ACTUALITES - Thomas Sankara Website - Officiel https://www.thomassankara.net/category/francais/actualites/ La patrie ou la mort, Nous vaincrons! Tue, 31 Mar 2026 08:48:46 +0000 fr-FR hourly 1 145130549 Le cinéma de Thomas Sankara continue de faire rêver les Burkinabés https://www.thomassankara.net/le-cinema-de-thomas-sankara-continue-de-faire-rever-les-burkinabes/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=le-cinema-de-thomas-sankara-continue-de-faire-rever-les-burkinabes https://www.thomassankara.net/le-cinema-de-thomas-sankara-continue-de-faire-rever-les-burkinabes/#respond Tue, 31 Mar 2026 08:48:46 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=245931 Par Sophie Douce Cinémas d’Afrique (5). Le Ciné Neerwaya avait été imaginé par l’ancien président révolutionnaire pour permettre au Burkina Faso de devenir le pays du Fespaco. Publié dans le quotidien Le Monde le 16 juillet 2021 21 heures passées au Ciné Neerwaya. Les retardataires se frayent un chemin dans les allées, parés de leur tenue […]

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Par Sophie Douce

Cinémas d’Afrique (5). Le Ciné Neerwaya avait été imaginé par l’ancien président révolutionnaire pour permettre au Burkina Faso de devenir le pays du Fespaco.

Publié dans le quotidien Le Monde le 16 juillet 2021

21 heures passées au Ciné Neerwaya. Les retardataires se frayent un chemin dans les allées, parés de leur tenue des grands soirs : robes satinées pour les femmes et boubous en bazin pour les hommes. Les talons claquent, des effluves de parfums embaument l’air. Dans la salle, on rit déjà, on commente à voix haute et on « tchip » aux piques des acteurs à l’écran.

D’autres spectateurs, plus discrets, profitent de l’obscurité pour se tenir la main ou poser leur tête sur l’épaule de leur compagnon. « Le samedi, c’est la soirée des amoureux », glisse le projectionniste, avant d’ajouter, avec un sourire complice : « Beaucoup de Burkinabés se sont mariés grâce au Neerwaya ! »

Episode 1 Côte d’Ivoire : à Abidjan, sur la trace des anciens cinémas

 

Il y a une vingtaine d’années, lui-même a rencontré sa femme dans cette salle située au cœur du quartier Cité An III, à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. « Elle venait chaque soir à la séance de 18 heures. On a commencé à discuter, je la faisais venir dans ma cabine », se rappelle Dramane Ouédraogo.

Au fond de la petite pièce, s’entassent de vieilles bobines 35 mm et des projecteurs Cinemeccanica, souvenirs d’une autre époque. Derrière la lucarne, ce quinquagénaire a vu défiler des générations de Burkinabés dans ces mythiques fauteuils noirs. Des familles, des enfants du quartier, des cinéphiles devenus réalisateurs, des plus vieux…

Le pari fou de Thomas Sankara

Au Ciné Neerwaya, on vient s’évader, trinquer, draguer, mais aussi « faire la sieste » et « se rafraîchir pendant la saison chaude », glissent des voisins. On y croise aussi « toutes les nationalités, tous les âges. C’est le seul endroit où tu peux t’asseoir entre un ministre et un mécanicien ! », clame le gérant Rodrigue Kaboré. Plus qu’un cinéma privé, le « Neerwaya », imaginé par l’ancien président révolutionnaire Thomas Sankara (1983-1987) est un lieu emblématique du Burkina Faso.

Ce cinéma, c’est d’abord le pari fou de Thomas Sankara. En 1986, Frank-Alain Kaboré, un entrepreneur en construction immobilière, voit débarquer dans son bureau le capitaine Sankara et son ancien frère d’armes – et futur président burkinabé Blaise Compaoré. Ils lui demandent de construire un cinéma « en un an » pour accueillir le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco).

Episode 2 Dans le nord du Nigeria, le cinéma conservateur de Kannywood

A l’époque, la manifestation culturelle menace de se délocaliser à Dakar, au Sénégal, faute de structures adaptées au Burkina. « Je ne voulais pas, je n’avais pas les moyens. Ils ont alors sorti une copie de mon relevé bancaire pour prouver que je mentais et que je n’avais pas le choix », indique M. Kaboré, qui dit avoir été obligé de demander des prêts à la banque.

Le chantier est colossal. Le quartier, insalubre, est rasé. Le matériel importé d’Angleterre puis acheminé par la route depuis le Togo. Une centaine d’ouvriers travaillent par roulement « 24 heures sur 24, sept jours sur sept ». « On n’avait jamais vu ça, il fallait se dépêcher », rapporte le fondateur, en montrant un arbre mort près du portail. A cet endroit, il avait installé un lit picot pour « se reposer quelques heures ».

Le succès est immédiat

Le jour de l’inauguration, en 1989, « le président Compaoré et les ministres ont crié de joie », se souvient-il, en voyant la construction en brique de latérite et ses 1 066 places. La salle de cinéma, la première et la plus grande d’Afrique de l’Ouest, fait la fierté du pays. Thomas Sankara et ses compagnons décident de la baptiser « Neerwaya », « quelque chose de beau est arrivé », en langue moré.

Mais une fois la construction terminée, la désillusion est grande pour l’entrepreneur qui, après avoir envoyé la facture au président, de quelque 600 millions de francs CFA (plus de deux milliards de francs CFA aujourd’hui), se voit répondre : « Nous n’avons pas d’argent à vous donner, vous gardez la salle, vous l’exploitez, c’est votre participation à la construction de la nation. » Franck-Alain Kaboré mettra une dizaine d’années à rembourser ses crédits. Et lui qui ne connaît rien au monde du cinéma, se retrouve exploitant, malgré lui.

Episode 3 Isabelle Kabano, le Rwanda à fleur de peau

En dépit des difficultés financières, le succès est immédiat. Les Ouagalais se bousculent pour venir regarder des westerns, des films de Bollywood, la tradition du dimanche après-midi, et de « kung-fu ». « C’était l’endroit où il fallait être, les gens faisaient la queue jusque dans la rue. On se sapait, on se parfumait, c’était une fête », raconte le projectionniste, qui y travaille depuis vingt-huit ans.

Dans le jardin, les enfants viennent voir les animaux sauvages, des hyènes, des singes et des crocodiles de M. Kaboré, passionné de chasse. Surtout, ils découvrent la « magie » des salles obscures. Le président Sankara avait rendu le cinéma obligatoire à l’école pour « consommer les films burkinabés ». Ahmed Traoré se souvient encore de son « premier film » quand il avait 12 ans. « On se faufilait avec les enfants pour ne pas payer, j’étais fasciné de voir les images à l’écran », se rappelle le quadragénaire, devenu réalisateur.

« On gagne à peine de quoi rentabiliser »

Mais aujourd’hui, les souvenirs de cet âge d’or s’éloignent et le « Neerwaya » décline. Il ne reste plus qu’un vieux caïman dans une cage au fond de la cour et quelques gibiers empaillés dans le hall d’entrée. Pour le fondateur, le bilan est amer. « Je n’ai reçu aucune aide de l’Etat et le Fespaco ne m’a pas payé depuis trois ans », fustige Franck-Alain Kaboré.

La concurrence est rude. Télévision, streaming, construction de salles Canal Olympia, une chaîne de cinéma du groupe Vivendi… S’ajoutent désormais des difficultés liées à la pandémie de Covid-19 et à la crise sécuritaire. La salle n’enregistre plus que 8 000 entrées en moyenne par semaine, contre quelque 20 000 il y a vingt ans.

Episode 4 Au Cameroun, l’achat de quatre films locaux par Netflix redonne espoir au secteur du cinéma

« On gagne à peine de quoi rentabiliser », regrette Rodrigue Kaboré, le fils, qui a repris la gestion de cette entreprise familiale en 2000, après avoir commencé comme technicien de surface, caissier puis portier. Un « prétexte » aussi pour assister aux séances, avoue ce cinéphile de 46 ans, biberonné au septième art par son grand-père, un infirmier formé par les colons qui lui racontait les films vus lors de ses voyages en France.

Rodrigue Kaboré, également réalisateur et distributeur, dit vouloir « transmettre son amour du cinéma aux jeunes générations et continuer à faire vivre les films burkinabés ». Des « matinées spéciales » destinées aux élèves ont ainsi été mises en place et 90 % de la programmation est consacrée aux productions nationales.

Ce samedi soir dans la cour, la bière locale coule à flot dans un parfum de brochettes grillées. Sous une paillote, un fidèle des lieux boit un verre, comme presque chaque soir depuis 1992 : « On a des films à la maison, mais ce n’est pas pareil, il faut protéger ce lieu. » « C’est un patrimoine national », insiste Rodrigue Kaboré, qui dénonce « un manque de volonté politique » et s’inquiète pour l’avenir de son cinéma.

Mais le gérant veut continuer à « se battre » pour léguer le Ciné Neerwaya à son fils de 11 ans qui joue déjà dans tous ses films. Et il ne veut pas s’arrêter là. Son autre rêve : « Rouvrir les salles des quarante-cinq provinces du Burkina Faso », fermées en quasi-totalité depuis la faillite de la société nationale d’exploitation cinématographique dans les années 2000.

Sophie Douce

Source : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/07/16/le-cinema-de-thomas-sankara-continue-de-faire-rever-les-burkinabes_6088511_3212

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L’insurrection des femmes, pourquoi l’héritage de Sankara reste une révolution inachevée https://www.thomassankara.net/linsurrection-des-femmes-pourquoi-lheritage-de-sankara-reste-une-revolution-inachevee/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=linsurrection-des-femmes-pourquoi-lheritage-de-sankara-reste-une-revolution-inachevee https://www.thomassankara.net/linsurrection-des-femmes-pourquoi-lheritage-de-sankara-reste-une-revolution-inachevee/#respond Sun, 08 Mar 2026 08:46:17 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=251392 Par Djabire Marwan OUEDRAOGO-DMO Introduction : Au-delà du symbole, une rupture ontologique En cette Journée internationale des droits de la femme, l’écho du discours historique du 8 mars 1987 résonne avec une force intacte. Pourtant, réduire la pensée de Thomas Sankara sur la condition féminine à un simple féminisme serait une erreur historique majeure. Pour […]

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Par Djabire Marwan OUEDRAOGO-DMO

Introduction : Au-delà du symbole, une rupture ontologique

En cette Journée internationale des droits de la femme, l’écho du discours historique du 8 mars 1987 résonne avec une force intacte. Pourtant, réduire la pensée de Thomas Sankara sur la condition féminine à un simple féminisme serait une erreur historique majeure. Pour le Capitaine Sankara, l’émancipation féminine n’était ni un effet de mode, ni une concession polie faite à la modernité occidentale, encore moins un calcul politicien pour s’attirer les faveurs d’un électorat. C’était, et cela demeure, l’unique condition de possibilité d’une révolution authentique et d’un développement endogène durable pour l’Afrique.

Sankara ne voulait pas « améliorer » le sort des femmes ; il voulait briser les chaînes d’une structure sociale millénaire. Il avait compris que la révolution n’est pas un changement de régime, mais une refondation de l’être social. En plaçant la femme au centre de la lutte, il s’attaquait à la racine même de toutes les oppressions.

I. Le « Vacarme du Silence » : Diagnostiquer l’oppression

Sankara avait identifié avec une précision chirurgicale que la stagnation d’une société est directement liée à l’oppression de sa composante féminine. Il refusait de concevoir une marche vers le progrès qui laisserait la moitié du peuple sur le bord du chemin. Sa vision était claire : une société qui opprime les femmes s’opprime elle-même, se condamnant à avancer à cloche-pied.

Comme il le martelait avec passion lors de son discours mémorable : « Que jamais mes yeux ne voient une société, que jamais mes pas ne me transportent dans une société où la moitié du peuple est maintenue dans le silence. » Ce « vacarme du silence » qu’il entendait n’était pas une absence de voix, mais une étouffement systématique de l’intelligence et de la force créatrice. Pour lui, la femme subissait une double aliénation. D’une part, l’oppression impérialiste qui frappait tout le peuple, et d’autre part, l’oppression patriarcale, plus insidieuse, ancrée dans les foyers et les traditions. Il appelait à une prise de conscience radicale : « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère ». Cette phrase, bien que dure, visait à susciter une insurrection des consciences chez les femmes elles-mêmes.

II. La Praxis Révolutionnaire : Des mesures au scalpel

Pour le leader de la Révolution, la libération de la femme ne relevait pas de la charité, mais d’une chirurgie sociale. Sankara ne s’est pas contenté de discours ; il a instauré ou tenté d’instaurer des mesures qui, même aujourd’hui, paraîtraient avant-gardistes.

Parmi les actions phares, citons l’institution du « Salaire Vital ». Sankara avait compris que la dépendance économique est le premier verrou de la soumission. En imposant un prélèvement à la source sur le salaire des fonctionnaires masculins pour le reverser directement à leurs épouses, il s’attaquait au pouvoir financier du chef de famille. Cette mesure n’est restée cependant qu’au stade de proposition, mais a été repoussée.

Plus symbolique mais tout aussi profonde fut la création de la « Journée des marchés au masculin ». En envoyant les hommes au marché et en les incitant à préparer le repas, il voulait briser la division sexuelle du travail qui cantonnait la femme à la sphère domestique invisible. En s’attaquant à des fléaux tels que les mariages forcés, la dot (considérée comme un prix d’achat) et l’excision, il visait à restaurer la propriété de la femme sur son propre corps.

III. L’Économie Politique du Corps Féminin

Sankara affirmait sans détour : « La révolution et la libération de la femme vont ensemble. Nous ne parlons pas de l’émancipation des femmes comme d’un acte de charité ou d’un élan de compassion humaine. C’est une nécessité fondamentale pour le triomphe de la révolution. »

Cette vision unifiait la lutte des classes et la lutte des genres. Dans sa stratégie de développement endogène, la femme était le premier levier de l’autosuffisance alimentaire. C’est elle qui produit, qui transforme, qui éduque. En libérant la femme du poids des corvées d’eau (par la construction de puits) et de bois (par l’introduction des foyers améliorés), la Révolution cherchait à libérer du temps de cerveau disponible pour la création intellectuelle et politique. L’éducation des filles n’était pas un luxe, mais un investissement dans la souveraineté nationale. Un peuple instruit est un peuple ingouvernable par la dictature ou l’ignorance.

IV. Regard Critique : Le Mur des Réalités et les Limites de la Volonté

Pourquoi, malgré une volonté politique sans précédent, l’objectif d’une libération totale n’a-t-il pas été atteint sous la Révolution, et pourquoi piétine-t-il encore près de 39 ans plus tard ?

Le premier obstacle fut le choc culturel. La Révolution s’est heurtée à l’inertie des mentalités rurales et au poids des chefferies traditionnelles. Pour beaucoup d’hommes, même parmi les « camarades » révolutionnaires, l’égalité proclamée dans les meetings était vécue comme une menace dans l’intimité du foyer. La révolution s’arrêtait souvent au seuil de la chambre à coucher.

Deuxièmement, l’approche descendante (Top-Down). Les mesures ont été imposées par décret. Si cette méthode a permis des avancées rapides, elle n’a pas toujours laissé le temps aux femmes des zones rurales de s’approprier ces nouveaux droits. L’Union des Femmes du Burkina (UFB), bien que puissante, a parfois fini par devenir une organisation de mobilisation de masse au service de l’État plutôt qu’un laboratoire d’émancipation autonome.

Enfin, la structure sociale du Burkina Faso, profondément agraire et conservatrice, a agi comme une éponge absorbant les chocs révolutionnaires sans se transformer durablement. La disparition brutale de Sankara en 1987 a laissé ces réformes orphelines, permettant un retour rapide à un « ordre moral » traditionnel sous le couvert de la Rectification.

V. Trente-neuf Ans Après : Le Bilan d’une Stagnation

Aujourd’hui, si les textes législatifs ont évolué, la réalité quotidienne des femmes burkinabè et africaines reste marquée par une précarité systémique. La représentativité politique reste souvent de façade, et les violences basées sur le genre persistent. L’absence de relais politiques aussi audacieux que Sankara a transformé la cause féminine en un objet de marketing institutionnel pour les ONG, vidant le combat de sa substance révolutionnaire et politique.

Le développement « importé » et néolibéral a remplacé le développement endogène, transformant l’émancipation en une quête de consommation individuelle plutôt qu’en une libération collective. Le constat est amer : l’objectif de 1983 n’est pas atteint car nous avons traité les symptômes (pauvreté, manque d’éducation) sans soigner la maladie (le système patriarcal globalisé).

Conclusion : Pour une Nouvelle Praxis Sankariste

En ce 8 mars, célébrer la femme, ne consiste pas à rappeler sans cesse ses droits. C’est comprendre que la femme n’est pas seulement « l’autre moitié du ciel », elle est le moteur même de la transformation sociale.

Sa vision nous invite à passer de la célébration symbolique à l’action structurelle. Pour que « l’irruption féconde de la force féminine » puisse enfin transformer l’avenir de l’Afrique, nous devons oser la critique de nos propres résistances. La libération de la femme ne sera pas le cadeau d’un homme ou d’un État, mais le fruit d’une lutte acharnée où l’homme sankariste doit accepter de perdre ses privilèges pour gagner sa propre liberté. Car, comme le disait le Capitaine, on ne peut libérer les autres si l’on est soi-même esclave de ses préjugés.

