Conférence de presse de Thomas Sankara - Thomas Sankara Website - Officiel https://www.thomassankara.net/category/francais/documents/conference-de-presse/ La patrie ou la mort, Nous vaincrons! Fri, 24 Apr 2026 15:53:01 +0000 fr-FR hourly 1 145130549 Conférence de presse de Thomas Sankara à Paris le 7 février 1986 https://www.thomassankara.net/conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-paris-7-fevrier-1986/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-paris-7-fevrier-1986 https://www.thomassankara.net/conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-paris-7-fevrier-1986/#respond Sat, 22 Nov 2025 10:45:42 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250626 Thomas Sankara a séjourné 3 jours à Paris, en février 1986, pour participer à la conférence internationale sur l’arbre et la forêt à Paris. Cette conférence politique au plus haut niveau s’est penché sur l’avenir de l’arbre et de la forêt en Europe et en Afrique sèche. Elle a réuni 50 pays, 4 organisations internationales […]

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Thomas Sankara a séjourné 3 jours à Paris, en février 1986, pour participer à la conférence internationale sur l’arbre et la forêt à Paris. Cette conférence politique au plus haut niveau s’est penché sur l’avenir de l’arbre et de la forêt en Europe et en Afrique sèche. Elle a réuni 50 pays, 4 organisations internationales comme participants à part entière, tandis que 31 pays et organisations internationales y ont assisté comme observateurs. La retranscription a été réalisée par Guy Innocent Nana.

Vous trouverez une retranscription du reportage audio à https://www.thomassankara.net/participation-remarquable-de-thomas-sankara-a-la-conference-internationale-sur-larbre-et-la-foret-organisee-a-paris/

Le jour du départ le 7 février, Sankara donne  une conférence de presse devant les représentants des divers organes de diffusion basés à Paris. Plusieurs dizaines de journalistes sont présents. Il aborde plusieurs thèmes d’actualité: situation intérieure, l’Institut des peuples noirs, relations avec la France, francophonie, conflit avec le Mali, politique africaine du Burkina. Cette conférence, a été suivie d’une projection de documentaires sur la guerre de Noël réalisée par la Télévision burkinabè.

La rédaction du site


Le fichier audio


Les différents sujets abordés. Il suffit de cliquer sur le lien pour se rendre directement à la partie concernée

“Le prix de l’indépendance d’un peuple est l’affaire de ce peuple-là”

Les normes de développement que l’on nous impose ne sont pas toujours valables en Afrique

Sankara situe la vision de l’Institut des peuples noirs (IPN)

“L’affaire Diawara se trouve à Ouagadougou, au Burkina Faso!”

Sankara se prononce sur la politique libyenne à l’égard de l’Afrique

Le rôle de Houphouët Boigny dans la méditation entre le Burkina Faso et le Mali 

Le regard critique de Sankara sur la Francophonie

L’absence du Burkina Faso au dernier sommet France-Afrique

Il faut changer toute la stratégie de la coopération entre la France et le Burkina

Sankara sur les nouveaux accords de coopération entre la France et le Burkina Faso

Thomas Sankara: “J’ai cherché à éviter le conflit avec le Mali.”

Thomas Sankara : “Je ne me mêle pas des problèmes aquatiques.”

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“Le prix de l’indépendance d’un peuple est l’affaire de ce peuple-là “

Thomas Sankara : Je m’en vais vous répondre, d’abord sur ces trois premières questions. Les sacrifices que nous demandons aux Burkinabè sont les sacrifices pour la construction d’un Burkina Faso meilleur. Le prix de l’indépendance, le prix du bonheur d’un peuple, est l’affaire de ce peuple-là. Trop malheureusement, on nous a habitués à attendre de l’extérieur des aides ou des solutions miracles, des panacées qui en réalité ne sont que des formes d’asservissement. Tant que nous ne serons pas maître de nos besoins, tant que nous ne serons pas également maîtres, tant que nous n’aurons pas pu décider nous-mêmes de ce que nous serons capables de consentir comme sacrifices et efforts, eh bien, nous ne pourrons jamais dire que nous nous développerons. On ne peut pas se faire développer par autrui. Bien entendu, nous espérons très bien que les sacrifices actuels ne seront pas continus, et que, enfin nous pourrons trouver des lendemains meilleurs.

Quelqu’un me demandait également si je confirme  les rumeurs qui circulent quant à notre intention d’aller au FMI. Nous ne savons pas si nous irons ou si nous n’irons pas au FMI. Toujours est-il que nous cherchons des solutions au niveau burkinabè, entre Burkinabè. Nous ne pouvons pas penser que le FMI soit essentiellement préoccupé de l’intérêt du développement du Burkina Faso exclusivement, du succès, du triomphe de la Révolution burkinabè mieux que les Burkinabè. Par conséquent, c’est d’abord aux Burkinabè que nous devons nous adresser. Si demain, il s’avérait indispensable de compléter ces efforts-là par d’autres efforts, par exemple ceux du FMI, nous étudierons la question. Mais en tous cas, nous nous gardons de faire, de nous comporter comme celui-là qui s’en remet à un charlatan pour se faire guérir dans le désespoir. C’est vous dire que nous aurions pris toutes les dispositions pour que les efforts, les sacrifices que le FMI nous demanderait, soient des sacrifices contrôlés, contrôlables, avec des conséquences également contrôlables. Autrement, il ne sert à rien de s’en remettre à un FMI si c’est pour se retrouver face à un peuple qui n’en sent pas la nécessité et qui endure les douleurs.

Les normes de développement que l’on nous impose ne sont pas toujours valables en Afrique

Journaliste : À propos de votre intervention hier sur TF1, vous avez dit qu’on ne comprenait pas les problèmes africains. Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

Thomas Sankara : Je veux m’ériger là contre le système qui nous a été imposé, qui a ses mérites mais qui a essentiellement beaucoup de limites. Nous les Africains, nous avons été entraînés dans une mouvance que nous n’avons pas choisie et que nous ne contrôlons pas. Nous avons été entraînés dans une civilisation dont nous ne contrôlons pas les éléments. Les normes de développement que l’on nous impose sont des normes qui sont valables ailleurs et pas toujours valables en Afrique si bien que l’on nous soumet à ce rythme de développement extrêmement infernal pour nous, surtout que nous n’en avons pas toujours les moyens.

En plus, et surtout, je constate que le débat avec l’Afrique se passe toujours à travers les mêmes canaux qui ne veulent pas changer, qui ne veulent pas évoluer. Or, l’Afrique a changé, l’Afrique a évolué ; l’Afrique d’hier est une Afrique qui était essentiellement représentée par, j’allais dire, de grands électeurs. Aujourd’hui la plupart des Africains sont devenus des grands électeurs. Et c’est avec cela qu’il faut compter, et c’est cela qu’il faut écouter. Et comme vous, vous êtes des journalistes d’Afrique nouvelle, c’est justement avec l’Afrique nouvelle qu’il faut compter.

A propos de la RAN, oui il y a un problème avec la RAN. C’est exact. Vous savez que le chemin de fer qui va d’Abidjan à Ouagadougou est un chemin de fer qui est partagé par le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire et il est question que chaque pays gère sa portion. Initialement, nous avions ensemble, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, engagé un programme important de développement de ce réseau. Ce programme devait nous permettre de moderniser la voie depuis Abidjan jusqu’à Ouagadougou. La partie ivoirienne l’a été. La partie burkinabè pas encore. Mais, nous pensons que si rupture il doit y avoir, eh bien, cela doit se faire après que chaque portion ait bénéficié des avantages du programme de restructuration.

Toujours est-il que, je peux l’assurer en accord avec le président Houphouët Boigny de la Côte d’Ivoire, nous avons préféré mettre cette question à l’écart, le temps de nous concerter et de trouver un accord entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Mais le projet du chemin de fer au Sahel, la bataille du rail comme nous l’appelons à Ouagadougou qui doit nous conduire de Ouagadougou jusqu’à Tambao, vise à désenclaver la région Nord, vise également à exploiter les richesses qu’il y a là-bas au Nord, à Tambao, le manganèse. Ce projet se poursuivra. Nous le poursuivrons toujours.

Sankara situe la vision de l’Institut des peuples noirs (IPN)

Si une ligne des États noirs vise à récréer une conscience de l’Homme noir comme élément devant participer à un développement communautaire avec les autres hommes de l’Humanité, cela devient plus que mieux que de la cohabitation, cela devient de la participation. Alors, nous sommes pour. Et c’est ainsi qu’au Burkina Faso, nous avons lancé une idée qui fait son chemin, à savoir, l’institut des peuples noirs (IPN).

L’institut des peuples noirs vise chez nous, à situer le rôle, la place du Noir dans le développement de l’Humanité. D’où vient le Noir ? Que fait-il aujourd’hui ? Et que peut-il apporter aux autres ? Cet institut a la prétention de créer un dialogue entre les Noirs et les autres hommes. Ces autres hommes qui viendront nous dire à nous Noirs comment ils nous perçoivent. Il est nécessaire que nous sachons par exemple comment le Blanc perçoit le Noir, comment l’Arabe perçoit le Noir.

Il est aussi normal que nous puissions dire comment nous percevons les autres et ce qui nous paraît être source d’incompréhensions. Le Noir a beaucoup apporté à l’Humanité dans tous les domaines : dans le domaine de la science, dans le domaine de la culture, dans le domaine de l’art militaire, etc. Nous ne pouvons donc continuer qu’à développer, à mieux cerner ces valeurs noires pour mieux les intégrer à un développement de l’Humanité. Je répète encore une fois, dans un sens de participation et non pas dans un esprit sectaire et d’exclusion.

“L’affaire Diawara se trouve à Ouagadougou, au Burkina Faso!”

L’affaire Diawara, quelqu’un me demandait tout à l’heure où en est l’affaire Diawara. Alors, l’affaire Diawara se trouve à Ouagadougou, au Burkina Faso (rires dans la salle). C’est-à-dire que nous sommes sur le point de juger monsieur Diawara qui, de concert avec d’autres personnes, a eu à dilapider des fonds de la CEAO—FOSIDEC (Fonds de solidarité et d’intervention pour le développement de la communauté).

Mais je crois que c’est de façon erronée que l’on parle, que l’on présente cette affaire comme l’affaire Diawara tendant à culpabiliser Diawara. Je ne veux pas le défendre, mais je ne voudrais pas non plus que l’on le présente comme le seul coupable. En fait, Diawara peut tout au plus, mais les juges le diront mieux que moi, être taxé de receleur. Mais, il y a bien eu des gens pour ouvrir les coffres, sortir l’argent, et le remettre à Diawara. Ceux-là aussi devraient être jugés. Et ils sont nombreux. Le Burkina Faso n’a nullement l’intention de ramollir ou d’être complaisant dans cette affaire. Nous avons reçu pour mission de juger Diawara, nous le jugerons selon le droit burkinabè, selon les juridictions normales du Burkina Faso et avec fermeté.

Donc avec le respect que nous avons pour les autres membres de la CEAO, nous prendrons contact ça et là pour nous mettre en accord avec eux et nous jugerons Diawara. Maintenant quant à la période, je ne puis vous le dire. Cela dépendra des résultats des contacts que nous allons prendre et très bientôt, nous publierons le calendrier. Mais le dossier technique, je peux vous le dire, est prêt.

Sankara se prononce sur la politique libyenne à l’égard de l’Afrique

La politique libyenne à l’égard de l’Afrique. Eh bien, je crois qu’il y a beaucoup d’incompréhensions à propos de la Libye. La Libye est pour le Burkina Faso un pays ami et frère et nous entretenons des relations excellentes avec ce pays. Nous ne nous en cachons pas. Maintenant sur le plan concret, avec la Libye comme avec n’importe quel pays, chacun de nous reste insatisfait. Je ne connais pas de pays qui puisse dire que sa coopération donne satisfaction, que son carnet de commande, ou ses requêtes sont à 100% satisfaites selon qu’il s’adresse à tel ou tel pays. La Libye n’échappe pas à cette règle, la Libye est comme les autres pays.

Et nous savons également que nous ne pouvons pas nous arrêter simplement à ces insatisfactions sur des demandes qui n’ont pas reçu de réponses concrètes ou qui ont tardé à recevoir des réponses ou qui restent uniquement dans le domaine des déclarations de bonnes intentions.

Je crois aussi que l’on ne fait pas suffisamment d’effort pour discuter avec tous les pays. L’exclusive est très dangereuse. Le rejet est très dangereux. Il faut être suffisamment ouvert pour accepter le dialogue même avec ceux-là dont on ne partage pas les points de vue. Et nous, nous le pratiquons. Nous, nous le pratiquons et c’est ce qui fait que nous fréquentons et la Libye et ceux qui sont contre la Libye.

Le rôle de Houphouët Boigny dans la méditation entre le Burkina Faso et le Mali 

Quelqu’un m’a demandé qu’est-ce que je pense du rôle du président Félix Houphouët Boigny dans la méditation entre le Burkina Faso et le Mali ? Tout effort qui vise à instaurer la paix en Afrique et ailleurs mérite d’être salué d’où qu’il vienne. Et à ce titre nous avons salué les efforts du président Houphouët Boigny, nous avons salué les efforts des autres présidents, des autres chefs d’État notamment ceux de l’ANAD (Accord de non-agression et d’assistance en matière de défense), mais également ceux du Nigeria et de la Libye. Nous les avons salués comme étant des actes positifs, des actes qui rapprochent davantage et qui créent une solidarité, qui créent une conscience internationale, qui garantit un certain nombre de règles.

Nous avons été très … Je vous livre ici que dans cette affaire, ceux-là même que l’on soupçonne d’être des terroristes, je prends le cas du colonel Kadhafi, ont avec véhémence condamné et tenté même de nous faire un procès parce que disaient-il nous n’avions pas eu le courage de refuser, de répondre à l’agression. Cela nous a surpris mais cela devrait aussi étonner.

Le regard critique de Sankara sur la Francophonie

La conférence sur la Francophonie. Eh bien, nous nous sommes francophones, nous parlons le français. Mais ce que le Burkina Faso a à dire c’est qu’il y a deux français : selon que la conférence se tiendra en français national ou en français international nous verrons ce qu’il faudra faire.

Si c’est en français national ça serait une affaire intérieure et nous n’avons pas le droit de nous immiscer dans les affaires intérieures de la France. Si c’est le français international alors là nous viendrons aider à développer le français international. Je veux dire par là que, le français comme propriété d’une communauté beaucoup plus large que celle qui est confinée dans l’hexagone nous concerne. Et ce français-là est un français qui doit être dynamique. Ce français-là est un français qui ne peut pas résister contre les transformations inévitables. Ce français-là sera bien obligé de constater le dispatching … [rires dans la salle] et d’admettre…En tout cas, ce sera l’affaire des reporters qui feront des scoops [rires dans la salle], là-dessus. Et il sera obligé aussi de comprendre et d’admettre que des mots comme “zatu” qui sont des mots burkinabè entrent et s’imposent au français international.

Journaliste: Pardon… Zatu ça veut dire quoi?

Thomas Sankara: Zatu, c’est le mot révolutionnaire qui traduit et dépasse le concept bourgeois et républicain de loi. [Rires]

L’absence du Burkina Faso au dernier sommet France-Afrique

Thomas Sankara: « Bien! Afrique Nouvelle me demande pourquoi, me demande d’abord si je peux m’expliquer sur notre absence au sommet France-Afrique, au dernier sommet qui s’est tenu. Et je profite pour dire qu’il est dommage que l’on ait observé notre absence à ce dernier sommet et que l’on n’a pas remarqué notre absence à l’avant dernier sommet. (Rires) Mais enfin, de façon déséquilibrée quand même, hein ! De façon déséquilibrée. Nous avons fait… Après Vittel nous avons fait une déclaration sur notre position vis-à-vis du sommet France-Afrique.

Et nous avons proposé qu’un cadre nouveau soit créé, soit engagé, soit recherché afin que le dialogue nécessaire entre les Français et les Africains puisse se tenir, mais en marge et, dans le rejet total des formules que même le parti socialiste à ses débuts en 81 en tout cas a essayé de mettre de côté.

C’est d’ailleurs ce qui explique que par euphémisme euh…le sommet franco, … jadis franco-africain soit devenu le sommet France-Afrique. Souvenons-nous de cet euphémisme-là très indicateur des rejets. Il y avait des germes de rejet. Maintenant, qui a tué ces germes? En tout cas ce n’est pas nous.

La RASD (République Arabe Sahraouie Démocratique): Est-ce que la RASD quitterait l’OUA? Nous avons contribué, nous Burkinabè, avec d’autres états africains à installer la RASD à l’OUA. Je ne pense pas que la RASD puisse quitter l’OUA sans quand-même en débattre avec nous. Dans tous les cas, il appartient à la RASD de répondre et de clarifier sa position si oui ou non elle doit quitter l’OUA. Mais je ne crois pas non plus que la RASD se soit battue pour arriver à l’OUA pour enfin la quitter de façon cavalière.

Il faut changer toute la stratégie de la coopération entre la France et le Burkina

Journaliste: (Question inaudible)

Thomas Sankara: La façon de poser votre question m’inquiète un peu. Parce que vous aviez dit que ça n’allait pas, j’ai été reçu par le président Mitterrand, donc ça va maintenant. Qu’est-ce que nous nous sommes dit? Euh… est-ce que tous ceux que le président François Mitterrand reçoit sont ceux avec lesquels il s’entend? Enfin il y a des gens ici même avec lesquels on fait de temps en temps, est-ce que cela veut dire qu’on s’entendent forcément ? Je ne crois pas que l’on puisse dire, “parce qu’il a été reçu, ça marche mieux.” Comme si hier il refusait de me recevoir ou je refusais de le voir.

Mais également, vous me comprendrez. Collégialement, j’assure avec le président François Mitterrand la responsabilité du secret de nos entretiens. Et je ne peux pas unilatéralement trahir ces secrets là. Il faudrait que nous nous entretenions lui et moi et que nous donnions une conférence de presse, un duo en quelque sorte. Mais enfin. J’ai dit effectivement que nous nous sommes expliqués, nous nous sommes compris sur un certain nombre de questions. Le fait que nous ayons pu discuter est déjà positif. En tout cas, je le considère comme positif. Et j’ai dit que ça allait mieux.  Mais vous savez, quand on a 40° de fièvre et que l’on n’en a plus que 39, on peut dire que ça va mieux. Mais est-ce que l’on se porte pour autant bien ?

Journaliste: Qu’est-ce qui ne va pas ?

Thomas Sankara: Alors, qu’est-ce qui ne va pas ? C’est tout un diagnostic qu’il faudrait faire. Et c’est cela le long chemin qui reste à parcourir. Euh, c’est la redéfinition de nos rapports. Nous avons eu hier des rapports conflictuels, des rapports de domination. La France nous a colonisés. Aujourd’hui, nous ne sommes plus une colonie française. Nous ne voulons plus non plus être une néo-colonie française. Cela amène à changer toute la stratégie de cette coopération entre la France et le Burkina, et cela ne peut pas se faire automatiquement, cela ne peut pas se faire non plus sans heurts.

Combien sont-ils, les intérêts français qui n’admettraient pas que le Burkina Faso prenne le grand large par rapport à certaines conceptions ou certaines attitudes françaises? Et de même, combien sont-ils au Burkina Faso—mais j’allais dire, en Afrique en général—qui conçoivent également les relations entre l’Afrique et la France à travers les prismes de l’assistance et de la braderie de l’indépendance et de la souveraineté? C’est également ces questions-là qui se traduisent par des questions subsidiaires, par des faits, et qui amènent parfois des discussions j’allais dire un peu tendues, mais qui finissent toujours par se détendre.

Sankara sur les nouveaux accords de coopération entre la France et le Burkina Faso

Journaliste 1: D’autre part, monsieur le Président, vous avez noté que dans les nouveaux accords de coopération qui remplacent ceux de 1961, il n’a pas été question d’accords de coopération militaire. Nous savons qu’il en existe un. Est-ce que vous êtes satisfait de celui qui existe ou bien est-ce que vous, vous pensez que dans un avenir plus ou moins proche, vous changerez aussi les termes de cet accord de coopération militaire ?

Journaliste 2: Monsieur le Président, à propos de la coopération française, vous aviez déclaré l’année dernière que la coopération pour le développement a un long chemin à faire. Et vous venez de signer des accords de coopération avec la France, est-ce que ça veut dire que ce chemin a été fait et si oui, dans quel sens ?

Thomas Sankara: Les nouveaux accords de coopération n’ont pas parlé d’accords militaires… Bon, c’est à dessein, vous savez que nous sommes l’un des rares pays africains francophones à ne pas avoir avec la France d’accords de défense, à n’avoir avec aucun pays d’accords de défense. Nous avions des accords militaires avec la France qui nous garantissait une assistance militaire française. Nous discutons pour que cette assistance militaire soit réciproque. Le jour où la France aura besoin d’assistance militaire burkinabè, que nous puissions venir vous défendre. Et je vous prie, mesdames et messieurs, de ne pas rire. Hier, nous vous avons défendus! C’était quand? Avant-hier c’était en 14, 18 (première guerre mondiale)! Hier, c’était en 39-45 (seconde guerre mondiale)! Et il n’est pas de Burkinabè qui n’ait dans sa famille le souvenir d’un homme, d’un oncle, d’un parent mort pour la France. Ce sont des accords également qui devraient exister et garantir des droits. Nous nous sommes battus, nous avons sué sang et eau pour que la France soit libre. Souvenez-vous de cela!

Journaliste: Monsieur le président, la France est la puissance extra africaine que vous avez accusée d’être intervenue à côté du Mali.

Thomas Sankara: Nous avons voulu indexer tous ceux qui ont apporté assistance au Mali avant, pendant et après; mais je m’étonne que la presse n’ait pas suivi les pérégrinations des autorités militaires en direction du Mali, des autorités militaires étrangères en direction du Mali. De toute façon, nous nous avons l’intention de revenir fermement sur cette question beaucoup plus en détail et nous avons l’intention de culpabiliser qui doit être culpabilisé. Parce que tellement de gens parlent de la paix, mais ne la désirent pas sincèrement. Dans une situation contentieuse entre deux États, tout ce que l’on apporterait comme coutelas et gourdin ne peut être considéré que comme un acte qui vise à encourager, à ajouter de l’huile sur le feu. Alors là, nous ne pourrons pas ne pas le condamner.

Thomas Sankara: “J’ai cherché à éviter le conflit avec le Mali.”

Le conflit avec le Mali, vous m’avez demandé si j’ai cherché à l’éviter. Oui, j’ai cherché à éviter le conflit avec le Mali. Des démarches nombreuses ont été faites. Nous avons envoyé plusieurs fois des émissaires au Mali. Ils n’ont pas toujours été reçus. Je m’étais même préparé juste avant le conflit, à aller moi-même en visite au Mali. Auparavant, j’y avais été un certain nombre de fois. Et même une fois, j’y avais été clandestinement pour rencontrer le président et discuter avec lui. J’avais alors annoncé un envoyé spécial de la présidence et j’avais demandé par télex au président du Mali de bien vouloir recevoir personnellement cet envoyé. Et puis, c’était moi-même. Pour lui montrer à quel point j’étais préoccupé par la situation.

Enfin, et comme preuve ultime de cette volonté d’éviter coûte que coûte le conflit avec le Mali: lorsque le Mali s’est plaint que les troupes dépêchées par nous pour protéger les agents de recensement constituent pour lui une espèce de menace ou d’escalade, eh bien, nous avons accepté de retirer ces troupes. Et j’ai été personnellement expliqué aux troupes qui n’entendaient pas tellement reculer pourquoi il fallait reculer. J’y suis parti le 24 décembre au soir. Le 25 décembre au matin, on nous a bombardés et j’étais sous le feu.

Thomas Sankara : “Je ne me mêle pas des problèmes aquatiques.”

Quelqu’un me demande aussi l’attitude sur la nouvelle majorité éventuelle en France. Mais quelle pourrait être cette nouvelle majorité ? Quand est-ce que l’opération Barracuda a eu lieu ? C’était quand? C’était sous qui? Juste pour mon information, parce que je ne connais pas bien la politique intérieure française. C’était sous quel président?

Journaliste: (Inaudible)

Thomas Sankara: Pardon? Dites-le plus fort!

Journalistes: Giscard… (Valéry Giscard d’Estaing)

Thomas Sankara: Giscard?

Journalistes: Oui!

Thomas Sankara: Merci! C’était donc des troupes qui étaient parties… Au Tchad c’était sous Mitterrand?

Journalistes: Oui, l’opération Manta au Tchad c’était sous Mitterrand.

Thomas Sankara: Ah! Manta c’était sous Mitterrand? Manta c’est un poisson non?

Journalistes: Oui!

Thomas Sankara: Barracuda, c’est aussi un poisson?

Audience: Oui [Rires dans la salle]

Thomas Sankara: Oui, ce sont des problèmes aquatiques, je ne me mêle pas de cela. [Éclats de rires dans la salle].

Les fichiers joints

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Conférence de presse du Président du Faso lors des journées de solidarité des jeunesses de la CEAO, 6 décembre 1985. https://www.thomassankara.net/conference-de-presse-du-president-du-faso-lors-des-journees-de-solidarite-des-jeunesses-de-la-ceao-6-decembre-1985/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=conference-de-presse-du-president-du-faso-lors-des-journees-de-solidarite-des-jeunesses-de-la-ceao-6-decembre-1985 https://www.thomassankara.net/conference-de-presse-du-president-du-faso-lors-des-journees-de-solidarite-des-jeunesses-de-la-ceao-6-decembre-1985/#respond Mon, 24 Aug 2020 11:37:28 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=242349 La première partie de cette conférence de presse nous a été envoyée, via une cassette  par le journaliste suisse Christophe Koessler, parmi d’autres documents qui lui avaient été confiés lors d’un séjour au Burkina. Nous lui adressons ici nos très chaleureux remerciements au nom de l’équipe du site mais aussi pour tous ceux qui prendront […]

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La première partie de cette conférence de presse nous a été envoyée, via une cassette  par le journaliste suisse Christophe Koessler, parmi d’autres documents qui lui avaient été confiés lors d’un séjour au Burkina. Nous lui adressons ici nos très chaleureux remerciements au nom de l’équipe du site mais aussi pour tous ceux qui prendront connaissance de ce document. Nous avons du les transformer en fichier mp3. Il a ensuite fallu les retranscrire, ce qui a été fait par Cléophas Zerbo. Laura Nyamba a vérifié et corrigé la retranscription du discours, tous 2 membres du l’équipe du site thomassankara.net.

Mais l’enregistrement était malheureusement incomplet. Nous avons pu cependant la compléter grâce à une retranscription trouvée dans les archives diplomatiques (bordereau 359/DAM du 12 décembre 1985).

Nous mettons à votre disposition ci-dessous l’enregistrement audio et la retranscription.

Dans cette importante conférence de presse, Thomas Sankara aborde des questions qui lui sont chères, notamment la place de la jeunesse dans la société, le sport et le culture, dans un langage sans fioriture. Il répond aussi longuement aux questions sur la CEAO, et Mohamed Diawara, ancien ministre du plan de Côte d’Ivoire,devenu administrateur de la CEAO placé par Houphouët Boigny à ce poste. Diawara fut accusé d’avoir participé avec d’autres dirigeants de la CEAO à des détournements de fonds de 6,4 milliards de FCFA. On se rappellera que Thomas Sankara l’avait littéralement enlevé de Bamako à l’issue du sommet de la CEAO du 28 octobre 1984 pour l’amener avec lui à Ouagadougou et le placer en détention.

Le Mali a boycotté cette rencontre des journées de solidarité des jeunesses de la CEAO (Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest). Signe que la situation est tendue entre les deux pays, la guerre du Mali va éclater peu après le 25 décembre 1985.

Bruno Jaffré


FICHIER AUDIO

Conférence de presse du Président du Faso lors des journées de solidarité des jeunesses de la CEAO, 6 décembre 1985.

Cliquer sur le triangle à gauche pour écouter..


Modérateur : Président  du CNR, président du Faso, nous allons ouvrir maintenant la conférence de presse avec les confrères venus des pays membres de la CEAO et d’autres pays aussi. Conférence de presse qui permettra, nous l’espérons de faire le point sur un certain nombre de problèmes et d’apporter une juste compréhension des événements de l’heure. Cela dit sans vouloir être long, je voudrais seulement demander aux confrères ici présents, d’accepter que l’on répartisse cette conférence de presse en quatre parties. Au regard des entretiens que nous avons eu avec les journalistes, il ressort que il y a quatre points essentiels :

– le premier point portera sur la politique intérieure du Burkina Faso

– le second point sur la CEAO

– le troisième point sur les relations bilatérales et la politique africaine

– et le troisième point sur la politique internationale

Donc si vous ne voyez pas d’inconvénients, je vais demander aux confrères de commencer par la politique intérieure du Burkina Faso. Et encore une fois par soucis d’efficacité. Je demanderai aux confrères de ne pas se répéter à partir du moment où un confrère a déjà posé plus ou moins la même question, je demanderai aux autres de bien vouloir s’abstenir de rééditer les mêmes questions.

Le premier volet est donc ouvert à la politique intérieure du Burkina Faso. Les journalistes sont invités à se présenter à ce micro pour se faire entendre. Ils doivent se présenter d’abord avant de poser leurs questions.

(Digo Bellu) télévision béninoise : Camarade président, j’ai deux petites questions à poser sur la politique intérieure du Burkina Faso. Dans les rues de Ouaga, nous lisons sur les panneaux “ notre seule voix c’est le progressisme “. Nous savons que le progrès se définit de plusieurs manières. Dans ce sens quelle est la philosophie qui sous-tend le processus révolutionnaire au Burkina Faso? Deuxième question sans un parti d’avant-garde, sans un parti révolutionnaire il n’y a pas de mouvement révolutionnaire conséquent. Dans ce sens, comment envisagez-vous la création d’un parti pour la direction de la révolution démocratique et populaire?

Thomas Sankara: Bien je remercie le camarade béninois qui vient de poser ses deux questions qu’il a voulues petites mais il me semble que ce sont de grandes questions qu’il a posée. La philosophie qui sous-tend notre révolution, c’est tout ce que nous avons voulu dire dans le discours d’orientation politique prononcé le 2 octobre. C’est l’essence même de cette révolution démocratique et populaire qui échappe à la typologie classique, à la classification élémentaire et très facile que l’on connaît çà et là, qui veut que la révolution soit calquée les unes sur les autres. Ici il s’agit de la marche d’un peuple, de tout un peuple. A une étape où la prise de conscience est grande mais a également ses limites, des limites que nous devons respecter. Ce qui m’amène à parler insensiblement directement de la deuxième question que vous avez posé ” la révolution et le parti “. Vous avez dit que sans un parti révolutionnaire, il y a point de mouvements révolutionnaire conséquent. Mais il faut ajouter que le parti ne se proclame pas d’une façon bureaucratique. Le parti ne saurait être le choix d’une poignée d’individus. Le parti ne saurait être l’affaire d’un agenda, d’un calendrier. Le parti doit découler de la prise de conscience de plus en plus grandissante et de l’exigence des masses populaires. Si les masses ont besoin d’un parti elles auront un parti si les masses ne veulent pas d’un parti elles n’auront pas de parti.

