutionnaire ……………………………………… 31
Le marteau, la faucille et le fusil ……………………………………………………………….. 33

II – Circulations des théories, pratiques et des symboles révolutionnaires…………………. 36
Une circulation internationale des concepts ………………………………………………….. 36
L’esthétique révolutionnaire en circulation …………………………………………………….. 39
Burkinabé en mouvement ………………………………………………………………………… 42

III – De la singularité au modèle de la Révolution sankariste ………………………………… 46

Conclusion première partie ………………………………………………………………………. 50

Chapitre 2 Militaires en Révolution  …………………………………………………………….. 52

I – Fondements et matrice d’une Révolution. Militarisme, centralisme, et populisme, le
précédent voltaïque (1960-1980) ………………………………………………………………. 53

II – La Révolution, moment d’un temps de Prétorien …………………………………………. 62
Le CMRPN : matrice de l’enthousiasme révolutionnaire ………………………………………. 62
Stratégie d’un noyau progressiste ……………………………………………………………… 66
Le CSP : l’armée face à la rupture partisane ………………………………………………….. 69
Le 17 mai, la définitive sortie des casernes …………………………………………………… 72

II – Le CNR, dépasser la militarisation du Pouvoir ……………………………………………. 76

Militarisation de la société ………………………………………………………………………. 76
Le Front Populaire : la civilisation du Pouvoir …………………………………………………. 84

III –Pô, du laboratoire à la « base de repli » ………………………………………………….. 86

Conclusion deuxième partie ………………………………………………………………………. 92

Chapitre 3

Souveraineté populaire en Révolution …………………………………………………………… 94

I – Les CDR : Encadrement et débordement d’une souveraineté populaire …………………. 96
Encadrer la population : enjeux d’une mise en place institutionnelle et pratique …………… 96
Débordements des CDR : Violences viriles et lutte contre l’Etat ? ………………………….. 101

II – Les CDR – Appropriation populaire d’une structure d’encadrement …………………….. 107

La formation d’un peuple : Passeurs et résistance…………………………………………….. 107
CDR, politisation populaire et communauté villageoise ……………………………………….. 117
III – Du coup de pression au coup de secteur ………………………………………………… 124
Les TPR, organe de la pression populaire ………………………………………………………. 124
Une réaction à la Réaction ? Le coup de secteur des éléments armés du secteur 17 ……. 127

Conclusion troisième partie ………………………………………………………………………. 135

Chapitre 4  La Révolution en-deçà de Sankara ……………………………………………….. 137

I – Situer la pratique sankariste ………………………………………………………………… 138
Retour sur le marxisme de Sankara …………………………………………………………….. 138
Une révolution dumontiste ? …………………………………………………………………….. 142

II – Sankara, Chef historique de la Révolution ………………………………………………… 150
Une révolution honorabilisante ………………………………………………………………….. 150
Ethos et disposition militaire …………………………………………………………………….. 153
Sankara, de l’officier au chef ……………………………………………………………………. 155
L’exercice d’un pouvoir charismatique ………………………………………………………….. 158
Chefs historiques de la Révolution ……………………………………………………………… 160
Quelle incarnation pour la Révolution ? Sankara et la démocratie plébiscitaire …………… 163
La construction du pouvoir charismatique sankariste à l’international …………………….. 166

III – Sankara politique et mystique …………………………………………………………….. 172

Morale du Sankarisme ……………………………………………………………………………. 172
Construire l’Etat : politique de la morale sankariste…………………………………………… 175

Conclusion quatrième partie …………………………………………………………………….. 181

Conclusion Retour au Burkina révolutionnaire …………………………………………………. 183
Bibliographie ………………………………………………………………………………………. 190
Annexe 1 L’ethnie en Révolution ……………………………………….. ……………………… 202
Annexe 2. Sur quelques pratiques mémorielles autour de Thomas Sankara ……………….. 205
L’impossible muséification populaire de Thomas Sankara. Retour sur les ruines de la maison de
François Compaoré ………………………………………………………………………………. 205
La statue ratée du Capitaine : l’impossible consensus ? ……………………………………. 209
Le Sankara des mauvais garçons ……………………………………………………………….. 214
Un monument français pour Sankara ? Pistes autour de conflictualités futures ………….. 217

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Par Pierre Houpert

Publié en en 2017 et 2018 sur https://freeyourmindyp.wordpress.com.

« L’impérialisme, à bas ! Le néo-colonialisme, à bas ! Le racisme, à bas ! Le fantochisme, à bas ! ». Telle est la maxime la plus célèbre du capitaine Thomas Sankara, qui prend le pouvoir le 4 août 1983 au Burkina Faso, alors connu sous le nom colonial de Haute-Volta. À trente-trois ans, il devient le plus jeune chef d’État au monde1, à la faveur d’un nouveau coup d’état au Burkina Faso, le quatrième depuis l’obtention de son indépendance à la France en 1960.

Fin orateur, proche du peuple, populaire, se basant sur des idées marxistes-léninistes et en opposition avec le système de la Françafrique – terme popularisé par François Xavier Verschave – « TomSank » comme on l’appelle rompt clairement avec ses pays voisins. En effet au début des années 1980, dans les anciennes colonies françaises d’Afrique Subsaharienne, nombreux sont les présidents à marcher main dans la main, pour des privilèges personnels et la majeure partie du temps contre le développement des conditions de vie du peuple, avec l’ancienne puissance coloniale française. Citons le président de Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny – avec qui il entretiendra une rivalité en tant que leader incontesté de la Françafrique – ; Denis Sassou-Nguesso au Congo, président de 1979 à 1992, puis depuis de 1997 jusqu’à aujourd’hui ou encore Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982, qui remplaça Ahmadou Ahidjo, premier président Camerounais placé à l’indépendance par la France au poste suprême.

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Devant tant de nouveauté, de jeunesse, devant ce discours d’extrême gauche, devant ce jeune capitaine « admirant le modèle cubain »2 , ouvertement anti-impérialiste et anti-conformiste, et ce au sein même du pré-carré français en Afrique, ils nous paraissait intéressant d’analyser la manière dont était représenté le capitaine Thomas Sankara dans les journaux télévisés français. Presque trente ans après son assassinat, à ce jour toujours non-élucidé, Sankara est devenu un mythe, « resté affectueusement dans le coeur et les mémoire dans son pays »3 mais également sur l’ensemble du continent.

Concernant les notes de bas de page, nous avons décidé de toutes les réunir à la fin de notre travail. Aussi, la majorité des citations et/ou explications étant tirés de l’ouvrage de Bruno Jaffré, Thomas Sankara, La Patrie ou la Mort…, L’Harmattan, 2007, Paris, nous ne mettrons des notes uniquement pour les sources autres que celle-ci.