Djabire Marwan OUEDRAOGO-DMO

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Thomas Sankara, l’homme qui voulait libérer l’Afrique par le vêtement https://www.thomassankara.net/thomas-sankara-lhomme-qui-voulait-liberer-lafrique-par-le-vetement/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=thomas-sankara-lhomme-qui-voulait-liberer-lafrique-par-le-vetement https://www.thomassankara.net/thomas-sankara-lhomme-qui-voulait-liberer-lafrique-par-le-vetement/#respond Wed, 21 Jan 2026 12:13:41 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250926 (NDLR : Sur la photo ci-dessus, qui n’est pas celle qui figurait dans l’article, Thomas Sankara est habillé en Faso Dan Fani) À la tête de la révolution burkinabè, Thomas Sankara avait fait du vêtement un symbole de la lutte contre l’impérialisme. Trente-huit ans après son assassinat, son héritage demeure. Par David Doucet Publié le […]

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(NDLR : Sur la photo ci-dessus, qui n’est pas celle qui figurait dans l’article, Thomas Sankara est habillé en Faso Dan Fani)

À la tête de la révolution burkinabè, Thomas Sankara avait fait du vêtement un symbole de la lutte contre l’impérialisme. Trente-huit ans après son assassinat, son héritage demeure.

Par

Son index est pointé vers le ciel, son visage résolu balaie un parterre de chefs d’État venus de toute l’Afrique. Le 29 juillet 1987, à Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie, Thomas Sankara prononce, dans une chaleur suffocante, l’un de ses derniers et plus mémorables discours à la tribune de l’OUA (Organisation de l’unité africaine). Tour à tour enjoué et tempétueux, le chef d’État burkinabè encourage ses pairs à faire front commun contre cette dette occidentale qui étrangle le continent. Le verbe est haut. La voix, lourde, caverneuse, s’envole et marque un auditoire qui applaudit à tout rompre.

« Faisons en sorte également que le marché africain soit le marché des Africains », martèle le capitaine anti-impérialiste. « Produisons ce dont nous avons besoin et consommons ce que nous produisons au lieu de l’importer. » Debout à la tribune, Sankara met en avant son costume vert tilleul dont le col est relevé. « Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade, produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso pour habiller les Burkinabès. Ma délégation et moi-même, nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n’y a pas un seul fil qui vienne d’Europe ou d’Amérique. » D’un large sourire, il reprend : « Je ne fais pas un défilé de mode, mais je voudrais simplement dire que nous devons accepter de vivre africain. C’est la seule façon de vivre libre et de vivre dignement. »

Le pays des hommes intègres

En 1983, lorsque Thomas Sankara se hisse à la tête de la République de Haute-Volta à l’âge de 33 ans, le petit pays sahélien, coincé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, est l’un des plus pauvres au monde. Les trois quarts de son territoire endurent de terribles vagues de sécheresse. L’espérance de vie par habitant dépasse péniblement les quarante ans. Influencé par la lecture de Marx et de Lénine, le capitaine, flanqué d’un béret rouge, impulse une politique véritablement révolutionnaire pour répondre à cette urgence. Il défend la redistribution des richesses, lutte contre la corruption et réduit drastiquement le train de vie de l’État.

Il rebaptise la Haute-Volta en « Burkina Faso », ce qui signifie « le pays des hommes intègres », et joint les paroles aux actes. Il baisse son salaire et impose à tous ses collaborateurs de déclarer leur patrimoine à la radio. Les berlines Mercedes rutilantes du gouvernement sont cédées au profit de petites Renault 5 noires. Exit aussi les vols en première classe et les hôtels luxueux lors des déplacements à l’étranger. Le « camarade-président » construit des écoles et des logements, impose des séances de sport collectives et des campagnes de vaccination à toute la population. Mais c’est avec le vêtement qu’il pose les bases du redressement de son pays.

Au début des années 1970, dans le Zaïre voisin, Mobutu avait interdit le port du costume, qu’il assimilait au colon. L’homme-léopard impose l’abacost (contraction de « à bas le costume ») : un veston sans col et à manches courtes. Une décennie plus tard, Thomas Sankara fait du coton le fer de lance de son mantra : « Fabriquons et consommons burkinabè. » Alors que sa population est à 90 % agricole, le président du Burkina développe la filière et encourage le port du Faso Dan Fani, que l’on peut traduire littéralement par « pagne tissé de la patrie ».

Un souverainisme par le vêtement

La légende dit que cette tenue traditionnelle est apparue chez les Mossis, une tribu qui transforme le coton au gré des saisons : la culture en période de pluie et le tissage durant les périodes sèches. La technique de fabrication obéit à un rite ancestral. Après la récolte, le coton est égrené, traité, filé et livré en rouleaux de fil traditionnel par les femmes. Le tissage revient ensuite aux artisans, qui confectionnent des bandes dont la largeur varie entre dix et vingt centimètres. La teinture s’effectue ensuite avec des décoctions à base de racines et de feuilles.

Avant sa remise au goût du jour par Thomas Sankara, le Faso Dan Fani avait fini par disparaître des rues de Ouagadougou, au profit des jeans et autres costumes cravates, comme le rappelle Fidèle Toé. Plus ancien compagnon de Thomas Sankara, qu’il a connu sur les bancs du lycée où celui-ci portait déjà ce fameux pagne, Toé est devenu ministre du Travail, de la Fonction publique et de la Sécurité sociale lorsque son meilleur ami est parvenu au pouvoir. « Le coton était devenu une culture de rente qui ne se vendait pas bien, décrit-il aujourd’hui depuis sa maison de Ouaga, où l’on entend un coq chanter triomphalement. Les paysans s’endettaient et n’arrivaient plus à rembourser leurs créances. Les cas de suicide se multipliaient parmi les agriculteurs, la situation était vraiment alarmante ! » En incitant la population à revêtir le Faso Dan Fani, Sankara soutient financièrement les cotonculteurs et pose les bases d’un souverainisme économique inédit.

D’aussi loin que remontent ses souvenirs, Fidèle Toé estime que cette mesure répondait aussi à une volonté de représentation chez un homme qui a toujours mis un point d’honneur à être élégant. « Dans sa voiture, Thomas avait du matériel pour nettoyer ses chaussures. Il ne pouvait pas sortir de sa Renault 5 sans les dépoussiérer. Il avait également un fil à coudre et n’hésitait pas à faire tomber sa chemise pour recoudre l’un de ses boutons. » Avec un plaisir non dissimulé, ce vieux compagnon d’armes fait le récit de ce jour où le capitaine anti-impérialiste a sermonné des fonctionnaires attendant des dignitaires étrangers dans des tenues non assorties. « Ils portaient un costume cravate, mais quand on baissait le regard, on s’apercevait qu’ils portaient des baskets ou des chaussettes de sport, se gausse l’ancien ministre. Imaginez le ridicule de la situation. Thomas Sankara les a interpellés en leur disant : “Plutôt que de vous habiller avec des vêtements occidentaux que vous ne connaissez pas, pourquoi ne portez-vous pas le vêtement de vos ancêtres ?” »

Tout cela pousse Thomas Sankara à légiférer dare-dare. En 1986, il oblige tous les fonctionnaires et officiels du régime à porter le Faso Dan Fani. En tant que ministre de la Fonction publique, Fidèle Toé est chargé de faire appliquer le décret. Le port de l’étoffe devient indispensable durant les réunions, cérémonies et voyages officiels, mais aussi sur les photos de passeport, sous peine de se voir opposer un refus. Le président burkinabè contraint également l’armée à remiser sa traditionnelle tenue kaki pour un uniforme en coton aux couleurs latéritiques. « Pourquoi s’habiller comme un soldat français ou américain alors que notre sol est ocre ? Nous sommes un pays de savane, pas un pays de forêts ! » argumente le capitaine auprès de ses troupes.

« Levi’s, c’est bien. Mais c’est américain »

La mesure économique a un effet positif immédiat. Partout dans les cours des maisons en banco de “Ouaga la Belle”, on voit des femmes s’échiner dans la bonne humeur sur des métiers à tisser en bois. « Cette mesure a permis une véritable émancipation des femmes, qui n’étaient plus obligées de passer leurs journées au bord des routes à vendre des poignées d’arachides ou à vivre sous la tutelle financière de leur mari », souligne le journaliste Bruno Jaffré, auteur de plusieurs ouvrages sur Sankara.

Pour répondre à la demande, le pays investit dans des usines de transformation du fil, notamment dans la ville de Koudougou, qui devient rapidement le poumon économique du pays. À l’époque, d’un bout à l’autre de ces manufactures, d’immenses machines en métal se déploient et alimentent en fil le Burkina et ses pays voisins (Mali, Côte d’Ivoire…). « Les gens étaient fiers de travailler dans cette usine. On avait l’impression que c’était la nôtre, relate avec mélancolie Michel K. Zongo, réalisateur du film La Sirène de Faso Fani, qui en retrace l’histoire. Le pouvoir d’achat a augmenté, la ville est devenue prospère. Les fils d’ouvriers possédaient des jouets que l’on n’avait jamais vus nulle part, comme des poupées qui parlent ou des voitures électriques, alors que jusque-là on bricolait nos jouets avec du fer trouvé à la décharge. »

Avec Sankara, la politique revêt toujours une dimension symbolique. En contraignant tous les élèves burkinabès à porter la même étoffe, le capitaine panafricaniste nivelle les différences sociales. « Sankara a abattu les inégalités entre tous les enfants, soutient Michel K. Zongo, à l’époque élève en CE1 à Koudougou. Nous portions tous une culotte kaki et une chemise blanche. Il n’y avait plus de dominants et de dominés, nous étions tous soumis à la même enseigne ! »

Pour ce militant du panafricanisme, cette décision permet aussi de lutter contre l’impérialisme culturel imposé par les Occidentaux. Lors d’un dialogue avec de jeunes lycéens, le héros de la révolution interpelle l’un des enfants qui passent devant lui, habillé avec des vêtements américains. « Vous faites la publicité des Levi’s. Je vois le jean, c’est bien cousu, c’est Levi’s, c’est bien. Mais c’est américain. […] Ici, vous croyez qu’il n’y a pas de tisserands ? » le sermonne le capitaine. « Sankara était persuadé qu’en ne consommant pas ce que nous produisions, nous étions condamnés à porter les rebuts vestimentaires du monde occidental », soutient Fidèle Toé, qui a assisté à la leçon.

Mais la décision ne fait pas l’unanimité. Dans les couloirs des ministères, certains renâclent à s’habiller avec le fameux pagne. Un matin, Thomas Sankara fait une visite impromptue au ministère du Travail et s’aperçoit, dépité, que la plupart des agents ne le portent pas. « Je sentais qu’il était déçu, se souvient Zanna Kaboré, fonctionnaire. Je lui ai expliqué que la tenue que je portais m’avait coûté une fortune. » À l’époque, un Faso Dan Fani complet vaut en moyenne entre 7 000 et 10 000 francs CFA (soit entre 10 et 15 euros), alors que se procurer des fripes occidentales coûte trois à quatre fois moins cher sur les étals des marchés.

Pour forcer la main des récalcitrants, Sankara adopte des mesures coercitives. L’absence de Faso Dan Fani peut entraîner une suspension de salaire de trois mois. Le capitaine prend lui-même l’habitude de faire des contrôles inopinés afin de vérifier que personne ne déroge à la doxa vestimentaire. Chez les agents de la fonction publique qui traînent les savates, la fameuse étoffe est rapidement surnommée « Sankara arrive ». « Lorsqu’on apprenait la venue du président, certains couraient dans les rues alentour pour se procurer un ensemble », sourit Zanna Kaboré.

Dans ce domaine comme dans d’autres, l’intransigeance et l’intégrité de Thomas Sankara finissent par déplaire. En fin d’après-midi du 15 octobre 1987, alors que le soleil rouge de la saison des pluies est en train de se coucher, le président burkinabè est assassiné à coups de rafales de kalachnikov avec douze de ses camarades. La même nuit, « l’homme intègre » est enterré à la hâte et sans tombe dans un cimetière de la capitale.

Un symbole de souveraineté pour les jeunes générations

Son frère d’armes et ancien meilleur ami, Blaise Compaoré, condamné par contumace à la prison à perpétuité en 2022 pour son rôle dans l’assassinat de Thomas Sankara, met un point d’honneur à déboulonner les acquis de la révolution sankariste. L’obligation du port du Faso Dan Fani est levée le 14 mars 1988. Il faut attendre la chute de Compaoré, vingt-sept ans plus tard, en octobre 2014, pour que le Faso Dan Fani ressurgisse des oubliettes de l’histoire. Aujourd’hui, lorsqu’on se balade sur le site Web du gouvernement du Burkina Faso, la plupart des ministres portent le fameux pagne en cotonnade.

Élevées dans le culte de celui qui est désormais considéré comme le « Che africain », les jeunes générations se réapproprient également le tissu. « On a été frustrés de ne pas avoir connu Thomas Sankara, alors que nos parents nous en ont parlé durant toute notre enfance, regrette Stéphanie Bationo, mannequin burkinabè expatriée en France, qui organise chaque année une nuit du Faso Dan Fani avec la diaspora à Paris. Ce costume traditionnel nous permet de combler ce manque et de perpétuer sa mémoire. »

La cotonnade révolutionnaire a même été récupérée par l’industrie de la mode. En 2021, alors que Beyoncé cherchait désespérément une pièce constituée d’étoffes rares venues d’Afrique, la styliste Dyenaa Diaw a tenté sa chance. La créatrice, à l’origine de la marque « Peulh Vagabond », dont le tissu provient d’une coopérative du Burkina, a préparé un gros colis qu’elle a expédié à Los Angeles. À l’intérieur : des photos et des textes racontant l’histoire du Faso Dan Fani. Quelques mois plus tard, la star américaine apparaissait sur Instagram vêtue d’une tenue signée de la créatrice. « Beyoncé m’a ensuite envoyé un mot : il était écrit qu’au-delà du vêtement, c’est son histoire qui l’avait séduite », confiait Dyenaa Diaw.

Quatre ans plus tard, le Faso Dan Fani continue de tisser son influence dans le Burkina Faso contemporain. Depuis octobre 2024, les magistrats burkinabès ont remplacé les toges noires héritées de l’époque coloniale par des robes confectionnées dans le tissu national. Certaines écoles pilotes ont également adopté des uniformes mêlant coton local et motifs traditionnels, tandis que de jeunes marques comme Fenel ou Tinwè exportent leurs créations vers l’Europe. Le pagne de la révolution n’est plus seulement un étendard politique : il est devenu un marqueur d’identité et de fierté collective. Thomas Sankara aurait sans doute apprécié cette victoire culturelle.

Pour aller plus loin :

Bruno Jaffré, Biographie de Thomas Sankara : La patrie ou la mort…, Editions L’Harmattan, 2007, Paris.
Bruno Jaffré, Les Années Sankara : De la révolution à la rectification, Editions L’Harmattan, 1989, Paris.

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« Thomas Sankara, le retour », au Musée national, une exposition pour redécouvrir l’homme derrière le mythe https://www.thomassankara.net/thomas-sankara-le-retour-au-musee-national-une-exposition-pour-redecouvrir-lhomme-derriere-le-mythe/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=thomas-sankara-le-retour-au-musee-national-une-exposition-pour-redecouvrir-lhomme-derriere-le-mythe https://www.thomassankara.net/thomas-sankara-le-retour-au-musee-national-une-exposition-pour-redecouvrir-lhomme-derriere-le-mythe/#respond Fri, 12 Dec 2025 10:07:51 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250948 17 octobre 2025 « Thomas Sankara, le retour ». C’est le thème de l’exposition proposée par le Musée national du Burkina Faso. Loin des clichés et des slogans, l’exposition iconographique invite les visiteurs à explorer Sankara autrement. Un Sankara humain, enfant curieux, patriote précoce. Bien avant d’être le chef d’État charismatique qui continue d’impacter, 38 […]

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« Thomas Sankara, le retour ». C’est le thème de l’exposition proposée par le Musée national du Burkina Faso. Loin des clichés et des slogans, l’exposition iconographique invite les visiteurs à explorer Sankara autrement. Un Sankara humain, enfant curieux, patriote précoce. Bien avant d’être le chef d’État charismatique qui continue d’impacter, 38 ans après sa mort.

Dès l’entrée, le ton est donné. La scénographie débute symboliquement depuis la porte principale du Musée national, qui fait face au boulevard Thomas Sankara. Le visiteur est accueilli par la voix du président, diffusée en boucle à travers ses discours les plus marquants.

Une fois à l’intérieur, des fûts vides recouverts de pagnes koko dunda et Faso danfani forment une haie d’honneur pour le visiteur. Ces fûts représentent aussi des outils de médiation jalonnant le parcours du Président-capitaine. Douze au total, comme le nombre de ses compagnons tombés avec lui au Conseil de l’Entente, le 15 octobre 1987.

Dans la salle d’exposition, le visiteur est accueilli par des photos regroupées par thématiques. Enfance, vie familiale, formation militaire, carrière professionnelle, engagement politique, libération de la femme, émancipation de l’Afrique… Des documents, certains manuscrits et signés de la main du capitaine, sont également exposés. Et au milieu de la salle, la fameuse guitare rouge et le pistolet automatique du président révolutionnaire s’offrent à la vue des visiteurs, qui entrent alors dans son intimité.

Sankara raconté autrement

Dans cette atmosphère à la fois solennelle et intime, les visiteurs découvrent un Sankara plus personnel, plus accessible. Déo Gracias Gaëlle Kaboré vient de finir la visite. Bien qu’elle ait lu des livres et vu des documentaires sur Sankara, elle dit ressortir de cette exposition avec un regard neuf sur l’homme.