Autrement la création hâtive, mécanique et bureaucratique d’un parti conduit inévitablement à une espèce de squelette que l’on appelle la pseudo révolution, une imitation grossière et mal réussie de la révolution qui crée des potentats, des cadres inamovibles et intouchables qui crée des privilégiés bref des dignitaires qui sous le couvert d’agir au nom d’un parti règnent en maîtres absolus. Hélas, la révolution de par le monde nous offre des exemples très tristes des révolutions prétendument conduites par des partis, lesquelles ont fait fiasco et le révolutionnaire doit tirer leçon des succès et des échecs passés. Qu’est ce qui est le plus important faire la révolution ou paré la révolution des attributs classiques de la révolution? C’est pourquoi donc il faut se dire que l’étape de notre révolution, on commande la création de structures indispensables à la conduite de cette révolution et une autre, une position différente de celle-là conduit aussi à une fuite en avant qui est que l’on s’écarte des masses, on les oublie et l’on reproduit de façon, à l’imitation les schémas tels qu’ils ont existait ailleurs, dans des contextes qui ont cependant été extrêmement différentes. L’on connaît de par le monde des révolutions qui ont été conduites par des partis eux-mêmes créés avant la prise du pouvoir mais aussi des révolutions qui sont aujourd’hui brillamment conduites par des partis après la prise du pouvoir et cela ne s’est pas forcément fait en deux jours.  Attendez donc et vous verrez, observer le peuple burkinabè et vous saurez où il va et de quoi il a besoin.

[Applaudissements]

Akoueté assali du journal … au Bénin : Camarade président nous savons que la jeunesse occupe une grande une grande place dans la révolution et la RDP au Burkina ne fait pas exception à cette règle. Notre présence ici dans le cadre des journées de solidarité “ le couvert suffisance” mais camarade président pensez-vous que les jeunes burkinabè par la seule présence des CDR peuvent apporter toute leur contribution à la jeunesse au Burkina?

Thomas Sankara : Le cadre que nous offrons actuellement à nos jeunes et aux moins jeunes pour participer à la défense, à la consolidation de la révolution, c’est le cadre des CDR ” Comités de Défense de la Révolution “. Certes, il existe d’autres mouvements, les jeunes pionniers qui aspirent eux aussi à entrer un jour de façon brillante et efficace dans les CDR. Ce que nous faisons ici se fait grâce aux CDR, ce que nous bâtissons ici se bâtit grâce aux CDR. Ce sont des structures dont l’efficacité n’est plus à démontrer et c’est si vrai que nos ennemis nous les voyons chaque jour nous réclamer à corps et à cri la dissolution des CDR afin que les champs soient libres pour leurs basses manœuvres. Mais si l’évolution politique de notre pays commande un jour que nous allions vers des formes différentes des CDR, nous le ferons. Mais cela ne pourra être que des formes plus élaborées. Mais encore une fois il faut se garder euh des imitations classiques, des singeries qui amènent à des créations vide de sens.

Combien de mouvements de jeunesses de partis sont actuellement réduits à un silence inquiétant, ou simplement réduit à l’agitation fébrile, vide de sens lors de manifestations, à la répétition de slogans, de mots d’ordre creux sans pour autant être sur le terrain de la construction nationale et de la consolidation des acquis du peuple, des défenseurs, des bâtisseurs, des combattants intrépides. Il y a donc des créations de jeunesse de parti qui pour nous sont simplement des caisses de résonance et des masses de manœuvres électoralistes ce dont nous tentons de nous débarrasser. Au contraire vous vous voulons des CDR qu’ils soient partout sur tous les champs de bataille sur le plan social, sur le plan politique, sur le plan économique et sur le plan militaire. C’est le moyen que nous avons trouvé. C’est la voie que nous avons pour le transfert d’un pouvoir, pour que le peuple lui-même assument le pouvoir qui lui revient de droit. Et les CDR n’ont pas démérités et les CDR font notre fierté et l’efficacité de notre révolution. C’est pourquoi ce cadre à lui seul suffit. Du reste, je dois constater que nous n’avons pas encore comblé toutes les structures qu’offrent les CDR. Nous avons pas encore rempli toutes les missions que les CDR pourraient remplir donc la structure n’est pas encore épuisée, demain peut-être elle le sera, aujourd’hui en tout cas elle n’est pas pour l’instant. Mais je voudrais profiter de cette question du journaliste la République Populaire du Bénin pour dire sans désavouer le présentateur de tout à l’heure que je suis venu ici pour rencontrer les jeunesses des pays membres de la CEAO. Les journalistes eux aussi sont jeunes c’est vrai mais il n’y a pas que les journalistes et il est peut-être souhaitable que d’autres jeunes qui sont des journaliers, des journaliers de la jeunesse posent aussi leurs questions car il y avait certainement, je pense.

[Applaudissements]

Issaka Garba euh quotidien le sahel Niger : Camarade président depuis près de deux ans vous avez accordé une grande importante au sport et à la culture. Pour parler particulièrement du sport il y a eu l’organisation de tournois. Il y a eu également la construction de stades dans des villages, mais il y a eu surtout et surtout, pardon, cette pratique ou non du sport qui conditionne l’avancement des agents dans la fonction publique. Camarade président voudriez-vous nous dire le but que vous recherchez en matière de sport au Burkina Faso?  Et si cette ligne conductrice que vous avez tracée sera poursuivie et édifiée.

Thomas Sankara : Le sport accroit la disponibilité, le sport c’est l’efficacité physique et mentale. Et le sport est un facteur de santé. Nous avons besoin d’un peuple sain, vigoureux et audacieux. La pratique du sport nous semble offrir un cadre idéal pour élever chez nos militants ces vertus. C’est pourquoi nous avons convié tout un peuple à pratiquer le sport qu’il soit individuel ou collectif. Le sport c’est la victoire sur soi-même, la victoire sur nos instincts de paresse, de mollesse. Il n’est certainement pas aisé, à 5h30 du matin d’aller faire un footing. Il y a d’autres attractions plus moelleuses qui pourraient retenir plutôt que d’empocher la bicyclette pour aller faire une course ou de prendre ses chaussures pour aller jouer au ballon. On est parfois tenté vers autre chose. Il n’est pas facile à 17h30 lorsque l’on descend du travail de préférer le sport, l’effort à la facilité d’une bouteille.

[rires]

Donc c’est d’abord une victoire sur nous-même sur la tendance à la facilité et au laisser aller. Et tous les sportifs vous le diront lorsqu’ils vont à une compétition, lorsque ils affrontent une épreuve, il y a un combat intérieur que le sportif doit mener d’abord une lutte contre le défaitisme, une lutte contre la peur, la peur de perdre, la peur d’être vaincu, abandonner ou continuer. C’est la question que le coureur de 5000m se pose mille fois avant d’arriver au but final et s’il continue il a d’abord vaincu sur lui-même l’excitation et le défaitismes. Mais il y a également la lutte, la lutte dans l’adversité constructive contre autrui, se remettre en cause. Oser tenter de faire ce que les autres ont fait. Oser dépasser ce que les autres ont réalisé, battre des records. Et il faut d’abord avoir confiance en soi même. Nous avons remarqué que, au début de la pratique du sport ici au Burkina Faso, certaines personnes étaient très embarrassées pour aller déambuler avec un corps que ces personnes estimaient quelque peu difforme pas très élégant. Mais au fil des temps nous constatons que tout le monde pratique le sport dans toutes ses formes. Il y a les filiformes, il y a aussi les baobab formes, il y a tout, mais tout le monde fait du sport. Et aussi et surtout nous voulons le sport comme moyen de vaincre, de vaincre ensemble, victoire oui mais victoire ensemble. Et il y a un bien fait inestimable après chaque séance de sport que nous ressentons ici qui amène des hommes à se rencontrer, à se frotter les uns les autres et à réaliser quelque chose ensemble, à subir l’échec ensemble et à fêter la victoire ensemble, cela est très important.

Enfin nous estimons que un peuple qui n’a pas d’ambition, un peuple qui n’ose pas voir loin, un peuple qui est replié sur lui-même est un peuple qui se meurt petit à petit. Et c’est pour échapper à cette mort lente que nous voulons imprimer à notre peuple l’audace, la témérité des grands peuples. Et nous sommes convaincus que le Burkina Faso a un peuple qui est grand, un peuple qui est noble et un peuple  qui a les ambitions que lui commande sa dignité. Le sport est donc un champ privilégié. Ici tout le monde fait du sport. Les bébés comme les grands-pères et ceux qui ne font pas du sport se marginalisent d’eux même de par leur refus d’être en harmonie avec une société qui se meut dans une seule et même direction. Quel que soit ce dont on souffre,  il reste toujours la possibilité, une possibilité peut être réduite certes, mais de pratiquer un sport, un sport très limité. Et c’est ce que nous faisons. Ensuite c’est sur cette masse de milliers et de milliers de sportifs, cette masse de millions de sportifs que demain nous sortirons les élites. Nous ne négligeons pas le sport d’élite. Nous ne négligeons pas le sport de compétition et de compétitions internationales. Mais nous voulons que désormais pour sélectionner une équipe de onze footballeurs on est le choix sur 7 millions de footballeurs  et c’est ce que nous faisons.

[Applaudissements]

Alors nous avons donné rendez-vous au monde sportif dans l’avenir, un avenir très prochain qui nous permettra de montrer que même ici au sahel on peut sortir des nageurs de compétition.

[Applaudissements]

(Nom du journaliste ) ORTN office de radiodiffusion et télévision du Niger : Camarade président, comme l’a souligné il y a quelques instants le collègue de du sahel, nous avons été fortement impressionné au cours de notre séjour par l’effort qui se fait en matière de sport dans votre pays. Je voudrais savoir, camarade président, si le Faso envisage dans un avenir proche ou lointain d’organiser de grandes manifestations sportives comme les jeux de la CEAO et la coupe des nations ou autres. C’est ma première question.

Deuxième question :  Votre pays organise en 1986 un festival international de la musique. Je voudrais savoir monsieur le président quelle signification vous donner à cette manifestation?

Thomas Sankara : Ici au Burkina Faso, nous avons pris nos responsabilités en matière de sport face aux missions que l’Afrique nous a assignées à nous tous. Et depuis le 4 août 1983, il s’est déroulé à Ouagadougou au Burkina Faso en général un nombre impressionnant de rencontres sportives de haut niveau, des rencontres sportives internationales. En ce laps de temps, nous avons faitplus que ce que 20 ans de pseudo  indépendance, nous a donné l’occasion de vivre. C’est dire que nous voulons que notre jeunesse, notre monde sportif rencontre aussi des sportifs d’ailleurs. Mais pour cela nous nous faisons le devoir de consolider toutes les structures  africaines qui ouvrent des perspectives en matière de sport. J’ai cité pour exemple ce que nous avons eu à faire au niveau du CSSA, le Conseil Supérieur du Sport en Afrique.

Au moment même où le Conseil Supérieur du Sport en Afrique se mourrait ou était dans une certaine léthargie, au moment où les États membres pour des raisons que nous comprenons très bien ont décliné les offres d’abriter les réunions du CSSA, le Burkina Faso s’est proposé et a abrité la réunion qui a redynamisé le CSSA. Nous apprenons par les dépêches qu’à Djibouti dans le cadre de la jeunesse et des sports, les ministres se sont rencontrés et notre pays a dû s’offrir encore une fois de plus pour sauver ce qui l’est ce qui est très essentiel pour la jeunesse et nous allons avoir la redoutable mission d’abriter une fois de plus ces rencontres-là au Burkina Faso. Certes nos moyens sont limités. Ils sont limités au regard de la mission et sont limités par rapport aussi à ce que d’autres États africains peuvent déployer comme ressources. Mais la volonté et surtout les impératifs de la révolution sont elles aussi que nous ne pouvons pas nous dérober. C’est pourquoi dans le cadre CEAO des manifestations comme celles que nous avons vu gagneraient à être étendues à d’autres cadres de rencontres politiques ou économiques parce que, pour nous, il n’est point question de bâtir une société où sera exclue la jeunesse, où sera exclue les masses populaires et dans leurs distractions, dans toutes les manifestations aussi de réjouissances des masses nous devons saisir ce qui les attisent, ce qui les regroupent et ce qui les intéressent. C’est pourquoi pour nous, chaque fois qu’il sera nécessaire d’organiser des manifestations dans le domaine du sport pour regrouper des africains entre eux nous le ferons. Chaque fois qu’il sera l’occasion du mettre des africains face à d’autres peuples pour qu’ils se mesurent et qu’ils se comprennent dans l’effort réalisé ensemble nous le ferons. Et nous avons eu plusieurs rencontres ici qui n’ont pas regroupé que des africains. Et vous pouvez compter sur nous pour continuer dans ce sens-là.

Vous demandez aussi le sens que nous donnait que nous donnons au FESTIMO, Festival International de Musique de Ouagadougou, qui aura lieu en novembre 86. Terre de culture parce que terre africaine, terre de culture parce que terre où le peuple s’exprime et s’exprime librement. Le Burkina Faso pense pouvoir offrir à la jeunesse un cadre aussi pour parler dans un langage, un autre langage qu’elle maîtrise très bien, le langage de la musique. À la faveur de cette rencontre, de ces festivals nous espérons que des musiciens viendront de partout. D’abord d’Afrique parce qu’il sera question de de musiques noires mais aussi de tous les coins du monde où la diaspora africaine, la diaspora noire est allée semer la graine de la culture africaine. Mais aussi d’autres contrés de ce monde qui viendront rencontre l’Afrique, qui viendront rencontrer la musique de la culture noire pas dans un affrontement  sectaire, les noirs se repliant sur eux même par complexe, mais au contraire dans une vision très ouverte en acceptant la différence, la diversité complémentaire, la diversité qui enrichit. Nous les noirs avons besoin de savoir d’où nous venons. Nous les noirs avons besoin de savoir qui nous sommes et qu’est-ce que nous pouvons faire. Mais nous les noirs nous avons besoin il est impératif que nous sachons ce que les autres font et ce qu’ils peuvent nous offrir. Le monde se construira avec tout le monde les noirs aussi. Et il faudrait donc que nous multiplions toutes les occasions qui nous permettrons de nous rencontrer. Et j’insiste dans un esprit qui se départit de tout sectarisme parce que le noir sans les autres aujourd’hui serait incomplet mais les autres sans le noir aussi seraient incomplets.

[Applaudissements]

Nous tendons vers une civilisation de l’universel et chacun doit se ressourcer dans ses valeurs profondes pour savoir ce qu’il doit apporter aux autres. À ce festival là nous espérons pouvoir vous comptez vous d’abord les jeunes de la CEAO mais aussi les autres jeunes de partout qui viendront ici dire ce qu’ils pensent et le message qu’ils ont à lancer. C’est donc en avant-première si vous voulez, ce que je puis vous dire sur le FESTIMO mais en d’autres occasions nous développerons davantage sur ce festival dont les préparatifs ont déjà commencé et vont bon train.

[Applaudissements]

Célestin Zongo télévision nationale du Burkina : Camarade président lors d’une manifestation sportive qui avait rassemblé des pays membres de l’ANAD à Ouagadougou, nous avons connu la participation des pays non membres de l’ANAD et encore ces journées de solidarité de la jeunesse de la CEAO ont vu la participation de pays amis non membres de la CEAO. Cela est-il politique? laquelle? et qu’est ce qu’elle vise?

Thomas Sankara :  Cela est politique et très politique. Nous ne sommes pas de ceux qui parlent d’apolitisme qui estiment qu’il ne faut pas mêler sport et politique comme si le sport n’était pas une activité pour soutenir une idée politique. Nous laissons à ceux-là leur myopie et le soin à d’autres de les guérir de cette tare-là.

C’est politique et quelle politique? Nous pensons que si ces rencontres sportives sont l’occasion pour nous d’offrir à la jeunesse burkinabè un cadre d’expression. Et bien ces manifestations sportives devraient aussi nous rappeler qu’il existe aussi d’autres jeunesses des autres peuples et par amour pour ces peuples, par amour pour ces jeunesses nous devrions les inviter, les associer à nos manifestations. Nous ne pouvons pas tomber dans l’égoïsme mesquin de ceux qui dressent des barrières autour de leurs de leurs de leurs stades, de ceux qui dressent des barrières autour de leurs manifestations pour se retrouver entre eux. Nous nous ouvrons les portes de tout ce qui est mis entre nos mains. Nous appelons toute l’Afrique a participé. Mieux durant les manifestations sportives de l’ANAD (NDLR : Accord de non agression et d’assistance en matière de défense), j’avais dit et j’insiste encore aujourd’hui que, pendant que nous nous réjouissons, nous devons penser à ceux qui n’ont pas la possibilité de le faire. Ceux-là ils sont en Afrique du sud. Ils sont comme nous. Ils sont noirs de peau parfois ils sont blancs aussi ou métis. Ils n’ont pas la possibilité de venir rencontrer d’autres jeunes pour s’exprimer, pour communiquer. Simplement parce que là-bas un système les empêche de se rencontrer. Pensez-vous que lorsqu’il y a des manifestations sportives en Afrique du sud, ce n’est pas de la politique? Pensez-vous que ce n’est pas la politique l’apartheid qui est ainsi magnifié? Et par conséquent pensez-vous qu’il est possible pour nous d’aller compétir, d’aller rencontrer en compétition des personnes qui soutiennent l’apartheid en Afrique du sud? Cela nous disons non. Et nous boycotterons tous ceux dont la politique conduit à un renforcement d’une politique anti africaine, nous les boycotterons tous et nous invitons tous les jeunes africains à les boycotter.

[Slogan: apartheid à bas! Apartheid entre les peuples à bas!]

Il n’est pas question pour nous d’enfermer la jeunesse burkinabè et africaine en général dans l’oubli des autres. Il n’est pas question pour nous d’enfermer cette jeunesse dans l’irresponsabilité. Il y a des jeunes, y a des grandes vedettes sportives de par le monde qui ne voenit que leurs records à battre, les contrats à signer et qui oublient tout, de la lutte que mènent d’autres jeunesses. Pouvons-nous organiser, nous, des manifestations avec des gens qui tuent et qui mutilent d’autres jeunes comme nous? Alors c’est éminemment politique. Ça sera toujours politique parce que ça toujours été politique. Et ceux qu’ils nous disent ne pas mêler la politique au sport savent très bien que le sport est un moyen pour renforcer notre politique. Et c’est pour ne pas renforcer notre politique qu’ils nous conseillent et nous encouragent à ne point parler de politique en matière de sport. Nous le ferons comme nous l’avons toujours fait au détriment des ennemis de l’Afrique tant pis pour eux.

[Applaudissements]

Modérateur : Bon nous allons maintenant passer au second volet la communauté économique de l’Afrique de l’ouest.

Issaka Garba : Camarade président, le prochain sommet de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest doit en principe se tenir dans votre pays. Il semblerait qu’il y a certains problèmes pour la tenue de ce sommet. Est-ce que vous pouvez nous donner plus de précisions sur ce qui se passe exactement?

Thomas Sankara en sourdine : Mais quels problèmes…?

Issaka Garba : Enfin la tenue ! Parce que dans un article de Jeune Afrique, il était apparu que ce sommet pouvait se tenir soit à Dakar ou à Abidjan. Alors ne serait-ce que pour apporter un démenti à cet article Mr le président, est ce que vous pouvez nous donner plus éclaircissements sur l’organisation de cet sommet.

Thomas Sankara : Je peux vous donner les explications dont vous avez besoin mais je ne peux pas démentir ce que l’article a dit. Parce que je ne m’occupe pas à démentir ce qui Jeune Afrique écrit.

Issaka Garba : Merci camarade.

Thomas Sankara : Jeune Afrique s’adresse à des gens qui le lisent. Et Jeune Afrique ne s’adresse pas à moi. Ma mission n’est pas de démentir ce que dit Jeune Afrique.

[Applaudissements]

Les… La CEAO a ses instances. Ce sont les instances de la CEAO qui définissent la vie, la marche la CEAO. En particulier le sommet se tient à un lieu déterminé par les instances de la CEAO. Après la conférence des chefs d’État, l’instance suprême de la CEAO, c’est la présidence en exercice. J’assume la présidence en exercice et je n’ai dit à personne où se tiendra le sommet de la CEAO.

[Applaudissements]

C’est tout pour notre ami du Niger ou bien y va-t-il d’autres précisions qui lui font défaut ?

Gabriel Tamini radiodiffusion nationale du Burkina : Camarade président… euh… l’organisation des journées de solidarité entre les jeunesses des pays membres la CEAO est une innovation du Burkina. Pouvez-vous nous dire quelles sont les raisons profondes qui sous-tendent cette innovation et si vous avez le pressentiment, le sentiment que les objectifs, ses objectifs ont été atteints?

Thomas Sankara : Est ce que les objectifs ont été atteints? Je pose la question à la jeunesse africaine qui est ici rassemblée. C’est elle qui est notre meilleur jury. C’est elle qui est notre meilleur juge et en quoi… euh… le représentant, le délégué de la Côte d’Ivoire qui a pris la parole au nom de toute cette jeunesse ici rassemblée. On peut être gêné d’avoir à répondre à votre question. Gêné parce que je ne voudrai pas répéter ce qu’il a dit si brillamment. Gêné parce qu’il est impossible aussi de contredire ce qu’il a dit qui est si vrai. Mais si nous avons tenu à ce que cette innovation comme vous l’avez qualifiée dans ce produit. C’est parce que pensons-nous il ne peut pas y avoir de communautés économiques sans les masses, sans les peuples.

Depuis sa création, la CEAO a été, au prix de grands efforts de ses dirigeants, menée de bout en bout de conférences en sommets, de conseils d’administration en réunions, en séminaires. Elle a été construite pas à pas par des hommes dont nous ne cesserons de louer les efforts, les mérites mais l’œuvre doit se poursuivre. Cette œuvre-là consiste pour nous à rendre la CEAO à son propriétaire unique et universel, à savoir les peuples de la CEAO. D’autres auront à parachever, à continuer cette œuvre dans d’autres domaines.

La particularité de la mission du Burkina Faso dans la CEAO, c’est cela. Depuis que le Burkina Faso assume la présidence en exercice de la CEAO et bien, plus personne n’est indifférent à la vie de la CEAO. Et il faut qu’il en soit ainsi. Hier se tenaient des réunions qui avaient leurs mérites, nous le soulignons. Mais aujourd’hui nous faisons en sorte que, autour d’un ballon, autour d’une guitare ou sur les rings de boxe, les jeunes également parlent de la CEAO, s’interrogent. Car en fait pour qui est-ce nous voulons construire la CEAO si les principaux intéressés ne sont pas là? A quoi servirait la CEAO ? Aujourd’hui ce sont les jeunes, demain ce sera d’autres catégories sociales qu’il faudra nécessairement appeler. Il faut que la CEAO soit effectivement la CEAO de 35 millions d’habitants et non plus la CEAO de quelques-uns qui vont porter sur eux tout seul la responsabilité de construire cette entité à laquelle il faut croire. Mais en même temps il faut que les masses populaires propriétaire unique et universel de la CEAO donnent à cette CEAO son orientation et ne saurait en être exclu. L’orientation de la CEAO qui mettra en valeur tout ce qui peut répondre à nos intérêts à nous. Des délégations de pouvoir finissent par être des usurpations dangereuses. Il faut donc que les peuples parlent. Et sur le plan économique, c’est les masses africaines qui diront quelles sont les limites de l’intégration. C’est ces masses aussi qui diront quelles sont les limites de l’ouverture. Faut-il ouvrir nos portes de façon inconsidéré? Faut-il aussi les fermer? Faut-il nous replier sur nous-mêmes? Voilà des questions que l’on peut se poser. Mais aussi, nous nous posons d’autres questions. Est-ce que la CEAO nous appartient effectivement? Est ce qu’il n’y a pas manipulation? En un mot est-ce qu’il n’y a pas domination impérialiste sur nos économies à travers des entités ? Mais lorsque les peuples se mettent debout c’est l’impérialisme qui tremble. Et en mettant les peuples de la CEAO debout c’est l’impérialiste qui va trembler.

[Applaudissements]

C’est pourquoi nous nous sommes en train de mettre les peuples de la CEAO debout. Le temps de l’exercice, de notre exercice nous permettra pas de mettre tous les peuples de la CEAO debout, mais ne serait-ce que la jeunesse c’est à dire vous ici présent, vous êtes désormais debout.

[Applaudissements]

Et ceux qui tremblent c’est d’abord l’impérialisme. Ensuite ce sont les valets locaux de l’impérialisme qui tremblent. Tous ceux qui ont  peur des journées de solidarité de la jeunesse de la CEAO sont en train de faire le jeu objectivement, consciemment ou inconsciemment de l’impérialisme.

[Applaudissements]

Et tous ceux qui sont anti-impérialistes ne peuvent que donner de la voix dans cette œuvre. C’est pourquoi je ne peux qu’être heureux et satisfait parce que non seulement cette manifestation est politique. Rien de ce que l’Homme fait n’échappe à la politique. Mais aussi parce que nous venons ensemble de donner un coup cinglant à l’impérialisme en lui démontrant que nous nous comprenons très bien ici en Afrique et nous saurons démasqués ses manœuvres et aussi ses valets “relais” locaux.

Source : retransmission d’une cassette audio.

Cette première partie résulte de la retranscription du fichier audio. Commence ici une deuxième partie d’une retranscription trouvée dans les archives diplomatiques en France borderau DAM DU 12 décembre 1985.

Issa KODE (Radio diffusion télévision de Guinée – CONAKRY) QUESTION : Monsieur le Président, en votre qualité de président en exercice de la Conférence des chefs d’État de la Communauté Économique de l’Afrique de l’Ouest, il y a une réalité qui nous préoccupe tous aujourd’hui, c’est cette famine et cette sécheresse qui est devenue réalité dans notre continent et notre sous-région n’est pas épargnée par ce fait. Avez-vous durant votre mandat pris contact avec certains de vos amis chefs d’État pour adopter une certaine lutte face à ce fléau ?

Seconde question : Le dossier DIAWARA, où en êtes-vous ?

Pt SANKARA : A propos de la sécheresse, nous l’avons dit et il me plaît de répéter ici que la sécheresse revêt deux aspect : un aspect physique mais surtout un aspect politique. L’aspect physique, c’est la répartition des pluies ou leur insuffisance, en quantité, en qualité du point de vue de la répartition. C’est là qu’est la sécheresse. Nous le constatons et nous le déplorons. Mais le plus important, c’est l’aspect politique de la sécheresse. Encore une fois, rien de ce que vit l’homme, rien de ce que fait l’homme n’échappe à la politique.

Quels sont les aspects politiques de la sécheresse ?

Et bien la sécheresse est la preuve de la mani­festation concrète de la domination coloniale, néocoloniale et impérialiste de notre sous-région. Domination parce que depuis que nous avons été colonisés, nos colonisateurs savent très bien quels sont les cycles qui se produisent et se reproduisent ici dans nos régions. Mais nous constatons que le colonisateur, le colonialiste n’a jamais pensé à doter l’Afrique d’infrastructure qui lui permette de garantir son autosuffisance alimentaire, qui lui permette d’échapper à cette disette-là, des disettes conséquentes à la sécheresse. Nous constatons aussi que dans nos relations pour construire nos jeunes États nous n’avons pas trouvé chez ceux qui viennent à nous sous des allures de philanthropes, nous n’avons pas trouvé chez eux la disponibilité et les dispositions sincères à nous doter, à nous aider à construire un pays qui lui, échappe à la sécheresse. Mais surtout, nous avons remarqué que l’impérialisme est celui qui s’engraisse lorsque les africains maigrissent du fait de la sécheresse. L’Europe par exemple, a connu des famines, de grandes famines très graves, mais l’Europe ne connaît plus de famines. L’Europe s’est organisée pour ne plus connaître la famine. C’est l’Europe qui a colonisé l’Afrique, Est-ce que l’Europe a transféré en Afrique ce qu’il fallait aussi pour ne plus connaître la famine ? Il y a comme un malin plaisir, un plaisir cynique à entretenir la sécheresse et la famine, à pouvoir programmer tous les six ans, tous les sept ans, tous les douze ans la sécheresse chez les autres, chez nous afin de pouvoir déverser chez nous les trop-pleins de la production agricole des paysans d’ailleurs, afin de pouvoir absorber leur production, d’équilibrer leur économie, mais aussi afin de pouvoir mettre dans ce que l’on appelle l’aide alimentaire un rien d’impérialisme, un rien de passéisme qui fait que chaque grain que nous recevons ici a un arrière-goût, un arrière-goût amer et impérialiste.

La Guinée avec ses immenses ressources, ses sols si riches, l’eau abondante, ses paysans si valeureux, si courageux, et si méritants, la Guinée à elle seule aurait pu nourrir, pas seulement la Guinée, mais tous les États de l’Afrique de l’Ouest. C’est un grenier inépuisable, mais hélas des frontières existent qui font que lorsqu’en Guinée les bananes pourrissent, faute d’avoir pu être exportées là-bas en Europe, et bien ici, au Burkina Faso, l’on meure de faim. Ce qui fait aussi que parfois lorsqu’ailleurs, lorsqu’en Côte d’Ivoire on a besoin de viande et que l’on est obligé d’importer cette viande de très loin, d’en dehors de l’Afrique, et bien ici, au Burkina Faso, au Niger, au Mali, des troupeaux sont inexploités, c’est la balkanisation, et c’est pourquoi nous, nous dénonçons l’impérialo-balkanisation.

Allez là-bas au ZAIRE, le Kiwu à lui tout seul devrait pour traiter les plantations de bananes de cette région, il faudrait tous les avions de la CEAO pour l’épandage des produits et les 35 millions d’habitants que nous sommes n’ont pas fini de consommer les productions céréalières de manioc et les bananes de ces régions-là Cependant, nous mourons de faim. Notre sécheresse, elle n’est pas invincible. Prenez un pays comme ISRAËL.  ISRAËL aujourd’hui malgré les conditions climatiques qui sont très dures

Malgré la pauvreté des sols et les territoires exigus, nous savons pourquoi, et bien ISRAËL réussit le miracle technique de produire des agrumes, les fameuses oranges du JAPON, des agrumes qui sont vendus à travers le monde.