Ce travail ne sera assurément pas le premier sur le Capitaine Sankara. En effet Thomas Sankara, personnage fascinant, figure du Tiermondisme et de l’anti-impérialisme dans les années 1980, d’une extrême « franchise » devenue par son parcours et sa verve « presque légendaire »pour la jeunesse Burkinabé et Africaine, a depuis son assassinat été mainte fois étudié. Retenons les ouvrages de Bruno Jaffré, considéré comme son biographe, avec notamment Les Années Sankara de la Révolution à la Rectification et sa très précise biographie Thomas Sankara, La Patrie ou la Mort…, L’Harmattan, 2007, Paris.

Au niveau audiovisuel, plusieurs documentaires ont été réalisés à partir d’images d’archives sur Tom Sank – Thomas Sankara, l’Homme Intègre de Robin Shuffield (ZORN Production, 2006) et Capitaine Thomas Sankara de Christophe Cupelin (Akka Films et LaÏka Films, 2014) – qui retracent tout deux son parcours, mêlant images d’archives, interviews et narrations.

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Pour cette étude, notre point de départ a été différent. Nous ne souhaitions pas raconter le personnage, son parcours, ses convictions et réalisations – tout ses aspects étant bien traités, parfois dans une forme d’hagiographie compréhensible, par les différents auteurs cités plus haut – mais plutôt analyser la manière dont le personnage de Sankara avait été représenté à la télévision française, ce qui n’a pour le moment jamais été entrepris.

Si aucun ouvrage ne traite spécifiquement de ce thème de la représentation, nous nous sommes questionné : comment Thomas Sankara, jeune capitaine de l’armée burkinabé qui réalise un coup d’état dans une ex-colonie française, profondément anti-impérialiste et de convictions d’extrême-gauche, ne se privant jamais pour critiquer à sa manière l’ancienne puissance coloniale, a-t-il été perçue, montré, analysé, décrit ou décrié par les télévisions françaises ?

Nous avons souhaiter analyser comment la télévision française, au sein des chaînes d’informations de l’époque – TF1, Antenne 2 et France 3 – ont-ils traités du Capitaine Thomas Sankara à partir du coup d’État du 4 août 1983 jusqu’à la fin de l’année 1987, marqué par son assassinat ?

Pour débuter notre recherche, nous n’avons pas utilisé toutes les archives provenant des journaux télévisés, mais nous avons débuté par étudier les journaux télévisés de 20h, de TF1 et d’Antenne 2 , ainsi que journal du Soir de FR3.

Nous avons malgré tout réalisé une entorse à notre choix initial de corpus, car le JT de 20h d’Antenne 2 daté du 15 octobre 1987 – date de l’assassinat de Thomas Sankara – n’était malheureusement pas consultable. Nous avons donc, pour avoir au moins une source à analyser des premières réactions à la suite de son assassinat, utilisé le JT de Nuit de TF1 du 15 octobre 1987.

Du fait que le choix du sujet de recherche était libre, je me suis dès le début orienté vers les sujets qui m’intéressaient le plus. L’histoire contemporaine de l’Afrique, l’histoire du panafricanisme et de ses grandes figures. C’est donc tout naturellement, notamment grâce à mon volontariat humanitaire de deux mois au Burkina Faso en 2014, que j’ai choisi de traiter de la couverture médiatique française du capitaine Thomas Sankara de 1983 à sa mort en 1987. Si j’ai un temps pensé travailler sur les sources de la presse écrite, pour comparer les réaction des présidents « françafricains », après réflexion il m’est apparu plus judicieux de traiter des archives télévisuelles. Arrivée à l’INA, devant le nombre de ressources disponibles, j’ai dû faire un choix. J’ai donc choisi – comme indiqué plus haut – de traiter les sources de trois chaines – TF1, Antenne 2 et FR3 – dans leurs émissions ou l’actualité internationale me paraissait être la plus traité, à savoir les journaux télévisé de 20h de TF2 et d’Antenne2 ainsi que Soir3.

Nous avons décidé, pour suivre et commenter au mieux l’évolution de son image à travers les journaux télévisés français, de traiter la couverture médiatique du capitaine Sankara de manière chronologique. La première partie sera ainsi consacré à son arrivée au pouvoir en 1983, ou nous verrons que la première image des médias est en lien direct avec la situation en Afrique Subsaharienne.
La seconde partie couvrira une période plus importante, de juillet 1983 à la fin de l’année 1986, et sera composé de deux sous-partie : la première sur la médiatisation de Sankara lors des sommets franco-africains dans le contexte du conflit libyo-tchadien et la seconde sur l’année 1986, marquée par la visite du président Français François Mitterrand.

Dans une troisième partie, nous traiterons de la médiatisation du coup d’état et de l’assassinat de Thomas Sankara le 15 octobre 1987, avant de réaliser une synthèse de notre travail pour tenter de répondre à la question suivante : quelle image globale du capitaine Thomas Sankara a-t-elle été diffusée dans les journaux télévisés français ?

PARTIE 1 : LE COUP D’ÉTAT DU 4 AOÛT ET « L’OMBRE DU COLONEL KADHAFI » : UNE FORTE MÉDIATISATION

L’arrivée au pouvoir de Thomas Sankara, à la faveur d’un coup d’état populaire4 mené par une partie des forces militaires burkinabé fidèle à Tom Sank, intervient dans un contexte politique tendu en Afrique Subsaharienne. En effet, au Nord-Est du Burkina Faso, le Tchad est secoué depuis plusieurs années par un conflit interne entre la partie Nord – dont le leader Goukouni Wedeye est soutenu par la Libye – et le Sud, représenté par le président Hissène Habré et soutenu par la France. Résultant de la Guerre civile tchadienne, la Libye du colonel Kadhafi intervient au tournant des années 1970 en occupant la bande frontalière de l’Aouzou. Si plusieurs accords de paix sont signés, le conflit Nord-Sud reprend en 1982 avec la rupture du gouvernent d’union national de transition (GUNT) par Hissène Habré. Pour synthétiser, les Libyens aident donc le Nord, et les Français le Sud.

Pourquoi cette globalisation du contexte politique continental ? Tout simplement parce que la position de Thomas Sankara sur ce dossier tchadien, qui cristallise les tensions françaises, marque durablement la position des médias français vis à vis de Tom Sank. Anti-impérialiste, il est donc opposé aux interventions étrangères en Afrique, et notamment françaises. Pour Bruno Jaffré, « En France, les journaux ont du mal à se sortir d’une lecture simpliste des rapports internationaux », et nous ajouterons qu’il en particulièrement vrai concernant le continent africain.