« L’exposition aborde une partie moins médiatisée de Sankara. On a plongé dans son enfance, on a refait le parcours avec plus de détails. Par exemple, on sait qu’il portait le nom Ouédraogo entre temps », confie-t-elle, l’air enthousiaste. Sur les murs, des images d’un Sankara enfant habillé en Faso danfani attirent particulièrement son attention.

« Depuis l’enfance, il avait cette fibre patriotique. On le voyait déjà en Faso danfani. On sent une cohérence entre l’enfant qu’il était et l’homme qu’il est devenu. Ce qui m’a le plus touchée, c’est l’authenticité de l’être humain. Il ne s’est pas donné un rôle, c’était une suite logique », poursuit-elle. Lorsqu’elle apprend que Sankara avait voulu devenir chirurgien et qu’il s’interdisait de fumer, de boire ou même de consommer du café pour éviter les mains tremblantes en cas d’opération, elle sursaute de surprise. Médecin de formation, elle en tire une promesse : « La partie de Sankara qui voulait être médecin, on va essayer de la réaliser finalement ».

Lire aussi : A Ouaga, sur les traces de Thomas Sankara

Depuis le vernissage, le Musée national est devenu un carrefour où se croisent plusieurs nationalités, toutes venues redécouvrir Sankara autrement. C’est le cas de Fabrice, visiteur nigérien. « On entend souvent parler de Sankara de façon générale, mais ici j’ai découvert l’homme dans toute sa dimension humanitaire. Le guide nous a expliqué les étapes de sa vie, depuis le primaire jusqu’à sa formation militaire », se réjouit le jeune visiteur.

Ce qu’il retient surtout, c’est la cohérence entre les idées et les actes. « On pensait que le Faso danfani, c’était juste un symbole du pouvoir. Mais non, c’était une idéologie qu’il portait depuis l’enfance ».

Au cœur de cette effervescence, Ouattara Oumar, guide au musée, ne cache pas sa satisfaction malgré le rythme soutenu. « Nous enchaînons les visites depuis l’ouverture. Il faut aller au-delà du simple discours, rendre la visite interactive. Les gens posent beaucoup de questions », explique-t-il, sans la moindre plainte. Mieux, cela le motive. « Depuis la conception de l’exposition, nous sentons une véritable attente. Ses idées continuent d’inspirer, d’impacter positivement les gens », remarque le guide.

Lire aussi : A Paspanga, une maison familiale à l’image de Sankara

Selon Lompo Boun-djoa Mickaël, directeur des expositions et de la médiation du Musée national, il s’agit d’une première dans l’histoire du musée qu’une exposition soit exclusivement consacrée à Thomas Sankara. « Il faut l’humaniser. C’est d’abord un être humain. Au-delà des actions politiques, il faut montrer sa face humaine, à travers des anecdotes et des fragments de vie », insiste le Directeur qui précise que cette exposition est le fruit d’un travail d’un an, combinant recherches documentaires et témoignages de proches du président.

Lompo Boun-djoa Mickaël, directeur des expositions et de la médiation du Musée national, 16 octobre 2025, Studio Yafa

Au-delà de Thomas Sankara, le parcours rend aussi hommage à des figures contemporaines du Burkina. Des hommes et des femmes qui ont prolongé ou qui prolongent, à leur manière, l’esprit sankariste à travers leurs actions. Norbert Zongo, le journaliste assassiné ; Béatrice Sanon, la policière intègre qui refusa des millions proposés par un braqueur ; ou encore Yôrô, le volontaire pour la défense de la patrie tombé sur le champ d’honneur. « Le retour, c’est toutes les actions inspirées du vécu de Sankara ou la prolongation de ses idéaux. Ce sont ces personnes qui se battent nuit et jour et rappellent son combat », explique le directeur.

Prévue pour durer un mois, l’exposition pourrait être prolongée jusqu’en décembre 2025.

Tiga Cheick Sawadogo

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Athanase Boudo, secrétaire général du Front patriotique : « Sankara a toujours vu le destin du Burkina Faso comme indissociable de celui de l’Afrique » https://www.thomassankara.net/athanase-boudo-secretaire-general-du-front-patriotique-sankara-a-toujours-vu-le-destin-du-burkina-faso-comme-indissociable-de-celui-de-lafrique/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=athanase-boudo-secretaire-general-du-front-patriotique-sankara-a-toujours-vu-le-destin-du-burkina-faso-comme-indissociable-de-celui-de-lafrique https://www.thomassankara.net/athanase-boudo-secretaire-general-du-front-patriotique-sankara-a-toujours-vu-le-destin-du-burkina-faso-comme-indissociable-de-celui-de-lafrique/#respond Fri, 17 Oct 2025 08:56:17 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250864 Nous vous proposons à l’occasion de ce 38ème anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara, cette longue interview, issue de lefaso.net faisant une synthèse de sa pensée et de son action. L’introduction ci-dessous est celle de la rédaction du même média. La rédaction du site thomassankara.net 5 octobre 1987-15 octobre 2025 ; cela fait 38 ans […]

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Nous vous proposons à l’occasion de ce 38ème anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara, cette longue interview, issue de lefaso.net faisant une synthèse de sa pensée et de son action. L’introduction ci-dessous est celle de la rédaction du même média.

La rédaction du site thomassankara.net


5 octobre 1987-15 octobre 2025 ; cela fait 38 ans que le président Thomas Sankara a été assassiné. Autant de temps après, l’actualité de cette illustre personnalité reste vive. En cette date anniversaire, nous sommes allés à la rencontre d’une des figures-clés et défenseur des valeurs prônées par le leader de la Révolution démocratique et populaire (RDP), Athanase Boudo. Ancien député, ancien ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Burkina Faso au Canada et représentant permanent à l’OACI, Athanase Boudo, bien connu également à travers les organisations sankaristes, est aujourd’hui le président par intérim de l’Union pour la renaissance/Mouvement patriotique sankariste (UNIR/MPS) et par ailleurs secrétaire général du Front patriotique. Dans cet entretien, M. Boudo dispense, sans langue de bois, un véritable cours sur cette époque de la RDP, mettant en relief les valeurs et enseignements. Lecture ! 

Lefaso.net : Pouvez-vous nous dire ce que représente pour vous les révolutionnaires et particulièrement les sankaristes le mois d’octobre ?

Athanase Boudo : Merci d’abord à vous Lefaso.net, pour cette tribune d’expression. Elle me donne l’occasion de partager une réflexion sur un mois particulièrement chargé de sens pour les révolutionnaires, les patriotes et tous ceux qui, à travers le monde, croient en la dignité des peuples.

Le mois d’octobre, lorsqu’on parcourt l’histoire, apparaît comme un mois de grandes ruptures, de mutations profondes et de symboles forts.
C’est en octobre 1917 qu’a eu lieu la Révolution d’octobre en Russie, point de départ d’un bouleversement mondial des rapports sociaux et politiques.
C’est également en octobre 1949 que fut proclamée la République populaire de Chine, marquant l’affirmation d’un autre grand peuple sur la scène internationale. Et à différentes époques, le mois d’octobre a vu disparaître ou émerger des figures qui ont marqué la conscience humaine.

Je pense notamment à Che Guevara, tombé le 9 octobre 1967, symbole universel du combat pour la liberté et la justice sociale. À Samora Moïses Machel, président du Mozambique, disparu tragiquement le 19 octobre 1986, un modèle d’engagement révolutionnaire et de fidélité à la cause africaine. Je pense également à Anouar el-Sadate, président d’Égypte, assassiné le 6 octobre 1981, pour avoir voulu réconcilier son pays avec la paix. Et même dans le domaine de la culture, Lucky Dube, disparu en octobre 2007, rappelait par sa musique que la liberté et la fraternité sont des luttes quotidiennes. Et comment ne pas citer Mouammar Kadhafi, tué le 20 octobre 2011, figure controversée certes, mais qui, à sa manière, incarnait la quête d’émancipation du continent africain.

Ainsi, le mois d’octobre apparaît comme un mois de vérité historique, où tombent souvent ceux qui ont osé bousculer l’ordre établi, et où naissent des idéaux porteurs de liberté.

Et c’est dans ce sillage que s’inscrit pour nous, Burkinabè, le 15 octobre 1987, date à jamais gravée dans notre mémoire collective. Ce jour-là, le président Thomas Sankara tombait, mais pour mieux entrer dans l’histoire, dans la lignée de ces figures qui ont cru en un monde plus juste.
Octobre est donc pour nous, un mois de recueillements, de fidélité et d’engagement renouvelé envers les valeurs de justice, d’intégrité et de souveraineté nationale. Le 15 octobre 1987 est un tournant pour le Burkina et l’Afrique.

38 ans après, pourquoi la date du 15 octobre 1987 reste-t-elle gravée dans la mémoire collective des Burkinabè et des Africains ?

Le 15 octobre 1987 marque, avant tout, l’assassinat barbare du président Thomas Sankara et de douze de ses compagnons. Ce n’est pas seulement la mort d’hommes, c’est aussi l’interruption brutale d’un rêve, celui d’un peuple qui avait cru possible de bâtir un Burkina nouveau, fondé sur la justice, la dignité et la souveraineté.

Cette date symbolise la fin d’un processus historique inédit : celui d’une révolution sociale et politique portée par la jeunesse et par une vision profondément africaine du développement.

Mais c’est aussi, malheureusement, le retour en force de vieilles structures sociales et politiques en déclin, la résurgence d’un système dominé par une petite bourgeoisie d’État qui, au fil du temps, s’est transformée en oligarchie ploutocratique. Le 15 octobre a donc ouvert une période sombre : celle des assassinats politiques, du recul moral et du triomphe des intérêts particuliers sur l’intérêt général.

Ce traumatisme collectif, 38 ans après, reste vif ; parce qu’au fond, Thomas Sankara représentait l’espoir d’une Afrique débout, d’un peuple burkinabè maître de son destin. C’est pourquoi, cette date demeure, dans la conscience populaire, le symbole de la trahison d’un idéal, mais aussi le rappel de la force des valeurs qu’aucune balle n’a pu éteindre.

Quelles étaient les principales idées ou réformes de Sankara qui expliquent qu’il reste une figure de référence aujourd’hui ?

Thomas Sankara a incarné un modèle de gouvernance populaire, fondé sur quelques principes cardinaux :
• le pouvoir au peuple : il a voulu un État fondé sur la participation consciente des masses, un peuple qui compte sur ses propres forces. Il disait : « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort. Seule la lutte libère ».
C’est toute la philosophie du souverainisme populaire.
• La création et la redistribution équitable des richesses : il voulait que l’économie serve le plus grand nombre, et non une minorité privilégiée.

• La démocratie par la conviction et non par la contrainte : il croyait à la pédagogie du débat, à la force de la raison plutôt qu’à la force des armes. Il prônait ce qu’il appelait « se démarquer pour mieux s’unir », c’est-à-dire reconnaître les contradictions sociales, tout en recherchant l’unité nationale autour de l’essentiel.
• La lutte contre les inégalités et pour la dignité humaine : il a posé les bases d’un développement endogène, inspiré par le travail, la probité et la justice sociale. À bien des égards, il a anticipé les réformes structurelles qui, aujourd’hui, font la force de grandes nations comme la Chine.

Sankara savait que son passage à la tête du pays serait bref. Mais il a semé des graines puissantes : la souveraineté nationale, la dignité africaine, la solidarité internationale et la lutte contre toutes les formes d’oppression.

Son engagement allait bien au-delà du Burkina : il soutenait la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, la cause palestinienne, le Sahara occidental, la libération de la Nouvelle-Calédonie, les peuples d’Amérique latine, de Cuba et du Nicaragua. Il parlait au nom des peuples sans voix, et c’est ce qui a fait de lui une conscience universelle. Et comme il l’avait lui-même prophétisé :
« Tuez Sankara, et naîtront des milliers de Sankara ». Cette phrase résume l’immortalité d’une idée : on peut tuer un homme, mais pas ce qu’il incarne.

Après sa disparition, comment le sankarisme est-il devenu plus qu’un souvenir, un véritable courant de pensée et d’action ?

Il faut d’abord s’entendre sur ce qu’est le sankarisme. Si l’on considère qu’il s’agit du rassemblement de celles et ceux qui ont partagé et défendu les idées de Thomas Sankara, alors oui, il est devenu un courant structuré. Mais si l’on y regarde de plus près, le sankarisme est antérieur à Sankara lui-même. Avant lui, existaient déjà les fondements idéologiques qui ont nourri le Conseil national de la révolution (CNR) et dont la synthèse a été exprimée dans le Discours d’orientation politique du 2 octobre 1983 (le DOP).

Ce courant reposait sur une conviction simple mais forte : l’indépendance véritable ne s’octroie pas, elle se conquiert par la conscience, l’organisation et la responsabilité du peuple. Thomas Sankara en fut le meilleur porte-parole et le plus fidèle interprète de son temps.
Il a su donner chair à ces idées à travers une gouvernance fondée sur le travail, la probité, la justice sociale et la souveraineté nationale.

Le sankarisme, c’est donc une école de pensée politique, mais aussi une éthique de vie. Il valorise le débat, la participation citoyenne, la critique constructive et la responsabilité individuelle. Sous la Révolution démocratique et populaire (RDP), les veillées-débats dans les quartiers et les villages permettaient d’expliquer, de convaincre, d’éduquer politiquement le peuple. Bien-sûr, la Révolution a combattu les actes posés contre les intérêts du peuple, mais jamais la diversité d’opinion. Le sankarisme s’appuie donc sur la connaissance des intérêts de classe, la définition des alliances sociales et la compréhension des étapes de la transformation nationale. C’est cela, sa profondeur et sa modernité.

Quelles sont les valeurs centrales du sankariste qui peuvent inspirer encore aujourd’hui (intégrité, justice sociale, souveraineté, place de la femme, etc.) ?

Les valeurs du sankarisme ne sont pas de simples slogans : ce sont des repères éthiques, politiques et civilisationnels. Elles constituent une boussole qui, près de quarante ans après, demeure d’une étonnante actualité. Parmi ces valeurs, on peut citer :

• L’intégrité, non pas comme vertu morale individuelle, mais comme exigence publique : dire la vérité au peuple, rendre compte, refuser la corruption et le mensonge d’État.

• La justice sociale, c’est-à-dire une organisation économique et politique au service du plus grand nombre, et non au profit d’une minorité.

• La souveraineté nationale, comprise comme la capacité du peuple à concevoir et à assumer lui-même son destin économique, culturel et politique.

• La place de la femme, reconnue non comme un thème de discours, mais comme un levier central du progrès et de la gouvernance.
Sankara a souvent rappelé : « La révolution et la libération de la femme vont de pair ». C’est pourquoi, il a ouvert l’espace politique, administratif et militaire aux femmes, leur donnant une visibilité inédite dans la conduite de l’État.

• La protection de l’environnement, autre axe majeur de sa pensée. Bien avant que le monde ne parle d’écologie politique, Sankara avait lancé les journées de reboisement, la lutte contre la désertification, et une éthique du rapport harmonieux à la nature. Il disait : « Il ne faut pas trahir la nature, sinon elle se vengera ». Cette vision écologique, en avance sur son temps, traduit une conscience profonde de la solidarité entre l’homme, la terre et la vie.

• Le panafricanisme, enfin, constitue la toile de fond de tout son engagement. Sankara a toujours vu le destin du Burkina Faso comme indissociable de celui de l’Afrique. Pour lui, aucun peuple africain ne peut être libre, si les autres demeurent soumis. D’où ses prises de position courageuses : soutien à la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, défense du Sahara occidental, solidarité avec la Palestine, Cuba et le Nicaragua, et plaidoyer constant pour une Afrique unie et souveraine. Il disait à Addis-Abeba en 1987 : « Si le Burkina Faso seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine réunion. Mais si nous refusons ensemble, alors nous pourrons vaincre. »

Ces valeurs (intégrité, justice, souveraineté, émancipation féminine, écologie, panafricanisme) forment un tout cohérent. Elles dessinent un modèle de société fondé sur la dignité humaine, la solidarité africaine et la responsabilité intergénérationnelle. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, le sankarisme inspire : parce qu’il propose un projet global, à la fois moral, social, écologique et continental.

Comment ces valeurs s’expriment-elles aujourd’hui dans la société, même en dehors du cadre partisan ?

Le sankarisme dépasse le cadre partisan : c’est une conscience collective.
Les partis politiques sankaristes ne sont qu’une des expressions de cette conscience. Mais ces valeurs continuent de vivre à travers la jeunesse, les mouvements citoyens, les associations, les intellectuels, et même des citoyens ordinaires qui refusent la fatalité.

Le cadre partisan, lui, n’est pas hors sol. Il s’exprime dans une société qui reconnaît ou non la justesse d’un discours. Si aujourd’hui, certaines de ces valeurs semblent étouffées, c’est parce que le processus démocratique a été corrompu par cette oligarchie ploutocratique née du 15 octobre 1987, celle-là même qui a confisqué l’État et perverti l’idéal de service public.

Pourtant, malgré tout, le sankarisme reste vivant. Il vit dans la revendication de transparence, dans le refus de la dépendance, dans le courage des jeunes qui croient encore en un Burkina intègre et debout. C’est cela l’essentiel : le sankarisme n’est pas une nostalgie, c’est une exigence d’avenir.

Dans le contexte actuel marqué par de grands défis, comment l’héritage de Sankara peut-il nourrir la résilience et l’espérance du peuple burkinabè ?