Allez en Afrique du Sud, le désert de Kalahari on en parle que dans les manuels, mais le désert de Kalahari produit des richesses vivrières. Pourquoi ? Pourquoi notre Sahel qui reçoit plus d’eau que le désert de Kalahari, reçoit plus d’eau que les territoires d’ISRAEL, pourquoi notre Sahel ne réussirait-il pas à faire mieux donc que ces régions, que ces contrées-là ?  Et bien tout simplement, parce que aux uns l’on a apporté tout l’apport logistique, la haute finance et aux autres, et bien l’on nous maintient dans les traditions archaïques, l’on nous refuse les engrais, l’on nous refuse les machines et quand nous allons pour les acheter, on nous impose des prix qui sont hors de notre portée, dans des rapports qui sont de dominateurs à dominés, dans des rapports qui sont des rapports injustes d’exploitation, tant et si bien que le cacao ici ne peut pas acheter la machine qui doit produire, qui doit aider à produire ce cacao, bien que ce soit la richesse du cacao, du café, la richesse de notre bétail ici qui ait produit les ressources qui ont permis de créer ces machines. C’est cette exploitation, cette domination    capitaliste du monde qui veut aussi que la sécheresse continuera et pour finir avec la sécheresse, il faut lutter contre le capitalisme. Pour finir avec la sécheresse, il faut lutter contre le capitalisme, pour finir avec la sécheresse, il faut lutter contre l’impérialisme faute de quoi nous serons toujours dans la dépendance et puis, enfin, pour que nous ne soyons pas en mesure de combattre la sécheresse, pour que nous ne soyons pas en mesure de combattre le effets de la sécheresse, l’en a fait en sorte que nous soyons noyés et couverts d’aide alimentaire. Les aides sont arrivées abondantes dans mon pays, il ne faut pas le nier, et en passant aussi, Je dois reconnaître que certaines de ces aides sont venus de partout très sincères, et que des hommes, des femmes dans des pays lointains « de façon spontanée, ont accompli des actes de sincère générosité. Mais globalement et généralement, ces aides sont une opération de pure domination. Ces aides ont ce relent très désagréable et très nocif de nous voiler la face devant les réalités que nous allons rencontrer tôt ou tard. La sécheresse reviendra. Il y a eu de la pluie cette année mais la sécheresse reviendra un jour ou l’autre. C’est-à-dire que ces aides ont fait en sorte que l’Africain que nous sommes n’a rien produit, n’a rien sorti de son imagination pour résister à la sécheresse. Nos pères cependant ont connu des famines, ont connu des sécheresses et ont imaginé des solutions pratiques. Ils ont ainsi introduit certaines cultures, ils ont ainsi introduit certaines recettes culinaires pour résister à la sécheresse. Ils ont ainsi organisé la société et l’exploitation de leurs terres, mais nous nous sommes en cette période de la fin du XXe siècle, nous sommes dans une époque très difficile où la sécheresse ne produit même pas le déclic intellectuel de la création de solutions, parce que nous sommes noyés et submergés d’aide alimentaire. Pourquoi voulez-vous que l’ingénieur agronome africain cherche une solution pour trouver une espèce rare qui résiste à la sécheresse lorsque les organisations internationales et les pays sont là à courir après lui en lui demandant simplement de remplir une lettre de demande d’aide alimentaire ? On a transformé nos ingénieurs et nos vétérinaires en écrivains publics et ils écrivent des lettres de demandes d’aide alimentaire. De même on a transformé les chefs d’État africains en quémandeurs. Sur 100 discours de chefs d’État africains, 75 sont consacrés à demander de l’aide alimentaire. Faites le compte. C’est une spécialité. Alors nous pensons que tout cela doit finir. Mais la sécheresse est un problème très grave et on utilisera encore la sécheresse contre nous. Nous pensons d’ailleurs que les autres aspects physiques de la sécheresse doivent être combattus et nous estimons que ne sont pas innocents tous ces engins qui sont dans l’espace, aujourd’hui on parle du programme IDS, et bien tous ces engins que l’on envoie dans l’espace, les satellites qui tournent, très sûrement perturbent l’atmosphère de façon à déranger le cycle normal des pluies et donc à créer des conséquences pour nous. Nous sommes sûrs que du haut de leurs satellites les puissances ont les moyens d’examiner, de contrôler, de deviner et de prévoir l’évolution des saisons. Mais bien entendu elles ne le font pas parce que ces saisons ne menacent pas du tout leurs régions, parce que ces saisons menacent simplement de régions délaissées pour compte. Et bien, nous disons que, bien que nous ne soyons pas en mesure techniquement, scientifiquement de démontrer leur culpabilité, intuitivement nous en sommes persuadés. Et c’est pour cela que nous exigeons que pour chaque engin envoyé dans l’espace, il y ait, ne serait-ce que 2 % du budget de cet engin-là mis de côté pour faire face à la perturbation, provoquée par eux, de l’écologie. C’est justice aussi

Le frère Guinéen a demandé où est-ce que l’on en est avec l’affaire DIAVARA. J’avais cru comprendre où se trouve DIAWARA ? Et j’allais lui répondre DIAWARA se trouve là où vous et moi avons la chance de n’être pas. Mais il n’y a pas d’affaire DIAWARA. Insensiblement, d’une façon pernicieuse, on a tenté de nous parler de l’affaire DIAWARA. Non DIAWARA n’est qu’un individu dans une bande, peut-être que c’est le nom le plus facile qui a été prononcé. Bon, je veux bien, DIAWARA cela rime parfaitement avec SANKARA peut-être, mais il n’y a pas que DIAWARA et il faut oublier. Il faut parler de l’affaire CEAO, l’affaire de 6 milliards et demi de dissipés C’est plus correct. Il y a des complicités. Il y a des responsabilités bien plus élevées que celles de DIAWARA, du pauvre DIAWARA. A la limite DIAWARA n’a fait que receler. A la limite DIAWARA n’a fait qu’agir en commis voyageur pour aller placer ici et là en tentant lui aussi d’enlever sa part. Donc il y a les autres. Vous voyez que l’affaire est complexe. On a même tenté de la rendre trouble et confuse mais nous allons la clarifier afin de la mettre à votre disposition, à la disposition de l’Afrique, parce qu’il s’agit de démontrer que des africains d’un certain acabit ne sont pas du tout sérieux. Il s’agit de montrer que ces africains-là, malgré leurs grosses cravates, malgré leurs nœuds papillon et leur queues de pie, malgré aussi leurs grosses lunettes et leurs envolées lyriques, ces africains-là demeurent purement et simplement des reproductions, mal réussies du reste, des imitations du système d’exploitation capitaliste qu’il y a ailleurs. Quelques individus sont là, manipulent les textes, manipulent les chiffres et font en sorte que 6 milliards et demi s’envolent comme ça, facilement, gratuitement Malgré les conseils d’administration, malgré les réunions des ministres, malgré les conférences des chefs d’état, de l’argent disparaît. C’est quand même fort ! C’est quand même fort ! Et bien c’est tout cela qu’il faut dénoncer, il faut dénoncer cela, faire en sorte que plus jamais nous ne rencontrions de tels individus tristes et sinistres et ce sera le procès. Car il y aura procès. Ce sera le procès d’une certaine petite bourgeoisie bureaucratique, affairiste, ce sera le procès de tous ceux qui, lorsque leur signature commence à prendre une certaine valeur, ils la monnaient et se payent eux-mêmes, sous les tables. Ce sera donc un procès qui ira au-delà de 6 milliards et demi de francs. Ce sera un procès qui va nous obliger, chacun de nous, à nous interroger. Est-ce que nous avons géré les biens de nos Etats au profit de nos peuples sincèrement et correctement ? Ce sera le procès de tous ceux qui, parce qu’ils ont eu la chance d’être dans la minorité des 20 %   d’africains qui ont pu aller à l’école, et bien exploitent les autres. Il y a 20 % d’africains qui vont à l’école, il y a à la fin, au bout du rouleau, 2 % qui accèdent comme hauts cadres, comme cadres de l’administration. Eh bien, comment 2 % à eux seuls, 2 % des enfants scolarisables, pas 2 % de la population, car s’il s’agit de la population, il faut compter 0,035 %   de la population, qui accède au savoir. Comment à eux seuls   ils vont organiser en une espèce de camarilla, une espèce d’AL CAPONE ensemble, ils vont organiser ce pillage là, au détriment de nos masses populaires.

Et c’est toutes ces questions qu’il faut poser. Et chacun de vous doit regarder autour de lui, démasquer, dénoncer et combattre tous ceux qui se sont comportés comme ces gens que vous appelez, que vous “fourres” dans l’affaire DIAWARA. Il y en a. Il y a des DIAWARA. Partout Il faut les mettre tous en prison. Malheureusement, vous comprenez qu’à partir du moment où nous avons annoncé les couleurs de cette façon-là, en disant que le procès de cette affaire que l’on dénomme à tort “affaire DIAWARA” ira au-delà de la seule personne de Mr DIAWARA, et bien, à partir du moment où nous avons annoncé les couleurs de cette façon, il y a eu de l’agitation, du mécontentement. Il y en a même qui sont inquiets, dans la torpeur, parce qu’ils savent que pas seulement à Ouagadougou, mais partout, partout où la jeunesse africaine peut écouter, entendre et comprendre, elle jugera. Elle sera impitoyable. Ceux qui ont peur, ce sont ceux qui ont de “la colle aux pattes”.

“Africa Report” de Washington Post QUESTION : Je voudrais vous demander si vous ne pensez pas qu’il y a double emploi entre la CEAO et la CDEAO, et si oui, quelle solution vous envisagez pour éliminer ce double emploi ?

Pt SANKARA : Nous pensons que la CEAO existe et que la CDEAO existe. D’abord c’est un constat que nous faisons, mais nous estimons que ces créations, pour ce qu’elles ont de positif, car tout n’est pas positif dans ce que fait l’homme, pour ce qu’elles ont de positif répondent à un besoin, besoin de combler un vide, un vide, vide économique, vide organisationnel. On a créé la CEAO pour résoudre un problème, on a créé la CDEAO pour résoudre aussi un problème. Mais plus l’on ira dans la résolution correcte de ces problèmes que l’on n’a pu résoudre, plus l’on s’apercevra que CEAO et CDEAO convergent, œuvrent pour le même objectif et nous, nous n’avons pas hésité à envoyer une mission auprès du président en exercice de la CDEAO, le président du NIGERIA, le président BÀBAMKIDA pour lui faire comprendre notre point de vue, notre vision des relations entre CEAO et CDEAO. Relations complémentaires aujourd’hui,

Pt SANKARA : Je regrette avec mes frères de Côte d’Ivoire, du Togo, du Bénin, du Niger, de la Mauritanie, du Ghana, de la Guinée, du Sénégal, je regrette avec tous mes frères de la CEAO, et ceux qui ont été associés en la circonstance n’avoir pas eu le plaisir de serrer la main à la jeunesse malienne, une jeunesse si riche, une jeunesse qui nous aurait offert un football de qualité, une jeunesse qui nous aurait offert de la musique de qualité, une jeunesse dont les sentiments africains sont indiscutables, une jeunesse dont l’action pour l’Afrique depuis que le Mali, le grand Mali comme nous le connaissons et le respectons, depuis que ce Mali est inscrit dans la voie du progressisme, une jeunesse qui n’a cessé d’être d’une contribution efficace à la construction de l’Afrique. Nous nous souvenons avec beaucoup d’émotion africaniste de cette tentative de l’époque de regroupement Ghana/Guinée/Mali. Déjà avec NКWAME N’KRUMÀH en tête, la jeunesse malienne à cette époque-là donnait des leçons, des leçons que nous en Haute-Volta nous avons appréciées et je suis sûr que d’autres jeunesses africaines ont apprécié à l’époque ; C’est cette jeunesse là que nous aurions pu rencontrer. Hélas, elle n’est pas venue ;

Tous me demandez quelle réponse je peux donner à nos frères africains qui sont là et qui n’ont pas eu cette chance, comme moi d’ailleurs, de serrer la main à la jeunesse du Mali. Et bien je peux simplement leur dire qu’en tant que président en exercice de la CEAO, je ne peux que remettre la question aux autres chefs d’État de la CEAO, parce que ce n’est pas le Burkina Faso qui a évité la jeunesse malienne, c’est la Côte d’Ivoire, plus le Sénégal, plus le Niger, plus le Bénin, plus le Togo, plus la Mauritanie, plus le Burkina et plus le Mali membre de la CEAO qui ont invité la jeunesse du Mali. Alors, il appartiendra au Mali de répondre à l’ensemble de la CEAO pourquoi ils n’ont pas pu venir et certainement qu’il y a eu des raisons très valables et nous allons déplorer ensemble avec nos frères du Mali les empêchements qui ont fait qu’ils n’ont pas pu être avec nous. Mais je voudrais que chacun de nous ait une pensée en direction de nos frères du Mali empêchés par qui et par quoi, point d’exclamation.

3eme partie RELATIONS BILATERALES

Pt SANKARA : Je constate qu’il n’y a pas de questions, donc on peut encore plus rapidement passer au dernier volet.

4èmE PARTIE : LA POLITIQUE INTERNATIONALE

QUESTIONS ; La question porte sur la culture d’un problème en ma­tière de politique internationale sur le domaine culturel. Il s’agit de l’Institut des Peuples Noirs. Un projet qui a été initié par le Burkina Faso et qui semble avoir l’approbation   de la communauté internationale. Est-ce que le camarade Président peut nous en parler ?

Pt SANKARA :   Oui, nous sommes en train de mettre en chantier ce projet qui nous tient à cœur ; l’Institut des Peuples Noirs, parce que il nous faut cet institut pour que chaque homme, blanc, noir ou d’une autre couleur, vienne à cet institut connaître ce que l’homme noir   lui aussi apporte à l’humanité. Cet institut est en train d’évoluer très bien. Malheureusement, il y a eu quelques confusions qui ont été faites au départ et nous craignons que nos explications n’aient pas encore suffit à faire la part des choses entre cet institut des Peuples Noirs et d’autres concepts qui ne sont point les nôtres. Notre institut, l’institut que nous avons proposé, finalement sera l’institut de tous. Il veut permettre à chacun d’entre nous, africains d’abord, de venir dire, ce que le noir a fait dans l’histoire de l’humanité et ce qu’il fait actuel­lement et ce qu’il pourra faire demain. Souvent, l’on a tendance à parler des grandes civilisations en oubliant les noirs. L’on a tendance à parler de la vie, de l’évolution du monde en oubliant le noir. Prenez par exemple les guerres mondiales, la deuxième guerre mondiale, on oublie bien souvent le noir et ce qu’il a vécu, ce qu’il a subi et ce qu’il a offert, comme capital, comme sang, comme sueur, comme effort. Sans l’Afrique, la victoire n’aurait pas été complète. Sans les noirs d’Afrique par exemple… C’est nous qui sommes anticolonialistes, nous qui avons volé au secours de l’Angleterre, c’est nous qui sommes allés nous offrir en holocauste contre HITLER et pour l’humanité. Bien sûr, avec eux aussi. Mais combien de généraux africains avez-vous dans la deuxième guerre mondiale ? Pourtant il y en a qui sont restés et ceux qui ne sont pas morts là-bas sont là mutilés. Je ne demanderai pas à notre grand Chancelier de se lever mais de boiter un peu pour qu’on voie. Et pourtant on ne veut pas reconnaître ces valeurs-là. On ne veut pas reconnaître leurs mérites, le sang qu’ils ont versé. On parle de civilisation, on parle de musique comme si le noir n’a rien apporté à la musique moderne, à la musique universelle. Prenez la musique. Extrayez de cette musique la part du monde noir, il ne reste plus que quelques bourdonnements. Quelques bourdonnements qui ne réussissent plus à faire vibrer. Car le rythme c’est d’abord nous. C’est nous qui avons introduit le rythme et les autres l’ont adapté par la suite. Même si ils nous renvoient nos tam-tam sous la forme de batteries modernes, de cymbales et de timbales, et bien c’est d’abord par nous, c’est de chez nous qu’est parti ce rythme. Prenez la peinture, sans le noir il n’y aurait pas eu la peinture, et PICASSO s’il avait été ici nous aurait dit tout ce que l’expression artistique du monde noir lui a inspiré comme élan, comme chaleur dans le tracé de ses courbes, dans le tracé aussi de ses images, dans la reproduction de ses sentiments, il y a de la présence, et PICASSO lui aussi s’est ressourcé dans le monde noir. Romains et Grecs avaient aussi leurs noirs et très tôt ils parlaient des noirs. Il nous faut cela, et pas dans une vision raciste, loin de là, mais au contraire un institut de ce genre qui nous permette aussi de recevoir les autres, par exemple l’on tente de séparer les Arabes africains des noirs africains. Pour nous, nous estimons que Arabes africains et noirs africains sont tous des Africains d’abord.

Il y a ce coefficient commun. Mais nous estimons que l’histoire du monde Arabe est Indissociable du monde noir et les Arabes ont à nous apporter quelque chose. Comment est-ce que le monde noir est perçu chez les Arabes, comment est-ce qu’il est perçu chez les Européens ? Ils ont beaucoup à nous apporter comme nous avons quelque chose à leur apporter. Nous avons à communiquer. Communiquer pour balayer nos différences. Communiquer pour balayer les aspérités artificielles qui existent. Communiquer aussi pour faire en sorte que nous puissions nous accepter mutuellement. Voilà notre vision de cet Institut des Peuples Noirs. Nous connaître pour mieux participer. Mais il ne faut certainement pas donner à cet institut une coloration raciste et vous verrez que lorsque cet institut sera ouvert beaucoup de non noirs seront là pour donner des conférences, pour faire des recherches ou pour enseigner. Qu’ils viennent de l’Asie, de l’Amérique, de l’Europe, de l’Océanie, d’Afrique, ils seront tous conviés parce qu’ils ont quelque chose à apporter et nous souhaitons que cet institut puisse réussir, de faire en sorte que demain il n’y ait plus qu’une seule couleur dans le monde entier. Lorsque dans une espèce de melting-pot nous aurons fusionné toutes les couleurs, on sortira quelque chose de différent, mais peut-être de très beau, mais peut-être aussi qui nous fera perdre tous ces aspects si beaux ici, les tonalités, le noir qui est beau, mais le blanc aussi qui n’est pas moins beau.

QUESTION :   Camarade Président, vous avez récemment dit que la Révolution burkinabé est à la disposition d’autres peuples. J’ai remarqué de par la ville les pancartes qui disaient « point de barrières entre les jeunesses de la CEAO ». Je voudrais vous demander s’il existe des barrières entre des régimes de la CEAO et si oui comment on peut enlever ces barrières ? Comment vous envisagez cela ?

Pt SANKARA : Je voudrais demander à notre ami. Vous parlez de quelle sorte de régime, régime de bananes ou régime alimentaire ? Ah, régime politique ! La précision est de taille.

Nous avons dit et nous n’avons pas été compris que la révolution burkinabé est à la disposition de tous les peuples. Nous l’avons dit. Malheureusement nous n’avons pas été compris. On nous a compris, un peu de travers, peut-être volontairement d’ailleurs, on nous a mal compris pour ne pas bien nous comprendre.

La révolution burkinabé est à la disposition des autres peuples en ce sens que, et voilà une preuve,    c’est grâce à la révolution que nous sommes en train d’appeler ici à Ouagadougou des jeunes des autres pays d’Afrique et qui ont accepté de répondre présents malgré les différences de régime. C’est la révolution qui a permis cela. Hier, notre pays s’appelait la Haute-Volta et était membre de la CEAO. Pourquoi il n’y a pas eu cela ? Voilà comment nous sommes à la disposition des autres peuples. Tout ce que nous avons de positif, que nous puissions faire grâce à la révolution, nous le faisons pour nous mais nous le mettons également à la dispo­sition des autres. Exemple : entre le Mali et notre pays qui s’appelait la Haute-Volta il y avait un fameux veto. Notre pays avait mis son veto pour l’entrée du Mali à l’UMOA. Mais depuis que nous sommes devenus révolutionnaires, nous avons ouvert la porte de l’UMOA au Mali, Voilà comment nous mettons la révolution au service du peuple malien. Pourtant il y a eu des régimes qui nous ont précédés. Il y a eu des négociations, je me souviens,  j’étais moi-même dans un gouvernement et le président du Mali était là, est venu rencontrer notre gouvernement, et nous n’avons pas eu le courage d’aider le peuple malien à entrer dans l’UMOA puisque le peuple malien le voulait. Nous n’avons pas pu avoir ce courage-là. C’était triste, mais la révolution nous a permis de réaliser cet acte là aussi facilement, aussi naturellement, sans rancune, et sans exiger de reconnaissance quelconque et sans regrets.

Donc la révolution décidément elle est vraiment, elle est bel et bien au service de tous les peuples maintenant. S’il y a des barrières entre les régimes politiques, ces barrières comment peut-on les lever ? Vous savez un régime, deux régimes ne peuvent pas supprimer les barrières qui existent entre eux. Je ne crois pas que ce soit possible. Deux régimes A et B, blanc et noir, ne peuvent pas supprimer les barrières. C’est le peuple un jour qui décide de se réconcilier, de s’entendre sur le dos des régimes et le régime le plus adapté au peuple est celui qui va survivre.

Journal allemand ” DIE WELT” QUESTION :       J’aimerais bien savoir votre position sur la rencontre REAGAN – GORBATCHEV.

Pt SANKARA : Bon. D’abord, je constate qu’ils ne m’ont pas invités Je n’y étais pas. Ils ne m’ont pas invité parce que j’ai l’impression que ces choses-là se discutent au-dessus et par-dessus la tête des autres, c’est la première chose que je constate. Sinon on nous aurait envoyé des cartes d’invitation et nous aurions délégué des camarades pour assister et venir nous dire ce qu’il faut en penser. Mais n’ayant pas été conviés à une telle rencontre, il m’est difficile de donner mes appréciations. Mais en même temps, je lis dans la presse que l’on a parlé de la paix dans le monde. Or, la paix dans le monde, est-ce que l’on peut en parler sans parler de la paix au Burkina Faso? Est-ce que l’on peut parler de la paix au Burkina Paso sans rencontrer les Burkinabé ? C’est cela qui me paraît assez bizarre dans la rencontre entre GORBATCHEV et REAGAN. La prochaine fois, nous leur ferons remarquer qu’ils feraient mieux de nous inviter. De toute façon, leurs ambassadeurs sont là et j’espère et je sais que dès qu’ils vont sortir ils vont envoyer des messages. Alors, dans vos messages, dites que le président du Burkina Faso exige que la prochaine fois où ils vont se rencontrer pour parler de la paix dans le monde, qu’ils nous associent tous, sinon nous leurs refusons le droit de parler de la paix dans le monde.

Maie on même temps je me demande si on veut vraiment la paix. Je ne sais pas. Est-ce qu’on veut vraiment la paix ? Je n’en suis pas si sûr que cela. Voyez-vous, on nous a appelés tous à l’ONU (Organisation des Nations Unies). Il faut venir pour que les hommes se retrouvent, pour que les peuples se retrouvent et que l’on parle de la paix parce que ces criminels nous appellent, nous le regrettons, nous ne voulons plus voir çà. C’est très bien. Mais on est arrivés à l’ONU, ils ont trouvé que tout le monde ne devait pas parler. On a créé un conseil de sécurité, à quelques-uns. A l’inté­rieur de ce conseil de sécurité on a trouvé aussi qu’il ne faut pas laisser tout le monde parler et on a créé un noyau dans le conseil de sécurité. Des membres qui, eux, ont un droit de veto. Aujourd’hui on trouve que cela ne suffit pas, ils sont cinq, non ? On trouve que cela ne suffit pas, il vont se trouver maintenant à deux, ils ont déjà inscrit trois. Moi, je ne sais pas demain qui va rester tout seul pour préparer la paix ? Voyez-vous, lorsque je parlais de l’Institut des Peuples Noirs, j’aurais dû dire en répondant à cette question que nous avons tous fait la guerre et aujourd’hui, parce que certains se disent avoir été les premiers sur le terrain, ils se sont livrés à certains partages et se sont arrogés des droits pour partager l’Allemagne, pour partager le monde à notre insu et sans nous, comme si nous n’étions pas là-bas en train de nous battre. Chaque africain ici a dans sa famille un ancien combattant ou quelqu’un qui est resté là-bas à la guerre, chacun de nous ici. Mais aucun européen ne peut dire qu’il a dans sa famille au moins un qui est venu mourir en Afrique pour les Africains. René CAILLÍE, FAIDHERBE, MONTEUIL, BRAZZA, tous ces gens, c’est bien, mais ne présentent pas l’ensemble de la population. Alors je pense que pour parler de la paix, on devrait donner à nous autres, qui voulons sincèrement la paix, et qui n’avons d’autres solutions que de faire la paix, c’est à nous qu’on devrait laisser le soin d’en parler ; Entre des gens qui sont aussi armés, les américains et les soviétiques comment peut-on parler de la paix ? Ils sont en train de parler de la guerre des étoiles, l’on a même pas fini la guerre des grottes ;

C’est pas possible. Il faut donc qu’ils nous laissent le soin de parler de la paix et nous nous savons ce que c’est que la paix parce que lorsqu’on envahit un petit pays, et bien tous les petits clans, lorsque l’île de GRENADE a été envahi tous les petits pays ont tremblé. En tout cas, nous ici, nous avons tremblé. Nous savons ce que c’est que la paix. Mais les grands ils sont à l’abri de cela. Donc, c’est assez triste que l’on parle de la paix alors qu’on construit des armes et des armes encore. Intervention du commentateur pour remercier les journalistes.

Pt SANKARA    A mon tour, je voudrais remercier toute cette jeunesse qui est là, qui est venue de différents pays africains. Pour certains, c’est la première fois qu’ils viennent ici à Ouagadougou, qu’ils viennent au Burkina Faso. Pour beaucoup d’entre eux, presque tous, c’est la première fois qu’ils viennent au Burkina Faso depuis la révolution et c’est pour eux l’occasion de voir, de constater ce qu’est le Burkina Faso. On a tellement dit sur ce pays, on a tellement raconté sur ce que nous faisons ici qu’il faut voir le Burkina Faso. Cela vaut la peine. Ne serait-ce que pour démentir ce qui est dit ailleurs mais en même temps je me réjouis qu’autour de la jeunesse africaine que nous constituons ici ensemble, il y ait des non africains qui soient là. Il y a des américains, des chinois, des coréens, il y a des français, des allemands, des soviétiques, enfin ils sont tous là, voyez, ils sont avec nous, et je suis persuadé qu’ils sont tous contents, n’est-ce pas Messieurs les ambassadeurs. Bien, alors je veux dire par là qu’on nous laisse faire, qu’on laisse la jeunesse africaine faire, elle va unir tous les peuples.

Je remercie tous ceux qui se sont produits à l’occasion de ces journées de solidarité, les sportifs, les artistes etc. Ils ont tous mérité, les buts qui ont été marqués n’ont pas été marqués contre telle ou telle équipe, ces buts ont été marqués contre tous ceux qui veulent diviser l’Afrique. Faites la somme des buts et vous verrez qu’il y a eu beaucoup de buts contre les ennemis de l’Afrique et demain il y aura encore des buts. Les coups de poing que les boxeurs se sont donnés, ces coups de poing-là c’est contre les ennemis de l’Afrique. Lorsque les “Amazones” de Guinée égrenaient les notes de guitare, c’était pour encourager la marche contre les ennemis de l’Afrique, lorsque les petites Gibode faisaient leur prestation brillante, c’était pour inviter tous les jeunes africains à se lever contre les ennemis de l’Afrique. Et c’est pourquoi lorsque les africains se mettent debout les ennemis de l’Afrique tremblent. Les ennemis de l’Afrique, ils sont en Afrique aussi, il y a des ennemis de l’Afrique qui ont la peau noire comme vous et moi, n’accusons pas seulement les blancs, ils ne sont pas seuls responsables de nos problèmes, il y a aussi tous les noirs, il faut les démasquer. Il y a des noirs qui n’ont que du cirage sur la peau. Dès que la pluie de la vérité tombe, ce cirage s’en va et révèle une couleur qui n’est pas le noir, qui n’est pas le blanc qui n’est pas le jaune, qui n’est pas le rouge. Mais vous connaissez cette couleur-là. Alors, je souhaite à tous bon retour dans vos pays respectifs, bon retour auprès de vos jeunesses, je vous demande à tous de porter le message de la CEAO. J’ai bien entendu ce que votre représentant a dit tout à l’heure et je veillerai de toutes mes forces auprès des autres chefs d’État de la CEAO afin que soient institutionnalisées de telles rencontres, tout en allant vers l’amé­lioration, tout en faisant en sorte que la CEAO soit rendue effec­tivement à son propriétaire universel et unique à savoir : le peuple qui constitue le peuple de la CEAO. Je vous remercie.

Source : Retranscription issue des archives diplomatiques, bordereau 359/DAM du 12 décembre 1985

Les fichiers joints

  • K7 N°11 Conference de presse • ERROR • 396 click
    janvier 15, 2020

    Conférence de presse du PF lors des journées de solidarité des jeunesses de la CEAO 6 décembre 1985

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Cet extrait de conférence de presse, totalement inédit jusqu’ici, nous a été envoyé par le journaliste suisse Christophe Koessler, parmi d’autres documents qui lui avaient été confiés lors d’un séjour au Burkina. Nous lui adressons ici nos très chaleureux remerciements au nom de l’équipe du site mais aussi pour tous ceux qui prendront connaissance de ce document.

Ces documents nous sont parvenus sous forme de cassette audio. Nous avons du les transformer en fichier mp3. Il a ensuite fallu les retranscrire, ce qui a été fait par Cléophas Zerbo. Patrice Akiam a vérifié et corrigé la retranscription du discours, tous 2 membres du l’équipe du site thomassankara.net.

Rappelons que Thomas Sankara a été nommé Premier ministre le 11 janvier 1983, à la suite de débats internes au CSP, puis écarté le 17 mai 1983. Cette conférence de presse se tient donc début janvier 1983 juste après a prise de fonction.

Vous trouverez ici le son et la retranscription.

La rédaction du site. (avril 2020)


1ère rencontre de Thomas Sankara avec la presse alors qu’il vient d’être nommé premier ministre, fichier audio.


Nous avons tenu ce matin notre premier conseil de cabinet autour de deux points : le premier point portait sur l’ordonnance CMRPN qui réglementait l’immigration. Le deuxième point portait sur les décrets CMRPN qui réglementait les heures d’ouverture et vente des bars et autres débits de boissons. C’est autour de ces deux points que nous avons discuté et nous sommes arrivés à des conclusions très importantes qui viennent d’être prise par le chef de l’état le médecin commandant Jean-Baptiste OUEDRAOGO.

Monsieur le premier ministre peut-on savoir exactement quelle est la nature de ces décisions importantes ?

Ces décisions importantes ; première décision nous avons décidé purement et simplement de
rapporter l’ordonnance CMRPN qui avait réglementé l’immigration des voltaïques à l’étranger. Les raisons sont fort simples, nous estimons que cette ordonnance qui avait été prise à la suite d’un sentiment louable, à la suite aussi d’événements dont nous nous souvenons encore, cette ordonnance en réalité n’avait pas de portée et n’était pas efficace. En effet, elle ne frappait qu’une partie de la population.

Par contre, une autre partie les fonctionnaires et autres pouvaient se permettre d’aller à l’étranger sans laissez-passer, ou quand bien même le laisser-passer leur était exigé, ils trouvaient des facilités pour se les procurer. Par contre, les autres notamment les paysans devaient passer par un certain nombre d’entremetteurs, un certain nombre de difficultés qui leur étaient opposés pour obtenir ces fameux laisser-passer et on sait que ce n’est pas toujours l’administration qui en a bénéficié c’est, bien plus, les circuits parallèles qui se sont improvisés en bureaux spéciaux pour la délivrance des laissez-passer. Donc, pour le premier point nous avons purement et simplement rapporté l’ordonnance ; et nous espérons que du même coup ceux qui étaient obligés de lutter d’une façon clandestine pour leur immigration pourront le faire d’une manière normale. Du reste, nous savons aussi que cette ordonnance n’avait pas empêché, n’avait pas ralenti l’émigration des voltaïques à l’étranger, bien au contraire.

Monsieur le premier ministre on peut surtout se poser la question de savoir quelles sont les
motivations profondes qui vous ont amené à lever les mesures interdisant l’ouverture des bars et autres débits de boisson pendant les heures ouvrables ?

Oui c’est le deuxième point ; là aussi nous avons estimé que l’État devait prendre ses responsabilités et franchement. Quand ce décret avait été pris en son temps, il avait eu pour but, pour objectif de lutter contre l’absentéisme au niveau de la fonction publique, intention là aussi louable, mais en réalité que c’était le passé : il sait créer les débits des points de vente clandestins dont le nom rappelle une de ces émissions que vous aviez à la télévision je veux parler des maquis. On n’a donc pas pu lutter contre l’absentéisme des fonctionnaires, au contraire on a frappé des commerçants qui s’étaient acquittés de leurs taxes diverses, de leurs patentes diverses, et s’étaient inscrits au registre du commerce ou en tout cas à exercer de manière réglementaire de manière légale cette profession qui consistait à tenir des débits de boisson, des bars. Ceux-là ont été pénalisés.

Deuxièmement, on a pénalisé également tous ceux qui sans être fonctionnaires, avaient besoin de temps en temps, à des heures de service, avaient besoin d’aller à ces points de vente là se désaltérer, consommer, les touristes ou des voltaïques même. On a également pénalisé les fonctionnaires en congé. Enfin et troisièmement, nous avons estimé que ce décret traduisait l’incapacité de l’état à exercer son autorité sur ses agents ; plutôt que de frapper les agents fautifs coupables, on est allé frapper ceux qui tiennent ces débits de boissons qui ne sont pas en fait les coupables.