Dans une période où Kadhafi est représenté comme l’ennemi de l’Occident, les télévisions françaises vont dès le coup d’état du 4 aout 1983 insister sur les relations entre Sankara et Kadhafi. Le lendemain du coup d’état, les deux journaux de 20h réalisent chacun un sujet sur la prise de pouvoir de Sankara au Faso. Sur Antenne 2, le titre est on ne peu plus équivoque sur la vision – ou la peur – des médias français à l’encontre de Sankara : « Coup d’état en Haute-Volta (ancien nom du Burkina Faso jusqu’en 1984), l’ombre de Kadhafi »4. Comme l’indique B. Jaffré, « les journalistes ne veulent retenir de Sankara que ses rapports alors étroits avec Kadhafi ».

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Toujours sur Antenne 2, il est dit de Sankara qu’il est : « un grand admirateur du colonel Kadhafi », « résolument tourné vers la Libye », que c’est « un proche de Kadhafi » et un « admirateur de Kadhafi très critique de la France »5. Sil est tout de suite perçu comme un proche de Kadhafi qui fait peur à l’Occident, les télévisions se posent également la question, après ce coup d’état, de la stabilité de la région, qui pourrait être mise à mal par une « monté de l’influence libyenne »6. Pour les journalistes de TF1, « les situations au Burkina Faso et au Tchad risquent de bouleverser l’équilibre de la région, où influence française reste traditionnellement très forte »7. Et le spécialiste plateau de TF1 rajoute que « les pays d’Afrique occidentale sont très inquiet, ils pensent aux ambitions de Kadhafi ».

Le lendemain, les raccourcis recommencent lors du JT d’Antenne2, lors duquel la présentatrice indique que « l’ombre du colonel Libyen se profile à l’arrière plan de ce coup d’état ». La simplicité de sa présentation est étayé quelques phrases plus tard, lorsqu’elle décrit Sankara comme « un marxiste mais aussi un admirateur du numéro un libyen. Mais il se défend d’être un pion à la solde de Kadhafi »8. Sur la question du marxisme, question complexe, l’analyse de Bruno Jaffré est ici primordiale :

S’il pouvait nourrir son analyse du mouvement de la société de la connaissance des « classiques du marxisme léninisme », c’est bien la connaissance du réel, des conditions de vie de son peuple qui nourrissait l’ambition qu’il avait d’une transformation rapide et en profondeur de son pays. 

Marxiste par ses idées, en partie oui pour celui qui aimait particulièrement L’État et la Révolution de Lénine, mais constamment adapté aux idéaux révolutionnaires et aux réalités nationales et internationales. La qualification de Sankara en « marxiste » révèle ici de deux notions. Premièrement, un révolutionnaire de gauche, anti-impérialiste, est facilement identifié à un marxiste-léniniste, ce qui relève d’une analyse simpliste et rapide, malgré tout compréhensible. Mais cette qualification doit également être prise en compte dans le contexte international, à l’époque de la Guerre Froide aux idéologies opposées. Prônant une idéologie tiermondiste, donc opposé à la France, il est normal que par la bipolarité du monde de cette époque il ait été qualifié de « marxiste », dans un sens qui en indique autant sur ses idées révolutionnaires que sur le bloc auquel il était apparenté, à savoir le bloc Communiste.

Mais revenons au JT d’Antenne2. L’on entend en seconde partie du sujet un son émanant d’une radio. C’est Thomas Sankara qui s’exprime, et tente de « rassurer » la France en notant qu’il « n’est pas le colonel Kadhafi ».

Le 23 août 1983, soit dix-neuf jours après le coup d’état, Sankara a l’occasion de clarifier ses positions, notamment sur la Libye, lors d’une conférence de presse dont le JT de TF1 diffuse un large extrait. Sil est une nouvelle fois présenté comme un admirateur de Kadhafi, la voix-off du sujet à le mérite d’en faire une description plus valorisante et assez proche de l’image que Sankara a laissé : « officier non conformiste, intellectuel brillant, populaire pour ses prises de positions tranchées et sa liberté de ton (…) il représente la nouvelle génération de militaire africain intègre » 9.

Sankara, dans son aisance habituelle à l’oral, se dit tout d’abord « optimiste » quant à l’avenir des relations franco-burkinabé. Si cela peut – en partie – rassurer la France, la question sur ses relations avec la Libye arrive forcément rapidement. Avant de répondre concrètement Sankara, comme à son habitude, analyse de manière globale la situation burkinabè. « L’impérialisme n’est pas une réflexion dictée par quelqu’un mais par l’analyse (…) La Haute-Volta est une néocolonie, dominée par un impérialisme qui peut être combattu ». Si l’attaque vise clairement la politique africaine de Paris, Tom Sank clarifie ses relations avec le Guide Suprême Libyen : « Kadhafi est le dirigeant d’un pays africain. Nous avons un respect mutuel, et les solutions appliquées pour les peuples appartient à chacun ». Calmement il conclut par une phrase d’apaisement en direction de la France : « il ne nous dictera pas non plus ses volontés ni ses désirs ».

Que peut on conclure de cette partie concernant la description des médias français de l’arrivée au pouvoir du capitaine Sankara ? Les trois émissions que nous avons étudiés – JT de 20h de TF1 et d’Antenne 2 ainsi que Soir 3 – ont toutes analysé son arrivée au pouvoir en y voyant « l’ombre du colonel Kadhafi » derrière. Dans le contexte des conflits intra-tchadien et libyo-tchadien, « la presse n’a pas manqué de présenter Sankara comme l’homme de Libye » selon B. Jaffré. Cette analyse a dès le début montré le capitaine Sankara comme l’un des soutiens de Mouammar Kadhafi, alors décrié par l’Occident, et a jeté le trouble d’une part sur les relations franco-burkinabès, et d’autre part sur la situation politique de la région.

Cela nous montre également la peur de l’arrivée d’un révolutionnaire anti-impérialiste au sein d’un pays du pré-carré français, mais également la peur d’un basculement de la région vers l’anti-impérialisme voire la révolution. Si la médiatisation de son arrivée au pouvoir a été moyenne – quatre sujets entre le 4 aout et la fin du mois – cette dernière va profondément marquer la suite de la couverture télévisuelle française du capitaine Sankara.