Notre peuple n’est pas différent des autres dans sa quête d’une société juste et prospère, fondée sur le bonheur du plus grand nombre. L’héritage laissé par la Révolution démocratique et populaire demeure vivant : c’est la confiance en soi, la conviction qu’aucune nation ne peut se construire durablement en comptant sur les autres, et la nécessité d’assumer pleinement sa souveraineté dans un monde d’interdépendance.
Mais l’un des enseignements les plus actuels de Sankara, c’est sans doute son appel à l’unité véritable. Une unité qui ne se décrète pas dans les discours, mais qui se construit dans les faits, par le dialogue, le respect des différences et la reconnaissance du droit de chacun à penser librement.

On parle souvent d’unité aujourd’hui, mais il faut se garder de confondre unité et uniformité. L’unité sincère se bâtit sur la confiance entre gouvernants et gouvernés, sur la participation de tous les fils et filles du pays à la recherche du bien commun. Le peuple burkinabè a toujours montré, dans les moments les plus sombres de son histoire, qu’il savait se rassembler quand l’essentiel était en jeu. Il saura encore le faire, si on lui fait confiance et si on lui parle vrai.

Quels enseignements la jeunesse peut-elle tirer de Sankara et de son parcours ?

La jeunesse doit comprendre que rien de grand ne s’obtient sans effort, sans conviction et sans discipline. Sankara n’a pas seulement incarné une idéologie, il a incarné une exigence morale et une méthode de vie : travail, rigueur, intégrité, don de soi. Il a prouvé qu’on peut être jeune et porter un projet d’envergure nationale, qu’on peut être Africain et se hisser au rang des grandes consciences du monde.

La jeunesse d’aujourd’hui doit retenir que la réussite ne se résume pas à l’ambition personnelle, mais qu’elle consiste à servir quelque chose de plus grand que soi : la patrie, la vérité et la justice. Elle doit aussi se souvenir que Sankara était profondément tourné vers l’avenir : il croyait en la science, à l’éducation, à l’émancipation des femmes, à la protection de l’environnement, à la solidarité entre peuples africains. Ce sont ces repères qui doivent nourrir le patriotisme et la responsabilité de la jeunesse d’aujourd’hui.

À votre avis, que dirait Sankara s’il observait la situation actuelle du Burkina et du monde ?

Il dirait très certainement qu’il avait eu une bonne lecture de l’avenir. Il verrait que les causes qu’il a défendues (la souveraineté, la dignité, la justice sociale, la solidarité africaine) demeurent les mêmes, et que les tâches à accomplir restent fondamentalement inchangées. Il redirait sans doute, avec sa franchise habituelle, que la voie qu’il avait tracée était la bonne, celle d’un peuple qui se prend en main, qui refuse l’assistanat et les compromissions, qui croit à sa capacité de transformer le réel. Et il rappellerait à chacun de nous que le Discours d’orientation politique (DOP) du 2 octobre 1983 n’a rien perdu de son actualité : il demeure un programme de libération nationale, fondé sur la participation du peuple, la transparence et la responsabilité.

Que souhaitez-vous dire aujourd’hui, en ce 15 octobre, à toutes celles et ceux qui commémorent cette date ?

En ce 15 octobre, nous devons nous souvenir que Thomas Sankara n’a pas seulement été victime d’un complot politique, mais porteur d’un idéal de transformation qui dépasse les générations. Honorer sa mémoire, ce n’est pas seulement évoquer le passé, c’est continuer l’œuvre commencée : reconstruire la confiance, relever la tête, faire de notre pays un espace de dignité et de liberté. Mais souvenons-nous aussi que l’unité nationale ne peut pas se construire sur la peur ou le silence. Sankara a prôné l’unité, oui, mais jamais au prix de la vérité. L’unité qu’il appelait de ses vœux se fonde sur la justice, la liberté et la reconnaissance mutuelle. Nous devons donc œuvrer à réconcilier notre pays avec lui-même, à rouvrir les espaces de dialogue, à permettre à chaque Burkinabè d’où qu’il soit et quelle que soit son opinion de contribuer sans crainte à la vie de la nation.

C’est à cette condition que nous serons dignes de l’héritage du 15 octobre. Et en ce moment particulier de notre histoire, je veux m’incliner avec respect et émotion devant nos forces combattantes, nos volontaires pour la défense de la patrie, nos forces de défense et de sécurité, nos braves populations civiles mobilisées dans les villages et les campagnes. Elles se battent, souvent dans l’anonymat et au prix du sacrifice suprême, pour que le Burkina Faso reste debout et souverain.

Elles sont, à leur manière, les héritières de l’idéal sankariste, celui du courage, du don de soi et du refus de la domination. Leur engagement quotidien est une leçon de patriotisme et de dignité qui honore toute la nation. À toutes ces femmes et à tous ces hommes qui veillent sur nous, je rends un hommage vibrant et reconnaissant. Puissent leurs sacrifices nourrir en chacun de nous la force morale d’unir nos énergies pour la paix, la justice et la victoire du peuple burkinabè sur toutes les formes d’adversité.

Quel message d’espérance et de responsabilité adressez-vous particulièrement à la jeunesse ?

Je voudrais dire à la jeunesse que rien n’est perdu. Les défis sont immenses, mais notre peuple a toujours su se relever. L’espérance n’est pas un rêve, c’est une responsabilité : celle de croire, d’agir, de construire. Sankara disait : « Nous devons oser inventer l’avenir ». C’est à cette audace que j’appelle la jeunesse : oser penser, oser dire, oser faire, mais toujours avec honnêteté et amour du pays. Le Burkina Faso a besoin d’une jeunesse debout, lucide, laborieuse, solidaire, en somme une jeunesse qui refuse la haine et la résignation. C’est à elle qu’il revient de faire refleurir les idéaux du 4 août et du 15 octobre, non pas en les récitant, mais en les vivant chaque jour.

Entretien réalisé par Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

Source : https://lefaso.net/spip.php?article141537

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Le ‘Global Partnership Network’ baptise ses bourses doctorales Thomas Sankara https://www.thomassankara.net/global-partnership-network-baptise-bourses-doctorales-thomas-sankara/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=global-partnership-network-baptise-bourses-doctorales-thomas-sankara https://www.thomassankara.net/global-partnership-network-baptise-bourses-doctorales-thomas-sankara/#respond Tue, 24 Jun 2025 09:15:58 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=249137 Actualités : un nouvel appel à candidatures pour les bourses Thomas Sankara est actuellement en cours (date limite : 30 juin 2025). Plus d’informations ici (niveau d’anglais B2 ou C1 demandé): https://www.uni-kassel.de/forschung/fr/global-partnership-network/resources-funding/thomas-sankara-phd-scholarships.html   Par Fiona Faye Le ‘Global Partnership Network’ (GPN) est un réseau d’universités et d’organisations de la société civile dans 12 pays, parmi […]

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Actualités : un nouvel appel à candidatures pour les bourses Thomas Sankara est actuellement en cours (date limite : 30 juin 2025). Plus d’informations ici (niveau d’anglais B2 ou C1 demandé): https://www.uni-kassel.de/forschung/fr/global-partnership-network/resources-funding/thomas-sankara-phd-scholarships.html


 

Par Fiona Faye

Le ‘Global Partnership Network’ (GPN) est un réseau d’universités et d’organisations de la société civile dans 12 pays, parmi eux le Burkina Faso. Ce réseau promeut un regard critique sur les partenariats internationaux et leur bagages (néo)coloniaux. En théorie et pratique, le GPN s’engage à reconstruire le concept vers un partenariat fondé sur la reconnaissance mutuelle et la solidarité, adapté au 21e siècle multipolaire et postcolonial.

Dans cet esprit, le GPN a décidé de nommer ses bourses de doctorat en l’honneur de Thomas Sankara, personnalité exceptionnelle du Sud global, dont les idées et les pratiques de résistance au néocolonialisme et de promotion de voies indépendantes pour les pays du Sud sont considérées comme une source d’inspiration pour les travaux de l’école doctorale du GPN. Le GPN accorde 18 bourses doctorales exclusivement à des doctorant-e-s du Sud, dont 16 au niveau des universités du Sud afin de soutenir surtout la production de savoir dans l’enseignement supérieur du Sud.

Des sujets de recherche des doctorant-e-s Thomas Sankara sont par exemple:

  • Les enjeux économiques du cycle de crises politiques post-1986 en Haïti : programmes de développement économique néocoloniaux et luttes de pouvoir (Képler Aurélien, Université de l’État d’Haiti)
  • L’idéologie au service de la sécurité alimentaire ? Le concours entre les cultures génétiquement modifiées (GM) et l’agriculture biologique comme voies vers la sécurité alimentaire en Ouganda (Victoria Kiboneka, Makerere University, l’Ouganda)
  • Gouvernance territoriale et genre : défis et perspectives au Burkina Faso et au Togo (Oladjigbo Katchoni Georges Koba, Université de Kara, Togo)

Le GPN est financé par le ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ) par le biais du programme ‘Higher Education Excellence in Development Cooperation’ (exceed) de l’Office allemand d’échanges universitaires (DAAD).

Actuellement, les applications pour des bourses doctorales Thomas Sankara sont clôturées mais si jamais le projet est prolongé, il y aura un appel aux candidatures pour de nouvelles bourses doctorales Thomas Sankara en 2025.

Suivez ce lien pour lire la déclaration de presse pour la dénomination des bourses après Thomas Sankara :

https://www.uni-kassel.de/forschung/files/Global_Partnership_Network/Downloads/Communiqu%C3%A9_de_presse_bourses_doctorales_Thomas_Sankara.pdf

Fiona Faye, ancienne coordinatrice de l’école doctorale du GPN, candidate doctorale associée au GPN avec le sujet de recherche : ‘Apprendre de Thomas Sankara : Les politiques d’auto-suffisance alimentaire en tant que résistance au régime commercial néolibéral aujourd’hui et à l’époque’.

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Assassinat d’Henri Curiel : vérités évidentes, justice empêchée https://www.thomassankara.net/assassinat-dhenri-curiel-verites-evidentes-justice-empechee/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=assassinat-dhenri-curiel-verites-evidentes-justice-empechee https://www.thomassankara.net/assassinat-dhenri-curiel-verites-evidentes-justice-empechee/#respond Thu, 29 May 2025 22:41:17 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250350 Nous publions ci-dessous un article de Sylvie Braibant, membre du du collectif “secret défense, un enjeu démocratique” à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat d’Henri Curiel, le 4 mai 1978, un militant internationaliste qui a créé des réseaux de soutien aux mouvements de libration nationale. Pour rappel, le réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique […]

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Nous publions ci-dessous un article de Sylvie Braibant, membre du du collectif “secret défense, un enjeu démocratique” à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat d’Henri Curiel, le 4 mai 1978, un militant internationaliste qui a créé des réseaux de soutien aux mouvements de libration nationale. Pour rappel, le réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique dont notre site est l’un des principaux supports médiatiques, est aussi membre du même collectif “secret défense, un enjeu démocratique” qu’il a contribué très activement à mettre en place. Ce collectif rassemble les membres des familles de victimes et leurs soutiens. Leur point commun c’est que toutes les affaires pour lesquelles ils se mobilisent pour obtenir la vérité et la justice, essentiellement des assassinats et des “accidents”, se heurtent au secret défense. Pour notre part, nous sommes en mesure d’affirmer que la promesse d’Emmanuel Macron de fournir à la justice burkinabé l’ensemble des documents des archives “secret défense” n’a pas respectée.

Bruno Jaffré


Il y a quarante ans, le 4 mai 1978, Henri Curiel était assassiné à Paris. Je suis la fille de son cousin germain, Guy Braibant. Nous connaissons la vérité sur ses assassins mais, au nom du secret défense, la justice reste empêchée par un fil rouge menant du général Aussaresses au président Giscard d’Estaing.

Par Sylvie Braibant

Il faisait chaud ce week-end de juin 1976. La sécheresse grignotait petit à petit toute la France. Paris était gagné par la torpeur. Dans la voiture de mon père, je m’étais à moitié endormie. Jusqu’à ce que je l’entende dire de sa voix douce “mais qu’est ce que c’est que ça ?”. Au feu rouge du croisement des boulevards Saint Michel et Saint Germain, il restait en arrêt devant un kiosque à journaux dont l’immense affiche apposée à son dos, proclamait fièrement le dernier scoop du Point : “Henri Curiel, le patron des réseaux d’aide aux terroristes“. Et de son ton toujours aussi calme, mais angoissé cette fois, il me dit : “Henri va être assassiné.”

Deux ans et une nouvelle campagne de presse plus tard, toujours dans Le Point, puis le Spiegel allemand, Henri était assassiné, une journée chaude encore, le 4 mai 1978, jeudi de l’ascension. Nous étions encore ensemble, dans la même voiture, la radio allumée, un flash nous annonça la nouvelle, et je me souviendrai toujours du visage soudain gris de mon père, lui qui manifestait si peu d’émotion.

C’était en 1976, 1977, 1978, assassinats en Afrique du Sud – mise au ban des Nations Unies pour son régime d’apartheid -, assassinats en France, présidée par un homme moderne, ancien partisan de l’Algérie française. Des meurtres nombreux – des Algériens, des Palestiniens, des Basques -, parfois précédés d’articles de journaux comme ceux du Point, non signés, de faux scoops apportés sur un plateau d”argent à Georges Suffert qui ne voyait rien de mal à l’apartheid ou aux dictatures d’Amérique latine, mais vomissait tout ceux qui se rapprochaient de près ou de loin du communisme. Comme Henri Curiel. Plus tard, Georges Suffert reconnaîtra avoir été “un peu léger” sur ce coup là.

Henri était le cousin germain de mon père Guy Braibant, et il était l’ancien chef de file des porteurs de valise durant la guerre d’Algérie, un groupe qui s’était reconverti dans l’aide aux mouvements de libération nationale de par le monde. Au premier rang desquels l’ANC. Il fournissait des faux papiers aux militants sud-africains, il aidait les militants anti-apartheid blancs – relisant en eux le courage des porteurs de valise de France durant la guerre d’Algérie. Il fut soupçonné d’avoir permis la révélation du mirifique contrat nucléaire entre Paris et Pretoria. Et assassiné le 4 mai 1978.

Entre le 3 mai et 5 mai 1978, circulait en France un certain Jean Paul Guerrier, « pigiste » au service action du SDECE (services de contre espionnage de l’époque), membre du groupe mercenaire de Bob Denard, ami du général Aussaresses, envoyé par lui, et avec lui, comme instructeur en Afrique du Sud sous Nicolaas Johannes Diederichs, grand admirateur du 3ème Reich, en Argentine sous Videla, au Chili sous Pinochet pour apprendre à ces sages élèves la répression pratiquée contre le FLN algérien. Jean-Paul Guerrier donc, impliqué dix ans plus tard en 1988 dans l’assassinat à Paris de Dulcie September, représentante de l’ANC auprès de l’Unesco.

Lors de la sortie de ses mémoires en 2001, le bon vieux général Aussaresses, qui avait admis avoir usé et abusé de torture au temps de la guerre d’Algérie, regrettait tout de même de ne pas avoir fait tuer des porteurs de valise., comme il en avait le projet. Il confessera haïr ces Français.es par dessus tout, ces traitres qui appuyaient le FLN. Plus tard il admettra ne pas être étranger à l’assassinat d’Henri, cet Homme à part (titre du beau livre de Gilles Perrault) qui avait participé aux luttes anti-coloniales, avait pris le relai de Francis Jeanson (après son retrait) à la tête du réseau des porteurs de valises, avant de vouloir empêcher de torturer en paix les dirigeants sud-africains ou sud-américains…

Au sommet de l’État giscardien régnaient d’anciens militants de l’Algérie française qui n’avaient pas fait leur deuil de cette guerre-là. Et ils voulaient mettre un terme aux actions d’Henri Curiel , celle d’offrir une aide logistique aux militants anti-apartheid ou à ceux qui résistaient aux dictatures. Les tentatives par voie de presse n’y suffirent pas. Alors le meurtre. Raison d’État. Des juges d’instruction successifs, des archives disparues, des non lieux en perspective toujours repoussés par la ténacité de l’avocate Linda Weil-Curiel, une autre cousine.

Et puis le témoin repris par William Bourdon, et l’enquête réouverte, 40 ans plus tard, en janvier 2018.

La vérité, nous la connaissons, nous attendons maintenant la justice.

En 2006, l’ex commissaire Lucien Aimé Blanc (en délicatesse avec ses supérieurs, il avait été suspendu), compagnon de ces mercenaires post-coloniaux en Afrique, publiait L’indic et le commissaire. Il y parlait de l’assassinat d’Henri. Il donnait un nom, peut-être une vantardise de plus chez un fanfaron qui aimait se faire mousser…. Je l’ai rencontré alors, et j’avais lancé devant lui les noms de Jean-Paul Guerrier, du général Aussaresses. L’ancien flic avait sursauté, puis commenté : “Vous êtes bien renseignée.” Silence. “Mais tant que certains seront en vie, il n’ y aura jamais de procès”. 

Et voilà que Aussaresses meurt en décembre 2013. Et ce hasard aussitôt, la mort simultanée de deux hommes que tout sépare. Celle d’Aussaresses annoncée mercredi 4 décembre 2013 par une association d’anciens parachutistes, ses amis en torture. Celle de Nelson Mandela le lendemain 5 décembre par le gouvernement sud-africain de la nation arc-en-ciel de l’après apartheid, de la commission Vérité et réconciliation. Un télescopage inaperçu pour tous, sauf pour quelques uns, ces mercenaires nostalgiques des colonies et d’un ordre ancien qu’ils appelaient nouveau. Qu’ont-ils pensé lorsque Madiba (Mandela), un homme qu’ils ne pouvaient que haïr, est sorti de prison en 1990 puis lorsqu’il est devenu président en 1993 ? Que pensent-ils à l’heure de la fin de celui qui est devenu un héros planétaire ?