Dorénavant, ça ne sera plus ceux-là qui seront attaqués, ça sera surtout nos agents nos fonctionnaires qui seront soumis à une réglementation nouvelle que le président de la commission de contrôle du CSP, fera circuler au niveau de tous les ministères. Mais j’ai pu vous donner quelques détails sur cette décision que le président de la commission de contrôle va faire circuler incessamment. Il s’agit de permettre l’ouverture des bars en tout temps sauf bien sûr, aux heures actuellement interdites je veux parler du couvre-feu. Aux heures de couvre-feu, ce ne sera pas seulement les bars qui seront interdits même toute autre activité sur la place publique.

Ces mesures à venir vont permettent à des brigades de contrôle, des brigades de militaires de gendarmes, de policiers CRS, de patrouiller à travers les villes, et puis d’identifier tous les clients des bars aux heures de service. Et si d’aventure un fonctionnaire était pris, il sera bien obligé d’aller s’expliquer auprès de la commission de contrôle ; et là, s’il est en congé naturellement, la commission s’excusera de l’avoir importuné dans ses activités de bars ; mais s’il se trouve qu’il n’est pas en congé, ce fonctionnaire, à la première rafle, recevra un avertissement et publication à la radiodiffusion nationale. A la deuxième rafle, un blâme, une inscription dans ses dossiers. En cas de récidive à la troisième rafle il sera purement et simplement licencié, parce que nous estimons qu’il ne faut pas confondre les bureaux, il ne faut pas confondre les lieux de travail. Bien sûr il y a certaines dispositions qui permettent que leurs supérieurs, seront eux aussi tenus pour responsables s’ils laissaient s’absenter des agents placés sous leur autorité sans autorisation d’une part, et d’autre part sans sanction. Cela sera compris par nous comme étant de la complaisance, de la complicité, de la négligence ou du sabotage ; donc là aussi il y aura sanction. Mais nous espérons que les fonctionnaires les agents de l’État seront à leur poste de travail et pourront trouver le repos mérité là où iront le chercher mais seulement après les heures de service.

Une précision monsieur le premier ministre pour compter de quand ces deux mesures dont vous venez de parler vont-elles prendre effet ?

Ces deux mesures sont valables, si donc vous voulez aller à l’étranger si vous êtes en règle avec votre service allez-y, le laissez-passer ne sera pas exigée, et si vous êtes en congé vous  êtes autorisés au bar, si c’est ouvert.

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An IV de la RDP – le Président du Faso en direct avec le peuple. https://www.thomassankara.net/an-iv-de-la-rdp-le-president-du-faso-en-direct-avec-le-peuple/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=an-iv-de-la-rdp-le-president-du-faso-en-direct-avec-le-peuple https://www.thomassankara.net/an-iv-de-la-rdp-le-president-du-faso-en-direct-avec-le-peuple/#respond Sat, 02 Jul 2016 16:48:21 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/?p=1886 A l’occasion de l’an IV de la RDP, le président Thomas Sankara répond à “un échantillon du peuple”. La crise est latente au sein de la direction de la Révolution, et elle transparait dans cette interview durant laquelle le président répond à aux questions que se posent la partie la plus engagée de la population. […]

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A l’occasion de l’an IV de la RDP, le président Thomas Sankara répond à “un échantillon du peuple”. La crise est latente au sein de la direction de la Révolution, et elle transparait dans cette interview durant laquelle le président répond à aux questions que se posent la partie la plus engagée de la population.

Ce document extrait du n°826 du quotidien Sidwaya daté du 4 août 1987 a été retrouvé et préparé par Daouda Coulibaly. Remercions-le de l’avoir mis à notre disposition.


Question : Sans plus attendre, la première question. Où va la révolution, camarade président ? À gauche, à droite ou tout droit ?

Camarade président : La révolution va tout droit, dans le sens des intérêts des masses populaires ; mais les problèmes que la révolution a à résoudre sont des problèmes qui se trouvent à droite comme à gauche. C’est pourquoi l’on peut nous retrouver tantôt à droite tantôt à gauche pour maintenir le cap, pour imposer l’axe principal des intérêts fondamentaux des masses populaires.

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Est-ce que vous pensez camarade président que la révolution a les moyens de son approfondissement ? Les différentes tendances qui composent le CNR ne constituent-elles pas un frein à cet approfondissement ?

Cde président : Non ! Les organisations qui sont membres du Conseil national de la révolution ne freinent pas la marche de la révolution, bien au contraire. En ce sens que d’abord ces organisations sont fondamentalement d’accord sur l’objectif de la révolution. Ces organisations plurielles apportent des points de vue, des nuances qui, certes, entrainent des divergences dans les analyses, dans les appréciations des diverses questions, mais ces nuances-là constituent pour nous des enrichissements qui nous évitent d’être enfermés dans l’unicité de la voie de la pensée, du raisonnement et de l’action. Ce qui finit par affadir la révolution peut aussi la priver de tous les apports positifs. Les oppositions qu’il y a entre organisations ne sont pas des oppositions d’ordre antagoniques, par conséquent ne se résolvent pas de façon exclusive, mais au contraire se résolvent par des échanges francs, peut-être houleux. Mais quoi de plus souhaitable quand tous ces débats, toutes ces oppositions même, ces frictions n’ont pour but que de faire triompher, par l’organisation, la voie la plus juste.

Q : Camarade président, beaucoup de rumeurs ont fait état de votre volonté de faire procéder à l’autodissolution de ces différentes organisations politiques qui composent le CNR. D’abord est-ce vrai que vous l’avez voulu ainsi, et deuxièmement, est-ce que cela a eu lieu ; qu’en est-il exactement ?

Cde président : Dans la déclaration du 17 mai 1986, les organisations ont clairement affirmé leur volonté, leur détermination à marcher vers l’unité. L’unité, perçue comme un facteur indispensable aujourd’hui pour l’approfondissement de la révolution, nous offre une possibilité nouvelle qui est le dépassement des cadres actuels pour un cadre nouveau qualitativement supérieur. Un cadre qui, tout en admettant l’existence de différences d’appréciation, d’analyse, du moins les nuances, suscitera beaucoup plus un esprit d’union, un esprit aussi de conjugaison des efforts pour diminuer davantage tout ce qui pourrait être opposition possible avec les dérapages vers l’antagonisme. Au point où nous en sommes les débats se mènent librement et démocratiquement au sein des organisations. Il appartient à ces organisations de répondre, il leur appartient d’apprécier si historiquement il est juste ou pas que nous fassions l’unité. Il leur appartient aussi d’accepter ou non les voies et les moyens, mais tout cela par des débats tout à fait francs, mais qui, croyez-moi, ne sont pas des débats d’où on exclut la liberté de dire “oui” ou de dire “non”. Mais le peuple burkinabè appréciera si l’unité lui est utile ou si au contraire la non unité lui est profitable.

Q : Est-ce que l’auto-dissolution est possible aujourd’hui après quatre ans ?

Cde président : Oui ! À condition qu’un certain nombre de principes soient respectés qui garantissent l’approfondissement politique et idéologique de ce que les organisations ont bâti, depuis très longtemps. Si ces conditions sont réunies et si l’unité vise à réaliser ce que le morcellement n’autorisait pas, je pense que dans ces conditions-là, librement les organisations pourront le faire.

De toute façon une unité ne se décrète pas, une unité ne se décide pas par un texte, au contraire elle s’assure comme une démarche volontaire, une démarche militante. C’est pourquoi j’ai pu vous dire que oui c’est possible, mais il y a des préalables qu’il faut accepter ; et c’est aussi pour la même raison, quand nous entendons des personnes dire “allez à l’unité, allez à l’unité”, nous leur disons oui nous comprenons, mais l’unité ne s’impose à personne. Nous laissons la liberté aux uns et aux autres de comprendre et de décider.

Q : On a assisté cette année à une véritable guerre des tendances : ULC-UCB notamment. En tant que président du CNR, comment arbitrez-vous ces luttes d’influence au sein de l’appareil d’État ?

Cde président : (Sourire) Je vous remercie parce que beaucoup de choses ont été dites sur cette question-là, donc c’est une réalité, il vaut mieux ne pas l’occulter. Véritable guerre ! Je ne crois pas qu’il faille aller jusqu’à ces expressions qui sont extrémistes aussi. Il est vrai que ces organisations, vous voulez parler précisément de l’ULC-RULCR à ne pas confondre avec l’ULC.

Il est vrai que sur le terrain il y a eu des affrontements politiques, par exemple à l’université et à l’ASECNA, et on a vite fait de dire que c’était l’ULC-R ULCR et l’ULC-B qui s’affrontaient. Non ! il faut simplement voir ces luttes, ces affrontements comme étant la volonté farouche de résoudre les contradictions qui se posent au sein des CDR, dans ces “points”, dans ces zones. Que l’ULC-R ULCR et l’ULC-B ne soient pas toujours totalement d’accord, quoi de plus normal. Ce ne sont pas des organisations qui portent le même nom et il y a bien des raisons pour qu’elles soient différentes. Que dans l’expression de leur opposition elles en soient arrivées jusqu’au point où les militants ont pu être inquiétés c’est également normal parce que tous les militants ne sont pas informés de la manière dont la vie démocratique est menée au sein du CNR.

Mais toutes ces organisations, malgré ce qui a pu être parfois violent dans leurs affrontements, ou dans l’affrontement de militants CDR qui sont à la fois militants de telle ou telle organisation, eh bien ! toutes ces organisations me semblent avoir conservé le souci essentiel de notre unité d’action. C’est ce qui me permet assez aisément de réconcilier des positions qui, parfois sont assez opposées. J’avoue que ce n’est pas facile, et que beaucoup de temps a été consacré à cette question-là, ce qui est tout à fait normal. Mais je dois aussi dire que nous avons eu à assumer plus de l’extérieur que de l’intérieur du CNR, tout ce qui se disait sur les oppositions. L’on a fabriqué beaucoup d’oppositions au-delà même de la réalité, à tel point que entre l’instant où il faut démontrer que la rumeur n’est pas fondée et l’instant où l’on arrive à la résolution correcte d’une question, il s’écoule beaucoup de temps et on dépense beaucoup de mesures. Les vrais révolutionnaires savent faire établir la hiérarchie des contradictions, savent aussi comment privilégier certaines questions au détriment d’autres questions moins importantes.

Q : Camarade président, dans la gestion de toutes ces tendances on a souvent donné plusieurs étiquettes au capitaine Thomas Sankara. Durant la première année de la révolution, nombreux étaient ceux-là qui disaient que vous étiez PAI-LIPAD. Deux ans plus tard on a dit que vous étiez favorable à l’ULC, que vous étiez même membre de l’ULC ; puis cette année on a dit que le camarade président est membre fondateur de l’UCB. Alors qui êtes-vous camarade président ? Est-ce que demain vous allez appartenir à d’autres organisations ?

Camarade Président : (sourire) C’est assez indicatif que par moment, suivant que telle ou telle organisation semble avoir le vent en poupe aux yeux des masses, aux yeux de ceux qui font la rumeur, l’on dise aisément de moi ou d’autres dirigeants de la révolution que nous sommes membres plutôt de telle organisation que de telle autre. C’est significatif, c’est parce que dans l’esprit de beaucoup de personnes, la force d’une organisation dépend aussi de sa capacité à s’adjuger, à mettre de son côté les points de vue des principaux dirigeants. Il faut aussi dire que certaines organisations n’ont pas manqué de répandre assez pompeusement des informations de ce genre ; mais saluons simplement les dirigeants politiques qui ont su garder, maintenir l’affirmation de la vérité. De toutes ces organisations que vous avez citées, celles que vous supposez, jusque-là on n’a pas pu établir clairement que je suis ou je ne suis pas membre de telle ou telle organisation.

Par contre, ce qui est moins douteux, c’est que je suis membre du Conseil national de la révolution. Cela est moins douteux, cela ne peut pas être mis en cause. Pour le reste, laissons la rumeur courir, laissons les supputations et les interprétations se faire. C’est comme au stade, quand il y a un match de football. Il est difficile de ne pas suspecter l’arbitre officiant la partie ou la personnalité sous le patronage de laquelle est placée la manifestation, d’être favorable à telle équipe qu’à telle autre équipe. Mais cela ne change rien. Le résultat ne dépend pas de ces personnes qui sont sur les gradins ou de l’arbitre. Il y a aussi le combat des autres.

Q : Camarade président, le déguerpissement se fait de manière spontanée, trop rapide. Les délais qui sont laissés aux habitants sont trop courts et de surcroît, les solutions qui ont été trouvées ne sont pas satisfaisantes et cela inspire de nombreuses critiques à l’endroit de la révolution. Camarade président, êtes-vous bien informé de cette situation ou êtes-vous simplement induit en erreur par des CDR qui vous cachent la vérité ?

Cde président : Il faut dire tout de suite que les CDR ne cachent pas la vérité, au contraire, ils l’expriment. Ils rencontrent les autorités qui sont responsables de l’habitat et même ont eu l’occasion de me rencontrer un certain nombre de fois. J’ai reçu des délégués, j’ai reçu des bureaux CDR sur la question. C’est vrai que les délais n’ont pas toujours été suffisants. C’est pourquoi il est normal que nous apprenions à donner des délais beaucoup plus longs. Vous constaterez que les tous premiers déguerpissements ont été réalisés dans un délai donné, par contre, les déguerpissements de la cité An III par exemple se sont faits dans des délais beaucoup plus longs et encore plus longs pour ce qui concerne la cité An IV, et même pour la cité An V. C’est bien avant le 4 août que l’on a parlé du déguerpissement de ces personnes.

Vous vous souvenez que pour la cité An V dans le secteur 14, les réalisations qui doivent s’y faire, c’est depuis 1986 que les habitants ont été informés qu’ils sont sur une zone non-lotie qui est une réserve administrative. Ils ont été informés que l’administration va reprendre son terrain pour l’usage qu’elle avait prévu. Cela n’est pas suffisant ? Il y a des formules de relogement qui ont été prévues. Ces formules ne sont malheureusement pas très connues. Mais beaucoup de maisons neuves ont été construites pour des personnes qui ont subi le déguerpissement. De plus en plus nous recherchons une autre formule. Il ne s’agit pas de casser pour casser. Il faut que nous luttions contre l’insalubrité, contre la mauvaise hygiène. Le peuple a droit à l’hygiène, dans nos villes, et dans nos campagnes. Si vous prenez une ville comme Ouagadougou par exemple, il y a beaucoup de points qui sont très dangereux pour la population de par l’insalubrité que recèlent les caniveaux, les fossés, la mauvaise architecture, l’absence même de plan “urbanistique”. Pour trouver une solution à cela, il faut disposer de moyens colossaux pour rebâtir, nous n’avons pas ces moyens-là.

C’est pourquoi nous avons pensé qu’il fallait inciter des Burkinabè qui ont quelques moyens à accepter de sacrifier une partie de leur revenu pour des logements décents. Si vous faites un recensement de tous ceux qui sont dans les cités An II, An III et ceux qui seront dans les cités à venir, vous verrez que ces personnes-là (même si elles doivent consentir un certain effort, un effort financier, ce qui n’est pas facile, pour être dans ces cités-là), logeaient dans des maisons qui n’étaient pas forcément très salubres. Et ces personnes ne croyaient pas devoir s’imposer un effort, un sacrifice salarial pour se construire des maisons de ce type-là. Au contraire, une certaine tolérance généralisée nous amenait à tous accepter de vivre plus ou moins dans “l’à peu près”. Et je ne parle pas de ceux qui n’ont pas les moyens. Je parle de ceux qui ont les moyens, qu’ils soient fonctionnaires ou commerçants. Ils sont très nombreux les commerçants qui sont autrement plus aisés, plus fortunés que des fonctionnaires, mais qui logent dans des maisons moins correctes, moins salubres que celles de la cité An II, An III et des cités à venir. Pourquoi ne voulaient-ils pas construire ? Eh bien ! parce qu’il y avait une tendance à imiter son voisin ; à la limite, celui-là qui essayait de construire une belle maison faisait l’objet de critiques et d’attaques. On trouvait qu’il était orgueilleux, vaniteux, qu’il avait trop d’ambitions.

Aujourd’hui des personnes ont essayé de faire un effort, ils sont dans ces maisons. Le phénomène ne fait que continuer et l’exemple se répand. Même ceux qui ne sont pas dans les cité An II, An III font un effort pour construire des maisons qui imitent ces cités. Mais ce qui est admirable, on construit maintenant les maisons de la façon la plus simple, la plus fonctionnelle. On ne construit plus de maisons avec piscine, avec de grands auvents en béton armé qui coûtent extrêmement cher. On construit la maison avec les chambres et certaines dépendances, avec des fonctions précises. On va à l’essentiel.

Ainsi, nous espérons que ces cités An II, AN III, et quelques cités à venir seront des exemples suffisants pour pousser tout le monde à rechercher ce standing ou des standings qui s’apparenteraient à cela pourvu que le souci de la salubrité, de l’hygiène, la fonctionnalité des maisons soient pris en compte. Pour le reste aussi, nous pensons trouver des moyens d’aider ceux qui n’ont pas de revenus élevés à se bâtir eux-mêmes leur maison sans quitter la zone dans laquelle ils sont situés. Parce que, lorsqu’on est habitué à un quartier, et qu’on a des voisins, l’on est sentimentalement attaché à cette zone-là. Ainsi, l’on est prêt à améliorer sa maison pour ne pas quitter cette zone. Donc, c’est normal que beaucoup de personnes en ville ne soient pas contentes de ces déguerpissements. Les délais ne sont pas toujours suffisants, il faut donc que nous les augmentions et nous le ferons. Vous avez vu qu’au secteur 14, un certain nombre de décisions avaient été prises et nous sommes revenus dessus, après discussions avec les CDR du secteur. Il en a été de même au secteur 5, où nous sommes revenus sur un certain nombre de détails que les masses ont rejetés. Cela a occasionné un grand retard au secteur 5, mais ce retard est une perte sur le plan du calendrier mais c’est un gain sur le plan de la prise en compte démocratique des points de vue des autres. Ce sont des retards que nous acceptons.

Q : Et la rumeur sur la création de la monnaie, était-elle vraiment sans fondement ? Répondez sans détour, camarade président.

Cde président : (sourire) Sans détour je dirai que ce n’est pas vrai. Nous n’allons pas créer une nouvelle monnaie. Nous n’attendons pas non plus le 4 août pour annoncer la nouvelle monnaie. Le jour où nous aurons décidé de créer une nouvelle monnaie nous informerons tous les Burkinabè. Nous diffuserons dans tout le pays ces signes monétaires, les billets donc, et nous dirons à partir de quelle date les gens devront aller changer leur monnaie. On ne peut pas créer clandestinement une monnaie, sinon elle ne va pas circuler. C’est une rumeur. Elle a circulé. Je l’ai entendue, et j’ai même appris que la confirmation de cette rumeur, c’est que, à la Place des Nations Unies à Ouagadougou, il y avait une plaque avec un billet de 10 000 Francs CFA. Eh bien ! Cette plaque à un moment donné a disparu. Et les gens se sont dit que c’était la confirmation de la volonté du Conseil national de la révolution de créer une nouvelle monnaie. Eh bien ! Tenez-vous bien, cette plaque, ce panneau publicitaire a disparu de là-bas tout simplement parce qu’il y a eu un grand vent qui a terrassé des arbres, qui a arraché d’autres panneaux publicitaires et qui pour la circonstance a aussi arraché ce panneau. Nous avons fait mettre le panneau en place, et les billets de CFA continuent de circuler.

Ce sont des rumeurs dont il faut se méfier. Maintenant, que ça vienne de mon entourage ou que ça vienne d’ailleurs, c’est une autre question qui est posée. Le jour où j’aurai la preuve que quelqu’un, qu’il soit de mon entourage ou pas, répand ces rumeurs-là, on lui posera également la question, tout-à-fait simplement et sans détour également : comment lui, il ose affirmer de telles choses ?

Q : Certains regrettent la suppression du PMK ; pourquoi l’avez-vous fait, camarade président ?

Cde président : À l’époque, je crois que l’explication avait été donnée, mais il faut revenir là-dessus. Le prytanée militaire du Kadiogo a été dissous dans un but essentiellement politique. C’est une école où il y avait sur le plan strictement scolaire des conditions favorables que n’avaient pas d’autres écoles. Mais malheureusement, cette école qui au départ, était une école négligée, personne ne s’en occupait. Vous vous souvenez, au début c’était une école des fils de chefs, une école des fils d’anciens combattants et des fils d’anciens militaires, EMP jusqu’à devenir PMK. Il y a longtemps, cette école n’avait pas toute la considération qu’elle a eue ces dernières années. Quand elle est devenue PMK, l’école a continué de bénéficier des soutiens habituels, mais surtout, cette école a été prise d’assaut. Certains recrutements n’étaient pas tout-à-fait corrects. Depuis que les premiers bacheliers sont sortis de cette école et qu’ils ont été faire des études supérieures, l’on a compris que le PMK ne fabriquait pas uniquement de simples exécutants comme on le supposait par complexe. Mais aussi, un certain esprit de caste s’est développé dans cette école, qui faisait qu’on avait l’impression que les élèves qui en sortaient étaient des élèves particuliers, sortis même de la cuisse de Jupiter. Cela n’est pas compatible avec l’esprit démocratique de la révolution. Cela n’est pas du tout compatible avec notre volonté de briser la barrière qui existe entre militaires et civils. C’est pourquoi nous avons cru devoir supprimer le PMK en tant qu’école particulière militaire.

Mais je dois vous dire que nous reviendrons sur le PMK. Nous referons le PMK sous une autre formule en tant qu’école préparant les militaires à des fonctions militaires comme il y aura d’autres écoles qui seront destinées à d’autres fonctions civiles, techniques, etc. Nous le ferons en prenant soin d’éviter les erreurs du passé et en prenant en compte les critiques du présent. C’est pourquoi nous n’avons pas voulu nous entêter ; il fallait avoir le courage de prendre cette décision. Mais il faut encore demain avoir le courage de prendre d’autres décisions qui consisteraient à tenir compte des critiques qui sont formulées, tant sur les erreurs du passé que sur les possibilités de l’avenir, du présent aussi.

Q : Sur quel critèrjpg/ceao_1984_thom150021_exposure.jpge, camarade président, vous basez-vous pour former le gouvernement ? Est-ce sur le critère professionnel ou alors c’est l’engagement politique ? Si c’est ce dernier point qui est pris en compte, et qu’il se trouve que les camarades ministres ne font pas l’affaire du peuple, que ferez-vous en ce moment camarade président ?

Cde président : (sourire) Bien ! Pour former un gouvernement, c’est facile et c’est difficile. Vous-même qui êtes responsable dans le domaine du football, vous savez que pour former une équipe c’est assez complexe parce qu’il y a tellement de candidats pour chaque poste, qu’on a envie que l’équipe soit à plus de onze joueurs.
Nous tenons compte de plusieurs critères. Quand je dis “nous”, c’est vous dire qu’il y a un débat qui se mène ; il y a des propositions qui se font et à la fin de ces débats, une décision est prise. Bien sûr, c’est le chef de gouvernement qui présente le gouvernement, une fois que la décision a été prise après un large débat. Nous tenons compte des critères de capacité professionnelle, parce que la personne qui est appelée doit être à même de comprendre les questions qu’elle aura à traiter. Mais nous tenons compte de l’engagement politique de ceux qui sont appelés, car quelle que soit la compétence professionnelle que l’on a, on ne peut œuvrer correctement pour la révolution si on est contre la révolution. C’est pourquoi vous verrez certaines personnes qui sont plus politiques que techniques au sens technocratique du terme. Mais nous savons aussi que la révolution a besoin de former des cadres. Et c’est pourquoi nous aurons par moment des personnes qui, sans être connues comme des leaders politiques, simplement sur la base de l’acceptation, du respect qu’ils ont du Discours d’orientation politique, mais disposant de compétences professionnelles qu’elles sont prêtes à mettre entièrement au service de la révolution, seront appelées à assumer des fonctions de ministres.

Les changements se font, parce que pour un gouvernement révolutionnaire, on n’hésite pas à faire partir un ministre du gouvernement si on estime qu’il serait mieux ailleurs qu’au gouvernement. Le jour où nous allons perdre cet avantage, nous allons nous retrouver obligés de garder des personnes qui ne peuvent plus, ou qui ne veulent plus, ou bien de bloquer des personnes qui auraient pu être utiles ailleurs, alors que simplement nous leur imposons d’être ministres.

Q : Camarade président, va-t-on comprendre dans ce cas que la tradition sera respectée ? Vous allez dissoudre le gouvernement bientôt ?

Cde président : Si c’est une tradition révolutionnaire, la révolution continuera. Alors… chaque fois que nous avons le sentiment que les masses ne sont plus d’accord avec un ministre, nous devons avoir le courage révolutionnaire de le faire partir. Cela bien sûr, il ne faut pas penser que dès qu’un doigt est levé pour dire qu’un ministre n’est pas bon, il faut le faire partir, parce qu’on peut être contre un ministre aujourd’hui et être pour lui demain. On peut être contre un ministre sur une position donnée, mais être en accord avec lui sur mille autres positions par la suite. Donc, on ne peut pas se permettre de tomber dans la précipitation. On ne peut pas agir sur la base de quelques points de vue qui ne sont pas solidement défendus. Et puis il y a beaucoup de rumeurs sur les ministres. Je me suis engagé à dire aux ministres, chaque fois que j’apprends quelque chose les concernant, quand j’apprends une rumeur concernant un ministre, même sur sa vie privée, en tout cas si je suis informé, je l’appelle et je lui dis : “Il me reviens que, camarade ministre, vous vous êtes comporté de telle ou telle manière. Je n’ai pas les preuves. Ça peut être vrai, comme ça peut être faux. Ou bien c’est faux, et vous devez chercher à comprendre comment vous avez pu prêter le flanc à la critique, comment vous avez pu favoriser la rumeur, ou bien c’est vrai et je vous invite instamment à arrêter”. Alors, c’est donc facile.

Q : Et si toutefois la rumeur est fondée, faut-il l’enlever tout de suite, ou faut-il attendre le 4 août avant de dissoudre tout le gouvernement ?

Cde président : (sourire) Si la gravité de la situation exige qu’il parte sans attendre le 4 août, il partira. Nous nous concerterons, nous discuterons et nous déciderons du départ de ce ministre. Mais par contre, si la rumeur est fondée et que l’importance de la question ne mérite pas qu’il s’en aille immédiatement, il reste encore une semaine, un mois, plusieurs mois, nous allons continuer avec lui. Parce que cela dépend. On peut avoir fauté sur un point, ce qui peut être grave, mais avoir un repentir ; on peut se racheter, on peut se corriger. Nous permettons à la personne de terminer si sur d’autres plans, la personne est très appréciée. Et cela existe. Il y a des ministres qui sont critiqués sur tel point et qui sont appréciés sur beaucoup d’autres points.
Nous pourrons continuer jusqu’au 4 août, après nous nous donnons rendez-vous, autrement.

Mais il ne faut pas oublier que les hommes que nous sommes se forment à la tâche. Ce n’est pas parce qu’un homme a trébuché qu’il est forcément incapable de marcher. Ce n’est pas parce qu’un homme a commis une faute prouvée qu’il est incapable de s’amender et de devenir meilleur. Donc ce n’est pas parce qu’une rumeur sur un ministre est fondée que l’on doit sur le champ se débarrasser de ce ministre, parce qu’il faut aussi que nous formions les hommes au contact de la réalité. Et c’est en exerçant la fonction de ministre que les hommes, les femmes apprennent un certain nombre de réalités qu’ils ne connaissaient pas. Et c’est comme cela aussi qu’ils apprennent à s’imposer une certaine rigueur. Mais parfois on ne peut pas leur laisser le privilège de faire leur expérience au gouvernement. Le changement existe.

Q : Camarade président, la hiérarchie dans l’armée est parfois incompatible avec la notion de camaraderie. Le soldat, même en ayant raison politiquement, peut-il refuser d’obéir ?

Cde président : Je voudrais que nous fassions la différence entre la désobéissance, l’indiscipline d’un côté, et la liberté de penser de l’autre ; l’argument du débat mais aussi le triomphe d’une cause juste pour l’ensemble. Je veux dire que, si un subordonné, un soldat estime avoir raison, il est plus juste pour moi qu’il cherche à convaincre tout le monde, et son chef et ses camarades, beaucoup plus qu’il prenne un chemin différent tout seul. Parce que s’il prend un chemin tout seul, il brise une unité qui existe. Par conséquent, il affaiblit le groupe. Et puis, s’il estime qu’il a raison, il faut qu’il fasse profiter les autres de la justesse de ses analyses, au lieu que lui se soustraie et laisse les autres aller à l’échec. Il faut donc qu’il y ait le débat. Mais il ne faut pas oublier que tant au niveau des soldats qu’au niveau des officiers, il y a encore beaucoup de choses à apprendre. Il y a des soldats qui ont raison et qui n’arrivent pas à faire passer leur point de vue. Parce qu’on utilise toutes sortes de méthodes pour écarter ce point de vue-là. Il y a aussi des officiers qui ont raison, mais ils sont dominés par une expression majoritaire si bien qu’ils sont obligés de céder. C’est progressivement, avec la transformation de notre armée que nous allons trouver des militaires de qualité qui sauront ce qu’est le centralisme démocratique, comment peut s’exercer la discipline sans nuire au point de vue juste et sans nuire à la discipline dont nous avons besoin. Ça ne viendra pas spontanément, et je suis d’accord avec vous qu’actuellement il existe des cas où des points de vue juste sont écartés trop facilement, parce que ces points de vue-là ont été exprimés par des subordonnés.

Q : Camarade président, lorsque les tracts vous mettent personnellement en cause ou vous accusent de certains pêchés, vous sentez-vous indifférent ou plutôt sensible à ces attaques ?

Cde président : Aucun homme, je ne pense pas qu’un homme puisse être insensible à ce qui est dit sur lui, contre lui. Soit que c’est vrai et vous devez vous corriger, soit que c’est faux et vous devez vous étonner que les hommes soient si prompts à employer des méthodes aussi basses, des méthodes aussi critiquables, aussi éloignées d’un minimum de dignité personnelle. Mais, dans tous les cas, il ne faut pas se laisser abattre, les tracts n’ont pas pour but forcément de vous mettre sur une voie juste. Les tracts ne cherchent pas à vous aider. Les tracts visent à vous affaiblir. C’est là le but premier du tract. C’est affaiblir ceux d’en face. C’est d’ailleurs pourquoi on évite de signer. Parce qu’on sait que ce sont des choses qui sont généralement fausses, qui sont mensongères, et même que vous pouvez vous plaindre en justice pour diffamation. Que quelqu’un vous insulte, ça ne vous fera certainement pas plaisir, mais est-ce parce qu’on vous a insulté que vous devez croiser les bras, vous liquéfier et disparaître complétement ? Non ! On vous a insulté, il s’agit d’avoir une position vis-à-vis de cela. Il faut être suffisamment tolérant. Je connais l’origine de certains tracts, mais jamais je n’ai cherché à poursuivre les personnes qui écrivent ces tracts. Il y a même eu des responsables politiques qui ont avoué et qui ont présenté des excuses, je ne citerai pas leurs noms ; ni la police, ni la gendarmerie ne sont au courant de cela.