(publié le 9 novembre 2017)

 

PARTIE 2 : SANKARA DANS LES JT FRANÇAIS ENTRE 1983 ET 1987 : PEU DE SUJETS, MAIS TOUJOURS EN RELATION AVEC LE TCHAD

1. Les sommets Franco-Africains : le paradoxe de l’absent médiatisé

Après son arrivée au pouvoir et son « admiration » dénoncé envers Kadhafi, le sujet libyo-tchadien suit la couverture de Sankara dans les premiers mois de sa présidence. Le 3 octobre 1983, lors de l’ouverture du 10ème sommet Franco-Africain de Vittel – qui fait l’ouverture du journal de 20h d’Antenne210 – les questions aux sujet de la Libye et du Tchad sont toujours d’actualité, et c’est ce thème qui domine les discussions lors de ce sommet.

Hormis le JT de TF1 du 3 octobre11 qui critique ironiquement Sankara – « Il ne s’est pas trompé de lieu » en référence à son arrivée au sommet en treillis et revolver – peu d’images ou de commentaires du sommet nous paraissent utiles à analyser. Mais l’interview que donne Sankara à Soir 312 le 4 octobre l’est, étant donné que c’est la première depuis le coup d’état accordé à une chaine française.

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Thomas Sankara et François Mitterrand au Sommet de Vittel en octobre 1983

Sa présentation, une nouvelle fois, contient une certaine dose de vérité, puisque Sankara, « l’une des vedette du sommet de Vittel », est décrit comme un « capitaine qui dérange », puisqu’il « entend instaurer un nouveau style de relation avec l’ancien colonisateur ». Clairement, la présentation de Soir 3 est l’une des première qui met réellement en avant et de manière « correcte » la volonté de Tom Sank – « ce capitaine qui dérange » – de sortir de la relation habituelle entre la France et les ex-colonies d’Afrique.

Lors de cette interview sur les terres françaises, l’occasion lui est donné d’expliquer – cette fois-ci à l’ex-puissance impérialiste – la teneur des relations qu’il entend mener avec cette dernière. Il défini, de manière simple et réaliste, la relation franco-burkinabé : « la France nous a colonisé. Le Burkina Faso souhaite des rapports avec tous les pays, mais la France entretient des rapports anciens de dominations. Ces relations peuvent évoluer si les autorités des deux pays le veulent ».

À lire aussi : Esquisse de Recherche : La couverture télévisuelle des JT français de la période sankariste au Burkina Faso. (Part.1)

Anti-impérialiste mais pas fermé, Sankara ouvre ici la porte aux diplomates français : son pays n’est pas clos, les relations continueront mais des discussions auront lieux. Ensuite, la question « pourquoi la révolution dérange ? » lui est posé. Thomas Sankara répond simplement, à la manière des révolutionnaires français de 1789, ne pas souhaiter exporter la révolution burkinabè.

Le 5 octobre, le JT de TF113 réalise un sujet sur la fin du sommet de Vittel, qui concerne notamment le problème tchadien mais également le capitaine Sankara. Le projet final, qui prévoit une intervention militaire française, est rejeté par le Bénin, le Congo et le Burkina Faso, tous annoncés comme des « pays proches de la Libye ».

Concernant Tom Sank, il est dit qu’il a « créée une forte impression », notamment en arrivant « en treillis et revolver à la ceinture ». Des images de la conférence de presse de Sankara sont également diffusées. Absent du diner officiel lors de l’ouverture du sommet – à cause du traitement protocolaire de la France – Tom Sank explique que cette absence était « dictée par un choix politique », et tente une nouvelle fois de « rassurer » la France, et ses médias, sur les relations franco-burkinabé en indiquant qu’elles « ont toujours bien marché, et qu’aujourd’hui c’est un Burkina Faso nouveau ».

A lire aussi : La conférence de presse de Thomas Sankara à l’issue du sommet de Vittel d’octobre 1983 (thomassankara.net)

Son franc-parler, son absence au diner officielle et sa conférence de presse – durant laquelle il indique que la France a livré des armes au gouvernement lorsqu’il fut arrêté en mai 1983 – marque  durablement les esprit, et « la presse se saisit largement de ce coup d’éclat » selon B. Jaffré.

À partir de la fin du 10ème sommet Franco-Africain de 1983, la couverture télévisuelle de Thomas Sankara va devenir extrêmement faible. La période qui s’étend d’octobre 1983 à décembre 1985 ne contient en tout est pour tout que deux sujets traitant de Sankara, trois si l’on ajoute les JT de 13h ou de Nuit. Le premier sujet, extrait du Soir 3 du 4 juillet 198414, traite de la réunion organisé à Brazzaville (Congo) concernant le problème au Tchad. On y voit l’arrivée de Sankara, durant laquelle la voix-off explique que « rien n’a filtré sur la réunion, mais Sankara a réaffirmé son opposition à la présence française au Tchad ».

Le second sujet de 1984, extrait une nouvelle fois de Soir 315, traite lui de l’ouverture du 11ème sommet Franco-Africain. Ce 10 décembre 1984, toujours dans le contexte du problème libyo-tchadien, le journaliste explique que la « position française en Afrique est critiquée, et notamment par Sankara » qui ne participera d’ailleurs plus à aucun sommet Franco-Africain depuis celui de Vittel.

À lire aussi : Esquisse de Recherche : La couverture télévisuelle des JT français de la période sankariste au Burkina Faso. (Part.3)

Annonçant une interview de Sankara, le sujet revient rapidement sur l’Histoire du Burkina Faso, sur le coup d’état de Sankara et sur le récent changement de nom du pays – un an après la révolution Sankara change le nom colonial de Haute-Volta par Burkina Faso, mélange de Mooré et de Dioula signifiant « Pays des hommes intègres ». Sa description est une nouvelle fois simpliste : « on le dis pro-libyen et pro-soviétique, lui se veut nationaliste et non-aligné ». À la suite de cette présentation rapide, l’interview qu’il donne aux journalistes de Soir 3 est totalement à charge de la politique française en Afrique.

La politique africaine de la France, nous la trouvons très française. Hier la France était en Afrique soit pour maintenir un chef soit pour en débarquer un autre, et aujourd’hui encore la France procède ainsi. (…) La France est pour nous un pays qui nous a colonisé, qui a la responsabilité de la politique coloniale et néo-coloniale. Nous nous acharnerons à les combattre.  

Concernant le problème au Tchad, Sankara est clair : « je veux que la France et Kadhafi se retirent ». Après la couverture de ce sommet, où Sankara est absent mais malgré tout médiatisé par cette interview, il faut attendre l’ouverture du 12ème sommet Franco-Africain, le 10 décembre 1985 soit un an pile pour retrouver trace de Sankara dans notre corpus. Ce mois de décembre 1985 va d’ailleurs être particulièrement « riche » puisque cinq sujets traitant de Sankara sont réalisés.