Entre Nelson Mandela et le général Aussaresses, le fil rouge sang de l’apartheid. Ils avaient tous deux 95 ans au jour de leur décès. Le général Aussaresses, grand tortureur devant l’éternel durant la guerre d’Algérie, employé par le marchand d’armes Thomsom, s’était mis, à titre privé, en tant que conseiller spécial, au service des dictatures d’Amérique latine et de l’Afrique du Sud de l’apartheid. Avec la bénédiction de Valery Giscard d’Estaing qui régnait à l’Elysée (1974 – 1981), avec son ami Michel Poniatowski, membre actif de l’association des amitiés France/Afrique du Sud. Comme Georges Suffert.

Aux yeux du pouvoir français de la fin des années 1970, le plus ancien bagnard sud africain était un ennemi absolu. Les gouvernements français de Jacques Chirac et Raymond Barre avaient choisi, comme en Allemagne, de rompre secrètement l’embargo international décrété contre le régime raciste de Pretoria. De colossaux contrats industriels, comme la fourniture de l’industrie nucléaire, furent conclus avec le gouvernement sud africain. Et pour empêcher toute fuite, toute opposition, des mercenaires français cornaqués par le général Aussaresses et le commandant Georges, anciens membres dirigeants des commandos fascistes et meurtriers Delta durant la guerre d’Algérie, furent dépêchés pour épauler le sinistre Boss sud africain dans sa guerre aux terroristes de l’ANC, l’African national congress de Mandela, proche des communistes. Avec la bénédiction du président français Giscard d’Estaing.

Mais le secret de l’embargo rompu fut éventé, les gouvernements français et allemand condamnés par la communauté internationale. Ils croyaient Henri Curiel responsable de la fuite. C’était l’ANC.

Mais au fond pour les services français, quels qu’ils soient, c’était pareil. Ils auront certainement fêté le meurtre “d’Henri Curiel, traitre à la France qui l’avait accueilli“, selon les termes du commando Delta, qui revendiqua le crime.

Sylvie Braibant

––––––––––––––––

Celles et ceux qui luttent pour la justice autour des crimes impunis :

> L’association « Mémoire, Vérité, Justice », fondée en 1999 par des proches des victimes, avait vocation à regrouper toutes les informations sur les assassinats politiques en France, depuis celui de Mehdi Ben Barka en octobre 1965, en passant par les liquidations de huit représentants palestiniens tels Mahmoud Al Hamchari (8 décembre 1972 à Paris) ou Ezzedine Kalak (3 août 1978).

De 1978 à 1985, c’est au tour des indépendantistes Basques d’être visés en France, dix militants sont tués durant cette période. Puis en mars 1988, 10 ans tout juste après Henri Curiel, la Sud-Africaine Dulcie September représentante de l’ANC auprès de l’Unesco est assassinée, à Paris aussi. Une liste partielle de ces crimes qui, selon l’association “comporte exclusivement les affaires posant la question de la double implication des États. Implication ou interrogation sur l’implication directe et active d’un État étranger dans un assassinat politique commis sur le territoire français, et implication ou risque d’implication de l’État français, qu’elle soit directe ou indirecte, active ou passive, avant, pendant ou après le crime.”

> Le collectif « Secret défense, un enjeu démocratique » s’est formé à la suite d’une table-ronde sur le secret-défense, quelques semaines avant que le président Emmanuel Macron ne promette, le 28 novembre 2017 à Ouagadougou, de communiquer aux juges burkinabés tous les documents français dans le dossier de l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara. Il regroupe des familles et proches de victimes d’affaires criminelles, engagés aujourd’hui dans une dizaine de procédures judiciaires dans lesquelles le secret-défense compromet la manifestation de la vérité, ainsi que des historiens et des journalistes confrontés au refus de l’État et de l’administration de communiquer des documents. Il s’agit de l’assassinat de Thomas Sankara, président du Burkina Faso, le 15 octobre 1987 ; des massacres de Sétif (Algérie) en mai 1945 et de Paris le 17 octobre 1961 ; de la « disparition » de l’universitaire Maurice Audin en Algérie en 1957 ; du massacre des tirailleurs « sénégalais » au camp de Thiaroye le 1° décembre 1944 ; de l’enlèvement et la disparition de Medhi Ben Barka à Paris le 29 octobre 1965 ; de l’assassinat du magistrat Bernard Borrel à Djibouti le 18 octobre 1995 ; de l’enlèvement et l’assassinat au Mali des journalistes à RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon le 2 novembre 2013.

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Pour la reconnaissance des massacres du 8 mai 1945 en Algérie https://www.thomassankara.net/reconnaissance-massacres-8-mai-1945-algerie/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=reconnaissance-massacres-8-mai-1945-algerie https://www.thomassankara.net/reconnaissance-massacres-8-mai-1945-algerie/#respond Mon, 05 May 2025 15:49:55 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250322 Nous publions ci-dessous un article de Mehdi Lallaoui, membre du du collectif “secret défense, un enjeu démocratique” à l’approche du 80ème anniversaire des massacres qui ont débuté le 8 mai 1945 à Sétif en Algérie. Pour rappel, le réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique dont notre site est l’un des principaux supports médiatiques, […]

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Nous publions ci-dessous un article de Mehdi Lallaoui, membre du du collectif “secret défense, un enjeu démocratique” à l’approche du 80ème anniversaire des massacres qui ont débuté le 8 mai 1945 à Sétif en Algérie. Pour rappel, le réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique dont notre site est l’un des principaux supports médiatiques, est aussi membre du même collectif “secret défense, un enjeu démocratique” qu’il a contribué très activement à mettre en place. Le secret défense est très souvent utilisés pour les affaires dont les victimes et leurs soutiens afin d’empêcher qu’émerge la vérité. Nous sommes en mesure d’affirmer que la promesse d’Emmanuel Macron de fournir à la justice burkinabé l’ensemble des documents des archives “secret défense” n’a pas respectée.

Bruno Jaffré


Sétif, Guelma, Kherrata : dissimulation d’un massacre d’hier à aujourd’hui

Par Mehdi Lallaoui

En cette année 2025, à l’occasion du 80ème anniversaire des massacres qui ont débuté le 8 mai 1945 à Sétif, il est indispensable de rappeler que ce sont aussi nos vieux qui ont contribué a la victoire contre le nazisme et à la libération de la France. Par Mehdi Lallaoui, auteur-réalisateur des documentaires « Les massacres de Sétif, un certain 8 mai 1945 » et de « Guelma, 1945 ».

Dès le déclenchement des évènements de Sétif, Guelma et Kherrata, consécutifs à la brutale interruption des cortèges célébrant la victoire du 8 mai 1945, le narratif des autorités militaires locales et nationales n’a de cesse de soutenir qu’elles n’ont fait que réagir à une insurrection programmée par les nationalistes algériens du PPA (Parti du peuple algérien fondé par Messali Hadj). De plus, cette révolte nationaliste aurait, bien sûr, été initiée par une main étrangère. Dans le journal Le Monde du 10 mai, on apprend ainsi que « des éléments troubles d’inspiration hitlérienne, se sont livrés à Sétif à une agression à main armée contre la population qui fêtait la capitulation. »

Une telle version a perduré durant des décennies pour justifier les massacres que l’on sait. 50 ans après, suite à la diffusion sur Arte de mon documentaire : Les Massacre de Sétif, un certain 8 mai 1945, le général Jules Molinier, qui, à l’époque et au moment des faits, vivait à Sétif avec sa famille, m’écrit. Tout d’abord, il confirme avoir été le témoin d’une « répression [qui] a été extrêmement sévère et souvent aveugle. On ne peut le nier. J’en étais indigné, mais la sauvagerie des crimes commis contre les européens avait entraîné, dans les jours qui ont suivi, une véritable haine de ”l’Arabe” ». (…) Il en ressort que, contrairement à ce que les Algériens veulent faire croire, cette manifestation qui a dégénéré en émeute, n’était pas innocente. (…) les propos de nos condisciples musulmans, montrent que les meneurs voulaient profiter de l’occasion offerte par les cérémonies de la Victoire pour une exploitation politique. (…) Les responsables locaux sont bien ceux qui, en semant le vent, ont récolté la tempête qu’elles qu’en soient les raisons profondes dues à notre aveuglement et attisées par l’étranger. »

Auteur du premier documentaire en France, sur ce qui doit être qualifié de crime contre l’humanité, je me suis plusieurs fois déplacé en Algérie pour filmer des témoins directs et des survivants, aujourd’hui disparus. J’ai également cherché dans tous les fonds d’archives accessibles afin d’éclairer ce qu’il s’est passé. De plus, à la fin de l’année 1995, avec mes amis de l’association « Au Nom de la Mémoire », nous avons publié, en partenariat, avec les éditions Syros, la recherche inédite de l’historien Boucif Mekhaled : « Chronique d’un massacre. Sétif, Guelma, Khérrata ».

Des années plus tard, et toujours dans le cadre de ce travail au service de la connaissance et de la vérité, j’ai été auditionné le 19 mars 2025 par les député-e-s  membres du groupe de travail sur « L’autre 8 mai 1945 » à l’Assemblée nationale. Groupe qui est composé des élu-e-s suivants : Karim Ben Cheikh, Elsa Faucillon, Fatiha Keloua-Hachi, Sabrina Sebaihi et Danielle Simonnet.

Voici quelques extraits de cette audition.

« Nettoyage » archivistique, interprétation et dissimulation.

Commençons par comparer ce que donnent à voir les images des archives militaires. Au printemps 1994, après un premier repérage à Sétif, Kherrata et Guelma et suite aux entretiens réalisés avec plusieurs témoins et victimes, je me suis rendu fort d’Ivry où sont conservés les documents filmiques et photographiques de l’armée française en Algérie. Deux supports relatifs aux Évènements dans le Constantinois. Mai 1945 » sont alors mis à ma disposition. Ils comportent de nombreux clichés et films qui révèlent les méthodes employées pour dissimuler les faits en faisant passer ces documents pour des reportages. Pour mettre au jour ces manipulations, il est nécessaire de comparer la propagande militaire aux récits des témoins directs.

En 2025, ces documents sont désormais en ligne. La présentation des images relatives aux « troubles du Constantinois en 1945 », par l’Établissement de la communication et de la production audiovisuelle de la Défense (ECPAD), est ainsi rédigée. « Le 8 mai 1945, à l’occasion des célébrations de la victoire des Alliés contre les forces de l’Axe, des manifestations d’indépendantistes algériens ont lieu dans la plupart des villes du département de Constantine, situé dans l’est de l’Algérie. À Sétif, ville moyenne où interviennent les forces de l’ordre, la manifestation tourne à l’émeute et se propage par la suite dans la région, entre Sétif et Bougie (Bejaia), en particulier dans la région de Kherrata. Ces émeutes finissent par cibler la population civile européenne, contre laquelle une centaine d’assassinats sont perpétrés jusqu’au 12 mai 1945. En réaction à ces crimes, l’armée française, appuyée à la marge par des civils, réprime violemment les insurgés algériens. » Dans ce reportage, on découvre ainsi que l’armée française organise des rassemblements d’Algériens afin de montrer sa force et qu’elle a aussi recours à l’action psychologique dans les régions de Kherrata (notamment les gorges du Chabet-el-Akra), Sétif, Perigotville, Chevreul, du 15 au 22 mai 1945. » A cela s’ajoutent de très nombreuses perquisitions et destructions de fermes par des incendies provoqués à dessein.

En 1994, c’est donc avec les tirages des photographies de l’ECPAD que je me suis rendu Kherrata et Guelma. J’ai, retrouvé certains des « insurgés » qui apparaissaient sur les clichés précités et enregistraient en particulier l’homme qui lève les bras, vêtu de son manteau militaire, entouré de fellahs, le fusil crosse en l’air. J’ai utilisé cette photographie en couverture de l’ouvrage de Boucif Mekhaled consacré aux massacres du 8 mai 1945.

Monsieur Benyaha témoigne : « Je m’appelle Mohamed Srir Benyaha, je suis un ancien militaire, blessé de guerre en Italie et j’ai toujours été fidèle à la France. Après le 8 mai à Sétif, on savait que le djihad avait commencé à Kherrata, mais nous on n’a pas bougé. Les militaires sont quand même venus et ont encerclé notre douar comme ils ont fait partout dans le secteur. Ils avaient des noms de personnalités ou de gens instruits qu’ils ont embarqués dans des camions pour les amener au tribunal de Constantine, alors qu’ils n’avaient rien fait de mal. Nous ne les avons plus jamais revus. Ensuite ils ont pris tout le monde, et on nous a fait descendre vers le village (de Kherrata), les vieux les femmes, les enfants tout le monde et ils ont brûlé nos maisons. Les militaires nous ont mis au soleil toute la journée au bord de l’oued de Kherrata à côté du pont et puis ils nous ont distribué des fusils, même aux enfants de 8, 10 ans et nous ont demandé de les lever en l’air pour prendre des photos. Je me reconnais, je suis ici. Son témoignage est corroboré par celui de madame Genevière Lardillier de Kherrata qui déclare : « On a eu une petite reddition avec le colonel Bourdila à Kherrata, mais ça a été infime, parce que soi-disant il ramenait des armes…  ils nous ont ramené des vielles pétoires… nous avons regretté du reste de ne pas en avoir gardées pour collection… parce que là, on se faisait une belle collection. Ils avaient des armes qui devaient dater du début de la conquête qu’ils nous on ramené là… mais des armes modernes, non. »

En cette année 2025, certaine des photographies de la série Coté ALG 45 21 (Troubles dans le Constantinois) que j’ai personnellement pu consulter il y a trente ans, ne sont plus accessibles aux chercheurs ou au public. Par exemple, la série de photographies qui montre un officier à Kherrata, en fait un maitre de cérémonie, levant la main devant les fellahs algériens raflés, dans les douars environnants, en leur demandant, pour les besoins de la propagande et des prises de vue, de bien lever la crosse des fusils que l’on vient de leur distribuer. Le commentaire toujours visible aujourd’hui sur le site de l’ECPAD et réécrit énonce « Des hommes algériens se soumettent en levant leurs fusils sous la surveillance de militaires français dans la région de Kerrata le 15 mai 1945 ». Le commentaire d’origine disait « Des indigènes insurgés se soumettent… ». A l’époque l’armée et l’administration coloniale ne parlaient pas d’Algériens, mais d’indigènes ou d’Arabes.

Durant des décennies ces diverses photographies, qui sont de grossières mises en scène, seront présentées comme la « reddition des insurgés à Kherrata près de Sétif. Disparue également la photographie de ce colon milicien transportant sur un mulet des corps pêle-mêle et inertes d’Algériens qui viennent d’être assassinés sous le regard amusé d’un gendarme présent sur la gauche du cliché. Disparue aussi depuis des années et encore récemment du site de l’ECPAD, la photographie 6676 du cadavre d’un Algérien sur la route (identifié à son saroual). Plus généralement, les exemples de ces « nettoyages » photographiques et, dans le cas présent, de ces disparitions sont nombreuses.

Mais la censure de la « Grande muette » a laissé des traces. Comparant les feuillets d’inventaires de ces photographies consultées en 1995 avec celles qui sont aujourd’hui accessibles sur le site internet de l’ECPA, on découvre le nombre de ces « photos invisibles ». 28 photographies ont disparu au cours de cette période. Nul doute, il s’agit de dissimuler pour partie l’histoire de ces massacres. Alors que tous les observateurs s’accordent pour dire que les victimes se comptent par milliers, voire peut-être par dizaines de milliers, les archives de l’armée française prétendent documenter l’histoire alors qu’elles racontent des histoires. 80 ans après les tueries du Constantinois, émerge ainsi un récit avec un nombre infime de morts algériens. Les cadavres et les charniers évoqués par de nombreux témoins, algériens et français, ont disparu. Si le nom de Saad Bouzid figure bien dans le registre des décès, de même les patronymes d’une vingtaine d’Européens, on lit dans le bilan des corps transportés à la morgue de l’hôpital en fin de journée cette mention : « 21 indigènes » sans aucune précision leur identité et les causes de leur mort.

Les archives filmiques de l’ECPAD

En comparant les photographies et les films des opérateurs de prises de vues des série ALG 45 21 et ACT 715… on peut supposer que photographes et caméramans étaient dans les mêmes convois militaires sous les ordres du colonel Bourdila (Colonel, commandant de la subdivision de Sétif). Ces colonnes ont semé la terreur entre Sétif et Guelma à partir du 10 mai, date des premières images filmiques à Sétif. La progression de ces colonnes, visible dans la bobine identifié sous le nom : « La répression des révoltes arabes » débute par le « départ d’une colonne blindée pour “nettoyage dans différentes tribus. » Le film d’archive, (Côté ACT 715) rassemble en réalité deux pellicules de deux colonnes distinctes. Consultable en ligne sur le site de l’ECPAD, j’ai constaté qu’il a encore été « nettoyé » – probablement en 2015 -par rapport à la version que j’avais visionnée en 1995. Les passages, où l’on voyait des soldats descendants d’une colline après avoir brûlé et pillé des « fermes », ont disparu. Le descriptif officiel de cette séquence est ainsi rédigé : « Dans la campagne constantinoise. En arrière-plan, sur les hauteurs, une ferme brûle. Des soldats descendent la pente. L’un d’eux passe devant l’objectif. Gros plan sur la ferme en proie aux flammes »

 L’extrait « caviardé » réapparait

Séquence 8, par exemple.  « Un soldat s’écarte de l’homme qui vient d’être abattu. Il tient un pistolet dans sa main gauche. Il vient probablement de lui donner un coup de grâce. »

L’opérateur avait donc bien filmé des militaires tirant pratiquement à bout portant sur deux fellahs désarmés. Les deux hommes qui levaient les bras s’effondrent, foudroyés. Séquence 9, on lit « GP (Gros plan) sur les deux cadavres puis fouilles au corps » pendant qu’une « ferme brûle dans un paysage de campagne » (Séquence 11).