Cela ne veut pas dire que je suis en train de protéger, d’encourager les gens à écrire des tracts, non ! Ce n’est pas ce que je souhaite. Mais, ils pensent (ceux qui écrivent les tacts) que c’est une formule pour faire mal, pour détruire. Nous nous devons de garder suffisamment de courage, suffisamment de confiance en nous, confiance que nous tenons du soutien du peuple pour continuer. Sinon, ces tracts sont parfois très choquants. Quand vous les lisez, vous trouvez que c’est révoltant que le président ait fait ceci, ait fait cela. On ne vous donnera pas la possibilité de dire si oui ou non c’est vrai. Si c’était un débat on pourrait tout démonter très facilement, très aisément… S’il vous vient à l’esprit un exemple, je pourrais vous répondre précisément. Vous allez voir que c’est assez ridicule. Et à la limite les tracts aussi prennent les lecteurs pour des gens naïfs, qui seront sensibles au côté anecdotique, au côté sensationnel de ce qui a été dit, donc des gens piégés. Peu importe, on suppose que les gens ne vont pas creuser plus loin pour voir si c’est vrai ou pas. Donc…

Q : Camarade président, lorsque les rumeurs s’attaquent aussi à ceux qu’on appelle les coordonnateurs du Faso, quelle est votre réaction ?

Cde président : Ma réaction est toujours la même. Je ne suis pas content parce que moi je les connais, ces camarades, et je sais que ce qui est écrit dans les tracts est totalement faux. Je détiens même des preuves de leur innocence. Ils sont blancs. Je ne veux pas passer non plus toute l’année, chaque jour à répondre à un trac.

Quand parfois je rencontre ces tracts, je me dis (parfois aussi ça ne me parvient pas) certains ont écrits des tracts, qui disent aujourd’hui le contraire de ce qu’ils disaient hier. Des gens écrivent des tracts aujourd’hui dans lesquels ils mettent ce qu’ils ont proposé hier et qu’on a combattu. Ils le reprennent aujourd’hui, et ils le remettent dans la bouche des autres. Ce sont des méthodes de lutte qui sont employées. Mais elles ne sont pas employées dans le but de construire. C’est dans le but de détruire. Donc, quand on attaque les camarades, mon devoir c’est de les défendre, c’est d’en discuter avec eux, et montrer au niveau de nos instances en quoi ces tracts sont erronés sans que ce ne soit les camarades qui soient obligés de se défendre et ainsi, rétablir les choses. Mais vous savez, chacun fait aussi des tracts ce qu’il veut. Tant que les gens auront assez de papier pour écrire des tracts, il y a aura aussi assez de papiers pour emballer le pain, les gâteaux, donc c’est utile.

Q : Certains camarades CDR des secteurs géographiques jouissent de la protection des puissants du régime malgré leur mauvais comportement. Ils s’abritent derrière des ministres, des coordonnateurs du Faso. Camarade président, est-ce que vous favorisez ce type de protection, ou tout simplement vous n’êtes pas informé ?

Cde président : Je ne crois pas que je favorise cela. J’ai toujours dans mes discours dénoncé les mauvais comportements, j’ai dénoncé les mauvaises habitudes, les compréhensions erronées des dirigeants, des délégués et militants CDR. Et je sais qu’au niveau du Secrétariat général national des CDR, il y a eu beaucoup de sanctions. Des bureaux ont été dissous, des éléments ont été sanctionnés, de sanctions diverses. Mais ceux qui encouragent les mauvais comportements des délégués CDR, ce sont les masses aussi. Ce sont les masses qui ont la possibilité de freiner, d’arrêter même définitivement ce genre de comportement erroné. Comment ?

Lors des nombreuses élections qu’il y a, les masses ont le droit de désavouer qui elles veulent, désavouer courageusement. D’autant plus que les élections se font à ciel ouvert, et chacun sait qui a voté pour lui. C’est fait exprès. Si des militants n’ont pas le courage de désavouer quelqu’un dans un secteur, eh bien ! il nous est difficile, nous, de ne pas accepter, de ne pas entériner une élection, l’expression électorale en faveur de quelqu’un qui semble recueillir le maximum de soutien. Donc d’abord, par les élections on peut désavouer ceux dont on n’approuve pas les comportements. Ensuite, en dehors des élections de façon extraordinaire, les statuts prévoient que l’on peut se réunir, l’on peut dénoncer, l’on peut critiquer, et l’on peut même écrire au Secrétariat général national des CDR, et même à la présidence du CNR pour dénoncer tel ou tel militant ou délégué CDR. Mais souvent, ces moyens ne sont pas utilisés. C’est comme ça que l’on favorise la mystification dont certains éléments mauvais ont besoin sur le terrain. Il y en a qui ont déjà été sanctionnés pour ces trafics d’influence-là. Mais on ne les connaîtra pas tous, tant que les masses ne vont pas les combattre. Ce qui montrera que les CDR ne sont pas au-dessus de tout. Les CDR sont avec tout, sont dans le tout, mais ne sont pas au-dessus de tout.

Je profite pour insister sur le devoir que nous avons tous d’être courageux et changer les hommes quand il faut les changer. Ce n’est pas facile. Quand vous changez les hommes, ce n’est pas toujours qu’ils nous quittent avec le sourire. Parfois ils vous quittent mécontents, et même vous en veulent un peu pour avoir pris telle ou telle décision. Si vous faites de la démagogie, la faiblesse, vous allez couvrir beaucoup de choses. Le camarade Karamogo me posait tout de suite une question sur le changement dans le gouvernement, c’est un peu comme cela aussi : ce qui est valable au niveau du gouvernement c’est ce qui est valable aussi au niveau des CDR, et c’est ce que vous aussi, vous devez avoir le courage de faire. Nous disons que nous ne couvrons personne.

Q : Les CDR ont des pouvoirs excessifs qui leur permettent de mettre en cause l’autorité des responsables de la police, de la gendarmerie, des directeurs. Est-ce qu’à terme cela ne va pas poser des conflits au niveau de la société ?

Cde président : C’est vrai, les trafics d’influence ne s’arrêtent pas simplement à des petites choses, cela va même parfois très loin et c’est très dangereux. Je suis d’accord. On ne sait jamais ce que les gens vont faire de l’influence qu’ils ont trafiquée. Et ce n’est que lorsque le courage de répliquer existe et la volonté de le faire que l’on peut arrêter de genre de personnes. J’ai reçu un certain nombre de correspondances dénonçant des délégués CDR. Ces dénonciations ont été précises ; des enquêtes ont été ouvertes. Des sanctions sont tombées. Mais on ne peut pas sanctionner ce qu’on ne connaît pas. Il y a beaucoup de cas de sanction à la présidence.

À la présidence, nous avons un département qui s’occupe entre autres choses de cette question-là. Dès que nous sommes informés, nous saisissons le Secrétariat général national des CDR, nous lui réclamons une enquête. Il mène l’enquête, il nous donne les pour, les contre. Nous demandons également à ceux qui ont fait les dénonciations de s’exprimer. Même des dénonciations anonymes nous sont parvenues. Mais nous n’encourageons pas l’anonymat. Il faut que les gens aient le courage d’écrire et de signer. Même si c’est anonyme nous prenons cela en compte.

Et beaucoup de questions ont déjà été évoquées, soulevées sous la forme de l’anonymat que nous n’avons pas classées, parce que si on crie au feu ou au lion, vous ne cherchez pas d’abord à savoir l’identité de celui qui crie au feu, vous prenez d’abord des dispositions contre le feu, après on verra si celui qui a crié est quelqu’un d’honnête ou non. Donc même des lettres anonymes nous les traitons. Après, si la personne se révèle, tant mieux, si elle ne se révèle pas, cela ne fait rien, le minimum d’information qu’elle nous a donné suffit. Mais nous menons une enquête. Nous convoquons les personnes impliquées, celle qui a été dénoncée, celle qui est à côté et qui peut donner une information ; nous les convoquons et nous leur disons qu’elles ont été dénoncées pour avoir volé ou pour avoir manqué de respect à quelqu’un. Il y a en a qui ont été sévèrement sanctionnés. Et c’est normal.

Q : Vous avez parlé tout à l’heure de lion, camarade président. Cela a évoqué une question. Il y a beaucoup de rumeurs sur le lion de Koudougou, c’est comme ça qu’on l’appelle ; alors est-ce qu’on peut savoir exactement qu’est-ce qu’il en est. Est-il vraiment en rébellion ? Etait-il entré en rébellion ? De quoi s’agit-il exactement ? Est-ce que la cohésion militaire au sommet de l’armée est une chose toujours sûre ?

Cde président : Le lion est toujours le lion, sa crinière est en place, il n’y a pas de problème. Donc les rumeurs ne sont pas fondées. Mais c’est vrai, nous les avons entendues. Ça été dit lors d’un meeting, à l’occasion de la clôture du symposium des paysans, le camarade Blaise Compaoré a eu à ridiculiser ces rumeurs-là. Mais le camarade Boukary Kaboré, il a beau se présenter en chair et en os et en crinière, on continue de se demander où est-ce qu’il se trouve ? Est-ce qu’il n’est pas en rébellion ? Il faut se méfier de la rumeur, elle a toutes sortes de bases.

Je me souviens que lorsque cette rumeur a été répandue, je pouvais la démentir, je ne l’ai pas fait parce que personnellement je n’ai pas estimé devoir le faire. Une simple histoire. Le camarade Kaboré Boukary était malade à Koudougou. Il avait dû garder le lit pendant quelques jours et son mal s’était quelque peu empiré et c’est devenu un peu comme des crises. Les médecins l’ont soigné mais un malade parfois il se révolte, il ne prend pas les médicaments qui lui sont prescrits par les soignants. L’on m’a téléphoné de Koudougou, de sa famille pour que j’aille le voir et l’obliger à prendre les médicaments qui sont là, parce que je le connais quand même très bien depuis longtemps et je pense qu’en la matière je pourrais faire cela. J’ai été le voir chez lui, je l’ai amadoué, j’ai discuté avec lui, j’ai fait toutes sortes de pressions aussi pour qu’il prenne ses médicaments et qu’il accepte de manger. Son épouse était là qui lui a fait un repas. Ainsi donc il a retrouvé un peu de force. Nous avons longuement conversé de tout et de rien par la suite et moi je suis rentré à Ouagadougou. Je l’ai encouragé à aller faire des examens complémentaires à Bobo au Centre Muraz.

Mais comme une rumeur de rébellion circulait déjà le concernant, nous ayant vu rentrer de Koudougou tard dans la nuit, ou très tôt au petit matin, l’on a estimé que c’était la confirmation que nous avions été l’arrêter, l’enchaîner etc. J’ai dû lui téléphoner pour lui dire ce que j’avais appris. Il m’a dit que lui aussi avait appris cela, il est venu à Ouagadougou, bon… Vous voyez comment on peut faire une interprétation. C’est normal, quand les masses n’ont pas de réponse à une question elles sont obligées d’interpréter et de fabriquer une explication plus ou moins vraisemblable. Parfois aussi il y a ceux qui fabriquent la rumeur dans le but de diviser. La cohésion au niveau des militaires demeure. Nous avons une cohésion que nous n’avons jamais atteinte sous les anciens régimes et chaque jour nous améliorons cette cohésion grâce à la purification que nous faisons, grâce à la lutte que nous menons, grâce aussi à l’éducation que nous nous imposons.

Q : Camarade président, parlons un peu des syndicats. Comment vous percevez les relations qui doivent exister entre les dirigeants des syndicats et le pouvoir avant le renouvellement des bureaux ? Est-ce que vos rapports avec les anciennes directions syndicales étaient au beau fixe ?

Cde président : Il y avait des rapports qui n’étaient pas toujours bons. Ils étaient parfois tendus avec les directions syndicales. Mais il faut très vite situer la nature de ces rapports. Vous savez que beaucoup de syndicats parlent de leur organisation, parlent de leur base qui en réalité se résument à une structure isolée sans base. Et qui évitent soigneusement toute vie démocratique et organisationnelle parce qu’il y aurait des remises en cause de certains dirigeants. Maintenant, dans l’expression quotidienne chacun parle de son syndicat, de sa centrale comme si réellement il y avait des militants derrière eux. Parce qu’il ne faut pas se le cacher, ceux qui sont militants CDR et qui sont dans le syndicat sont tellement nombreux que s’il fallait les mettre eux, de côté, il ne resterait rien ou presque rien, presque personne en tout cas dans les syndicats ; dans certains syndicats en tout cas. Nous avons donc eu des rapports qui ont évolué au gré des difficultés, des problèmes que, eux, avaient à poser, ou que nous avions à poser. Certains ont rencontré plusieurs fois le Conseil national de la révolution et d’autres ont rencontré des ministres plutôt que le Conseil national de la révolution, peu importe. Pourvu que ces rencontres aient eu lieu et il faut les encourager. Il fallait accepter que ce sont des Burkinabè, les rencontrer, écouter leurs propos. C’est vrai aussi que certaines rencontres ont été soigneusement mais volontairement transformées, dénaturées à d’autres fins. Il y a des procès-verbaux sur lesquels nous avons déploré, condamné même ces attitudes qui n’encouragent pas au dialogue.

À partir du moment où quelqu’un s’entretient avec vous, vous ne pouvez qu’être déçu. Généralement, “chat échaudé craint l’eau froide”. Mais ça ne fait rien. Il faut néanmoins instaurer le dialogue que ce soit avec les nouvelles directions qui se sont mises en place ou qui ont fini de se mettre en place, je ne sais pas trop, ou que ce soit avec les anciennes directions, il faut que s’instaure le dialogue.

Q : Les nouveaux bureaux acquis au pouvoir révolutionnaire pourront-ils mobiliser les travailleurs ? Ne sont-ils pas suspects ?

Cde président : Si le fait d’être acquis à la révolution devient suspect, la révolution elle-même devient suspecte. Et par conséquent les travailleurs ne peuvent pas trouver grâce à cette révolution-là, l’organisation de leur outil de production. Bien qu’il ait des personnes qui pensent le contraire, il y en a beaucoup, bien plus nombreuses qui pensent que la révolution leur permet au contraire d’affirmer leur force, leur position au niveau du monde du travail.

C’est depuis qu’existe la révolution que nous avons formellement souligné le droit et le devoir des syndicats à participer aux conseils d’administration, le droit et le devoir des syndicats à participer à la vie de l’entreprise. Il n’y a donc pas originellement une opposition. Mais maintenant, l’usage que chacun fait de ses droits et de ses devoirs.

Cet usage-là parfois a favorisé carrément la réaction, les ennemis même des travailleurs. Et on sait que de tout temps il y a eu des syndicats qui ont été des alliés ouverts des patrons contre les travailleurs. Cela existe et a toujours existé. Ce n’est pas parce qu’ils auront changé de langage ou de méthodes d’actions ou de manteau qu’ils cesseront d’être ce qu’ils sont. Ces collaborateurs du patronat ont fait beaucoup de mal au monde du travail au Burkina Faso, donc il n’y a pas à priori cette suspicion. Maintenant s’ils ne sont pas opposés à la révolution et s’ils ont des comportements négatifs, les syndicats seront dangereux voire mauvais.

Q : Camarade président, ce qui est incompréhensible, c’est que dès le départ il y avait des responsables syndicaux qui chantaient cette révolution-là. Aujourd’hui on voit ces mêmes responsables se retourner contre le pouvoir. Qu’est-ce qui se passe entre eux et le pouvoir ?

Cde président : Le syndicat est une organisation. Nous nous disons qu’il faut respecter le syndicat en tant que forme d’organisation première, forme d’organisation des travailleurs pour le respect de leur droit pour la conquête de leurs intérêts. C’est normal. Mais tout le monde n’utilise pas le syndicat d’une façon honnête. Et beaucoup n’ont vu dans le syndicat qu’un moyen d’action, une force politique pour des ambitions personnelles, une force de pression pour ainsi conquérir des avantages individuels. De telles personnes ont contribué à tromper les travailleurs, à égarer les travailleurs, à négocier au sommet au nom des travailleurs, en fait pour leur propre compte. Ces personnes ont vraiment voulu utiliser le syndicat à leurs fins et à leur seules fins. Elles ont fourvoyé les travailleurs, elles les ont détournés de leurs véritables buts. Cela a porté préjudice aux luttes démocratiques dans notre pays. Parce qu’il y avait parfois des alliances au sommet, des compromis et des compromissions au sommet. Généralement dans ce genre de cas des problèmes se posent tôt ou tard. Et cela se révèle. Il y a des divorces entre des dirigeants et ceux qui estiment être leurs militants.

Q : Toujours sur la question syndicale camarade président vous avez dit un jour que vous êtes prisonnier du peuple. Aujourd’hui les structures populaires demandent des exécutions. Qu’allez-vous faire ?

Cde président : Le peuple demande des exécutions à partir de fautes commises par des coupables, à partir aussi de ce qu’il estime intolérable. Ceci est une chose. Les personnes dont on demande l’exécution sont aussi des citoyens de ce pays. Et le devoir que nous avons (personnellement ce que je pense) c’est que nous devons tout faire pour renforcer la révolution, le pouvoir du peuple, le pouvoir populaire, et nous garder de prendre des décisions, d’avoir des attitudes qui affaibliraient le pouvoir populaire. C’est-à-dire que, chaque fois que le peuple estime devoir faire une chose, nous devons soutenir, encourager le peuple. Mais cela veut dire en même temps (c’est dialectiquement comme cela que je le comprends) que nous devons avoir le courage en tant que direction, chaque fois que c’est nécessaire d’oser dire au peuple ce qu’il doit éviter, même quand cela lui paraît comme évident, prendre tout le temps qu’il faut, nous sacrifier comme il faut pour dire au peuple : oui c’est vrai, vous avez besoin de ceci et cela mais à terme cela va vous coûter à vous plus cher, cela va nous être préjudiciable. C’est ce qu’on appelle aimer le peuple.

Aimer le peuple ce n’est pas croiser les bras, l’encourager à faire tout ce qu’il estime devoir faire parce qu’un groupe d’hommes peut aujourd’hui estimer qu’il faille aller dans telle direction et le lendemain avoir d’autres points de vue. En tant que direction mais aussi en tant que Président du Faso, avec les autres membres de la direction, ce que nous devons faire, c’est d’abord chercher à savoir où se trouve l’intérêt du peuple, aujourd’hui mais demain également. En fonction de l’intérêt aujourd’hui et de demain nous devons décider. Si l’intérêt général finalement nous commande d’encourager le peuple tout de suite à faire ce qu’il promet et propose de faire, tant mieux. Si également, c’est une autre conclusion à laquelle nous aboutissons, mais toujours dans l’intérêt du peuple et dans le cadre du renforcement de son pouvoir, nous devons nous donner tous les moyens d’expliquer, et de convaincre. C’est pourquoi, lorsque sur la question une décision sera prise, elle sera prise en fonction de ce qui peut le mieux consolider le pouvoir du peuple et non pas ce qui peut le plus faire plaisir à telle ou telle personne.

Q : À la Maison du peuple, un certain syndicaliste a déclaré : au sein du CNR, il y a des détournements. Camarade président, pouvez-vous développer cette question ?

Cde président : Je pense que vous faites allusion à la question du TPR qui avait siégé sur l’affaire de la CNSS. C’est vrai, il y a eu des déclarations de ce genre qui ont été largement exploitées pour dire qu’il y a des détournements. En réalité, la personne même qui a fait ces déclarations a fait une autre déclaration pour dire non, qu’elle n’a jamais dit que tel ou tel responsable du CNR détourne de l’argent. Mais il a dit que l’argent de la Caisse avait une destination bien précise, et nous avons pris cet argent pour aller faire des travaux qui n’étaient pas prévus, et que nous avons fait changer l’argent de route donc nous avons fait un détournement du point de vue du chemin que devaient suivre ces fonds. Je veux bien comprendre.

Mais ça c’est d’autres déclarations qui ont été faites et qui ont été enregistrées sur procès-verbaux aussi, alors que précédemment il y a eu d’autres déclarations, elles aussi enregistrées, mais qui avaient semé cette confusion. Est-ce que c’était volontaire ? Est-ce que ce n’était pas volontaire ? C’est un autre débat. Mais il ne faut pas oublier que cette même personne avait eu à réclamer à corps et à cri qu’on prenne ces soldes pour faire des constructions, les mêmes constructions contestées. À l’époque, je l’avais reçu plusieurs fois, et il avait insisté pour que je donne ordre de débloquer les sommes et de procéder aux travaux. J’avais fini par lui dire d’accord, mais heureusement pour moi, j’avais rédigé une lettre pour demander au Conseil d’administration l’autorisation de disposer de ces sommes, si le conseil estimait nécessaire. Donc la lettre est partie officiellement. Il y a eu des débats au sein de ce Conseil d’administration ; entre temps cette même personne qui disait de prendre l’argent d’office au lieu de s’embarrasser de juridisme et de bureaucratie, cette même personne ayant des positions politiques a estimé qu’il ne fallait même plus autoriser la sortie de l’argent et a mené un certain nombre d’actions ; mais le Conseil a eu à apprécier une demande qui lui a été transmise officiellement. Et il a eu à donner une réponse toute officielle également. Ce sont là des attitudes changeantes.

Q : Quelles explications donnez-vous à l’attitude de ce syndicaliste qui au début a mené le même combat que vous, et aujourd’hui vous avez des points de divergences. La rumeur estime que le syndicaliste a certainement beaucoup de choses à dire, voilà pourquoi il a des problèmes.

Cde président : Par le comportement que vous-même avez dénoncé, des changements, vous pouvez savoir ce que visent ces personnes. Vous-même avez parlé de leurs ambitions individuelles. C’est normal, c’est un conflit. Si ces personnes avaient quelque chose à dénoncer elles l’auraient fait, chaque fois qu’elles ont eu la possibilité de le faire. Et ce n’est pas rien non plus que chaque jour nous entendions des rumeurs. Est-ce que vous savez que parmi ces personnes, il y en a qui ont écrit noir sur blanc que nous voulions créer la monnaie : la fameuse rumeur qui circule a été écrite noir sur blanc. Les personnes convoquées ont dû avouer leurs forfaits et présenter des excuses ; mais qu’est-ce qui se passe dans la ville tout le monde dit oui nous voulons créer la monnaie. Ce document a été envoyé à des gens un peu partout. Nous avons les preuves matérielles ce qui veut dire que, au point où ces gens en sont, ils cherchent tout ce qui peut nuire. Ils n’hésitent pas à fabriquer, pourvu que cela fasse du tort au CNR, parce que eux, ils ne sont pas pour la révolution ; parce que également ils avaient vu les choses autrement que de cette façon ; ils estiment n’avoir pas profité ; ils voient en termes de partage de gâteau. Je vous laisse le soin d’apprécier ces gens-là.

Q : Camarade président, le CNR a combattu à travers les CDR la corruption. Mais on constate actuellement qu’il y a une forme de corruption très subtile, qu’allez-vous faire ?

Cde président : Je crois qu’on ne peut pas définitivement supprimer la corruption dans le monde et dans notre pays tant qu’à tous les niveaux, toutes les tâches des transformations de la société n’auront pas été accomplies, et même tant que notre environnement économique, politique, social n’aura pas lui aussi été sur des positions qui favorisent la lutte contre la corruption. Il y a des corrompus, parce qu’il y a des corrupteurs. Même le jour où il n’y aura plus de corrupteurs au Burkina Faso, il se pourrait qu’il y ait des personnes à l’étranger, des personnes que nous ne contrôlons pas qui croient encore à la corruption et en la force de la corruption de résoudre les problèmes, qui vont être là pour piéger, tenter, séduire, soudoyer des Burkinabè. C’est pourquoi de tous les maux de la société, le mal est toujours en avance du point de vue de l’imagination sur le bien. C’est pourquoi les corrupteurs trouvent toujours des méthodes de répression de la corruption. Nous avons trouvé une méthode de lutter contre une certaine forme de la corruption, eux ont créé une nouvelle forme de corruption, à nous de trouver de nouvelles méthodes. Mais ces nouvelles méthodes, quelles qu’elles soient supposent que le peuple lui-même combatte la corruption, dénonce les corrompus, les corrupteurs, les cas de corruption ; et que nous n’hésitions pas à sanctionner tous ceux qui ont pu être corrompus, traduire en justice toutes les formes de corruption et de corrupteur. Cela se fait mais j’estime à mon avis que ce n’est pas encore suffisant. De ce point de vue, il faut continuer, chercher davantage, accentuer et nous y parviendrons. Ce n’est pas parce qu’on parle de lutte contre la corruption au Burkina que nous serions le pays le plus corrompu. Non. Même ceux qui ne parlent pas de corruption ont des corrupteurs chez eux. Et tous ceux qui essaient de tenir des discours sur la lutte contre la corruption, ne sont pas forcément si innocents que cela. Ils sont nombreux parce qu’ils ont peur de la CPPC, font tout pour qu’elle n’agisse pas. Ils disent qu’elle est inutile, inefficace, dévalorise le régime et ses dirigeants, règle des comptes. En réalité, ceux qui estiment que c’est inefficace, sont plutôt des gens qui veulent qu’on laisse durer encore la corruption.

Q : À propos de cette commission camarade président, si on n’a pas toujours dit du bien de celle-ci, c’est parce que les aveux de pauvreté entendus presque systématiquement ont enlevé une partie de sa crédibilité.

Cde président : C’est possible. La commission n’a pas encore publié ses résultats. Beaucoup d’autres personnes sont en train de se présenter devant la commission et je sais déjà qu’il y a des déclarations que la commission n’a pas acceptées. Elle est en train de démontrer que ces déclarations ne sont pas justes. Je sais aussi que d’autres personnes ont dû préciser ou rectifier des déclarations qui vont être rendues publiques. En réalité la commission travaille mais peut-être qu’elle gagnerait à se faire connaître plus.

Q : Camarade président, certains ministres ne s’affichent plus quand ils ne sont plus à leur poste. À quoi cela est dû ?

Cde président : Concernant l’attitude de ceux qui, selon vous, disparaissent de la scène politique, de la lutte politique dès lors qu’ils ne sont plus ministres, si c’est le cas c’est déplorable. Mais il faut s’expliquer là-dessus. Il faut se dire qu’il y a une conception que nous avons des postes de ministres qui n’est pas toujours juste. Parfois on pense que le poste de ministre c’est le poste que chaque cadre militant doit s’attacher à conquérir. Donc c’est le fruit d’une conquête personnelle, un travail personnel et par conséquent c’est aussi une récompense, la preuve que l’on est reçu à un examen et que l’on est arrivé au sommet. Si on a une telle conception, il est tout à fait normal aussi que le jour où on n’est plus ministre on s’estime perdant, tombé en décrépitude, en désaveu etc. Ce n’est pas cette conception qu’il faut avoir. C’est pourquoi il y a des personnes qui avaient été ministres, qui ne le sont plus, et qui continuent d’être des personnes militant sérieusement avec ardeur, qui ont le soutien des masses populaires dans le lieu où ils travaillent pour la révolution ; elles-mêmes ont pu trouver leur occasion de s’épanouir davantage et d’apprendre davantage au profit de la révolution parce que c’est une école continue pour chacun de nous. Maintenant, s’il y a des gens, on ne milite que quand on est ministre, ça c’est une erreur. Ministre ou pas ministre, on doit servir le peuple à tous les postes.

Q : Camarade président, l’impérialisme n’a pas encore dit son dernier mot. Est-ce que la Révolution d’août est bien assise pour faire face à toute tentative de déstabilisation ?

Cde président : Tant qu’il y a la révolution il y aura la réaction, il y aura la contre-révolution, il y aura l’opposition à la révolution. Et l’opposition à la révolution prendra toutes sortes de formes et bénéficiera de toutes sortes de soutien. Le premier ennemi de la révolution c’est l’impérialisme qui travaille. Je ne peux pas vous dire que nous avons définitivement écarté tout risque. L’impérialisme peut à tout moment tenter de faire quelque chose. Et il tente tout le temps, à tout moment, tous les jours. Il tentera de s’appuyer sur telle ou telle personne contre la révolution à l’extérieur, à l’intérieur du Burkina Faso. La seule garantie que nous puissions avoir, c’est le peuple qui s’organise pour se défendre, pour défendre sa révolution, pour protéger sa révolution, pour faire échec à l’impérialisme. Cela heureusement se développe davantage. Notre système de protection de la révolution se développe davantage et nous avons de plus en plus de raisons d’admettre, de comprendre, de croire, qu’il faut perfectionner tous les moyens de lutte. Pas seulement des moyens armés mais aussi sur le plan idéologique. Que chacun ait assez de moyens, d’armes idéologiques pour répondre aux manœuvres de l’impérialisme. Les moyens qu’on pouvait par exemple utiliser pour tromper notre peuple en 1983 ne sont plus valables en 1987 et sûrement que demain ces méthodes nous feront reculer les limites des moyens d’action contre l’impérialisme.

Q : Des questions relatives à des sujets très variés :
1. Camarade président, est-ce que l’an prochain, les fédérations et les ligues seront mises en place ?
2. Ne peut-on pas former politiquement et idéologiquement les CDR de manière à corriger certaines de leurs inconséquences ? Par exemple il y a des CDR fainéants qui sous le couvert de leur responsabilité politique au sein des services terrorisent les patrons.
3. Est-ce que Sayouba Zerbo a réellement triché lors du tour du Faso ?
4. Qu’en est-il des rumeurs sur les dissensions entre vous et Henri Zongo, Blaise Compaoré, Boukary Lingani ?

Cde président : À propos des fédérations et des ligues, je sais que le débat est avancé dans le milieu sportif. Nous avons écrit au ministère des Sports à ce sujet. Une réflexion s’est engagée pour voir comment nous allons procéder. Va-t-on mettre les fédérations et les ligues en place ? Quand allons-nous le faire ? Comment allons-nous le faire pour ne pas être obligés de mettre en place des fédérations et des ligues sur lesquelles nous allons revenir ? Nous avons purement et simplement demandé qu’on nous réponde à cette question-là. Nous attendons, ceux qui doivent réfléchir sur ces problèmes vont nous répondre et nous verrons bien. Je crois que le ministère des Sports est très avancé là-dessus mais je ne vais pas dévoiler le travail qui est en train de se faire dans ce ministère.

Pour ce qui est de la formation des CDR, je voudrais d’abord rectifier quelque chose. Vous avez dit “il faut former les CDR car la formation ne doit pas s’adresser seulement au peuple”. Non. Les CDR, c’est le peuple. Il n’y a pas d’un côté le peuple et de l’autre côté les CDR. Nous devons beaucoup mettre d’accent, il est vrai, sur la formation. C’est dommage que nous ne puissions pas aller aussi vite que nous même nous souhaitons. Mais nous avons avancé, nous avons acquis des victoires. Il reste quand même beaucoup de choses à dénoncer et vous avez parfaitement raison de le faire ; si vous faites une comparaison entre une rue de Bobo-Dioulasso au cours de septembre octobre décembre 1983, et la même rue en 1987, vous verrez que les comportements ont beaucoup changé. Comparez deux photos de meeting. Un meeting de 1983 et un meeting de 1987. Les attitudes ne sont plus les mêmes. Comparez un film d’un meeting de 1983 et d’un autre de 1987. Les attitudes, les agissements ne sont plus les mêmes. Les gens ont beaucoup évolué mais ce n’est pas suffisant. Nous avons créé des cercles de formation. Il y a l’école 11 01. Nous avons même envoyé des gens en formation à l’étranger auprès de certains partis qui ont beaucoup d’expérience. Nous avons dissous des bureaux, nous avons recommencé des élections générales, des élections particulières quand il y a des problèmes qui se posent. Bref ! Chaque jour qui passe, nous disons que nous ne sommes pas encore satisfaits. Ce n’est pas encore le niveau qu’il faut. La révolution amène tout le peuple à avoir beaucoup de besoins, beaucoup d’exigences. Tout ce qu’on n’osait pas réclamer avant, sous les anciens régimes, on le réclame aujourd’hui parce que c’est la révolution. C’est normal car cela veut dire que la révolution libère la conscience du peuple. Avant les gens ne disaient rien. Cela ne veut pas dire qu’ils ne souffraient pas. Maintenant ils disent tout ce qu’ils pensent. S’ils n’ont pas à boire, s’ils n’ont pas à manger, s’ils n’ont pas de logements, s’ils n’ont pas ceci, s’ils n’ont pas cela, ils le disent. Il y avait des partis politiques qui avaient leurs milices, leurs groupes d’actions, leurs jeunesses. On ne disait rien. On voyait, on n’était pas content, on laissait faire, on se résignait par fatalisme. Maintenant que c’est la révolution on parle. C’est bien. Cela veut dire que la révolution a réellement libéré les consciences des gens et ils peuvent voir ce qui ne va pas, et ils peuvent oser dénoncer. Il faut que nous continuions. Et continuer, c’est faire comme chacun de nous fait. Vous, par exemple, vous venez de dénoncer un certain nombre de choses. J’espère que les militants CDR vous entendront, les responsables CDR vous entendront, prendront à cœur de s’amender sur les points où leurs comportements ne sont pas corrects ; vous expliqueront que vous-même avez mal compris certaines de leurs attitudes. J’espère que vous-même dans votre CDR, vous allez agir à transformer les choses, à dénoncer même si vous n’avez pas de solutions à proposer, au moins à faire une critique.