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Notons que deux ans et demi après son arrivée au pouvoir, comme nous l’avons précédemment vu dans le contexte du conflit libyo-tchadien, ce dernier est toujours le principal point de discussion lors des sommet Franco-Africain, comme l’indique le JT d’Antenne 2 du 11 décembre « Le thème dominant de ce sommet : le Tchad »16. La veille, lors du sujet traitant de l’ouverture du sommet, c’est encore Sankara – absent – qui fait le plus parler de lui. Après avoir présenté en images les différents participants – tous les vieux briscards de la Françafrique tels que Houphouët-Boigny ou Omar Bongo – la voix-off parle « d’une absence remarquée » en évoquant Sankara, ce « jeune et remuant capitaine »17.

Tag commémorant le décès de Thomas Sankara le 15 octobre 1987

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Sur Antenne 2, le problème tchadien est évoqué par le biais se la « mise en garde de Kadhafi, qui essaye d’étendre son influence en Afrique ». Bien évidemment, le Burkina Faso est cité en exemple. Paradoxalement, si l’article traite du sommet, le sujet suivant est centré sur le seul absent de ce sommet : le Burkina Faso.

Intitulé Un nouveau mode de développement économique, ce reportage est le premier qui traite réellement des projets menés par la Révolution Burkinabè. Réalisé sur place, il porte essentiellement sur le chantier de l’autosuffisance alimentaire, avec l’objectif affiché de ne plus dépendre des aides étrangères. La présentation du journaliste va dans cet objectif, « intraitable sur le fond, sur la question de l’aide internationale, domaine ou il critique le passé de son pays ».

Dans le sujet, notons une courte interview de Sankara lors de laquelle il expose quelques points primordiaux de son programme, sur les aides étrangères notamment qui « installent dans nos esprits des réflexes de mendiants ». Le sujet insiste également sur la lutte contre la corruption des élus – avec une image d’un tribunal populaire – et sur le nouveau « train de vie pour les officiels » avec l’exemple de la vente de toutes les Mercedes du gouvernement pour les remplacer par des Renault 5.

L’absence de Sankara au sommet offre paradoxalement au leader burkinabé une médiatisation, la première sur son programme, et ce sans aucun terme du champ lexical du négatif ou de l’ironie.

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Pourtant le lendemain, et toujours sur Antenne 2, la vision de Sankara à l’écran est bien différente. En effet, au moment même ou se tient le sommet Franco-Africain, comme un pied de nez à cette réunion de la françafrique, Sankara accueille au Burkina Faso Mouammar Kadhafi. Cette fois-ci l’image du PF est plus négative : « dans une sorte de défi, le président Sankara reçoit le chef d’état libyen ». Sur l’image de Sankara et Kadhafi, la voix off indique de manière ironique que « le capitaine Sankara a décidé de bouder le sommet de Paris qu’il qualifie de rencontre néo-coloniale, bien que le Burkina Faso perçoit une aide de 300 millions de francs de la France ». Une nouvelle fois, sa relation avec Kadhafi est décrié, le journaliste indiquant que ce dernier est « près à payer plus pour s’en faire un allié fidèle »18.

D’un jour à l’autre donc, les sujets d’Antenne 2 sont à la fois positif mais également négatif. Les deux derniers sujets concernant le Burkina, et donc Sankara, concernent le début de conflit entre le Mali de Moussa Traoré et le Burkina, qui intervient à la toute fin de l’année 1985. Si par deux fois Antenne 2 réalise un sujet, les 25 et 29 décembre, ces derniers ne nous indiqueNT rien sur la manière dont est montré Sankara.

2. L’année 1986 et la visite de François Mitterrand

L’année 1986 est particulièrement fournie en sujets concernant le capitaine Sankara. Outre les quatre sujets présents aux journaux de 20h, sept autres sujets sont produits dans les autres JT lors de cette année.

C’est neuf mois plus tard, en septembre 1986, que nous retrouvons trace d’un sujet parlant de Thomas Sankara. Et pour la seconde fois seulement celui-ci traite d’un des objectifs de la Révolution Sankariste, à savoir la place de la femme au Burkina. Ce sujet d’Antenne 219 annonce un documentaire sur la femme africaine, diffusé à la suite de ce journal de 20h. Comme lors du sujet sur l’autosuffisance alimentaire, celui sur la femme ne peut que montrer l’aspect positif des objectifs de Sankara, « qui veut émanciper la femme africaine (…) pour changer les mentalités » comme nous l’indique le présentateur. Sur des images de « la croisière pour les femmes » – une campagne en moto pour sensibiliser le pays aux problèmes des femmes – la voix off indique que « depuis deux ans qu’il est au pouvoir, le fougueux capitaine Sankara n’a cessé d’exhorter les femmes à lutter pour l’égalité ».

Extrêmement valorisant dans sa construction et ses commentaires, ce sujet montre de manière neutre les objectifs de la révolution sankariste, sans les dénigrer, mais sans non plus les mystifier. La conclusion est tout autant positive pour le régime burkinabé « sans éducation point de salut, c’est en tout cas la conviction du gouvernement Sankara qui multiplie les initiatives destiné à changer les mentalité ».

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En novembre de la même année, durant trois jours les journaux télévisés de 20h vont parler très longuement du Burkina Faso, et pour cause : la visite du président François Mitterrand à Ouagadougou.

La veille de son arrivée au pays des Hommes Intègres, Antenne 220 réalise un sujet ou Sankara est présenté ainsi : « Thomas Sankara est l’un de ces jeunes capitaine qui modifie actuellement le jeu sur l’échiquier africain. Il prend quelques plaisirs il faut bien le dire, depuis qu’il est au pouvoir, à jeter des pavés dans le marigot de ses voisins ».

Cette présentation annonce le sujet consacré à l’interview du président du Faso, axé principalement sur la question des chefs d’état africains. Sankara précise que contre les dictateurs ou présidents fantoches à la botte de puissances européennes, « le débat contre les dirigeants africains doit se poursuivre et s’intensifier », et fustige la communauté internationale qui parle de « démocratie » lorsqu’un président est élu avec 99,9% des voix.

Le lendemain, Antenne 221 ouvre son journal sur la visite de Mitterrand, présenté ainsi par le présentateur « de l’humour, beaucoup d’humour et un accueil chaleureux et détendu ». Nombreux sont les journalistes ayant fait le déplacement, et les images sont somme toute banales : la poignée de main entre les deux hommes sur le tarmac de l’aéroport et le défilé dans les rues de la capitale.