Ce que tait le résumé, c’est l’identité de l’homme qui donne le coup de grâce et on comprend pourquoi. Ce criminel est le capitaine Mazuca que l’on aperçoit également juste après l’assassinat et au même endroit sur un angle différent sur un photo 6694 (côte (ALG 45-21) … le pistolet sorti de son étui et dépassant de sa poche. Le commentaire de cette image ou le nom de Mazuca n’est pas cité est éloquent. En titre : « Portrait d’un capitaine mangeant en marge d’un convoi de blindés dans le constantinois en mai 1945 ». Puis le descriptif général nous renseigne de la façon suivante « Un convoi de véhicules militaires est en opération à la suite des émeutes… »

50 ans plus tard, de jeunes soldats de cette époque ont eu le courage de témoigner. C’est le cas monsieur Bernard Depieds, qui m’a accordé un entretien présent dans mon documentaire. Il avait vingt ans en 1945. « Dans la journée on avait trouvé à un poste d’entrée du le village, une treizaine, 13 ouvriers agricoles avec des petites serpettes, avec des djellabas, pratiquement en guenilles. Et les papiers qu’ils avaient étaient à peine lisibles, forcément, chez ces gens-là l’adjudant a pris ce prétexte pour trouver que ces papiers n’était pas en règle, et il a dit on va tous les fusiller puisque que c’est comme ça et on les a amenés à la sortie du village, a un endroit où on pouvait s’approcher de la mer sans trop… qui n’était pas tellement a pic…et là, il a dit aux hommes, (…) des petits métropolitains… il a laissé partir les gars et il leur a fait tirer dessus. Moi j’étais en arrière, derrière l’adjudant avec un fusil mitrailleur dans le cas où il fallait intervenir, mais je ne suis jamais intervenu. Et les gars étaient tellement pressé de faire des cartons, qu’ils ont descendu les pauvres ouvriers agricoles bien avant la mer a tel point qu’après, il a fallu qu’ils se mettent à deux… qu’ils tirent les gars sur les rochers pour les amener et les jetées à l’eau ».

Lorsqu’en 2015, j’ai découvert la dissimulation des images de ces tueries, j’ai écrit au Président de la République, François Hollande, pour l’informer du « nettoyage » de certaines archives. Quelques années plus tôt, en décembre 2012, il avait déclaré devant les deux chambres du parlement en France puis au Sénat algérien à l’occasion de sa visite en Algérie : « Rien ne se construit dans la dissimulation, dans l’oubli, encore moins dans le déni ». Un an plus tard après l’envoi de ma lettre précitée, c’est le directeur de cabinet de secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense chargé des Anciens combattants et de la Mémoire (sic) qui m’a répondu en se contentant de répéter des éléments de langage officiels selon lesquels « l’ECPAD est tenu de communiquer toute archive publique non classifiée ». Relativement à la dissimulation des archives, pas une ligne, pas même un mot. En 2025 les extraits de pellicules, qui existent et qui ne sont pas classifiés, sont ainsi dissimulés à la connaissance des chercheurs, historiens et des citoyens. Pis encore, de telles pratiques sont rendues possibles par la loi du 15 juillet 2008 qui interdit la communication d’archives comportant des éléments classés « secret défense. »

En 2021, Emmanuel Macron avait pourtant annoncé l’ouverture, quinze ans avant le délai légal, des archives policières et judiciaires sur la période de la guerre d’Algérie mais cette déclaration n’a pas été suivie d’effets. Au prétexte de défendre « l’honneur et l’image de l’armée », cette disposition entrave gravement le travail de toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à cette période et à ces terribles événements.

L’association « Au Nom de la Mémoire » est membre du « Collectif Secret défense, un enjeu démocratique ». Ce collectif a rassemblé une vingtaine de cas emblématiques et particulièrement problématiques : massacres coloniaux, assassinats politiques et affaires criminelles non encore résolues. Ce collectif estime qu’il apparait « clairement que l’Etat français, au lieu d’assumer ses responsabilités conformément au droit, use de manœuvres diverses pour entraver la recherche de la vérité par les familles, les historiens, les chercheurs, et pour empêcher que justice soit rendue aux victimes. » Au nom de la raison d’Etat, le secret défense, tel qu’il fonctionne actuellement, permet d’entraver les enquêtes judiciaires, faisant de la victime juridiquement protégée par les institutions de son pays, un adversaire à combattre, voire à abattre au lieu de lui rendre justice. Il empêche également les historiens, les chercheurs d’accéder aux informations nécessaires à leur travail scientifique pour établir la vérité historique.

En cette année 2025, à l’occasion du 80ème anniversaire des massacres qui ont débuté le 8 mai 1945 à Sétif, alors que nous assistons  en France à une surenchère politicienne et idéologique nauséabonde contre les Algériens des deux rives, il est indispensable de rappeler que ce sont aussi nos vieux qui ont contribué a la victoire contre le nazisme et à la libération de la France, et comme je le disait déjà il y a 20 ans, la fraternité à laquelle nous aspirons tous doit se construire sur le respect indispensable la vérité et la justice.

Mehdi Lallaoui auteur-réalisateur des documentaires « Les massacres de Sétif, un certain 8 mai 1945 » et de « Guelma, 1945 ». Président de Au Nom de la mémoire, membre du collectif « Secret défense, un enjeu démocratique ».

Source : https://blogs.mediapart.fr/pour-la-reconnaissance-des-massacres-du-8-mai-45-en-algerie/blog/150425/setif-guelma-kherrata-dissimulation-d-un-massacre-d

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Prince Johnson, cruel chef de guerre libérien, est mort impuni https://www.thomassankara.net/prince-johnson-cruel-chef-de-guerre-liberien-mort-impuni/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=prince-johnson-cruel-chef-de-guerre-liberien-mort-impuni https://www.thomassankara.net/prince-johnson-cruel-chef-de-guerre-liberien-mort-impuni/#respond Fri, 25 Apr 2025 10:26:58 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250053 Par Bruno Jaffré Les anciens chefs de guerre au Libéria sont longtemps restés impunis. Vingt ans après un gouvernement veut enfin les faire juger. Prince Johnson a beaucoup fait parler de lui, affirmant avec d’autres libériens qu’ils avaient participé à l’assassinat de Thomas Sankara . L’enquête menée au Burkina a montré qu’ils ont menti. Pour […]

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Par Bruno Jaffré

Les anciens chefs de guerre au Libéria sont longtemps restés impunis. Vingt ans après un gouvernement veut enfin les faire juger. Prince Johnson a beaucoup fait parler de lui, affirmant avec d’autres libériens qu’ils avaient participé à l’assassinat de Thomas Sankara . L’enquête menée au Burkina a montré qu’ils ont menti. Pour quelles raisons? Il est temps de démêler le vrai du faux.

Le Libéria et la Sierra Leone plongés de nombreuses années dans une effroyable guerre civile

Charles Taylor finalement jugé et condamné ainsi que quelques chefs de guerre mais hors du Liberia

Prince Johnson passe au travers de la justice

Des hommes d’affaire français, premiers à faire du business au Liberia sous la présidence de Charles Taylor

Prince Johnson protagoniste de l’affaire Sankara

Démêler le vrai du faux. Où en est le dossier Sankara ?

L’annonce de la mort de Prince Johnsoh, il y a quelques jours le 28 novembre 2024, n’a pas fait grand bruit en France. Une dépêche de l’AFP, reprise par le Monde[1], sous le titre « Libéria : mort de Prince Johnson, figure de la sanglante guerre civile des années 1990 » reprend quelques informations sur ce sinistre personnage. « L’ancien chef de guerre Prince Johnson, acteur majeur de la guerre civile qui a ravagé le Liberia entre 1989 et 2003, et réputé pour sa cruauté, est mort soudainement jeudi 28 novembre…  Prince Johnson, qu’une vidéo montrait en train de siroter une bière pendant que ses hommes torturaient à mort le président Samuel Doe en 1990, était toujours un sénateur influent dans son pays, et n’a jamais exprimé de regret sur son passé. La mort du président Doe fut l’un des premiers épisodes sanglants qui allaient faire basculer le Liberia dans des guerres civiles qui, jusqu’en 2003, ont fait quelque 250 000 morts et ravagé son économie.»

D’autres médias sont plus explicites : « Dans son rapport final de 2009, la CVR (Commission Vérité et Réconciliation) avait identifié Prince Johnson comme « l’individu ayant à son actif le plus grand nombre de violations jamais enregistrées » durant les guerres civiles libériennes… Il aurait également participé à des meurtres, extorsions, massacres, destructions de biens, recrutements forcés, agressions, enlèvements, tortures, travaux forcés et viols. »[2]

Le mensuel Jeune Afrique avait raconté en détail les tortures qu’avait subies Samuel Doe en présence de Prince Johnson : « Le chef de l’Independent National Patriotic Front of Liberia (INPFL) est surexcité et ses soldats sont lourdement armés. Ils ont des fusils mitrailleurs et des lance-roquettes. Johnson transpire, vocifère. Le ton monte entre ses hommes et les gardes de Samuel Doe. « Ouvrez le feu ! » crie-t-il. Il est environ 14h, c’est un carnage, on compte 78 cadavres. « Cette fois, nous allons le prendre », crie Prince Johnson. C’est à son tour de monter les escaliers du petit bâtiment et de se ruer dans le bureau du général Quainoo. Le Ghanéen tente de calmer les deux camps, mais on ne peut pas grand chose face aux délires haineux : il ne peut être que spectateur. Un des hommes de Prince Johnson mitraille les jambes de Doe. Quelques instants plus tard, les rebelles embarquent le président vers la clinique de Bushrod Island. Samuel Doe n’a plus de membres inférieurs, puis son sexe est broyé et, après une gorgée de Budweiser, ses oreilles seront donc découpées. Pourquoi ? Nul ne le sait vraiment et cela dure des heures. L’instant exact de la mort du président n’a pas été filmé mais, pendant plusieurs jours ensuite, le corps du président a été exposé par les rebelles de Prince Johnson. Ils promenaient le cadavre en brouette dans les rues de Monrovia. La foule hurlait de joie, raconte-t-on, comme si l’horreur était devenue le seul spectacle réjouissant. »[3]

Le Libéria et la Sierra Leone plongés de nombreuses années dans une effroyable guerre civile

Prince Johnson s’était allié avec Charles Taylor chef du NFPL (Front patriotique national du Liberia). Ce dernier se lance en 1989 à l’assaut du Libéria pour en prendre le pouvoir. Il contrôle rapidement une bonne partie du pays. Puis Prince Johnson rompt rapidement avec lui et créé son propre mouvement le INPLF (Independent National Patriotic Front of Liberia). Il arrive même à contrôler Monrovia la capitale, où il assassine Samuel Doe. Charles Taylor de son côté va contribuer à étendre la guerre civile en Sierra Leone, en soutenant le RUF (Revolutionary United Front) dirigé par Foday Sankoh. Le RUF se finançait par le trafic des « diamants de sang », appelés ainsi du fait de travail des enfants, qui a largement alimenté les guerres civiles de la région.

La guerre civile va durer jusqu’en 1997 au Libéria, date à laquelle un accord de pays met fin à la guerre civile. Charles Taylor remporte alors les élections présidentielles avec 75% des voix et devient Président jusqu’en 2003. Date à laquelle il s’exile au Nigéria. L’étau se resserre contre lui, poursuivi par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, émanation de la justice internationale créé officiellement en juillet 2002. Les juges prêtent serment le 2 décembre et les premiers actes d’accusation sont confirmés en mars 2003.

Charles Taylor est inculpé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et autres violations du droit international humanitaire, et doit répondre de onze chefs d’inculpation. Il est accusé d’avoir soutenu le Front révolutionnaire uni (RUF) et le Conseil des forces armées révolutionnaires (AFRC), deux groupes révolutionnaires sierra-léonais. Il est, selon l’accusation, la figure centrale des guerres civiles qui ont ravagé le Liberia et la Sierra Leone entre 1989 et 2003 et fait près de 400 000 morts. Des milliers de personnes ont été amputées, violées et réduites en esclavage sexuel.

Charles Taylor finalement jugé et condamné ainsi que quelques chefs de guerre mais hors du Liberia

Charles Taylor est arrêté en 2006. Les puissances occidentales et les dirigeants d’Afrique de l’Ouest ont finalement lâché celui qu’ils avaient exilé au Nigeria après lui avoir promis l’impunité en échange de son départ de la présidence et de sa non-intervention dans les affaires libériennes. Son procès s’ouvre 2007, délocalisé à La Haye pour des raisons de sécurité. Il est condamné à 50 ans de prison en mai 2012, pour crimes de guerre et crime contre l’humanité, peine qui sera confirmée en appel en septembre 2013.

Charles Taylor fut donc été jugé non par pour ses crimes au Libéria mais pour ceux perpétrés en Sierra Leone. D’autres chefs de guerre ont pu être arrêtés et jugés dans d’autres pays. Il en est ainsi de l’ex commandant rebelle libérien Kunti Kamara, ancien commandant de l’Ulimo (Mouvement uni de libération du Libéria pour la démocratie), opposé à Charles Taylor. Ce dernier fut condamné à Paris à 30 ans de réclusion criminelle pour actes de barbarie et complicité de crimes contre l’humanité lors de la première guerre civile au Libéria (1989-1996), reconnu coupable d’une série d’« actes de tortures et de barbarie inhumains » contre des civils en 1993-1994, dont le supplice infligé à un enseignant dont il aurait mangé le cœur, la mise à mort d’une femme qualifiée de « sorcière » et des marches forcées imposées à la population[4]. Pour Alieu Kosiah, autre commandant de l’Ulimo, coupable de crimes contre l’humanité s’agissant des chefs d’accusation d’instigation au meurtre de 13 civils, du meurtre de 4 civils, de complicité de tentative de meurtre d’un civil et de complicité de meurtre d’un civil, condamné à un 20 ans en juin 2021, confirmé en appel en juin 2023. En Janvier, par contre, un autre ex-chef de guerre libérien présumé, Gibril Massaquoi, a vu son acquittement confirmé en appel, faute de preuve, en janvier 2024 devant une cour d’appel en Finlande, lui aussi accusé d’atrocités durant ce conflit[5].

Prince Johnson passe au travers de la justice

En plus de son comportement lors de l’assassinat de Samuel Doe, ces quelques exemples permettent d’imaginer les crimes auxquels s’est probablement rendu coupable Prince Johnson et de la condamnation à laquelle il a réussi à échapper.

Au Libéria, une commission vérité et réconciliation fut mise en place en juin 2006. Créée sur le modèle sud-africain, son but, était d’enquêter sur les crimes de guerre et les violations des droits de l’homme commises entre 1979 et 2003. Après trois années de travail, des centaines d’auditions publiques et le recueil de milliers de déclarations écrites, la Commission vérité et réconciliation (TCR) a rendu public le rapport final remis le 30 juin 2009 au Parlement du Libéria. Trois membres de la Commission sur huit ont refusé de signer. Deux recommandations n’ont pas manqué de susciter une polémique, et surtout de fortes résistances. La première préconisait la création d’un tribunal spécial, composé de magistrats locaux et internationaux, pour juger les ex-chefs de guerre, leurs commandants militaires ayant commis les actes les plus graves et les responsables de crimes économiques. Une centaine de personnes sont concernées, dont les huit principaux chefs de guerre, parmi lesquels Prince Johnson et Charles Taylor, dont on a vu qu’il a plus tard été poursuivi par la justice internationale. Prince Johnson, sans attendre la publication du rapport final avait déjà affirmé qu’il résisterait à toute tentative d’inculpation. La création de cette juridiction dépendait du parlement, alors que nombre de ses membres sont liés de près ou de loin aux anciennes factions, ce qui aurait pu les rendre susceptibles d’être poursuivis. La création du Tribunal spécial ne fut donc pas mis à l’ordre du jour par le parlement.

La seconde recommandation explosive concernait les sanctions publiques qui devaient être imposées à cinquante personnes qui se sont associées à des groupes armés. Selon la Commission, ces personnalités devaient être empêchées de briguer des mandats électifs ou d’occuper des fonctions publiques pendant une période de 30 ans. Parmi ces personnes se retrouve l’ancienne présidente Ellen Johnson Sirleaf. Cette dernière, prix Nobel de la paix, avait démenti avoir été membre du mouvement rebelle de Taylor. Mais elle avait cependant reconnu l’avoir rencontré plusieurs fois pendant la guerre civile libérienne et admis avoir collecté des fonds pour lui lorsqu’il se préparait, dans les années 1980, à renverser le président Samuel Doe. Elle a reçu le soutien du même Prince Johnson lors du 2ème tour des élections présidentielles de 2011, arrivé lui 3ème au premier tour avec près de 12% des suffrages exprimés, affirmant à cette occasion : « Ils pensaient que je n’étais pas pertinent et maintenant je suis faiseur de roi »[6]. Six ans plus tard il se rangera derrière George Weah, lui assurant la victoire. Ainsi, longtemps la classe politique libérienne va s’opposer à l’application de ses deux recommandations. Prince Johnson va être élu sénateur et bénéficier de l’immunité. Il a continué à faire peur. L’application de ces deux recommandations a longtemps animé le débat politique, sans pour autant qu’elles ne soient appliquées.