L’autre question était que “ Est-ce vrai que Zongo Sayouba a triché ?” Je suis content qu’on puisse poser les questions sans détour et de cette manière-là. La rumeur m’est parvenue, nous avons saisi les organisations du tour du Faso.

Nous les avons saisis par écrit pour qu’ils nous disent si oui ou non Zongo Sayouba a triché. Nous avons commis une enquête à ce sujet. Même s’il a triché, ce ne sera pas la première fois qu’un coureur cycliste ici ou ailleurs aura triché. Il y en a eu tellement dans le monde et chaque jour. Il n’y a que ceux qu’on n’a pas pris qui n’ont jamais triché. Il y a même un footballeur très célèbre, une grande vedette qui a dit que celui qui n’a jamais triché en football n’est pas un footballeur. Enfin ça, je lui laisse la responsabilité de sa déclaration. Je signale simplement cela pour dire qu’il y en a tellement. Maintenant, je pense qu’il ne faut pas que tricher soit l’arme que nous utilisons pour gagner. Parce que si vous utilisez cette arme, d’abord, ce n’est pas toujours que vous allez réussir à tricher, donc la honte vous attend au bout d’une course un jour où l’autre. Vous avez gagné en trichant aujourd’hui, demain vous allez perdre parce que vous avez essayé de tricher et on va débusquer. Vous allez même trouver des gens qui trichent mieux que vous. Ensuite, je crois que tricher pour gagner une course cycliste, ça risque de vous conduire à tricher pour gagner autre chose. Et ainsi de suite, vous-même vous serez un jour victime d’une tricherie et vous serez le premier à regretter que les hommes trichent. Celui qui vole pour se satisfaire oublie qu’un jour lui-même peut être volé et c’est en ce moment qu’il comprendra que le vol doit être combattu et que lui aussi doit combattre le vol en commençant par combattre ses faiblesses en lui-même. Qu’est-ce que nous allons faire si c’est vrai qu’il a triché ? Tout ce qui peut éduquer le peuple, tout ce qui peut nous éduquer, nous mener sur la voie de la vertu révolutionnaire, eh bien c’est tout ce que nous devons privilégier. Cependant nous ne sommes pas là pour casser et détruire les gens. Personnellement j’ai fait écrire une lettre au ministère, aux organisateurs, et une commission est commise pour nous dire si oui ou non il y a eu tricherie. Nous attendons d’avoir tout, qu’on nous fasse la synthèse et qu’on dise en conclusion qu’il y a eu tricherie ou qu’il n’y a pas eu tricherie.

jpg/thoma-blaise-lingani.jpgÀ propos de dissensions entre Henri Zongo, Blaise Compaoré, Boukary Lingani et moi. Je vous dis tout de suite que c’est faux. Maintenant je vais vous dire une chose. Mes meilleurs informateurs, ceux qui viennent me dire “attention, on dit ceci, on dit cela”, c’est Blaise Compaoré, c’est Henri Zongo, c’est Lingani Jean-Baptiste, c’est vrai que le jour où ces gens-là ne me diront plus la vérité, ou ils ne seront plus là parce que l’ennemi leur aura fait du mal, ce sera une grande perte. Donc, ce sont eux-mêmes qui m’apportent les informations. Je connais même un responsable politique qui un jour est allé voir le commandant Lingani pour lui dire “mais… il parait que… qu’on a voulu arrêter un tel… qu’on a voulu faire telle chose”.

Je connais un responsable politique qui est venu me voir, tout à fait sincère, pour me dire “il paraît que vous avez tenté d’arrêter le capitaine Blaise et que c’est sur son chauffeur qu’on a tiré”. Alors j’étais heureux parce que le même capitaine Blaise était au fond, dans la salle à manger. C’est donc le capitaine Blaise lui-même qui est sorti pour expliquer. On pourrait peut-être penser encore que je l’avais enfermé dans la salle à manger, mais ce serait alors une prison agréable que d’avoir tout à l’œil. Et puis c’est simple. C’était une banale histoire. Le chauffeur du capitaine Blaise était effectivement absent. On disait “est-ce que vous voyez encore le chauffeur, il a été tué, il a été abattu”. Mais en réalité le chauffeur était parti en stage.

J’ai appris il n’y a pas longtemps que le commandant Lingani va être mis à la retraite. À la retraite de quoi ? Je ne sais pas. Si c’est à la retraite de l’armée, c’est lui qui sait, c’est lui le commandant Lingani, commandant en chef des forces armées, ministre de la Défense qui le sait. Mais si c’est à la retraite de la révolution, là c’est grave parce qu’il joue un rôle dirigeant tellement important que s’il va à la retraite de la révolution, nous allons tous partir ensemble. On me dit que le capitaine Henri Zongo est en dissidence, qu’il n’est pas d’accord, qu’il est parti, qu’il a même été arrêté et enfermé. Mais qui mieux que lui peut me donner les informations qu’il apprend. Ce que lui aussi apprend. Parce qu’il ne peut pas avoir toutes les informations du pays. Il peut dire que “attention, si les gens ont dit telle chose, c’est parce qu’ils ont compris ceci et cela” et parfois ça fait rire mais parfois ça ne fait pas rire, quand on pense que ça a inquiété et troublé des militants sur le terrain. Non ! Rassurez-vous. Ainsi qu’eux-mêmes, Lingani ou Blaise ou Henri, ont eu à le déclarer, nous ne sommes pas venus à la révolution par une campagne électorale, nous ne sommes pas également venus à la révolution par un jeu de cartes. C’est une lutte politique de révolutionnaires qui acceptent d’assumer des tâches, des fonctions, qui font face aux missions qui leur sont confiés, et puis c’est tout. Chacun a un poste donné. Et en plus, rien ne se sait sans que nous ne discutions sérieusement et âprement ; et nous avons tellement traversé d’obstacles, de revers dans notre vie que ce ne sont pas les quelques rumeurs qui viendraient à bout de cette unité dont nous avons besoin. Je crois que le peuple a besoin de cette unité-là. Maintenant il y a des gens qui rêvent de cela : comment faire pour nous opposer ? Je regrette de devoir dire que mes camarades eux-mêmes viennent me dire ce qu’ils apprennent, que moi aussi je leur dis ce que j’apprends et ainsi de suite. Parce que, en le disant, je vais couper l’herbe sous les pieds des détracteurs qui allaient de temps en temps voir un tel ou un tel.

Malheureusement quand vous allez voir un, tous les quatre le sauront, ç’a toujours été comme ça jusqu’aujourd’hui. Je crois que cela nous a beaucoup aidés. Cela nous a beaucoup sauvés, nous a beaucoup enseigné. D’ailleurs, je ne serais pas venu à votre entretien sans les avoir vus auparavant.

Q : La saison des pluies s’annonce mauvaise pour les uns et si elle devient vraiment mauvaise, qu’elles en seront les conséquences sur notre politique d’autosuffisance alimentaire et sur les résolutions de la deuxième conférence nationale des CDR ?

Cde président
: Les statistiques pluviométriques ne sont pas tellement brillantes, très heureuses. Elles sont en deçà des meilleures saisons, de ce que nous avons connu. Par conséquent, vous avez raison d’avoir quelques inquiétudes pour l’issue de notre campagne agricole, donc de cette politique d’autosuffisance alimentaire qui est un de nos combats. Cela pourrait compromettre sérieusement nos efforts, mais si malgré tout nous nous en sortons, ce sera grâce au travail de nos agriculteurs, de nos paysans ; tous ceux qui sont dans le monde de l’agriculture, qui les encadrent, qui les soutiennent ou tous ceux qui tiennent la daba, la charrue ou le tracteur. Ceux-là, il faut leur rendre hommage mais dire aussi que la révolution a incité les producteurs agricoles à transformer leurs méthodes de travail à tel point qu’avec un niveau de pluie égal à ce que nous avons connu jusque-là, nous pouvons obtenir des résultats meilleurs ; je peux même dire que très sûrement nous aurons des résultats, somme toute, acceptables.

Mais il faut voir plus loin. Cette saison qui démarre d’une façon pas totalement satisfaisante pour nous est une leçon. Pourquoi ? Parce que l’année dernière nous avions une bonne saison que l’on pensait que toutes les saisons seraient comme cela. Mais nous apprenons maintenant que le problème de l’agriculture, le problème de l’autosuffisance alimentaire doit cesser d’être un problème de simple pluviométrie. Il faut maîtriser l’eau. L’eau des pluies, l’eau des forages, des puits. Il faut maîtriser l’eau de nos cours d’eau etc. Il nous faut construire beaucoup de barrages. C’est en cela que notre politique de barrages, grands ou petits, est une politique juste. Le jour où nous aurons maîtrisé suffisamment, nous aurons construit beaucoup de barrages, il nous faut encore des milliers de retenues d’eau. Le jour où nous aurons des milliers de retenus d’eau, eh bien même une pluie, même une saison pluviométrique qui ne serait que le tiers de ce que nous voyons actuellement, ce serait suffisant pour que nous réalisions, nous maintenions l’autosuffisance alimentaire du peuple.

Donc nous ne sommes pas découragés. Nous devons faire la différence avec les régimes réactionnaires, de démissions ; c’est-à-dire qu’au lieu d’attendre que les pluies soient bonnes pour avoir de bonnes récoltes, au lieu de tendre la main pour recevoir de l’aide alimentaire, nous devons développer tous les moyens qui nous permettent avec le minimum d’eau qui tombe, d’avoir une bonne saison. Mais la saison a commencé d’une façon qui est en deçà par rapport à 1986 mais la saison n’est pas terminée et rien ne nous dit que pour les semaines et les mois à venir, la saison ne va pas être meilleure. Du reste, c’est la tendance que nous sommes en train d’observer au niveau des stations de météo. Actuellement il y a une remontée. La courbe est en train de remonter agréablement, admirablement. Souhaitons qu’elle continue. En tout cas, il faudrait que nous continuons avec la construction des barrages ; c’est pourquoi le ministère de l’Eau doit persévérer dans les petites retenues d’eau mais aussi dans les quelques grands barrages que nous avons.

Q : Quel sort sera réservé à la communauté musulmane dans le contexte révolutionnaire. Parce que la révolution dans sa lancée ne recule devant aucun obstacle. Elle a eu à détruire des mosquées pour construire de nouvelles cités. Cela a inspiré un certain nombre d’inquiétudes au sein de cette communauté qui voudrait en avoir le cœur net.

Cde président : La vie de la communauté musulmane appartient d’abord aux musulmans eux-mêmes. Ce sont les musulmans qui composent la communauté musulmane. S’il n’y a pas de musulmans il n’y a pas de communauté musulmane. Donc les musulmans doivent s’entendre autour d’une seule ligne. La révolution leur a permis de pratiquer la religion. C’est pourquoi la communauté musulmane ne doit pas être un centre d’affrontement. On dirait qu’elle est devenue un ring avec des combats ou un champ de bataille, de lutte. Nous ne pouvons pas être d’accord avec une telle situation si elle présente des conséquences pouvant influer sur d’autres secteurs de la vie ; nous ne pouvons pas permettre que la communauté musulmane trouble l’ordre par des querelles nombreuses à l’intérieur de la communauté musulmane. Mais nous ne voulons pas non plus imposer une solution aux musulmans. Je le répète, c’est la communauté musulmane qui doit trouver la solution. C’est pourquoi tout ce que nous, nous pouvons faire, c’est d’insister sur la nécessité pour les musulmans de s’entendre. Parce que cette entente n’existe pas, et que la communauté musulmane pose des actes qui troublent l’ordre public ; tous les Burkinabè ne sont pas musulmans, et tous les Burkinabè ne sont pas obligés de n’avoir pour règle de conduite que les règles et les querelles de la communauté musulmane. Pour ce qui est des mosquées, nous ne sommes pas contre l’existence des mosquées, des églises, des temples, tous les autres lieux de culte quels qu’ils soient.

Nous ne sommes pas contre. Nous demandons simplement qu’elle soit une belle mosquée. Dans le cadre de l’opération ville blanche, que les mosquées soient peintes aussi en blanc. Je crois que cela est même conforme à ce qui est dans le Coran et à ce qui est dans les pays de tradition islamique comme à la Mecque. Si des mosquées ont été détruites c’est parce qu’elles n’étaient pas conformes à un certain plan d’établissement, c’est tout. Mais on n’a pas dit qu’il ne fallait pas en reconstruire quelque part. C’est pourquoi, de même que la révolution a fait déplacer certaines mosquées, peut-être même on a vu les musulmans, les catholiques, les protestants et des autres religions avoir elles-mêmes à décider du changement de lieu d’une mosquée, des travaux d’agrandissement, d’embellissement même carrément de déplacement d’un lieu de culte. Donc il faut que ce soit clair. Nous, nous avons reconnu la liberté de culte, chacun croit en la religion qu’il a choisie librement.

Q : Camarade président, nous revenons sur les questions syndicales. Il y a eu des arrestations de militants syndicalistes à Ouagadougou et dans les provinces. Et l’opinion à vrai dire n’a pas eu suffisamment d’informations sur les raisons de ces arrestations. Est-ce qu’on peut en savoir davantage ?

Cde président : Oui ! Il y a eu beaucoup d’explications données là-dessus, c’est vrai que je n’ai pas eu l’occasion moi-même d’en parler. Mais, il faut se dire qu’il y a eu des arrestations, nous le reconnaissons, mais ce ne sont pas des arrestations de syndicalistes. On n’a pas arrêté des personnes parce qu’elles étaient syndicalistes. Parce qu’il y a beaucoup plus de syndicalistes dehors que de syndicalistes arrêtés, un. De deux, il y a des bureaux qui n’ont pas été touchés. Donc ce n’est pas la position de syndicaliste qui importe. C’est la position que l’on a par rapport aux luttes que mène notre peuple. Si on ne soutient pas ces luttes, c’est déjà le devoir pour nous de convaincre. Si on s’oppose à ces luttes, on s’oppose à ce que nous faisons. Sur le terrain, il y a bien souvent des conflits de ce genre, de même que des personnes s’organisant de mille et une manières sur des bases qu’elles essayent de faire passer pour des bases syndicalistes, afin d’atteindre leurs objectifs, de même d’autres personnes s’organisent sur des bases révolutionnaires pour combattre l’impérialisme pour davantage renforcer le processus révolutionnaire, et asseoir le pouvoir populaire chez nous. Ce sont des luttes purement politiques qui s’affrontent, et ce sont des victoires qui ne peuvent qu’être purement politiques, ou des échecs purement politiques. Ce n’est pas autre chose. Alors, c’est donc sur la base du débat politique également que ces questions se sont résolues. Ce n’est pas au regard du droit du travail que l’on pose le problème, non ! Vous avez un droit au travail c’est une chose, mais votre droit au travail n’est pas une raison pour que vous attaquiez le droit des autres.

De même, il n’est pas normal que des personnes, habilement, essayent d’utiliser la connaissance que l’opinion internationale a de leur propre existence pour faire des amalgames qui ne seraient pas bien venus. Personne n’a été arrêté parce qu’il est militant de tel ou tel syndicat. Bien sûr, je sais que certaines personnes arrêtées se sont empressées de mettre cela sous le couvert du syndicalisme, parce que, aussi c’est ce qui à l’étranger marche le mieux, convainc le mieux. Quand vous pouvez dire à l’étranger que vous avez été arrêtés à cause du syndicalisme, vous créez de la sympathie autour de vous. Mais vous vous gardez bien de dire tout ce que vous avez fait. Je pense que de même que nous devons plaindre ceux qui ont été arrêtés pour les fautes qu’ils ont commises, pour les provocations dont ils ont été auteurs, de même nous devons plaindre les millions et les millions de personnes qui ont été provoquées, qui ont été bousculées, des personnes dont on a essayé d’arrêter la lutte, et les points de vue. Ces militants de CDR se sont sentis aussi blessés par les personnes qui les ont provoqués. Qui défend les CDR ? Ou bien les CDR n’ont pas le droit d’exister ? Ou bien le point de vue des CDR n’est pas à prendre en compte ? Il ne faut pas qu’on provoque aussi les CDR. Je veux bien que les CDR qui ont tort soient sanctionnés, ça je n’hésiterai pas. Mais je ne suis pas d’accord non plus que l’on fasse des CDR ce que l’on veut. Parce qu’ils ont droit aussi à leur point de vue. Si leur point de vue n’est pas juste on débat et on détruit ces points de vue-là. Je suis d’accord. Mais au-delà c’est de la provocation qui n’est pas correcte.

Q : Camarade président beaucoup de militants se demandent qui dirige l’Intrus. Un certain nombre pense que c’est vous-même. Qu’en est-il exactement ? Et puis il y a la baisse du niveau des scolaires. La rumeur attribue cette baisse de niveau aux multiples réunions qui accaparent les maîtres d’écoles. Quels sont les maux de l’école burkinabè ?

Cde président : D’abord je préfère parler de la question de l’éducation parce que c’est une question qui nous préoccupe tous. Parce que chacun de nous est élève, enseignant ou parent d’élève. Donc nous sommes tous concernés. Dans tous les cas, le présent, l’avenir dépendent de la formation que nous allons donner aux enfants aujourd’hui et demain.

Beaucoup de réunions, c’est vrai, ce ne serait pas une bonne chose parce que cela va accaparer les enseignants. Les élèves seront forcément abandonnés. Je suis d’accord avec vous. Et les neuf mois de l’année scolaire qui généralement ne sont pas utilisés à plein temps risquent de n’être en réalité que six mois, peut-être même cinq ou même moins de 5 mois, 4 mois de vrai travail. Ça, ce n’est pas une bonne chose. Je suis d’accord avec vous ! Mais la question de l’éducation ne se résume pas simplement aux réunions des enseignants. Même pas seulement aux enseignants, c’est nous tous qui sommes impliqués.

Dans l’appel de Gaoua j’ai eu à poser pour le moment les problèmes immédiats de nos attitudes de responsabilités en attendant que le problème de fond, de transformation politique structurelle de l’école puise se faire. Mais ça c’est un autre débat. Et je puis vous dire que, un certain travail a commencé, il faut que nous arrivions à trouver ensemble, la formule de l’école nouvelle que nous allons mettre en place. Formule qui correspondra aux aspirations démocratiques de notre peuple. Il faut débattre. Nous avions fait une première proposition qui n’a pas été acceptée. Vous avez vu que nous l’avons retirée. Nous préférons retirer. On va chercher encore. On finira par trouver. Qu’on n’ait pas trouvé du premier coup, ce n’est pas je l’espère une faute en soi. Maintenant si nous nous étions entêtés, si nous l’avions imposée malgré tout, ç’aurait été une mauvaise chose. Nous retirons, nous repartons encore à la base pour trouver une nouvelle formule.

Donc je pense que le problème de l’école est bien plus profond que simplement la responsabilité des enseignants, leur temps libre, le nombre de réunions qu’ils ont. Ce n’est pas non plus une question de fournitures scolaires, ça va au-delà de cette question. Ce n’est pas une question de nombre d’écoles, de nombre de classes. Il y a beaucoup de choses qui concernent toute la société, et je voudrais qu’à l’occasion des débats que nous allons avoir sur l’école, chacun continue de se prononcer tout à fait clairement et librement.

Pour revenir maintenant à la question de l’Intrus. Des personnes disent que le président lui-même est le rédacteur de l’Intrus. Je ne sais pas s’il faut prendre cela comme un compliment ou comme une attaque. Parce que si je le prends comme un compliment ça veut dire que l’Intrus écrit bien ; si je le prends comme une attaque ça veut dire que j’attaque l’Intrus et je ne voudrais attaquer personne. Je suis d’accord sur l’existence de L’intrus. Mais… je n’ai pas le temps de faire ce que je fais et d’écrire dans l’Intrus. Peut-être qu’on est surpris qu’on n’ait pas pris une décision contre ce journal. Moi je ne suis pas d’avis qu’il faille prendre une décision contre ce journal. Au contraire je pense qu’il doit exister. Mais il n’a pas attaqué que des ministres. Il a attaqué aussi des gens qui ne sont pas ministres. Bien sûr les ministres sont en vue beaucoup plus que d’autres personnes. Et la tendance dans les rumeurs, les critiques ; qui est-ce qu’on critique dans les rumeurs ? Ce ne sont pas les personnes moins connues, ce sont celles qui sont connues. L’Intrus a parlé de moi aussi en des termes qui ne sont pas forcément révérencieux. Et ce n’était pas très élégant, très honorable que moi aussi je me sois retrouvé décrit de telle ou telle façon, interpellé de telle ou telle façon, mais enfin puisque nous sommes d’accord qu’il existe, il faut qu’il continue.

Chacun de nous va lire l’Intrus, et va puiser là-dedans ce qui peut l’intéresser, ce qui peut lui être utile. Je crois qu’il y a beaucoup de pays où les masses seraient très heureuses d’avoir l’Intrus. Et si moi j’avais le temps et le savoir-faire pour animer l’Intrus j’allais y contribuer.

Je ne suis pas toujours d’accord avec ce que dit l’Intrus, mais quand c’est vrai aussi, même si c’est dit par l’Intrus, ça ne doit pas nous empêcher de prendre des mesures.

Q : Les propos du camarade président sont jugés parfois excessifs ; vos hautes fonctions, camarade président, vous amènent à être le père de la nation et à ce titre-là vous devriez chaque fois tenir des propos d’une grande sagesse, et sur lesquels vous n’auriez pas à revenir. Cela est-il dû à la jeunesse de vos conseillers ou à la mauvaise qualité de votre entourage ?

Cde président : D’abord il faut dire qu’on peut revenir sur des propos que l’on a déjà tenus. Bien sûr il est souhaitable de revenir le moins possible. C’est-à-dire de trouver à chaque fois ce qu’il faut dire, ce qu’il faut faire. Mais il y a des cas où nous nous apercevons qu’il est nécessaire de faire marche arrière pour reconsidérer la situation. Cela existe et je pense qu’il faut l’accepter démocratiquement ainsi. C’est une forme nouvelle de pouvoir. Ce n’est pas un droit divin, ce n’est pas un pouvoir infaillible, c’est un pouvoir des hommes, par des hommes avec les hommes sur des questions qui concernent les hommes. Quant aux conseillers, jeunes ou pas jeunes, bons ou mauvais, ce sont aussi des hommes. Par conséquent ils conseillent ce qu’ils peuvent conseiller. Ils ne peuvent pas trouver des solutions qui dépasseraient leurs propres personnes. Et il y a quelques garanties. D’abord ils ne sont pas seuls. Ils discutent leurs propositions avec d’autres personnes, qui sont parfois plus âgées qu’eux. Il y a des jeunes, mais il y a des personnes qui ne sont pas très jeunes. Ensuite nous en discutons aussi. Et on n’est pas obligé d’accepter ce que disent les conseillers si on est convaincu que ce n’est pas bon. On peut même montrer au conseiller qu’il s’est trompé. Tout comme c’est le conseiller qui peut avoir trouvé la solution à un problème donné. Par conséquent c’est l’expérience de la vie, et c’est l’évolution dialectique des choses que parfois nous soyons sur le point juste mais que parfois aussi nous soyons capable de nous tromper. Nous sommes à la fois les deux faces, ce qui est juste et ce qui est erroné.

Et nous combattons chaque jour les erreurs au profit des positions les plus justes. Peut-être qu’un jour nous allons devenir infaillibles mais ça c’est dans l’idéal.

Q : Avez-vous un dernier mot à l’endroit des camarades militants ?

Cde président : Cet entretien que j’ai ici avec les camarades militants est un entretien très utile ; je le souhaite très fructueux pour tous dans la mesure où des questions de tous ordres ont été posées ; à la vérité ce ne sont pas des questions nouvelles et surprenantes, même si elles n’ont jamais été posées de cette façon-là et de façon publique et libre.

Je dirais que nous avons chaque année deux rendez-vous principaux : c’est le rendez-vous du 4 août, c’est le message du 31 décembre où généralement, nous parlons sur le plan social à notre peuple. À la veille du 4 août, c’est sur le plan des transformations politiques. Je voudrais que nous retenions que l’année politique qui vent de s’écouler a été une année qui a mis notre révolution à l’épreuve des contradictions de tous genres qu’une révolution peut connaître. Il reste certainement des contradictions que nous n’avons pas encore connues. Nous avons vu d’autres révolutions naître et évoluer, parfois mourir ; nous avons lu comment d’autres révolutions ont cheminé et il nous est parfois arrivé de penser à tort que cela n’arrivait qu’aux autres. Eh bien, cela peut aussi nous arriver. Nous avons connu des contradictions secondaires, nous avons connu des contradictions fondamentales, principales.

Nous avons connu des contradictions dans nos rangs, des contradictions hors de nos rangs, des contradictions même hors de notre pays. Tout cela nous a instruits. Je pense que les révolutions doivent se convaincre d’une chose : c’est qu’il n’y a pas de faiblesse à utiliser l’argument du débat démocratique pour faire triompher ses idées.

Au contraire ! Chaque fois qu’un révolutionnaire gagne à lui une personne à partir d’un débat franc, sincère, courageux, eh bien ! il renforce sa révolution. Chaque fois que le révolutionnaire est obligé d’écarter, de repousser quelqu’un, qui qu’il soit parce qu’il estime, lui, le révolutionnaire, avoir expliqué en vain, eh bien, c’est une perte. Il faut qu’on se le dise. Et il faut qu’on se dise qu’il y a plus de personnes qui se posent la question, ici même, et ailleurs “qu’est-ce que la révolution”, que de personnes qui savent ce que c’est, qui aiment la révolution, qui sont donc prêtes pour la révolution.

Donc notre combat est un combat de personnes humaines qui doivent avoir le courage révolutionnaire de surmonter toutes les difficultés que nous rencontrons. Ne pas nous laisser aller au sentimentalisme et au subjectivisme. C’est-à-dire le découragement, la peur, c’est-à-dire aussi la recherche de solutions faciles et expéditives en tout débat, face à tout problème, c’est-à-dire ne pas nous laisser mener par l’excitation que certaines personnes très intelligentes auraient découvert pour nous aiguillonner vers des directions qu’elles choisissent.

On vous pousse par la critique, par les attaques, par la provocation même, et vous réagissez comme un homme programmé. Dans ces conditions aussi, on peut programmer votre perte. Justement là où on veut que nous réagissions de façon brutale, en nous abandonnant, en nous investissant totalement, nous devons garder le calme et la réserve nécessaire. C’est ça, garder son intelligence pour économiser ses forces pour soi, éviter de nous laisser exciter. Le sentimentalisme, c’est éviter de réagir sur la base de nos propres sentiments. Il m’a insulté, je ne suis pas content, donc nous allons nous affronter ; j’emploie tous les moyens que j’ai pour l’affronter. Si nous devons agir ainsi, nous perdrions toute la capacité de mobilisation dont nous avons besoin pour faire avancer le processus.

Mais je ne méconnais pas qu’il y a tous les jours de la provocation sur le terrain et souvent qu’on demande “camarade président, voilà les preuves qu’un tel a fait ceci, a fait cela contre votre personne ; qu’allez-vous faire ? Faites quelque chose”. Non justement, il ne faut pas réprimer à ce moment-là. Ce n’est pas normal. Au contraire, il a fait cela, ce n’est pas bien, qu’allons-nous faire pour qu’il ne recommence plus. Il y a la possibilité d’utiliser l’arme de la coercition mais il y a aussi la possibilité d’utiliser une autre arme qui est plus lente, plus pénible, plus difficile, qui est l’arme du débat. Cela aussi n’est pas une façon d’inviter les gens à se dire tout ce qu’on veut parce qu’on ne sera jamais sanctionné, il n’y aura que des débats, et qu’on peut ne même pas écouter ces débats. Chaque fois que nous acceptons le débat, le dialogue en tant que révolutionnaires sur nos principes, sur nos positions, nous ne faisons qu’avancer ; mais chaque fois que nous refusons le débat, chaque fois que nous refusons le dialogue, nous ne faisons que reculer.

Je voudrais inviter les camarades à cela et dire aussi que si des personnes ont eu à fauter, il nous appartient en tant que révolutionnaires d’avoir le courage de trancher leur cas, sans sentimentalisme, c’est-à-dire avoir peur de prendre certaines décisions même si elles doivent être fermes, d’avoir le courage face à la faute et à la gravité et en même temps avoir le courage et la force de savoir œuvrer pour mettre les camarades sur une ligne qui sera la ligne de la révolution, la ligne des masses. Nous devons traiter chacun avec un esprit humain parce que nous avons affaire à des hommes et des hommes qui, dialectiquement, peuvent redevenir de vrais combattants révolutionnaires ; nous devons le croire et ne jamais penser qu’un homme est perdu définitivement. J’invite tous les militants à comprendre que chaque année, chaque 4 août, nous devons nous dépasser. Ce que nous n’avons pas accepté en 87 nous devons l’accepter en 88, et demain nous devons être un exemple grâce à un dépassement de nous-mêmes. Je vous remercie.

La patrie ou la mort, nous vaincrons.

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Conférence de presse de Thomas Sankara à l’occasion du 4 aôut 1986 (audio) https://www.thomassankara.net/conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-loccasion-du-4-aout-1986-audio/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-loccasion-du-4-aout-1986-audio https://www.thomassankara.net/conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-loccasion-du-4-aout-1986-audio/#respond Sun, 01 Feb 2015 11:11:57 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-loccasion-du-4-aout-1986-audio/ Comme tous les ans, le 4 août est l’occasion de fêter l’anniversaire de la Révolution, de faire le point sur les réalisations et de se projeter vers l’avenir. C’est ce que fait Thomas Sankara en répondant aux questions durant cette conférence de presse du 4 août 1986.. La rédaction ÉCOUTEZ LA CONFERENCE DE PRESSE EN […]

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Comme tous les ans, le 4 août est l’occasion de fêter l’anniversaire de la Révolution, de faire le point sur les réalisations et de se projeter vers l’avenir. C’est ce que fait Thomas Sankara en répondant aux questions durant cette conférence de presse du 4 août 1986..

La rédaction


ÉCOUTEZ LA CONFERENCE DE PRESSE EN APPUYANT SUR LA FLÈCHE CI-DESSOUS.