Mais la vision négative de la presse française refait ici surface. En effet le « Kadhafi noir rentre tout juste d’un voyage officiel au Nicaragua et à Cuba », tous deux dirigés par des révolutionnaires de gauche. Mais le journaliste sur place va faire encore mieux. En parlant des slogans scandés sur le bord des routes lors du défilé des deux président – notamment « Peter Botha au poteau » – l’envoyé spécial déclare « symbole d’une volonté politique d’un pays qui depuis trois ans rejette toute forme d’impérialisme ». À la prononciation de ce mot, le journaliste Edouard Lor, comme pour indiqué une situation totalement loufoque, « réalise » un haussement de sourcil désapprobateur, voir hautain, sur l’idéologie du régime. Encore une fois, nous pouvons voir que la presse française, plutôt habitué à traiter des dirigeants françafricains, a du mal à se sortir d’une lecture simpliste voir supérieur sur le Burkina révolutionnaire.

Le 18 novembre, qui marque la fin de la tournée africaine de Mitterrand, TF1 retrace brièvement son voyage en passant par la Guinée, le Togo, le Mali et enfin le Burkina, « l’étape la plus délicate » chez « le bouillant capitaine »22. Quelle image est ici montré ? Un zoom sur le revolver du capitaine Sankara. Quelle analyse en tirer ? Peut être que celle-ci émane d’une volonté d’appuyer sur le fait que Sankara demeure un militaire, arrivée au pouvoir non pas par les urnes mais bien par un processus révolutionnaire .

Des tueurs, comme Peter Botha, ont eut le droit de parcourir la France si belle, et si propre. Ils l’ont taché. Ils l’ont taché de leurs mains et de leurs pieds couverts de sang. Et tous ceux qui leurs ont permis, de poser ces actes, en porteront l’entière responsabilité, ici et ailleurs, aujourd’hui et toujours. Thomas Sankara

Quoiqu’il en soit, il y a bien une scène aujourd’hui mythique que TF1 ne montre pas, celle de la joute verbale Sankara-Mitterrand, teinté de francs-parlers entre les deux hommes, notamment au sujet de la visite du Sud-Africain Peter Botha et de l’Angolais Jonas Savimbi en France, qui ont pour Sankara « taché de leur mains et de leurs pieds  couverts de sang » la France. Si aujourd’hui cette scène est assez connue, voir le président français se faire attaquer frontalement, et devant les caméras, par un président africain n’aurait sans doute pas été une très bonne mise en valeur pour Mitterrand. Aussi, toujours selon Bruno Jaffré, « certains journalistes y voient le point de départ du complot contre Sankara ».

Cette partie, longue de plus de trois ans, nous aura permis d’observer plusieurs éléments. Premièrement, la médiatisation durant cette période est extrêmement faible et se fait presque exclusivement lors des sommets franco-africains. Deuxièmement, nous avons observé que même si Sankara était absent lors des sommets de 1984, 1985 et 1986, des sujets étaient malgré tout réalisé ssur lui et le Burkina Faso, preuve que ce dernier avait réussi à marquer les esprits de la presse française.  Troisièmement, le problème libyo-tchadien étant toujours d’actualité, la proximité de Sankara avec Kadhafi a sans cesse était rappelé lors des sujets, de même que son opposition à la présence française. Quatrièmement, deux sujets sur les projets et l’idéologie sankariste on été réalisés – sur l’autosuffisance alimentaire et la place des femmes. Enfin, la visite de Mitterrand aura été bien médiatisée, polarisant ainsi leur relation conflictuelle, et symbolisée par leur joute verbale de Ouagadougou, bien que celle-ci ne fut pas diffusé.

Source : https://freeyourmindyp.wordpress.com/2018/01/03/esquisse-de-recherche-la-couverture-televisuelle-des-jt-francais-de-la-periode-sankariste-au-burkina-faso-part-2/  (publié le 3 janvier 2018)

 

PARTIE 3 : L’ASSASSINAT DE THOMAS SANKARA ET LE BILAN DES ANNÉES SANKARISTES : CRITIQUES OU ÉLOGES ?

Devant le peu de ressources disponibles, nous avons décidé de réaliser une partie entière sur la médiatisation de l’assassinat de Thomas Sankara le 15 octobre 1987. Pour ce faire, nous avons utilisé les deux JT de 20h d’Antenne 2 et de TF1 du 16 octobre, celui de Soir 3 du 16 également, mais nous avons aussi utilisé une source hors de notre corpus originel.

En effet, le seul JT daté du 15 octobre 1987 et traitant de l’assassinat de Tom Sank, celui du 20h d’Antenne 2, n’est malheureusement pas disponible en consultation à l’INA. Afin d’analyser les premiers sujets suite à sa mort, nous avons fait une exception dans notre choix de corpus en utilisant le JT de Nuit de TF1 du 15 octobre 1987.

Le 15 octobre donc, au journal de la Nuit de TF1, le coup d’état au Burkina est le second dans l’annonce des titres développés23. Lors de son introduction, Jean-Pierre Pernault ne fait pas encore état du décès de Thomas Sankara : « coup d’état en début de soirée au Burkina Faso, le président Sankara arrêté et destitué, c’est le n°2 du régime (Blaise Compaoré) qui a pris sa place ».

À lire aussi : Esquisse de Recherche : La couverture télévisuelle des JT français de la période sankariste au Burkina Faso. (Part.1)

Après le témoignage de l’ambassadeur français à Ouagadougou Alain Deschamps, un premier « bilan » de la période sankariste est effectué par le biais d’un sujet « best-of ». Si les images proviennent toutes des autres sujets réalisés depuis 1983, il est important de noter la sémantique particulière, nuancée et parfois contradictoire qui est ici utilisée, le tout sur un fond musical à suspens de type thriller.

On y retrouve ainsi tout le florilège des descriptions qui ont jalonné la représentation de Sankara à la télévision française, de ses opinions politiques : « partisan dur du non-alignement » ; « militaire énergique, c’est aussi un homme imprégné de Marx, Mao et Lénine » ;  « anti-impérialiste pur et dur » , à l’image que les JT ont partagé de lui, à savoir original : « président aux allures de baroudeurs, qui tranche singulièrement avec l’atmosphère feutré des coulisses de la diplomatie » ; « président qui n’hésitait pas à convoquer ses ministres pour faire une partie de handball ».

Enfin, pour conclure ce sujet – et ce n’est évidemment pas une surprise – sa relation avec Kadhafi est également notifiée : « il n’a pas toujours fait bon ménage avec ses voisins africains, certains lui reprochant son amitié avec la Libye ».