Les choses ont enfin évolué ces derniers temps. En 2008, de grandes manifestations importantes s’étaient déroulées demandant la mise en place d’un tribunal chargé de traiter les crimes de guerre. En juillet de la même année, 76 organisations non gouvernementales libériennes, africaines et internationales, s’adressaient au comité des droits de l’homme de l’ONU, par une communication qui identifie les mesures que le gouvernement libérien doit prendre sans délai afin de garantir l’obligation de rendre des comptes pour les crimes graves au Libéria, avant que les autorités de ce pays ne se présentent devant le Comité, chargé de surveiller la mise en œuvre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) par ses États parties, les 9 et 10 juillet à Genève[7]. La situation est encore restée bloquée plusieurs années.

Puis enfin  en avril 2024, le Parlement s’est prononcé en avril pour la création d’un tribunal spécial soutenu par l’ONU. Et en novembre 2024, un avocat est désigné par le président Joseph Boakai, élu en 2024, pour mettre en place une cour  spéciale chargée de juger les crimes de guerre et économiques du Libéria[8]. Vingt années après ces crimes, un pas décisif semble avoir été franchi.

Mais rien ne semble vraiment définitivement acquis. Les funérailles de Prince Johnson ont été accompagnées de 5 jours de deuil national. « Plusieurs hauts responsables, dont le président Joseph Boakai et le vice-président Jeremiah Koung, ont fait le déplacement dans le nord du pays » rend compte le site de RFI (Radio France international) début janvier[9] qui rapport les réactions de deux militants des droits de l’homme.  Ainsi qui déclare : « Maxson Kpakio, militant des droits de l’homme et fervent défenseur de la création d’un tribunal pour les crimes de guerre, déplore que Prince Johnson soit mort sans jamais avoir été jugé :  C’est douloureux, cette jubilation que je vois, cette célébration d’un meurtrier, d’un criminel de guerre. C’est un coup dur. Je suis ému, dans le sens où, après avoir investi tant d’années dans le plaidoyer pour la création d’un tribunal des crimes de guerre et des crimes économiques pour le Liberia, afin que ceux qui portent la plus grande responsabilité dans la guerre soient punis, voir cet individu non seulement échapper à la justice, mais aussi être célébré comme un héros, c’est insupportable » ». Et « Adama Dempster, militant des droits humains, redoute que ce traitement privilégié n’enracine davantage une culture d’impunité : « Sachant que le sénateur Prince Johnson est cité dans le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation comme l’un des principaux responsables de multiples atrocités commises pendant la guerre civile libérienne, il est profondément triste pour nous, militants pour la justice, de le voir bénéficier d’un hommage funéraire officiel avec tout ce faste » ».

Des hommes d’affaire français, premiers à faire du business au Libéria sous la présidence de Charles Taylor

Dans un article paru en 2009 dans le Monde Diplomatique Thomas Deltombe cite Charles Taylor sur le comportement de certains hommes d’affaire français : « « Il n’y a pas de privilèges. Il se trouve simplement que les hommes d’affaires français sont venus nous voir avant les autres. Ils ont pris des risques. Ce qui explique qu’ils aient aujourd’hui une longueur d’avance. (…) C’est du “business as usual”. Car, sur le fond, les hommes d’affaires n’ont pas de nationalité. Qu’ils viennent de France ou d’ailleurs, ils s’intéressent tous — et c’est bien normal — au bois, au minerai de fer, à l’or et aux diamants du Libéria[10] ».

Plusieurs ONG, dont Greenpeace, et les amis de la Terre avaient déjà accusé la société DLH France de trafic de bois pour financer la guerre au Libéria en 2001. Elles réitèrent en 2009 et cette fois porte plainte à Nantes pour demander l’ouverture d’une enquête,  « les plaignants font valoir que durant la guerre civile qui a sévi au Libéria de 2000 à 2003, DLH aurait acheté du bois à des entreprises libériennes qui fournissaient un soutien au régime brutal de Charles Taylor [11] ».

Et dans un livre très documenté, réédité en 2001, le chercheur hollandais Stephen Ellis[12], considéré à l’époque comme le meilleur spécialiste du Libéria, écrit à propos des rapports qu’entretenait Charles Taylor avec des (P.92 et 93)  « l’un des principaux contacts de Taylor à Abidjan était un homme d’affaires français Robert Saint-Pai, qui avait vécu à Monrovia avant la guerre et était en bon terme avec des hommes d’affaires et des politiques ivoiriens influents. Saint-Pai avait aussi ses entrées auprès de l’ambassadeur de France à Abidjan, Michel Dupuch, qui est allé à Gbarnga et Buchanan, (NDLR : des zones alors non sécurisées aux mains de groupes armées) et entretenait d’étroites relations avec Taylor. Il fut promu plus tard conseiller principal pour les affaires africaines du Président de la République. (66) », Jacques Chirac en l’occurrence[13] .

Prince Johnson protagoniste de l’affaire Sankara

Les bruits avaient commencé à circuler au début des années 2000 sur la présence de déserteurs libériens au Burkina, en octobre 1987à Ouagadougou. Auditionné au Tribunal spécial pour la Sierra Leone, le général John Tarnu des troupes de Charles Taylor, confirme la demande de Blaise Compaoré aux Libériens de l’aider à éliminer Sankara[14]. Le chercheur Stephen Ellis, dans son ouvrage déjà cité, amène de nombreuses références attestant de leur présence au Burkina. Blaise Compaoré leur aurait demandé de l’aider à tuer Sankara, en échange de l’implication de son pays dans le projet qu’ils avaient de renverser Samuel Doe. Pour atteindre cet objectif une alliance surprenante se met en place entre Charles Taylor, Houphouët Boigny, Blaise Compaoré, et Mouamar Kadhafi, dont l’assassinat de Thomas Sankara aurait été le « sacrifice fondateur » selon François Xavier Vershave, autour de « causes communes. Cimentées par l’antiaméricanisme. Agrémentées d’intérêts bien compris [15] ».

On sait désormais qu’après l’assassinat de Thomas Sankara, des Libériens se sont entraînés en Libye et au Burkina. Charles Taylor et ses hommes, dont Prince Johnson se lancent à l’assaut du Libéria en 1989. Houphouët Boigny autorise ses troupes à traverser et attaquer via la Côte d’Ivoire. Il tient à se venger de la mort de son ami Tolbert, que Samuel Doe avait renversé. Blaise Compaoré fournira des hommes aux troupes de Taylor. Auditionné au Tribunal spécial pour la Sierra Leone, le général John Tarnu des troupes de Charles Taylor, confirme la demande de Blaise Compaoré aux Libériens de l’aider à éliminer Sankara[16].

Prince Johnson faisait partie, des Libériens sur lesquels Blaise Compaoré semblait vouloir compter pour l’aider à assassiner Thomas Sankara. Devant la Commission Vérité et Justice au Libéria, il a déclaré en septembre 2008: « «Quand nous avons été là-bas (au Burkina Faso), on nous a dit que nous serions arrêtés si nous ne coopérions pas pour renverser Sankara parce qu’il était opposé à notre plan» (pour renverser Doe). On nous a demandé de rejoindre une unité spéciale des armées burkinabè pour le destituer. C’est comme ça que Thomas Sankara a été renversé »[17]. Il réitère peu après ses déclarations à RFI, en exclusivité selon la radio, ce qui fait le buzz à l’époque[18].

Contacté de nouveau, par un grand reporter italien, Silvestro Montanaro, parti au Libéria interviewer plusieurs Libériens présents à Ouagadougou lors de l’assassinat de Thomas Sankara, Prince Johnson se refuse à témoigner de nouveau, déclarant alors : « Et peu après que j’ai parlé, le Président du Burkina a eu plein de problèmes et je ne veux pas que cela arrive à nouveau[19] » tout en précisant qu’il n’avait rien à retirer. Ce n’est cependant qu’en caméra caché, qu’il déclare : « Cela a été un pacte international pour mettre dehors cet homme et si je raconte comment cela s’est passé, les services secrets pourraient vous tuer, vous le savez? ». Les cinq autres Libériens qui témoignent, tous proches de Charles Taylor affirment longuement leur présence et leur participation à l’assassinat de Thomas Sankara et renchérissent sur l’existence d’un complot international, citant notamment la France et la CIA. Deux d’entre eux en viennent même à assurer que c’est Blaise Compaoré qui a tiré lui-même sur Thomas Sankara !

Démêler le vrai du faux. Où en est le dossier Sankara ?

Lors de l’instruction, le juge François Yaméogo a pu retrouver et interroger toutes les personnes présentes, la plupart militaires, sur les lieux de l’assassinat de Thomas Sankara. Aucun ne mentionne la présence de Libériens au Conseil de l’Entente. Ils ont donc menti et de façon concertée. Sans doute souhaitaient-ils charger Blaise Compaoré qui s’est empressé de lâcher Charles Taylor, dès que les occidentaux avaient décidé d’en finir avec ce dernier, après lui avoir pourtant promis l’impunité et aidé à s’enfuir au Nigeria, comme nous l’avons vu plus haut.

En réalité le dossier de l’assassinat de Thomas Sankara n’est pas clos. Le juge d’instruction François Yaméogo, parti récemment à la retraite, subissait de fortes pressions pour que s’ouvre le procès. Las d’attendre les documents promis par la France, il prit la décision de faire une disjonction : c’est-à-dire clore le dossier national  concernant les personnes impliquées au Burkina, tout en laissant ouvert le dossier sur les implications internationales dans l’assassinat. Théoriquement, un juge militaire, puisque le dossier était confié à la justice militaire, a été nommé pour poursuivre l’instruction. Le Burkina, actuellement empêtré dans la guerre, a fort à faire y compris sa justice militaire. De plus, un juge Burkinabè n’a guère le pouvoir ni les moyens de poursuivre une telle enquête depuis le Burkina, sans collaboration internationale. En ce qui concerne par exemple une éventuelle implication française, il faudrait une nouvelle commission rogatoire en direction de la France pour poursuivre l’enquête. C’est-à-dire la nomination d’un juge français sous l’autorité d’un juge burkinabè pour enquêter en France. Compte tenue de la très forte dégradation des relations entre les deux pays et de la dénonciation des accords de coopération qui avaient permis la première commission rogatoire, cela parait aujourd’hui impossible. L’instruction est donc au point mort.

Par ailleurs nous sommes désormais en mesure d’affirmer que les documents fournis par la France, ne comportaient aucun document secret défense, mais effectivement des documents confidentiel défense, moins secret si l’on peut dire. Certes une réforme récente a bien fusionner ces deux catégories, mais les documents de l’époque sont bien classifiés selon ces deux catégories différentes.

Si l’hypothèse d’un complot reste d’actualité, il apparaît bien que la France n’est pas intervenue directement, mais plutôt via la Côte d’Ivoire,  le récit précis de l’assassinat tel qu’il est sorti de l’investigation approfondie du juge Yaméogo l’atteste bien. Par contre, le fait que cet assassinat n’était pas pour déplaire aux intérêts français, fait largement consensus, et nous l’avons écrit nous-mêmes maintes fois. Thomas Sankara dérangeait et était considéré comme un danger pour la région, pour sa rupture avec la Françafrique.

Cela dit, le procès a dévoilé une révélation de taille. Plusieurs membres des services de contre espionnage burkinabè en poste en 1987 ont témoigné de la venue d’un « blanc », l’un désigne même Paul Barril, venu le lendemain de l’assassinat, soit le 16 octobre 1987, retirer les écoutes téléphoniques qui ont depuis disparu. Il s’agit bien là d’une nouvelle piste qu’il convient de remonter sur l’implication de la France. Car pourquoi un Français viendrait-il s’emparer des écoutes téléphoniques si ce n’est pour supprimer des preuves d’une préparation de l’assassinat ? Pour cela il faut trouver l’identité de cette personne et surtout qui l’a envoyé.

Bruno Jaffré

[1]https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/11/28/liberia-mort-de-prince-johnson-figure-de-la-sanglante-guerre-civile-des-annees-1990_6418454_3212.html

[2]https://civitas-maxima.org/fr/prince-johnson-notorious-liberian-warlord-dies-never-having-been-brought-to-justice /

[3] https://www.mafrwestafrica.net/histoire/5670-samuel-doe-assassine

[4]https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/03/27/crimes-contre-l-humanite-l-ex-commandant-rebelle-liberien-kunti-kamara-condamne-a-paris-en-appel-a-trente-ans-de-reclusion_6224528_3212.html

[5]https://www.lepoint.fr/monde/verdict-dans-le-proces-en-appel-d-un-ex-chef-de-guerre-liberien-en-suisse-01-06-2023-2522579_24.php#11

[6]https://www.jeuneafrique.com/178913/politique/prince-johnson-ils-pensaient-que-je-n-tais-pas-pertinent-et-maintenant-je-suis-faiseur-de-roi/

[7] https://www.hrw.org/fr/news/2018/07/05/liberia-76-organisations-appellent-la-justice-pour-les-crimes-de-guerre

[8] https://information.tv5monde.com/afrique/le-liberia-commencera-juger-les-crimes-de-guerre-dici-5-ans-promet-un-responsable-2753627

[9]  Voir https://www.rfi.fr/fr/afrique/20250118-liberia-des-milliers-de-personnes-aux-fun%C3%A9railles-de-l-ex-chef-de-guerre-prince-johnson.

[10] Les métamorphoses d’un seigneur de la guerre  », Politique internationale, n° 82, Paris, hiver 1998-1999, pp. 354-355.

[11] voir https://www.greenpeace.fr/espace-presse/lentreprise-forestiere-internationale-dlh-accusee-davoir-finance-la-guerre-au-liberia/

[12] Stephen Ellis, The Mask of Anarchy, The destruction of Liberia and the Religious Dimension of an African Civil War, Hurst $ Company, 1999, Londres réédité en 2001 puis en 2007. De nombreux extraits de cet ouvrage ont été traduits en français et publiés à https://www.thomassankara.net/assassinat-de-thomas-sankara-guerre-liberia-complicites-burkina-de-blaise-compaore-charles-taylor/

[13] La note renvoie à l’ouvrage Agir Ici-Survie, Jacques Chirac et la Françafrique. Retour à la case Foccart?, Paris, 1995. p.24.

[14]Voir https://www.thomassankara.net/tribunal-de-sierra-leone-un-ancien-general-de-charles-taylor-john-tarnue-accuse-blaise-compaore-de-complot-contre-thomas-sankara/. Dans cette page on trouvera d’autres référence sur l’alliance qui ne noue alors et l’implication d’Houphouët Boigny.

[15] François-Xavier Verschave, Noir Silence, Les Arènes, Paris, 2000, p. 346-347.

[16]Voir https://www.thomassankara.net/tribunal-de-sierra-leone-un-ancien-general-de-charles-taylor-john-tarnue-accuse-blaise-compaore-de-complot-contre-thomas-sankara/. Dans cette page on trouvera d’autres références sur l’alliance qui ne noue alors et l’implication d’Houphouët Boigny.

[17]Rapporté par l’hebdomadaire San Finna du aujourd’hui disparu. L’article est disponible à https://www.thomassankara.net/commission-verite-reconciliation-au-liberia-revelations-de-prince-johnson-onde-de-choc-aux-usa-a-lunion-africaine-au-burkina-faso/

[18] http://www1.rfi.fr/actufr/articles/106/article_73998.asp

[19]Voir https://www.thomassankara.net/assassinat-de-thomas-sankara-des-temoignages-dun-documentaire-de-la-rai-3-mettent-en-cause-la-france-la-cia-et-blaise-compaore/

Source : https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/301224/prince-johnson-cruel-chef-de-guerre-liberien-est-mort-impuni

 

 

 

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Inauguration d’une fresque de Thomas Sankara à Montpellier https://www.thomassankara.net/inauguration-dune-fresque-de-thomas-sankara-a-montpellier/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=inauguration-dune-fresque-de-thomas-sankara-a-montpellier https://www.thomassankara.net/inauguration-dune-fresque-de-thomas-sankara-a-montpellier/#respond Thu, 16 Jan 2025 18:52:34 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250010 Pour rendre compte de cette inauguration, nous vous proposons plusieurs textes ainsi que quelques photos. Un article rendant compte de l’évènement, l’allocution de Mariam Sankara, celle de Gabriel Biba-Nkouka, président du comité Sankara de Montpellier qui est revenu sur les origines du baptême de cette allée et du symbole que cela représente,  et une interview […]

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Pour rendre compte de cette inauguration, nous vous proposons plusieurs textes ainsi que quelques photos. Un article rendant compte de l’évènement, l’allocution de Mariam Sankara, celle de Gabriel Biba-Nkouka, président du comité Sankara de Montpellier qui est revenu sur les origines du baptême de cette allée et du symbole que cela représente,  et une interview exclusive de Viané l’artiste qui a réalisé la fresque.