 

Le minutage de l’interview selon les questions

– 00’00 L’intrus.. liberté de la presse .. Les journalistes
– 04’20 Disposition pour couvrir les journalistes qui critiquent surtout dans les pays révolutionnaires
– 07’20 A quand la mise en place de nouvelles structures politiques
– 09’30 3 ans de révolution.. points positifs points négatifs
– 12’45 réalisations sociales .. succès comment?
– 16’20 Relations Burkina Mali. Quelles conséquences? Handicap avec les autres pays? Afrique du sud deux camps ceux qui acceptent les sanctions et ceux qui n’acceptent pas
– 26’30 Comment parvenir à l’unité nationale compte tenu de la diversité ethnique.
Comment vous situez-vous par rapport à vos administrations, intermédiaires indispensables
– 30’00 Chanson de Mahawa Doumbia qui vous est dédiée? Votre réaction en écoutant cette chanson? Vous êtes M. Séducteur.
Quelles sont les personnes qui vont  bénéficier de mesures de clémence et quels sont les faits qui leur sont reprochés?
– 36’30
Relations avec le Ghana
Comment atteindre la libération de la femme
Effort populaire d’investissement
Le Burkina va-t-il accepter la décision de la Haye qu’elle quelle soit dans l’arbitrage frontalier avec le Mali
– 51’20 Afrique aux africains.. pourquoi certains de vos voisins ne partagent pas vos espérances… vos orientations révolutionnaires
– 57’00 Vous n’avez pas besoin d’armes? La réforme de l’éducation rejetée
– 1’01’00 A propos de l’aide? comment éviter le piège du maitre à l’élève


On trouvera le discours qu’a prononcé Thomas Sankara à l’occasion de cet anniversaire à http://www.thomassankara.net/developpement-pret-a-porter-non-developpement-sur-mesure-oui-discours-du-president-thomas-sankara-du-4-aout-1986/

Les fichiers joints

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Conférence de presse de Thomas Sankara à l’issue du sommet France-Afrique de Vittel en octobre 1983 (retranscription intégrale) https://www.thomassankara.net/conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-lissue-du-sommet-france-afrique-de-vittel-en-octobre-1983-retranscription-integrale/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-lissue-du-sommet-france-afrique-de-vittel-en-octobre-1983-retranscription-integrale https://www.thomassankara.net/conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-lissue-du-sommet-france-afrique-de-vittel-en-octobre-1983-retranscription-integrale/#respond Mon, 28 Feb 2011 19:03:16 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-lissue-du-sommet-france-afrique-de-vittel-en-octobre-1983-retranscription-integrale/

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Nous vous livrons un document inédit jusqu’ici. Nous avions récupéré l’enregistrement et il a fallu le retranscrire. Il s’agit de la conférence de presse à Vittel à l’hotel Méridien à l’issue du sommet France Afrique d’octobre 1983. On trouvera une vidéo d’un extrait de la conférence à http://www.thomassankara.net/conference-de-presse-de-thomas-sankara-a-paris-octobre-1983-video/

Nous sommes en octobre 1983, la révolution ne fait que commencer. Le Burkina parait isolé par rapport aux autres pays africains. En plus présenté comme l’homme de la Libye, Thomas Sankara doit affronter de nombreuses questions sur ses rapports avec ce pays. Il a fait un esclandre lorsqu’il fut accueilli par Guy Penne. Mitterrand a chargé son fils Jean Christophe d’éviter que Thomas Sankara ne quitte la conférence. En plus nous sommes en plein conflit tchado libyen. On devine déjà les déceptions de Thomas Sankara face à l’accueil qu’il du recevoir du pouvoir socialiste. D’ailleurs pour lui il n’y a aucun doute, le faire accueillir par Guy Penne est une provocation, car ce dernier est pour lui un des responsables de son éviction le 17 mai 1983.

Les journalistes ne vont pas lui faire de cadeau. La révolution n’a pas encore de bilan, alors que nous savons aujourd’hui que c’est bien sur le bilan qu’il faut juger de cette révolution et de son dirigeant.
Et on se méfie des militaires, encore plus s’ils se déclarent révolutionnaires.

En plus Thomas Sankara a l’outrecuidance de critiquer la France, et dans un langage éloigné des usages de la diplomatie. L’exercice est difficile, il arrive pourtant à contre-attaquer, mais dans un langage que les journalistes ne connaissent pas, qui leur est étranger. On sent une grande incompréhension de chaque côté. Il se défend comme un diable mais il apparait tendu. Mais la salle lui semble particulièrement hostile. Mais il se bat, défend ses convictions avec force.

Thomas Sankara laisse pourtant de lui, avec le recul, l’image d’un excellent communicateur. Sans doute a-t-il tiré la leçon de cette conférence de presse. Ce document reste exceptionnel. C’est la première conférence de presse entièrement retranscrite. Nous espérons en récupérer d’autres mais rien n’est sur.

La rédaction


 

Thomas Sankara : Je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation. Je remercie d’avoir manifesté aussi votre indulgence à notre égard car vous avez généralement demandé des interviews que nous n’avons pas pu faute de temps vous accorder et nous nous sommes trouvés dans l’obligation de vous regrouper pour quelques minutes apporter l’éclairage dont vous avez besoin vous d’abord mais dont vos lecteurs ont besoin pour mieux connaître la Haut Volta, pour mieux comprendre aussi notre volonté d’instaurer un dialogue entre les peuples, pour mieux comprendre notre détermination à combattre nos ennemis, lesquels ennemis finalement sont les mêmes quelque soit le siège sur lequel on se place, lesquels ennemis dépendent simplement de la position sociale que l’on occupe. Et sans plus tarder, mesdames, messieurs, je vous donne la  parole pour poser vos questions

Question : Monsieur le président, quel est votre avis sur le sommet de Vittel et votre analyse sur la situation au Tchad. Vous faites parti des Chefs d’Etat qui ont rejeté la déclaration sur le Tchad proposé par les Etats modérés. Que reprochez vous exactement à cette déclaration.

Thomas Sankara : Je vous remercie. A propos de la conférence qui s’est tenue à Vittel, c’est le lieu de rendre hommage à la presse française qui, dans sa globalité, a titré que cette conférence à été un demi succès, ce qui veut dire un demi-échec. Pour nous voltaïques, nous considérons que cette conférence a été un succès, un succès total dans la mesure où elle a permis de comprendre que certains notions sont dépassées, dans la mesure où elle a permis de comprendre que certaines barrières doivent tombées et que les problèmes africains doivent se résoudre entre africains. Le président de la République française M. François Mitterrand lui-même, dans la conclusion qu’il tirait a…, s’est longuement étalé sur le fait qu’il s’agit d’une rencontre informelle, sur le fait que ni résolution ni décision ne pouvait sortir de cette conférence, donc a reconnu implicitement l’incapacité d’une telle conférence à résoudre fondamentalement les problèmes qui se posent aux africains et il l’a fait remarqué très clairement. Donc nous pensons que cette conférence a été une occasion concrète de s’apercevoir qu’il est illusoire que, sur des bases aussi informelles, nous puissions débattre de questions importantes comme celles qui touchent, qui frappent les africains actuellement. Du reste, nous sommes surpris, nous voltaïques, que des cadres juridiques comme l’OUA, qui tiennent régulièrement des conférences au sommet qui posent les problèmes importants, politiques et économiques aient tant et tant de mal pour rassembler les chefs d’Etat africains qui ont exclusivement concernées et qu’ au contraire d’autres conférences comme celle-là sans ordre du jour précis avec aussi ce que chacun sait comme incapacité totale à résoudre la plupart de nos problèmes donc que cette conférence attire si facilement les chefs d’Etat africains. Il y a là une question à se poser. Mais il y a aussi des points positifs, très positifs, et je citerai notamment la possibilité pour nous de nous rencontrer en une seule fois, en un seul lieu, en si peu de temps de rencontrer la plupart des chefs d’Etat les dirigeants africains et français. Je vois bien que l’objet de Vittel ou des conférences France-Afrique n’est certainement pas seulement la possibilité de se rencontrer. Il y a donc à se demander à quoi sert cette conférence, ce type de conférence. Nous continuons nous à nous poser la question et lorsque nous y aurons… nous aurons trouvé la réponse nous donnerons notre appréciation nouvelle sur ce type de conférence.

A propos du Tchad, nous pensons que… nous sommes très sensibles d’abord au drame qui frappe le peuple tchadien dans la mesure où il est révélateur de la fragilité de nos jeunes Etats dans la mesure om ce drame est révélateur de la puissance de l’impérialisme qui impose partout et toujours sa volonté sème sa désolation dans les foyers, les familles africaines, fait couler le sang.

Nous sommes sensibles aussi au drame tchadien dans la mesure où il peut se reproduire dans d’autres Etats telle la Haute Volta. Nous ne pouvons pas ne pas participer à tout ce qui tend à trouver une solution à ce problème. Mais nous disons que le drame tchadien n’aura de solution qu’entre tchadiens à l’exclusion de toute intervention d’où qu’elle vienne, d’où qu’elle soit.

Et ce sont bien les ennemis de l’Afrique ce sont bien  les ennemis des peuples africains qui encouragent telle ou telle d’intervention. Car en fait il ne sert à rien de soutenir une tendance au Tchad sous prétexte que l’on recherche la paix. Parce que il n’y a pas d’autre façon d’obliger l’autre tendance à prendre le maquis pour revenir éventuellement. Or l’impérialisme avec ses intérêts sait jouer sur les contradictions qui existent à l’intérieur des peuples. C’est pourquoi la Haute Volta estime que le problème tchadien n’aura de solution que lorsqu’il aura été porté devant les tchadiens et seulement devant les tchadiens. L’OUA est un cadre juridique qui permet de garantir la recherche d’une solution et nous estimons que tout autre cadre viendrait en usurpation, en immixtion dangereuse dans ses  problèmes. Enfin concernant la déclaration que nous n’avons pas voulu soutenir, que nous avons rejetée, nous ne pensions pas que la presse en serait informée puisque nous n’avions pas voulu qu’elle soit publiée, mais puisque vous êtes informés de toute façon nous vous donnons notre position.

Nous disons que sur le principe nous ne sommes pas d’accord parce que une telle conférence une telle réunion a notre avis n’est pas habilitée à publier en l’occurrence une déclaration.

De deux, nous disons que s’il y a une déclaration concernant le Tchad. Il y aurait du y avoir une déclaration concernant le drame angolais. Le représentant de l’Angola a lancé un cri pacifique devant tous ces honorables délégués représentant de leurs état, chefs d’Etat et nous n’avons pas vu de déclarations concernant l’Angola or combien d’angolais donnent leur vie chaque jour pour rétablir la dignité des africains dans cette partie de l’Afrique, combien d’angolais paient  leur personnes quotidiennement. Alors pour la forme et pour le principe aussi nous avons rejeté cette déclaration et si malgré que il avait été question de la … nous aurions alors point par point défendu notre positions et ça aussi nous sommes disposés à la faire.

Question : Qu’est ce que le sommet de Vittel vous apporte à vous personnellement?

Il y a eu des problèmes à votre arrivée à Roissy alors que se passe-t-il entre Paris et Ouagadougou? Est-ce qu’on peu tirer de leurs propos que vous ne serez pas au prochain sommet France-Afrique de Bujumbura?

Thomas Sankara : L’année prochaine nous serons face à face et je vous dirai ce que j’en pense. Et pour répondre au journal Le Point, c’est bien cela. Nous sommes venus invités par le gouvernement français à participer cette conférence et nous n’avions pas de raison de ne pas venir tant que nous n’avions pas ces éléments que je vous livre maintenant pas expérience. C’eut été discourtois de refuser une invitation d’un pays avec lequel nous avions des relations. Et Cela me permet d’emboîter sur la question de La Croix.

S’il y a eu problème, ce que vous appelez problème, en tout cas nous n’avons pas vu de problème, nous sommes venus en tant que voltaïques révolutionnaires. Nous avons estimé que nous avions à prendre des positions et à affirmer notre engagement révolutionnaire en tout temps et en tout lieu, à Paris comme à Ouagadougou. Et c’est ce que nous avons fait. Nous n’avons pas eu un comportement particulier et ce que nous avons fait nous a été dicté par un choix politique lequel choix dit que nous devons restaurer nous devons rendre au peuple voltaïque sa dignité et on n’avance pas en courbant l’échine. La Haute Volta du 4 août 1983 est une Haute volta particulièrement soucieuse quant à son indépendance, quant à sa dignité. Et vous comprendrez que nous serons quelque peu difficile dans la mesure où jusque là on a plutôt donné de notre pays, l’image d’un pays tout à fait docile docilité s’apparentant bien souvent à la soumission et à l’aplatissement et c’est tout cela que nous contestons c’est tout cela que nous condamnons.

Bien, vous me demandez si les relations entre la France et la Haute Volta vont bien maintenant. Je pense que les relations entre la France et la Haute Volta ont toujours bien marché. Aujourd’hui la Haute Volta se présente d’une manière nouvelle.

La Haute Volta s’exprime d’une manière nouvelle, à savoir que de manière directe, de manière  franche et peut-être dure, je n’en sais rien. Nous exprimons les aspirations profondes de notre peuple, ce qu’il veut ce qu’il peut supporter ce qu’il ne peut pas supporter ce dont il n’a pas besoin.

Nous donnons donc la possibilité à tous ceux qui veulent coopérer avec nous d’avoir des bases claires. Il n’y a pas meilleure façon d’aider un partenaire que de quitter les sentiers, les discours très embrouillés, les positions très ambiguës, il n’y a pas meilleure façon  et c’est ce que fait la Haute Volta. En fait la question n’a pas à poser à la Haute Volta, la question doit être posée à la France. Comment la France trouve-t-elle la Haute Volta d’aujourd’hui? Peut-elle oui ou non travailler avec la Haute Volta d’aujourd’hui et c’est la France qui vous répondra. En tout cas pour notre part, nous recherchons les relations entre les peuples français et voltaïques bien plus que les relations entre les gouvernements français et les gouvernements voltaïques ce qui est extrêmement secondaire parce que obéissant à une logique très froide…

Question : Lors de votre rencontre avec François Mitterrand, avez-vous parlé de la révision des accords de coopération avec la France.

Thomas Sankara : C’est ce qu’il vous a dit hier. C’est ce que j’ai dit dans mes déclarations antérieures ce n’est pas ce que j’ai dit à François Mitterrand dans cette assemblée donc si vous voulez poser une autre question

Question : La coopération militaire M. Le président, entre la France et la Haute Volta où en est-on?

Thomas Sankara : La coopération militaire? Eh bien elle se porte comme avant. Nous continuons de former en France des militaires. Nous avons les mêmes relations qui se tiennent mais je vous dirai que la France juste après le 17 mai a livré une importante quantité d’armes à la Haute Volta. Cette Haute Volta était dirigée par le régime que nous avons renversé. Donc nous avons trouvé le 4 août une coopération militaire très solide entre la France et la Haute Volta.

Question : Vous parliez tout à l’heure de lutter contre des ennemis. Ces ennemis ou ces adversaires qui sont-ils exactement?

Thomas Sankara : Vous pensez que … que lorsque l’on vient troubler un ordre comme celui qui était établi dans notre pays, on a forcément des ennemis. Il ne s’agit même pas d’adversaires il s’agit d’ennemis et ils sont nombreux.  Les ennemis sont en Haute Volta et ils sont hors de Haute Volta. Les ennemis C’est tous ceux qui ont organisé, l’exploitation du peuple voltaïque, de ses ressources humaines et matérielles. Et ces ennemis, c’est d’abord le capitalisme international, ce capitalisme international envahissant et débordant qui veut faire ployer la Haute Volta, qui veut la soumettre à son organisation de pillage. Ils ont fait un choix conscient. Avec nos insuffisances, avec nos habitudes, habitudes par l’insuffisance dont nous devons nous débarrasser pour être intimement liés à notre peuple et nous battre avec lui. Concrètement ces ennemis, c’est celui, c’est ce bourgeois en Haute Volta qui pour faire fructifier les intérêts extra voltaïques dont il a conscience ou n’a même pas conscience s’appuie sur un homme politique dont il organise la campagne électorale et vous vous appelez cela la démocratie alors que 90% 98% du peuple voltaïque ne savait pas lire, ignorant même quels étaient les programmes, car on ne s’embarrassait pas de programme, quels étaient les  programmes de ces partis politiques. La chaîne s’étend à toute cette bureaucratie bureaucratique, cette bourgeoisie bureaucratique, qui vient épauler les 2 premiers comparses et organise une administration, qui permette de tailler à merci ce peuple voltaïque en lui soumettant en le soumettant à des lois, à des décisions qui s’imposent à lui car chez nous comme chez vous … inaudible …   féodalités, les forces conservatrices qui organisent elle aussi  le peuple voltaïque sous le couvert de la culture africaine, la culture, en fait la résignation du fatalisme.

Et la chaîne se referme sur ces officiers zélés de l’armée de type coloniale, euh, décidés à mettre les armes du peuple contre le peuple pour les maintenir dans ce qu’ils appellent l’ordre et la discipline car un pays disent-ils ne saurait vivre dans le désordre. Ils ne sont pas nombreux, voyez-vous, mais ils sont puissants. Ils savent lire et écrire, ils ont les armes, ils tiennent l’économie et ils ont des relations à l’extérieure, ils sont connus, ils sont soutenus ils sont supportés. Ce qui leur permet eux et ces ennemis du peuple de détourner les maigres ressources du peuple voltaïque et impunément. Car il n’est pas question qu’une justice bourgeoise condamne un bourgeois qui a détourné, et nous les connaissons en Haute Volta, ils courent les rues, roulent en voiture de luxe, habitent des villas de luxe et comptabilisent des sous détournés et impunément qu’ils viennent placer dans les banques européennes. L’argent n’a pas de couleur et on l’accepte partout. Ici aussi on accepte l’argent volé au peuple voltaïque et on le met dans les banques. Ces ennemis, je disais, ils sont très puissants et ils vivent grassement et impunément. Lorsqu’ils ont le rhum, ils se font évacuer dans les meilleurs hôpitaux, ici à Paris, et ailleurs vous en avez. Pendant ce temps des milliers et des milliers de voltaïques sont renvoyés aux racines et aux feuilles qu’ils utilisent avec l’espoir que le ciel leur sera clément et  voudra bien leur épargner ces maladies dont ils souffrent régulièrement. Dans nos hôpitaux meurent chaque jour des blessés graves des malades qui n’ont pas le minimum pour leur santé. Mais qui  doivent payer l’impôt des impôts pour permettre aux dames de ces messieurs de venir pour permettre aux dames et ces messieurs de venir prendre les soins développés chez vous. Cela vous l’avez appelé la démocratie et on n’a dit que la Haute Volta était un exemple de démocratie.

Cet accord permet d’envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles en Europe, aux Etats-Unis, des écoles très prestigieuses, meilleures dans le sens du prestige …inaudible… élitistes eux et n’ont donc pas à se poser les questions pour savoir si les enfants voltaïques vont ou ne vont pas à l’école. C’est la raison pour laquelle le taux d’alphabétisation est resté à un niveau très bas, ridicule à un niveau de l’ordre de 16%. C’est intolérable. Nous les appelons les ennemis. Il nous faut donc les combattre car il n’est pas question de discuter avec eux pour qu’ils cèdent un peu de leurs intérêts. Ils ne voudront pas. Il ne s’agit pas là de charité. Il ne s’agit pas là de philanthropie. Ce sont des intérêts antagoniques qui s’affrontent, qui s’affronteront jusqu’à ce que la majorité du peuple, au nom duquel nous parlons, jusqu’à ce que le peuple arrive à récupérer ses biens et à imposer la justice sociale à ceux qui l’ont évité jusque là.

Et malheureusement ces ennemis du peuple à l’intérieur sont les serviles représentants d’intérêts extra voltaïques, qui dans une géopolitique, dans une stratégie économique internationale qui ne peuvent tolérer qu’il y ait des fausses notes qu’il y ait un grain de sable qui vienne déranger quelque peu la machine. Et nous savons que les ennemis c’est aussi c’est cet impérialisme qui fait des pressions de toute nature et de la soumission vis-à-vis des voltaïques pour les détourner de leur révolution ou alors impérialisme qui est décidé à déverser en Haute Volta des tonnes et des tonnes d’armement, des mercenaires, pour rétablir sa loi, pour rétablir son ordre. Cela nous en avons conscience et nous sommes fermement décidés à les combattre tant qu’ils viendront en Haute Volta, tant qu’ils seront chez nous et tant qu’ils seront mobilisés, nous les combattrons.

Et lorsque le peuple se met debout, c’est bien l’impérialisme qui tremble et c’est de cela qu’on a peur. Et aujourd’hui nos ennemis nous apparaissent tels des champignons, la pluie révolutionnaire étant tombée sur le sol de ce monde quelque peu monopolisé.

Question : L’avènement de la Révolution en Haute Volta a créé une onde de choc dans la sous région. L’impérialisme ne ménagera aucun effort pour lutter contre l’expérience voltaïque. Vous le savez en voulant vous occuper seulement de le Haute Volta, c’est insuffisant parce que vous êtes porteur d’un espoir pour le peuple voltaïque. inaudible…. Ne risquez-vous pas de tomber dans l’erreur en vous occupant seulement de la Haute Volta. Reste-t-il encore beaucoup d’ennemis de la Haute Volta après les mesures de dégagements et de mises en retraite intervenues dans l’armée et dans la fonction publique.

Thomas Sankara : Heu…Vous avez dit tout à l’heure que ce que nous avons fait, ce que nous avons posé comme acte en Haute Volta risque de créer un phénomène de contagion, je ne me souviens pas de vos termes exacts. Mais je me souviens, vous avez parlé de risque, vous voyez un risque. Très bien. C’est votre appréciation.

Nous n’avons pas l’intention d’exporter la révolution voltaïque. Elle n’est… ce n’est pas un produit à vendre. C’est pour la consommation locale, exclusivement locale. Et malheureusement c’est un produit qui a été conçu par les voltaïques mais pour les voltaïques et il ne peut pas être utilisé ailleurs ce produit là. La révolution voltaïque est essentiellement nationale. Mais je voudrais faire une petite démonstration. Les révolutions dans le sens péjoratif du terme, que l’on nous a vu ça et là, lorsqu’elles apparaissent, immédiatement on envoie le tuteur se faufiler derrière. Lorsque la révolution voltaïque est apparue, son tuteur n’a pas existé. Mais on nous a connus par rapport à ce que nous avons fait à l’époque du Conseil de Salut du Peuple, le CSP, après le coup d’Etat du 7 novembre 1982. Mais avant, nous n’étions pas connus lorsque nous sommes venus au pouvoir après le 7 novembre 1982, partout l’on s’est posé les questions, d’où viennent-ils, que veulent-t-ils, que peuvent-ils faire? C’est bien la preuve que nous étions IN-DE-PEN-DANTS. C’est bien la preuve que ce que nous avons fait, ce que nous avons conçu, nous l’avons conçu entre voltaïques.

C’est après, par rapport aux actes que nous avons posés, par rapport aux engagements et aux déclarations que les ennemis ont commencé à surgir et certains ont estimé qu’ils pouvaient trouver en nous des alliés. Cela prouve le caractère totalement local, national de ce que nous concevons et nous y tenons.

Un révolutionnaire conscient et conséquent ne peut envisager d’organiser la révolution chez autrui. Parce que la révolution est l’expérience des peuples, la réponse des peuples aux contradictions qui se posent à eux. Comment voulez-vous que les voltaïque donnent la réponse, trouvent la réponse à des problèmes qui se posent à leurs voisins. Ce serait manquer de modestie d’abord, en fait ce serait montré notre très bas niveau et ceux qui pensent qu’ils peuvent exporter leurs idéologies, ceux qui le pensent insultent les autres peuples et par conséquent courent fatalement à l’échec. C’est notre point de vue. Nous n’avons pas voulu que l’on nous donne des leçons. Nous ne voulons pas en donner mais nous disons ceci. Ce qui s’est passé en Haute Volta et a provoqué la révolution en Haute Volta est très important et quelques soient les cieux  sous lesquels on se placera, les mêmes causes produiront les mêmes effets, avec ou sans la Haute Volta. Mais ceci est très important. Donc, quelque soit le terrain où l’on se placera, si l’on arrive à mettre de côté le peuple et de l’autre ses ennemis de manière aussi claire, et si le peuple en a conscience, il y aura forcément un affrontement, un affrontement qui se fera selon les méthodes de chaque pays, de chaque peuple, selon les réalités que l’on y trouve. Mais encore une fois nous insistons, il n’est pas question pour nous d’exporter notre révolution. Il n’est pas question pour nous d’en faire la publicité, il n’est pas question pour nous de chercher des démarcheurs de la révolution voltaïque. Non. Elle a déjà un marché suffisamment vaste à l’intérieur et de toute façon elle est condamnée à ne pas être exportée, C’est interdit pour l’exportation.

Maintenant je répondrai à la question de… Quel journal? Le Monde. Bien vous me demandez si avec tant de cadres mis à la retraite, il y a encore des ennemis du peuple. Mais, on ne les met pas les ennemis du peuple à la retraite. La retraite ne suffit pas à les abattre. On ne les met pas à la retraite. Donc ils sont dans l’administration, ils sont encore dans l’administration, ils sont aussi hors de l’administration. Ils sont toujours les ennemis du peuple. Où qu’ils soient. Il n’y a que la reconversion politique qui puisse dédouaner ses ennemis là. Et du reste sur des positions de classe qui sont très importantes. Un officier dans les pays africains et peut être ailleurs, en tout cas dans les pays africains, est dans la société celui qui a un standing de vie le plus sur quand ce n’est pas le plus élevé parfois. Les officiers, les militaires d’une manière générale sont bien traités et l’on sait pourquoi. C’est pour mieux accomplir leur mission de garant de l’ordre bourgeois. L’ordre bourgeois, qui voit dans l’armée, l’armée classique, le dernier rempart, dernier carré dans lequel on se replie lorsque tout est menacé à l’extérieur par les masses populaires. Mais l’on peut étant en principe dans cette position sociale épouser de manière sincère et … la cause du peuple. Cela devient un suicide politique qui permet alors à partir, bien que l’on soit de telle ou telle position sociale, d’être réellement en mesure de parler en tant qu’homme du peuple, connaissant ses aspirations, connaissant ses réalités. Donc tous ceux qui n’ont pas fait le bon qualitatif sont et seront des ennemis du peuple.

Question : Comment entendez-vous faire la reconversion des esprits dont vous parlez. Allez-vous créer des écoles ou de quelle manière allez-vous le faire ?

Thomas Sankara : Nous avons les CDR, comité de défense de la révolution, parce que la révolution se défend. Elle doit se défendre quotidiennement pied à pied. Et les CDR constituent pour nous une école de démocratie. Une école, un cadre idéal pour élever le niveau de conscience politique des masses populaires voltaïques. Et partout où nous pourrons nous adresser à ses masses nous le ferons. Que ce soit les écoles, dans les quartiers, dans les casernes, sur les chantiers dans les stades, partout nous le ferons. Mais surtout nous le ferons dans le cadre, dans les structures que nous avons créés, les CDR. Et vous avez certainement connaissance des activités que mènent ces CDR actuellement. Vous savez que chez nous, tout, tout se discute, c’est la meilleure façon de tenir compte de ce que désire sincèrement le peuple. Et là-dessus nous sommes persuadés que nous sommes sur la bonne voie. Et nous défions nos détracteurs qui sont ailleurs de tendre comme nous l’avons fait, autant les micros au peuple, ceux qui jusque là ont gouverné et ont  régné en privant le peuple de la parole, ils sont ailleurs également. Je vous demanderai simplement de faire l’expérience. Et si vous venez en Haute Volta, si vous venez à Ouagadougou, vous vous baladerez avec vos micros vous écoutez écouter tout le monde, depuis le président de la République jusqu’au dernier militant des CDR. Par contre vous connaissez des pays où il ne vous sera pas autorisé de le faire. Et si vous le faisiez, si les micros étaient tendus,  cinq minutes après la diffusion de ce que vous aurez enregistré, certainement que la physionomie politique aura changé et la répartition des cartes remaniée.

Question : Quel jugement la France porte-telle sur la Haute Volta nouvelle ? Et comment voyez-vous l’avenir des relations franco-voltaïque ?

Pouvez nous expliquer vos relations avec la Libye, d’autant qu’on vous accuse d’être un allié du colonel Kadhafi.

Thomas Sankara : Je vois que l’on me pose beaucoup de question sur la France, la France, les relations avec le France. Cela m’inquiète. Cela m’inquiète, parce que jusque là, jusqu’avant en tout cas l’avènement du le CNR on ne s’agitait pas autour de cette question des relations franco-voltaïques. Aujourd’hui que nous donnons au peuple la parole, aujourd’hui que nous voulons parler au nom du peuple, aujourd’hui que le peuple voltaïque a droit à la parole, aujourd’hui que le peuple dit ce qu’il pense,  l’on s’inquiète de savoir ce que vont devenir les relations franco-voltaïques. Je m’inquiète. Je m’inquiète que vous vous agitiez de cette façon parce que la France aura à travailler avec un pays responsable; Est-ce à dire que… alors… ces relations ne peuvent pas heu…  ces relations  ne peuvent pas  sortir du cadre que cadre que nous percevons à savoir le bonheur du peuple voltaïque. Ce qui ne veut pas dire que nous devons exiger du peuple français qu’il se sacrifie pour le peuple voltaïque. Non voulons des relations qui soient aux bénéfices des parties prenantes. Et si l’on est convaincu que le bonheur des peuples est l’objectif, le seul objectif qui vaille, il n’y a pas de raison de se poser plusieurs questions quant à ce que seront les relations franco-voltaïques.

Au contraire il faut vous inquiéter de savoir pourquoi encore les relations entre la France et le pays où le peuple n’a pas droit à la parole.

Parce que vous français, pourquoi chaque jour êtes-vous obligé de donner un centime pour maintenir des relations avec des pays où les hommes sont bâillonné. Etes-vous complice, complaisant ou bien vous ignorez la situation réelle ? Il y a là des questions que vous devez vous posez, quotidiennement régulièrement.

La croix me posait la question autour des relations avec la Libye.

Question : On s’inquiète beaucoup sur le sort de l’ambassadeur de France en Haute Volta dont semble-t-il vous avez demandé le rappel immédiat.

Thomas Sankara : On est encore revenu sur les questions franco-africaines, malgré j’allais dire la mise en garde. Mais enfin vous avez droit à la parole et chez nous c’est comme cela  Je préfère répondre à votre question avant de répondre à celle de La Croix.

L’Ambassadeur de la France auprès du gouvernement voltaïque, lorsque vous le rencontrerez pourra vous dire s’il est inquiet pour son avenir ou pour sa carrière. Il pourra vous le dire. Peut-être aussi que la meilleure façon d‘avoir une réponse, sans être obligé de faire le déplacement jusqu’à Ouagadougou, encore que vous y retrouverez le soleil… Peut-être que la meilleure façon serait d’aller directement au Quai d’Orsay ou la rue monsieur ou se trouvent des personnes qualifiées pour vous répondre. Nous nous ne connaissons pas, nous ne gérons pas l’ambassade de France à Ouagadougou. Nous savons qu’elle existe le drapeau français  bleu blanc rouge y flotte… Et c’est ce que nous constatons. Maintenant ce qui s’y passe, ce qui s’y dit, nous l’ignorons. Cela est réservé à la consommation française. En tout cas nous pensons que c’est réservé à la consommation exclusivement française. Tout comme nous-mêmes dans la proclamation de notre révolution estimons que la révolution voltaïque est réservée à la consommation exclusivement voltaïque. Voyez vous ce sont des questions auxquelles je ne puis pas répondre.

S’agissant de la Libye, vous dites que l’on nous accuse d’avoir des relations étroites avec la Libye. C’est quand même curieux. Même à une certaine  époque, c’est quand même curieux. Voilà un état souverain qui établit des relations avec un autre état souverain qui les veut étroites, qui réussit à les avoir étroites et on l’accuse. Pendant que d’autres ont des relations tout aussi étroites avec ce même état souverain sans être accusé. L’on veut nous faire croire que nous avons des maladies honteuses, une maladie à cacher. Alors qui trompe qui?