Le 16 octobre 1987, un jour après le coup d’état de Blaise Compaoré – au pouvoir de 1987 à sa destitution par le peuple burkinabé le 30 octobre 2014, et nouveau leader de la Françafrique après le décès du « Vieux » Houphouët-Boigny en 1993 – les deux JT de 20h plus le JT du soir de France 3 livrent un bilan de la période de Thomas Sankara en tant que président du Burkina Faso.

Thomas Sankara et Blaise Compaoré. thomassankara.net
Thomas Sankara et Blaise Compaoré. thomassankara.net

Pour Antenne 2, c’est la mort de Thomas Sankara qui ouvre l’annonce des titres du journal : « Thomas Sankara parmi les 100 morts du coup d’état, l’ancien chef du Burkina est déjà enterré. Au pouvoir son ancien ami Blaise Compaoré qui promet démocratie et maintient de la révolution »24.

Pour les JT de TF1 et celui du soir de FR 3, le lancement du sujet est moins froid et un peu plus honorant envers l’homme, TF1 parle ainsi de Sankara comme « d’une forte personnalité dont la renommé politique dépassait largement l’importance de son pays »25 quand Soir 3 par lui de « la fin d’un homme qui avait été exemplaire d’un certain type de révolution »26.

Durant ces trois émissions les commentaires des voix-off, qui accompagnent les sujets consacrés à Tom Sank, sont un mélange condensé de l’ensemble des représentations de Thomas Sankara, donnés par la télévision française depuis son accession au pouvoir quatre ans plus tôt.

À lire aussi : Esquisse de Recherche : La couverture télévisuelle des JT français de la période sankariste au Burkina Faso. (Part.2)

Si sa relation avec le colonel Kadhafi est bien évidemment notée – « son amitié affiché pour le colonel Kadhafi était ressentie comme un défi »27, « celui qu’on surnommait parfois le Kadhafi noir »28 ou encore « Sankara qui s’était fait quelques ennemis (…) en Afrique à cause de ses prises de positions notamment en faveur du colonel Kadhafi »29 – il nous faut noter combien ces sujets sur la mort de Sankara, dans des rétrospectives sur les quatre années sankaristes, sont empreints d’un hommage singulier et franc.

Réalisons une description en trois parties de cette dernière représentation de Sankara à la télévision française – dans notre corpus tout du moins. Partons d’un premier constat, son idéologie politique, par moment décriée voir moquée par la presse est ici présente mais de manière neutre : « non-conformiste » ; « c’était un anti-impérialiste déclaré, un révolutionnaire convaincu »30 ; « des discours et des slogans contre l’égoïsme de pays riches, l’impérialisme et le néocolonialisme »31.

Son côté original, jeune et nouveau est également très présent dans les représentations faites au soir du 16 octobre 1987 : « un président pas (…) comme les autres » ; « grande popularité au sein de la jeunesse africaine » ; « personnage original et charismatique » ; « un président jeune symbole d’un continent jeune »32 ; « intelligent, doté d’un charisme étonnant, Sankara poussait loin l’art de la provocation »33 ; « son style avait séduit la jeunesse africaine lassé par la corruption »34.

Finalement, l’une des meilleures descriptions de Thomas Sankara – pour la télévision française j’entend – provient d’une image de François Mitterrand en visite à Ouagadougou. Incorporé au sujet de TF1, elle provient de la joute verbale entre les deux hommes non diffusé par la télévision française, durant laquelle Mitterrand décrit Sankara ainsi, « c’est un homme un peu dérangeant ».

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Rendant un hommage appuyé à l’ex-président assassiné, les différents JT reviennent chacun à leur manière sur les grands projets, les grandes idées et les valeurs défendues par Sankara et la révolution au Burkina Faso. Notons ainsi son combat contre la corruption : « dans un continent souvent affligé par la corruption, il avait su s’imposer en parlant d’intégrité » ; « il avait réussi en trois ans à supprimer la corruption au Burkina »35, mais également l’autosuffisance alimentaire : « le vrai combat de Tom Sank c’était l’autosuffisance alimentaire et la lutte contre la désertification »36 ; pour la moralisation de la vie politique : « les Mercedes ministérielles vendues aux enchères et remplacés par une banale R5 » et bien sur son combat pour la place de la femme au sein de la société.

Cette sorte d’hommage au président Sankara, alors qu’il était auparavant plutôt attaqué pour certaines de ses prises de positions, nous interroge sur les raisons de ce revirement qui s’exprime à la manière d’un hommage. La presse française s’est-elle finalement rendue compte des bonnes idées de Sankara pour l’évolution de son pays ? S’est-elle libéré de son rôle de moralisateur à partir du moment ou il ne représentait plus un « danger » pour la France ? Ici les réponses ne peuvent être que vagues ou partisanes, ce qui ne nous intéresse pas.

Aussi, pouvons juste conclure cette partie en nous disant que ce bilan réalisé le lendemain de sa mort, parfois sous les traits d’hommage, est tout simplement le fruit d’une logique : le président Sankara était connu et médiatisé pour ses prises de positions, son style et ses idées, c’est donc tout logiquement que ces dernières soient reprises le jour de sa mort.

CONCLUSION : QUELLE IMAGE DE SANKARA DANS LES JOURNAUX TV FRANÇAIS ?

Dans ce travail, découpé en trois partie distinctes les unes des autres, nous avons tenté d’analyser de quelle manière les journaux de télévision française – JT de 20h de TF1 et d’Antenne 2, Jt de Nuit de France 3 – percevaient, analysaient, décrivaient, montraient et représentaient le capitaine Thomas Sankara, de sa prise de pouvoir le 4 août 1983 à son assassinat le 15 octobre 1987.

Pour ce faire nous avons donc utilisé une trentaine de sources audiovisuelles, et nous avons également réalisé une contextualisation historique – le Burkina Faso, ex-Haute-Volta était une colonie française – ; une contextualisation des relations internationales de l’époque – dernière décennie de la Guerre Froide, situation tendue au Tchad due aux conflit intra-tchadien et libyo-tchadien – afin de posséder tous les éléments nécessaires à la bonne compréhension et l’analyse des sources disponibles.

Que nous a montré ces sources ? Tout d’abord qu’avec sa prise de pouvoir, et ses relations avec Mouammar Kadhafi, les JT français ont présenté le capitaine Sankara comme l’un des soutiens du leader libyen, alors décrié par l’Occident. Cette relation a jeté le trouble sur les relations franco-burkinabé, mais aussi sur la situation politique de la région. Aussi, les discours journalistiques nous ont également indiqué une certaine peur de voir arriver un révolutionnaire anti-impérialiste au sein d’un pays de l’ancien empire colonial français, mais également la peur d’un basculement de la région vers une révolte anti-impérialiste.