La rédaction


Le 7 décembre 2024 a été inaugurée une fresque réalisée par l’auteur plasticien Viané, au lieu dit square Thomas Sankara. Sur trois séries d’une dizaine d’escaliers de l’allée Thomas Sankara, il a réussi à représenter trois fois le visage de Thomas Sankara sur ces escaliers, sur des surfaces non planes. De couleurs volontairement chatoyantes ces fresques viennent ainsi éclairer d’un peu de gaité cet endroit. Bien que mort tragiquement, Thomas Sankara était plutôt quelqu’un de gai, taquin et blagueur, au quotidien et lors des rencontres avec la population.

Sankara a été assassiné parce qu’il dérangeait la Françafrique, mais aussi certains de ses compatriotes, fatigués d’une Révolution à laquelle il faisait semblant d’adhérer, alors qu’ils  n’aspiraient qu’à s’enrichir et profiter des attraits du pouvoir.

Madame Sankara réside à Montpellier depuis 1989. Sans doute était-il temps qu’un hommage soit rendu à son mari, même si on aurait aimé un lieu plus important de la ville de Montpellier plutôt que cette allée un peu reculée.

Baptisé du nom de ce grand dirigeant révolutionnaire, considéré comme un modèle pour tout le continent, cet endroit est devenu ainsi un des lieux où est commémorée sa mort par le comité Thomas Sankara de Montpellier. Ce nom lui a été officiellement été donné le 30 novembre 2013, à l’initiative de la mairie de Montpellier, en présence de Mariam Sankara, des membres du comité Thomas Sankara, devant une assemblée majoritairement composé d’Africains. Une réponse d’une mairie de gauche à l’accueil réservé à Blaise Compaoré quelques mois auparavant à l’Assemblée Nationale. En effet le 5 juin de la même année, Blaise Compaoré était applaudi devant la commission des affaires étrangères de l’assemblée nationale. A cette occasion Élisabeth Guigou, pourtant socialiste aussi, déclarait : « « Ces applaudissements, qui ne sont pas systématiques dans notre Commission, témoignent de notre gratitude pour le rôle que vous jouez et pour la vision que vous avez du développement de votre pays et du continent africain » (voir http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cafe/12-13/c1213069.asp#P9_154).

Le peuple de son pays n’allait pas tardé à la désavouer. L’année suivante, en effet, fin octobre 2014, Blaise Comparé était chassé du pouvoir par une magnifique insurrection populaire, puis exfiltré par les troupes françaises, lui permettant par la même occasion d’échapper à la justice de son pays. Bien qu’absent lors du procès de l’assassinat de Thomas Sankara, il a cependant été condamné par contumace à la détention en perpétuité le 6 avril 2022.

de gauche à droite Mme Clare Hard, Mariam Sankara, Viané, , Gabriel Biba-Nkouka et M. Cote Sebastien

L’inauguration des fresques a été célébrée en présence de plusieurs personnalités, Mariam Sankara, les représentants de la municipalité, Mme Clare Hard, adjointe au maire de Montpellier déléguée aux Relations internationales et Mr COTE Sébastien  (Elu municipal délégué aux commémorations et à la sécurité), Mme MALONGA Grace représentant les employés municipaux et , Me Jean Abessolo avocat de la première heure dans le combat « Justice pour Sankara et ses 12 compagnons et une foule de personnes voulant rendre, par sa présence, un hommage à Thomas Sankara, enfin l’auteur de la fresque Viané.

On trouvera ci-dessous, l’adresse de Mariam Sankara, le discours du Président du comité Sankara de Montpellier et une interview de Vianney Raynal dit Viané, l’auteur de la fresque. Mais de nombreuses personnes ont tenu à prendre la parole pour rendre hommage à Thomas Sankara.

Bruno Jaffré


L’allocution de Mariam Sankara

Je suis très heureuse de participer à l’inauguration de cette fresque dédiée au Président Thomas Sankara.

De son vivant, il était contre le culte de la personnalité. Mais il ne nous en voudrait pas, car il s’agit ici d’un travail de mémoire qui nous rappelle la personne qu’il a été, ainsi que les aspirations de justice et de dignité qu’il a incarnées pour les peuples, à l’intérieur et en dehors de son pays.

Je remercie monsieur Philippe Thines, élu municipal qui a été à l’initiative de l’Allée Thomas Sankara.

Merci à la Métropole et à la Mairie de Montpellier, pour l’hommage qu’elles rendent aux leaders africains panafricains, par la dénomination des places et des voies en leurs noms.

Je remercie également les communautés africaines et françaises d’être venues découvrir cette belle fresque.

Je remercie les membres du CTSM (Comité Thomas Sankara de Montpellier) qui se sont mobilisés pour préparer cette cérémonie.

J’adresse un salut spécial à Vianné, membre du CTSM, qui n’a ménagé aucun effort pour la réalisation de cette magnifique fresque.

Je remercie enfin la mairie de Montpellier d’être restée à l’écoute des requêtes du CTSM et d’avoir autorisé la réalisation de cette fresque dans l’Allée Thomas Sankara.

Comme vous le savez, Thomas Sankara a dirigé le Burkina Faso pendant quatre ans seulement – entre le 4 Août 1983 et le 15 octobre 1987-. Malgré cela, sa pensée et son action révolutionnaire ont marqué le cours de l’histoire de ce pays d’Afrique. Autrefois appelé Haute Volta, ce pays a été dénommé sous la révolution « Burkina Faso » qui veut dire le pays des hommes intègres. Au-delà de cette dénomination, Thomas Sankara a fait de l’éthique, le principe fondateur de la révolution.

Son souci majeur était que les burkinabè et les africains en général changent de mentalité et osent inventer l’avenir en se prenant en charge dans la transformation politique, économique, sociale et culturelle de leur pays.

Partout où il est allé, il a défendu courageusement sa vision des relations équilibrées entre le nord et le sud d’une part, et, d’autre part, les relations de solidarité entre les pays du sud.

Dans les pays du sahel confrontés au terrorisme, le message de Sankara résonne encore aujourd’hui. Il inspire la jeunesse du continent ainsi que les jeunes dirigeants un peu partout en Afrique.

Le message de Sankara reste d’actualité.

Puisse cette Allée faire échos de son œuvre pour les générations actuelles et futures.

Je vous remercie,

Mariam SANKARA


 

L’allocution de M. Gabriel Biba-Nkouka, président du comité Thomas Sankara de Montpellier

Chers amis, Chers compatriotes, Chers invités.

Je voudrais particulièrement remercier la Municipalité et la Métropole à travers leurs délégués légaux ici présents : Mr COTE Sébastien (Elu municipal délégué aux commémorations et à la sécurité) et Mme HART Clare (Adjointe au maire chargée aux relations internationales) en représentation de Mr Mickaël Delafosse, Maire de Montpellier et Président de la Métropole.

Merci aussi aux responsables et agents municipaux que nous avons longuement sollicités et avec qui nous avons patiemment préparé cette cérémonie. Je voudrais remercier particulièrement Mme MALONGA Grace, ici présente, pour son implication infaillible malgré les multiples rebondissements organisationnels

Mes remerciements aux différents Elus de la Municipalité et de la Métropole et plus particulièrement à Philippe THINES élu municipal qui aura été à l’initiative de cet espace public (l’Allée Thomas Sankara)

Mes remerciements aussi à Jean Abessolo, ici présent, avocat de la première heure dans le combat « Justice pour Sankara et ses 12 compagnons ». Une profonde reconnaissance aussi envers tout le collectif des avocats ainsi qu’à toutes les associations citoyennes, au Burkina et en Afrique, en France, en Europe et partout dans le monde, qui ont accompagné Mariam Sankara dans sa quête de droit, de reconnaissance, de Justice.

Un petit clin d’œil à un ami, Christophe Kibodi ici présent, qui quand il a su que nous allons inaugurer les fresques sur l’Allée TS, a manifesté sa vive volonté d’être présent malgré sa mobilité fortement réduite. Une pensée aussi pour Xavier Petitjean, notre trésorier absent cet après-midi en raison de son engagement dans le téléthon du moment. Merci à Guy Guyot de la Maison des Tiers Mondes et de la Solidarité Internationale (MTMSI) qui, malgré son grand âge, nous honore de sa présence en ce jour mémorable.

Merci enfin à vous tous, ici présents, amis et compagnons des luttes panafricaines, engagés dans le combat immuable pour une réelle indépendance et une réelle autodétermination du continent : Thomas Sankara et bien d’autres nous ont montré la voie.

  1. Historique de l’Allée :

En novembre 2013, l’Allée Thomas Sankara a été inaugurée en présence de Mme MANDROUX (maire de Montpellier à l’époque). Je voudrais, aujourd’hui, partager avec vous l’historique de cette épopée qui tient principalement à l’ardente volonté d’un jeune devenu adulte depuis. En effet, dans les années 2010, le jeune Yoan THINES rentre d’un séjour professionnel au Burkina Faso. Malgré la disparition du Jeune Président assassiné, il est séduit par la personnalité omniprésente et vivace d’un Homme profondément Intègre ainsi que par son aura auprès de la jeunesse Burkinabé. Il suggère alors à son père, Philippe THINES (responsable à l’époque de la gestion des espaces publics municipaux), de dénommer du nom de Thomas SANKARA, une rue de la ville. L’Allée Thomas SANKARA est actée lors d’un conseil municipal ainsi que d’autres dénominations en hommage aux héros panafricains notamment la Rue Patrice Lumumba et la Rue Nelson Mandela dans deux quartiers résidentiels de la ville de Montpellier. Lorsque nous avons été informés de cette dénomination, le CTSM s’est immédiatement rapproché de la municipalité pour s’approprier les lieux. Il s’en suivra l’inauguration du 30 novembre 2013.

  1. L’Allée Thomas SANKARA : Un Trait d’Union et une Forte Symbolique

L’Allée, telle que nous la connaissons aujourd’hui est un Trait d’Union, une Passerelle à forte connotation symbolique.

Tous les africains de ma génération se souviennent sans doute encore de leurs moments de scolarité dans leur adolescence ou leur jeunesse. En effet, pour rejoindre le Lycée Victor Augagneur (à côté de l’hôpital Louis Pasteur), je devais pour ma part, emprunter le Bd Charles de Gaulle, passer le Rond-Point François Mitterand, enjamber la lagune grâce au Pont Pierre Savorgan de Brazza.

Aujourd’hui à Juvignac, une commune de la Métropole, les jeunes du quartier des Constellations peuvent emprunter le « Chemin Thomas Sankara » pour rejoindre le complexe scolaire « Nelson Mandela ».

A Montpellier, « l’Allée Thomas Sankara » permet de relier le quartier Antigone à celui des administrations et des établissements scolaires de Joffre et Mermoz. Un Trait d’Union et une Passerelle à forte connotation symbolique :

  • La symbolique d’une part de l’Éducation, de l’Instruction et de la Connaissance avec le Lycée Général Joffre, le Lycée Technique et Professionnel Mermoz dont les enseignants et les élèves empruntent quotidiennement l’Allée
  • La symbolique de la Communication d’autre part, celle de l’Information avec notre fleuron local : la Radio France Bleue Hérault dont les locaux bordent l’Allée.
  • Enfin, la symbolique de la Finance avec, à l’entrée de l’Allée, les bâtiments du Trésor Public et ceux de l’administration des finances, fers de lance de l’économie et de l’entreprise quand ils ne sont pas instruments de dépendance financière et monétaire.
  1. Projet futur : suite de la valorisation de l’année

Pour revenir à notre allée, Vianné (notre artiste) nous fera l’honneur de dévoiler son œuvre artistique qui représente, pour nous, une première tranche d’un projet de valorisation globale de l’Allée. Nous avons en effet, l’ambition de permettre à des jeunes et moins jeunes artistes locaux d’investir les lieux et de faire de l’Allée TS, une succession de tableaux, une sorte de musée à ciel ouvert en honneur au Président Thomas Sankara.

Tout comme il existe à Montpellier, à Odysseum plus exactement, une Place dédiée aux Grands Hommes et Femmes de notre humanité contemporaine. L’espace public qui se juxtapose à l’Allée Thomas Sankara dans sa partie basse, pourrait être dédié aux militants et combattants panafricains. Cet espace pourrait être baptisé : Place de la Paix, Place de la Liberté, Place des Indépendances, que sais-je ……… ou Place des Hommes Intègres.

C’est un projet qui nous tient à cœur et que nous nous efforcerons de faire aboutir en lien et en partenariat avec la Mairie et la Métropole. RDV donc ici et à nouveau dans quelques mois pour célébrer ensemble ces réalisations à venir.

Au nom du Comité TS et en mon nom personnel, je voudrais vous dire toute notre reconnaissance pour votre présence, votre soutien et votre engagement.

Je vous remercie.

Gabriel BIBA-NKOUKA, pour le Comité Thomas Sankara Montpellier


 

Viané le créateur de la fresque: “Ce sont les Burkinabè qui m’ont fait connaître Thomas Sankara “, interview

La fresque est très colorée avec des couleurs chatoyantes. C’est un choix artistique, mais symbolique aussi ?

Oui, j’aime les couleurs qui me rappellent mes voyages en Afrique. En fait les fresques devaient avoir une base de rouge, jaune et vert.

Et puis des contraintes sont venues changer la donne. Il était prévu de peindre des citations de Thomas Sankara mais la mairie souhaitait des images seulement. Une architecte a également donné son point de vue pour mieux intégrer les couleurs à la végétation à coté des escaliers du bas. Finalement il ne reste que les frises de triangles rouges, jaune, vert sur le coté droit des escaliers, qui  symbolisent les couleurs du Burkina Faso et de l’Afrique en général.

Réaliser des fresques dans des escaliers qui ne forment donc pas une surface plane, c’est une difficulté particulière. Comment s’y prend-on ?

Je n’avais aucun mode d’emploi et aucune garantie du résultat. Surtout que les marches n’avaient pas la même taille partout, ce qui augmentait la difficulté.

J’ai beaucoup travaillé en amont, avec les logiciels illustrator et photoshop. J’ai fait imprimer 3 grands pochoirs de 2,70m de large sur 1,80m de haut, que j’ai ensuite découpés en 10 bandes de la taille des marches. En je me suis fait aider pour appliquer les pochoirs sur les marches.

La peinture n’a pas été évidente à réaliser non plus car au bout de quelques jours je me suis fait une entorse au genou, à force de me baisser et de me relever.

Viané au travail

Il faut préciser que j’ai peint les soirs et les week-ends durant un mois.

De nombreux Burkinabè ont critiqué les fresques en disant que l’image de Thomas Sankara allait être piétinée. J’aimerai préciser que son image n’est pas au sol, sur les marches, mais elle est peinte sur les contremarches!

Des collégiens empruntent bien cette allée (d’ailleurs j’ai eu à faire le gendarme pour faire respecter les rubans de balisage lorsque je peignais le soir vers 17h à la sortie des classes.) Ils vont certainement ainsi chaque année découvrir qui était Sankara.

Comment avez-vous découvert le Burkina et Thomas Sankara ? Vous avez commencé vos activités au Burkina en produisant des musiciens, vous êtes toujours dans la musique?

J’ai découvert le Burkina Faso en 1996, en passant d’abord par Abidjan puis en remontant (Bouaké, Korhogo…). J’ai aimé le Burkina et je suis revenu quelques mois plus tard. Ce sont les Burkinabè qui m’ont fait connaitre Thomas Sankara. Je ne connaissais pas le personnage avant, je savais tout juste que c’était un président qui avait été assassiné, sans plus. Les récits ou les légendes que j’ai entendu sur Sankara m’ont poussé à rechercher les deux livres de Sennen Andriamirado que j’ai réussi à dénicher chez un libraire au bord de l’avenue Houari Boumediène (si mes souvenirs sont bons), pour 4000 CFA chacun. Je garde ces ouvrages jalousement!

Avant de venir au Burkina, j’avais acheté un petit clavier MIDI et avec un logiciel de M.A.O (Musique Assistée par Ordinateur), j’avais commencé à composer des instrumentaux de rap. En 1997, on m’a présenté Gilles K, le DJ du Jimmy’s à Ouaga. Son ami Alain venait de le rejoindre au Burkina Faso et on a décidé de monter un groupe: “MASK’A JAZZ”.

En ce moment, je travaille avec un chanteur qui vient d’enregistrer une chanson que j’avais écrite en 2008! On tourne le clip dans quelques jours. Je ne le produis pas vraiment mais je collabore avec lui. Je ne livre pas son nom car je préfère garder la surprise.

Et en 2023 j’avais réalisé un clip à l’aide de l’intelligence artificielle pour des artistes Burkinabè.

A part cette fresque et vos BD vous avez d’autres réalisations en art plastique?

Oui je peins depuis 6 ans maintenant et je compte me professionnaliser dans les prochains mois pour en tirer quelques revenus, en plus de mon travail salarié.

Vous avec fait des bandes dessinés, écrit un roman, maintenant une fresque consacrés à Thomas Sankara. Que représente-t-il pour vous ?

Le roman n’est pas encore terminé! Je suis exigeant avec moi-même et je souhaite offrir aux lecteurs un récit proche de la réalité historique, donc je travaille encore.

Thomas Sankara est un exemple qui m’inspire. Pour réaliser mes ouvrages, j’ai du lire et relire ses discours et ses interviews. Donc je suis emprunt de ses pensées que je trouve clairvoyantes. Il avait des défauts mais quand on écoute ses interviews, il dégage une sincérité, un bon sens, une énergie positive qui mérite d’être partagée au plus grand nombre. C’est ce que j’essaie de faire à travers mes activités.

Propos recueillis par Bruno Jaffré

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