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Ensuite, nous avons vu que la médiatisation entre son coup d’état d’aout 1983 et la visite de Mitterrand en décembre 1986 était extrêmement faible, mais qu’il marquait malgré tout les esprits  des JT français puisqu’il était médiatisé lors de ses absences aux sommets Franco-Africains.

Enfin, nous avons vu que son assassinat, tout comme son arrivée au pouvoir, avait été fortement médiatisé le lendemain. Dans des discours neutre voir plutôt élogieux, les sujets montraient le condensé de ses représentations par la télévision française.

Quelle ébauche de conclusion pouvons nous réaliser suite à ce long travail ? L’un des problèmes – au niveau de ses représentations télévisuelles – du président Sankara demeure son idéologie :  ouvertement contre le néo-colonialisme français en Afrique, il ne se privera jamais de le clamer haut et fort.

De part ses positions révolutionnaires et anti-coloniales, ses relations conflictuelles avec la France, mais également de part ses amitiés avec différents dirigeants africains et mondiaux – le ghanéen Jerry Rawlings, le Colonel Kadhafi, Daniel Ortega (Nicaragua) ou encore Fidel Castro37 – qui avaient une mauvaise image au niveau français et mondial, la vision française, et donc de ses chaînes de télévision, est fortement empreinte d’une notion d’opposition – Tiers Monde et Occident – voir de supériorité. Il a notamment eu du mal, part notre analyse des JT, à sortir de cette relation avec le Guide libyen.

Pourtant, la description faite de l’Homme – fougueux, remuant, qui dérange – qui ne déplairait peu être pas au principal intéressé, à au moins le mérite d’être clair : ses idées dérangent, décapent voir gênent, mais ont pour but de faire bouger les lignes du passé. Et c’est surtout grâce à son style et ses idées, mais également par son charisme et son discours, que le président Sankara a été médiatisé.

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La conclusion, simpliste, que l’on pourrait faire serait de voir dans cette description plutôt négative la vision d’un rapport de force néo-colonial de la part des JT français. Pourtant, la manière et le réalisme avec lesquelles sont exposés ses grandes idées directrices, de même qu’une certaine reconnaissance de son style et de ses valeurs, nous porte à croire que les JT ont tout de même porté une certaine admiration à Tom Sank.

Pour définitivement conclure, l’image de Sankara, après qu’elle ait été négative à son arrivée au pouvoir, à été analysé, louée ou décriée, mais a malgré tout été marqué par un respect à ce capitaine original. Terminons avec la phrase de la voix-off du sujet d’Antenne 2 du 16 octobre 1987, qui conclut le sujet sur Tom Sank par cette phrase « Ce Capitaine Sankara, un personnage vous l’avez compris ! »38.

Remerciements à M. Robinet François – Maître de Conférences en histoire contemporaine à l’Université de Versailles – St-Quentin en Yvelines et mon directeur pour cette recherche – qui m’a guidé tout au long de cette étude, ainsi qu’à M. Jaffré Bruno – biographe du Capitaine Thomas Sankara – que je tiens à remercier pour son soutien et par la qualité de ses ouvrages sur Tom Sank qui m’ont grandement aidés au cours de mes recherches.

Je précise également que cette recherche n’est qu’une esquisse, que j’espère bientôt pouvoir enrichir et amélioré afin d’arriver à un travail complet.

Source : https://freeyourmindyp.wordpress.com/2018/01/14/esquisse-de-recherche-la-couverture-televisuelle-des-jt-francais-de-la-periode-sankariste-au-burkina-faso-part-3/ (publié le 14 janvier 2018)

Pierre Houpert

NOTES
Notes de l’introduction :
  1. BOUAMAMA Saïd, Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, Paris.
  2. BOUAMAMA. Op. Cit. n°1
  3. JAFFRÉ Bruno, Thomas Sankara, La Patrie ou la Mort…, L’Harmattan, 2007, Paris.
Notes de la première partie :
  1. INA, JT 20h, Antenne2, 5 aout 1983
  1. INA, JT 20h, TF1, 5 aout 1983
  2. Op. Cit. n°4
  3. Op. Cit. n°5
  4. INA, JT 20h, Antenne2, 6 aout 1983
  5. INA, JT 20h, TF1, 23 aout 1983
Notes de la seconde partie :
  1. INA, JT 20h, Antenne2, 3 octobre 1983
  1. INA, JT 20h, TF1, 3 octobre 1983
  2. INA, JT Nuit, France3, 4 octobre 1983
  3. INA, JT 20h, TF1, 5 octobre 1983
  4. INA, JT Nuit, France3, 4 juillet 1984
  5. INA, JT Nuit, France3, 10 décembre 1984
  6. INA, JT 20h, Antenne2, 11 décembre 1985
  7. INA, JT 20h, TF1, 10 décembre 1985
  8. INA, JT 20h, Antenne2, 12 décembre 1985
  9. INA, JT 20h, Antenne2, 11 septembre 1986
  10. INA, JT 20h, Antenne2, 16 novembre 1986
  11. INA, JT 20h, Antenne2, 17 novembre 1986
  12. INA, JT 20h, TF1, 18 novembre 1986
Notes de la troisième partie : 
  1. INA, JT Nuit, TF1, 15 octobre 1987
  1. INA, JT 20h, Antenne2, 16 octobre 1987
  2. INA, JT 20h, TF1, 16 octobre 1987
  3. INA, JT Nuit, France3, 16 octobre 1987
  4. Op. Cit. n°25
  5. Op. Cit. n°24
  6. Op. Cit. n°24
  7. Op. Cit. n°25
  8. Op. Cit. n°24
  9. Op. Cit. n°24
  10. Op. Cit. n°25
  11. Op. Cit. n°26
  12. Op. Cit. n°24
  13. Op. Cit. n°24
Notes de la conclusion :
  1. BOUAMAMA. Op. Cit. n°1
  1. Op. Cit. n°24
BIBLIOGRAPHIE
  • BOUAMAMA Saïd, Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, Paris.
  • BOUKARI-YABAKA Amzat, Africa Unite ! Une histoire du Panafricanisme, La Découverte, 2014, Paris
  • HAIMZADEH Patrick, Au coeur de la Libye de Kadhafi, JC Lattès, 2011, Paris.
  • JAFFRÉ Bruno, Biographie de Thomas Sankara, La Patrie ou la Mort…, L’Harmattan, 2007, Paris.

Pierre Houpert

Source : https://freeyourmindyp.wordpress.com/2017/11/09/esquisse-de-recherche-la-couverture-televisuelle-des-jt-francais-de-la-periode-sankariste-au-burkina-faso-part-1/

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