Dans  les relations avec la Libye, faut-il encore que je nous le répétions ici, il y a 3 catégories.

Première catégorie je dirai même de dirigeants. 1ere  catégorie. Ceux qui n’osent pas avoir des relations avec le colonel Kadhafi, ceux qui se refusent d’avoir des relations avec lui, parce que il leur a toujours été dit que la Libye est porteuse de déstabilisation. La Libye  du colonel Kadhafi est un danger il faut s’en garder comme de la peste. Effectivement ces dirigeants là s’abstiennent pour ne pas avoir de relations avec la Libye du colonel Kadhafi.

Deuxième catégorie de dirigeants ceux là qui ont des relations avec la Libye du colonel Kadhafi, mais les entretiennent de manière discrète et très bien camouflée. Ce sont ceux que l’on rencontre par émissaires interposés dans les coulisses et les couloirs Bengazi ou de Tripoli ou de Bengazi, faisant des détours par d’autres capitales avant d’aboutir en Libye, pour passer inaperçus mais enfin rapportant des pactoles qui ont tout aussi valables et intéressants

3ème catégorie, ce sont ceux qui entretiennent des relations avec la Libye le colonel Kadhafi et qui les proclament. La Haute Volta fait partie de cette catégorie là. Nous avons des relations avec colonel Kadhafi, nous avons des relations avec le la Libye et nous le disons tout haut. Mais nous le disons de manière responsable et notre peuple en est informé, ce qui nous laisse totalement libre.

Le jour où nous estimons que nos intérêts…  que nous n’avons plus intérêt à avoir, même un semblant de relations avec le colonel Kadhafi et bien nous romprons.

Par contre ceux de la deuxième catégorie, qui bien souvent ont quelques drames de conscience vis-à-vis de leur opinion hein. Ceux là sont bien embarrassés et savent très bien que la menace pèse sur eux comme une épée de Damoclès. Et chaque fois qu’ils ont voulu dénoncer très haut la Libye, on a menacé de révéler un dixième des contrats qu’ils passent avec le Libye pétrolière et ils se sont toujours tus.

Qui est pion? Qui est le pion ? Est-ce nous, la Haute Volta qui pouvons aujourd’hui dire au colonel Kadhafi ce que nous pensons, ce que nous voulons, et ce que nous ne voulons pas parce que tout ce que nous faisons est fait au grand jour ou bien ceux-là qui prennent des masques, échangent des avions pour se retrouver à Bengazi en priant les libyens de ne surtout pas souffler un mot de ce qu’ils font parce que les sondages d’opinion par ailleurs dans certains pays ça fait mal ça peut faire très mal. Qui est le pion ?

Voyez-vous. Il n’y pas de raison de nous accuser d’avoir ces relations parce que nous n’en avons pas honte.

Par contre, caché on de manière claire avec l’Afrique du Sud raciste, l’Afrique du Sud qui fait couler du sang africain, l’Afrique du Sud qui maintient des millions d’êtres humains sous la férule de l’apartheid, l’Afrique du Sud qui s’acharne contre tous ceux qui ont la peau noire, et tous ceux dont la couleur de la peau tend vers le noir. Mais nous ne lisons pas de dénonciation contre ces Etats là. Cela nous inquiète. Est-ce à dire que ces autres états ont reçu l’absolution de la part des donneurs de leçon, est-ce dire qu’on les y encourage, est-ce à dire que ce choix est normal ? Nous ne comprenons pas.

En tout cas les 16 millions de noirs en Afrique du Sud ne peuvent pas le comprendre et nous ne savons pas pourquoi, vous la presse d’ailleurs, nous ne lisons pas des critiques que vous portez à la Libye au colonel Kadhafi quant à sa politique sociale.

Les libyens sont-ils malheureux d’avoir aujourd’hui, des écoles, des universités des hôpitaux, des routes ? Sont-ils malheureux d’avoir aujourd’hui un habitat moderne? Je ne le pense pas. Y a-t-il du mal à avoir une telle politique? Je ne le pense pas. Par contre, on peut nous dire que oui le colonel Kadhafi a eu lui la chance a eu lui une ressource qu’on appelle le pétrole. C’est vrai, il a eu ces moyens là. Mais ce n’est pas le colonel Kadhafi qui a amené le pétrole, le pétrole existait bien avant. Mais à quoi servait-il? A qui servait –il?

Nous sommes d’accord avec tous eux qui mettent les ressources de leur pays au service exclusif de leur peuple. Nous sommes d’accord avec ceux-là. D’où qu’ils viennent. Mais sachez que la Haute Volta est désormais extrêmement indépendante et n’entend pas recevoir de leçon de qui que ce soit bien qu’elle souhaite avec des relations avec tout le monde. Elle est extrêmement  exigeante et nous ne permettrons jamais que notre dignité soit égratignée,

Nous nous permettrons jamais que des leçons nous soient données par qui que ce soit. Ce qui veut dire que le président Kadhafi mène sa politique comme il l’entend. Les voltaïques mènent la leur comme ils l’entendent.

Question : La Haute Volta n’entend pas exploiter sa révolution ? Mais ne pensez-vous pas que la Libye, lui, exploite sa révolution au Tchad? La France a-t-elle des visées impérialistes au Tchad ? Etes-vous pour la partition de ce pays ? Quels sont vos relations avec M. Hissen Habré. Récemment vous avez subi des critiques de la part d’un syndicat enseignant de votre pays, en l’occurrence le SNEHAV ? Que pensez-vous de l’attitude de ce syndicat ?

Thomas Sankara :  Nous avons défini l’impérialisme et tous ceux qui agissent dans ce sens mènent une politique impérialisme. Maintenant l’attitude… pardon la partition du Tchad est pour nous condamnable. Nous ne pouvions pas encourager cela. Nous le réprouvons totalement. La division du Tchad en 2 entités ne résoudra pas le problème tchadien. S’il faut multiplier, s’il faut balkaniser, s’il faut continuer la balkanisation… aux temps modernes, cela ne constituera jamais une solution. Nous y sommes opposés.

Les relations avec M. Hissène Habré…

Question : Coupé par un journaliste Question Précision sur l’impérialisme. Les français, avec leurs troupes  ont-ils des vues de motif impérialiste

Thomas Sankara : Il y a deux façons d’amener des troupes dans un pays on peut y amener des troupes pour défiler, on peut les amener pour faire la guerre.

Les relations avec M. Hissène Habré, je reviens à cela. M. Hissène Habré est  tchadien il est donc africain. Je suis voltaïque je suis donc africain. Ce que je sais et j’ai vu M. Hissene Habré à Vittel.

La révolution ou nous demande si la révolution du colonel Kadhafi est faite pour l’exportation. Et bien pour le savoir, si un produit est fait pour l’exportation ou pas, il faut avoir une fois à passer commande. Nous n’avons pas passé commande de la révolution libyenne et de toute façon nous ne pourrions jamais payer la facture. Maintenant si d’autres ont passé commande, il leur appartient de payer la facture.

Question : Le Tchad a-t-il passé commande?

Thomas Sankara : Lorsque je serai au Tchad je pourrai vous répondre. Pour le moment, je ne sais s’il a passé commande. Mais en tout cas je dis et je répète qu’aucune  révolution ne doit être exportée. Si elle l’était ce serait une grave erreur. Il faut que les peuples choisissent eux-mêmes. Les peuples savent trouver la voie qu’il faut.

Notre discours d’orientation… Eh bien J’aurai voulu que nous n’abordions pas ces problèmes pour l’heure parce que j’espère que vous en disposerez et nous comptons aussi sur votre objectivité aussi pour donner un écho très large de ce qu’est l’expérience voltaïque et de l’orientation dont la Haute Volta veut se doter. Cela s’appelle aussi faire du journalisme objectif. Nous sommes en tout cas à votre disposition entière pour vous fournir les matériaux pour ce travail si telle est votre intention.

Le SNEAHV, syndicat national des enseignants africains de Haute Volta a effectivement lancé des attaques contre le conseil national de la Révolution. Et ces attaques ont été lancées dès les premiers jours de notre avènement au pouvoir. Ce qui veut dire que ce syndicat avait une  appréciation subjective vis-à-vis de notre révolution et même pas une appréciation objective laquelle aurait exigé d’eux la patiente d’analyser de comprendre ce que nous voulions. En réalité il s’agit pas du syndicat national des enseignants africains de Haute Volta le SNEAHV, il s’agit de sa direction. Il s’agit des éléments de sa direction.

Que s’est-il passé ? Ce syndicat dont la direction fait partie d’un parti politique maintenant dissous car nous avons dissous les partis politiques en Haute Volta, lequel parti politique le FPV, le front progressiste voltaïque en tout cas qui se dit progressiste,  mais que les voltaïques ont toujours rejeté de manière éclatante. Ce FPV, Front progressiste voltaïque, avec le professeur Joseph Ki Zerbo  à sa tête a épaulé le régime réactionnaire voltaïque. Il a organisé et fomenté le coup d’Etat du 25 novembre 1980 avec le colonel Saye Zerbo. Et ce régime vous vous en souvenez a été le plus impopulaire en Haute Volta. C’est ce régime qui a confisqué les libertés démocratiques, les libertés élémentaires, déporté des étudiants des travailleurs. C’est ce régime qui a supprimé le droit de grève en Haute Volta. Et l’on sait que en Haute Volta nous avons des syndicats qui sont extrêmement bien organisés, extrêmement combatifs, C’est ce régime avec le professeur Joseph Ki Zerbo qui avait décidé de liquider tous les foyers progressistes dans notre pays. Et nous savons que ces éléments là, ces éléments de la direction du SNEAHV, et le parti politique que nous avons dissous, s’attendaient aux alentours du 5, du 6 ou du 7 aout de cette année, à un coup d’état revanchard de leurs amis du CMRPN. Ils s’y attendaient. Et lorsqu’ils ont entendu la musique militaire à la radio, ils ont exulté de joie, se disant, ça y est on a gagné. Non ils n’ont pas gagné, ils ont perdu. Ce qui explique qu’aujourd’hui ils s’agitent. Hystériquement dès les premiers jours contre nous, convaincus qu’ils pourront nous déstabiliser de cette façon là. Ils ont écrit des tracts, nous ne les avons pas arrêtés, ils ont écrit des documents, qu’ils ont diffusés,  ces éléments contre révolutionnaires qui pour leur intérêts égoïstes ont choisi de sacrifier l’éducation des enfants du peuple voltaïque, pour leurs intérêts égoïstes, ont choisi de liquider la révolution voltaïque afin de ramener au pouvoir leurs acolytes du CMRPN. Ce CMRPN, réactionnaire, anti populaire, anti travailleur anti-démocratique dont les voltaïques ne veulent plus entendre parler. Et ces meetings ont été l’occasion de réaffirmer le soutien total du peuple voltaïque au CNR et à son programme politique.

La démonstration a été donnée clairement que le peuple a su choisir. Le peuple a choisi. Nous entendons régler le compte, les comptes, de tous nos ennemis de cette façon là de manière populaire. C’est lorsqu’ils nous enferment dans leur logique bourgeoise, lorsqu’ils nos enferment dans leur intellectualisme bourgeois qu’ils réduisent le poids de notre soutien parce qu’ils savent que la plupart des voltaïques sont analphabètes. Parce qu’ils savent que leur politique est essentiellement obscurantiste. Et plus il y a aura de la lumière en Haute Volta, plus ils seront malheureux. Mais pour vous journaliste je vous inviterai à beaucoup plus de circonspection à beaucoup plus de détermination pour rechercher cette information à la base et pour éviter aussi les clichés, ce qui s’écrit facilement, se vend bien parce que ça fait des manchettes mais n’est pas toujours vrai et surtout dessert l’amitié entre les peuples.

Je vous remercie.

La retranscription de la conférence de presse a été réalisée par nos soins.

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Le Président du Faso répond aux questions d’un panel de représentants de la population le 3 août 1987 (extraits) https://www.thomassankara.net/le-president-du-faso-repond-aux-questions-dun-panel-de-representants-de-la-population-le-3-aout-1987-extraits/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=le-president-du-faso-repond-aux-questions-dun-panel-de-representants-de-la-population-le-3-aout-1987-extraits https://www.thomassankara.net/le-president-du-faso-repond-aux-questions-dun-panel-de-representants-de-la-population-le-3-aout-1987-extraits/#respond Tue, 17 Apr 2007 12:48:59 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/le-president-du-faso-repond-aux-questions-dun-panel-de-representants-de-la-population-le-3-aout-1987-extraits/ Le Président du Faso répond aux questions d’un panel de représentants de la population le 3 août 1987 (extraits)  Cette interview a été réalisée sur la télévision nationale du Burkina. C’est un entretien entre le PF et des Burkinabé, modéré par serge Théophile Balima à l’époque journaliste, conseiller à la présidence.  On y lira notamment […]

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Le Président du Faso répond aux questions d’un panel de représentants de la population le 3 août 1987

(extraits)

 Cette interview a été réalisée sur la télévision nationale du Burkina. C’est un entretien entre le PF et des Burkinabé, modéré par serge Théophile Balima à l’époque journaliste, conseiller à la présidence.  On y lira notamment un appel à la tolérance et le dialogue, deux mois avant son assassinat le 15 octobre 1987. Nous publions ici une version extraite du numéro spécial d’octobre 1986 mensuel burkinabé “Le Libérateur”, consacré à Thomas Sankara. Manquent les questions et nous ne sommes pas surs que tout l’entretien y soit intégralement retranscrit. Nous faisons appel aux personnes disposant de ce document ou de l’enregistrement à la télévision de nous le faire parvenir.

Les animateurs du site


Un signe fort précède toujours la mort des grands hommes. Sankara, dans sa candeur et fidélité habituelles, se livre à un entretien avec des journalistes et des représentants de toutes les sensibilités du Burkina, deux mois seulement avant le 15 octobre. Dans cet entretien qui s’avère aujourd’hui historique, le camarade Président du Faso aborde sans détour les dissensions, les rumeurs sur un éventuel coup d’Etat contre sa personne. Son dernier message n’est autre que le dialogue et la tolérance qu’il prône, même, à l’endroit de ses assassins. [J.P]

La révolution va tout droit, dans le sens des intérêts des masses populaires ; mais les problèmes que la révolution a à résoudre sont des problèmes qui se trouvent à droite comme à gauche. C’est pourquoi l’on peut nous retrouver tantôt à droite tantôt à gauche pour maintenir le cap, pour imposer l’axe principal des intérêts fondamentaux des masses. Les organisations qui sont membres du Conseil national de la révolution ne freinent pas la marche de la révolution. Bien au contraire. En ce sens que d’abord ces organisations sont fondamentalement d’accord sur l’objectif de la révolution. Ces organisations plurielles apportent des points de vue, des nuances, qui, certes, entraînent des divergences dans les analyses, dans les appréciations des diverses questions ; mais ces nuances là constituent pour nous des enrichissements qui nous évitent d’être enfermés dans l’unicité de la voie de la pensée, du raisonnement et de l’action ; ce qui finit par affadir la révolution peut aussi la priver de tous les apports positifs.

Les oppositions qu’il y a entre organisations ne sont des oppositions d’ordre antagoniste, par conséquent elles ne se résolvent pas de façon exclusive mais au contraire se résolvent par des échanges francs, peut-être houleux.

Mais quoi de plus souhaitable quand tous ces débats, toutes ces oppositions même, ces frictions n’ont pour but que de faire triompher, par l’organisation, la voie la plus juste ?

… A propos des dissensions entre Henri Zongo, Blaise Compaoré, Boukary Lingani et moi, je vous dis tout de suite que c’est faux. Mes meilleurs informateurs, ceux qui viennent me dire ” Attention, on dit ceci, on dit cela “, c’est Blaise Compaoré, c’est Henri Zongo, c’est Lingani Jean-Baptiste.

C’est vrai que le jour où ces gens-là ne me diront plus la vérité parce que l’ennemi leur aura fait du mal, ce sera une grande perte (…) . Je connais un responsable politique qui, un jour, est allé voir le commandant Lingani pour lui dire : ” Mais… il parait que… qu’on a voulu arrêter un tel… qu’on a voulu faire telle chose. ” Je connais un responsable politique tout à fait sincère qui est venu me voir, pour me dire : ” Il parait que vous avez tenté d’arrêter le capitaine Blaise et que c’est sur son chauffeur qu’on a tiré. ” alors j’étais heureux, car le même capitaine Blaise était au fond, dans la salle à manger. C’est donc Blaise lui-même qui est sorti pour expliquer. On pourrait peut-être penser que je l’avais enfermé dans la salle à manger, mais ce serait alors une prison agréable que d’avoir tout à l’oeil !

Le chauffeur du capitaine Blaise était effectivement absent. On disait : ” Est-ce que vous voyez encore le chauffeur ? Il a été tué, il a été abattu. ” Mais, en réalité, le chauffeur était parti en stage. J’ai appris, il n’y a pas longtemps, que le commandant Lingani allait être mis à la retraite. A la retraite de quoi ? Je ne sais pas. Si c’est à la retraite de l’armée, c’est lui qui sait, c’est lui le commandant Lingani, commandant en chef des Forces armées et ministre de la défense, qui le sait. Mais si c’est à la retraite de la révolution, là c’est grave parce qu’il joue un rôle dirigeant tellement important que s’il va à la retraite de la Révolution, nous allons tous partir ensemble.

On me dit que le capitaine Henri Zongo est en dissidence, qu’il n’est pas d’accord, qu’il est parti, qu’il a même été arrêté et enfermé. Mais qui mieux que lui, peut me donner les informations qu’il apprend ? Du moins ce que lui aussi apprend, parce qu’il ne peut avoir toutes les informations du pays. Il peut dire ” Attention, si les gens ont dit telle chose, c’est parce qu’ils ont compris ceci ou cela. “

Parfois ça fait rire, mais parfois ça ne fait pas rire du tout. Quand on pense que ça a inquiété et troublé des militants sur le terrain ! Non, rassurez-vous ! Ainsi qu’eux-mêmes, Lingani ou Blaise ou Henri, ont eu à le déclarer, nous ne sommes pas venus à la révolution par une campagne électorale, Malheureusement, quand vous allez voir l’un d’entre nous, tous les quatre le sauront. Ça a toujours été comme ça, jusqu’aujourd’hui. Je crois que cela nous a beaucoup aidés. Cela nous a beaucoup sauvés. Cela nous a beaucoup enseignés.

Je crois qu’on ne peut pas définitivement supprimer la corruption dans le monde et dans notre pays tant qu’à tous les niveaux, toutes les tâches de transformation de la société n’auront pas été accomplies et même tant que notre environnement économique, politique, social n’aura pas lui aussi été sur des positions qui favorisent la lutte contre la corruption. Il y a des corrompus parce qu’il y a des corrupteurs.

Même le jour où il n’ y aura plus de corrupteurs au Burkina Faso, il se pourrait qu’il ait des personnes à l’étranger, des personnes que nous ne contrôlons pas qui croient encore à la corruption et en la force de la corruption pour résoudre les problèmes, qui vont être là pour piéger, tenter, séduire, nous ne sommes pas venus à la révolution par un jeu de cartes. C’est une lutte politique de révolutionnaires qui acceptent d’assumer des tâches, des fonctions, qui font face aux missions qui leur sont confiées, et puis c’est tout.

Chacun occupe un poste déterminé. Et en plus, rien ne se fait sans que nous ne discutions sérieusement et âprement. Et nous avons traversé tellement d’obstacles, de revers dans notre vie que ce ne sont pas quelques rumeurs qui viendraient à bout de cette unité dont nous avons besoin. Je crois que le peuple a besoin de cette unité là. Maintenant, il y a des gens qui rêvent de cela : comment faire pour nous opposer ? Je regrette de devoir dire que mes camarades eux-mêmes viennent me dire ce qu’ils apprennent, que moi aussi je leur dis ce que j’apprends, et ainsi de suite. Parce que, en le disant, je vais couper l’herbe sous les pieds des détracteurs qui allaient, de temps à autre, voir untel ou untel, soudoyer des Burkinabé. C’est pourquoi de tous les maux de la société, le mal est toujours en avance du point de vue de l’imagination sur le bien. C’est pourquoi, également, les corrupteurs trouvent toujours des méthodes de corruption.

Nous avons trouvé une méthode pour lutter contre une certaine forme de la corruption. Eux ont crée une nouvelle forme de corruption, à nous de trouver encore de nouvelles méthodes.

Mais ces nouvelles méthodes, quelles qu’elles soient, supposent que le peuple lui-même combatte la corruption, dénonce les corrompus, les corrupteurs, les cas de corruption ; et que nous n’hésitions pas à sanctionner tous ceux qui ont pu être corrompus, traduire en justice toutes les formes de corruptions […] Cela se fait, mais j’estime à mon avis que ce n’est pas encore suffisant. Ce n’est pas parce qu’on parle de lutte contre la corruption au Burkina que nous serions le pays le plus corrompu. Non. Même ceux qui ne parlent pas de corruption ont des corrupteurs chez eux. Et tous ceux qui essaient de tenir des discours sur la lutte contre la corruption ne sont pas forcément si innocents que cela. Ils sont nombreux parce qu’ils ont peur de la Commission populaire de lutte contre la corruption. Ils font tout pour que la Commission n’agisse pas. Ils disent qu’elle est inutile, inefficace, dévalorise le régime et ses dirigeants, règle des comptes.

Nous avons de plus en plus de raisons d’admettre, de comprendre, de croire, qu’il faut perfectionner tous nos moyens de lutte. Pas seulement des moyens armés mais aussi sur le plan idéologique. Que chacun ait assez de moyens, d’armes idéologiques pour répondre aux manoeuvres de l’impérialisme. Les moyens qu’on pouvait par exemple utiliser pour tromper notre peuple en 1983 ne sont plus valables en 1987 et demain sûrement (grâce à l’acquisition de ces armes) nous ferons reculer les limites des moyens d’action de l’impérialisme.

Je voudrais que nous retenions que l’année politique qui vient de s’écouler a été une année qui a mis notre révolution à l’épreuve des contradictions de tous genres. Il reste certainement des contradictions que nous n’avons pas encore connues. Nous avons vu d’autres révolutions naître et évoluer, parfois mourir. Il nous est parfois arrivé de penser que cela n’arriverait qu’aux autres. Eh bien, cela peut aussi nous arriver.

Je pense que les révolutionnaires doivent se convaincre d’une chose : c’est qu’il n’y a pas de faiblesse à utiliser le débat démocratique pour faire triompher ses idées. Au contraire ! Chaque fois qu’un révolutionnaire gagne à lui une personne à partir d’un débat franc, sincère, courageux, eh bien ! il renforce sa révolution. Chaque fois que le révolutionnaire est obligé d’écarter, de repousser quelqu’un, qui qu’il soit, parce qu’il estime, lui, le révolutionnaire, avoir expliqué en vain ; eh bien, c’est une perte ! Il faut qu’on se le dise. Il faut qu’on se dise qu’il y a plus de personnes qui se posent la question : ” Qu’est-ce que la révolution ? ” que de personnes qui savent ce que c’est, qui aiment la révolution, qui sont déjà prêtes pour la révolution.

Donc, notre combat est un combat d’êtres humains qui doivent avoir le courage révolutionnaire de surmonter toutes les difficultés que nous rencontrons. Ne pas nous laisser aller au sentimentalisme et au subjectivisme. Ne pas nous laisser aller au découragement, à la peur, ne pas nous contenter de solutions faciles et expéditives. Ne pas nous laisser mener par l’excitation que certaines personnes auraient découverte pour nous aiguillonner vers les directions qu’elles choisissent.

On vous pousse par la critique, par les attaques, par la provocation même, et vous réagissez comme un homme programmé. Dans ces conditions aussi, on peut programmer votre perte.

Justement là où l’on veut que nous réagissions de façon brutale, en nous abandonnant, nous devons garder le calme et la réserve nécessaires. C’est ça garder son intelligence pour économiser ses forces ; éviter de se laisser exciter.

Le sentimentalisme, c’est réagir sur la base de nos propres sentiments. Il m’a insulté, je ne suis pas content, donc nous allons nous affronter. J’emploie tous les moyens dont je dispose pour l’affronter. Si nous devions agir ainsi, nous perdrions toute la capacité de mobilisation dont nous avons besoin pour faire avancer le processus révolutionnaire.

Mais je ne méconnais pas qu’il y a tous les jours de la provocation sur le terrain et souvent on me demande : ” camarade président, voici les preuves qu’untel a fait ceci, a fait cela contre votre personne. Qu’allez-vous faire ? Faites quelque chose. ” Non, justement, il ne faut pas réprimer à ce moment-là. Ce n’est pas normal. Au contraire : il a fait ceci ou cela, ce n’est pas bien, qu’allons-nous faire pour qu’il ne recommence plus ? Il y a la possibilité d’utiliser l’arme de la coercition, mais il y a aussi la possibilité d’utiliser une autre arme qui est plus difficile, qui est l’arme du débat

(…) Chaque fois que nous acceptons le débat, le dialogue en tant que révolutionnaires, sur nos principes, sur nos positions, nous ne faisons qu’avancer. Mais chaque fois que nous refusons le débat, chaque fois que nous refusons le dialogue, nous ne faisons que reculer.

Je voudrais dire aussi que si des personnes ont eu à fauter, il nous appartient à nous en tant que révolutionnaires d’avoir le courage de trancher leur cas sans sentimentalisme, c’est-à-dire ne pas avoir peur de prendre certaines décisions mêmes si elles doivent être fermes, d’avoir le courage, face à la faute et à sa gravité, la force de savoir oeuvrer pour mettre les camarades sur une ligne qui sera la ligne de la révolution, la ligne des masses.

Nous devons traiter chacun avec un esprit humain parce que nous avons affaire à des hommes qui, dialectiquement, peuvent redevenir de vrais combattants révolutionnaires. Nous devons croire et ne jamais penser qu’un homme est perdu définitivement.

J’invite tous les militants à comprendre que chaque année, nous devons nous dépasser. Ce que nous n’avons pas accepté en 87, nous devons l’accepter en 88. Et demain, nous devons être un exemple grâce à un dépassement de nous-mêmes.

La patrie ou la mort !

Nous vaincrons.

Extrait du  LIBÉRATEUR N° 26 Octobre 2006  dossier spécial Sankara

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Il n’y a qu’une couleur : l’Unité africaine – Août 1984 https://www.thomassankara.net/il-ny-a-quune-couleur-lunite-africaine-aout-1984/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=il-ny-a-quune-couleur-lunite-africaine-aout-1984 https://www.thomassankara.net/il-ny-a-quune-couleur-lunite-africaine-aout-1984/#respond Wed, 07 Sep 2005 15:05:03 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/il-ny-a-quune-couleur-lunite-africaine-aout-1984/ Il n’y a qu’une couleur : l’Unité africaine août 1984 Après une tournée en Éthiopie, en Angola, au Congo, au Mozambique et à Madagascar, Sankara donne une conférence de presse à Ouagadougou. On en trouvera ci-dessous les passages essentiels reproduits d’après Carrefour africain du 10 août 1984. Question : Quel est l’état des relations avec […]

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Il n’y a qu’une couleur : l’Unité africaine

août 1984

Après une tournée en Éthiopie, en Angola, au Congo, au Mozambique et à Madagascar, Sankara donne une conférence de presse à Ouagadougou. On en trouvera ci-dessous les passages essentiels reproduits d’après Carrefour africain du 10 août 1984.

Question : Quel est l’état des relations avec votre voisin conservateur, relativement plus riche, la Côte d’Ivoire ?

Thomas Sankara : Que conserve la Côte d’Ivoire ? Je vous ai bien compris mais j’aimerais savoir de façon plus précise quelle idéologie conserve la Côte d’Ivoire pour mesurer d’avantage l’opposition, s’il y en a, entre la nôtre et la leur.

Nos relations sont bonnes dans la mesure où la Haute-Volta avait des relations avec la Côte d’Ivoire. Le Burkina Faso’ affirme, je l’ai dit dans mon message du premier anniversaire, que nous nous ouvrirons à tous, nous irons à tous. Dans ce contexte, dans cet esprit, j’estime que nos relations sont bonnes. Certes, il y a toujours quelque chose à faire pour améliorer des relations. Mais pour notre part, nous ne sommes nullement gênés par la situation actuelle et si nos frères de Côte d’Ivoire le veulent bien, nous pourrons continuer ainsi, et même faire mieux. Mais je ne connais pas de difficultés particulières entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso.

Bien sûr, nous avons des opposants en Côte d’Ivoire beaucoup d’opposants en Côte d’Ivoire. Mais en tant que révolutionnaires dès que nous nous sommes posés en révolutionnaires nous comprenons très bien que nous avons à vivre dans un monde qui n’est pas, lui-même, révolutionnaire. Nous devons vivre des réalités qui ne sont pas toujours celles que nous souhaiterions. Nous devons être prêts à vivre avec des régimes qui eux ne font pas du tout la révolution, ou peut-être même s’attaquent à notre révolution. C’est là un très grand devoir de responsabilité pour les révolutionnaires. Peut-être que ceux les révolutionnaires de demain seront dans un meilleur monde et auront une tâche beaucoup plus facile.

En tout cas, pour nous, dès lors que nous acceptons cette réalité, dès lors que nous acceptons que la Côte d’Ivoire ne fait pas la révolution alors que nous, nous la faisons, eh bien, tout devient facile. La difficulté, les complications, les soucis n’existent que dans l’esprit de ceux qui sont révolutionnaires mais de manière romantique, en espérant, en pensant que tout le monde devrait agir comme les révolutionnaires. Nous, nous ne sommes pas surpris. Donc nous ne sommes pas gênés. C’est une réalité à laquelle nous étions préparés.

Question : Des liens historiques existent entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. On s’en rend compte par les visites périodiques que vous vous rendez au sein des organisations régionales ou sous-régionales. Mais concrètement, camarade président, depuis l’avènement du CNR comment se présente l’axe Abidjan-Ouagadougou ? D’autre part, d’aucuns parlent d’un certain froid et on souligne même que votre absence au dernier sommet du Conseil de l’entente à Yamoussoukro et l’annulation d’une visite de travail en Côte d’Ivoire sont significatives.

Sankara : Vous demandez comment se porte l’axe Abidjan-Ouagadougou ! Axe rectiligne, animé par Air Ivoire, Air Volta bientôt Air Burkina; axe tortueux, sinueux représenté par le chemin de fer Abidjan-Ouagadougou, axe chaotique, très difficile, avec des hauts et des bas; correspondant à la route Abidjan-Ouaga, axe qui traverse des zones d’ombres, des zones de forêts, de savanes, qui part de la mer et va jusqu’au coeur de la sécheresse du Sahel. Donc un ensemble de réalités complexes que chacun de nous doit saisir. Voilà cet axe-là. Vous en voulez la description, la voilà.

Vous me posez une deuxième question : un froid existe d’après certains, vous ne précisez pas les auteurs, ce qui ne nous facilite pas la tâche. Mais enfin, vous dites que certains ou que certaine presse parle d’un certain froid entre Abidjan et Ouagadougou.

Nous vivons ici dans la chaleur de la révolution et ceux qui grelottent n’ont qu’à se prémunir et prendre les dispositions qu’il faut. Entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, il y a des rapports de tous genres : géographiques, historiques, économiques, sociaux et divers. Des rapports que nous ne pouvons pas effacer d’un coup de gong, des rapports également que les Ivoiriens ne peuvent pas nier.

Aujourd’hui le Burkina Faso s’est engagé dans une voie révolutionnaire pour transformer sa société, pour lutter contre un certain nombre de maux et de fléaux que nous connaissons chez nous et nous pensons que seuls s’en plaignent les ennemis du Burkina Faso. Tout Ivoirien qui aime le peuple burkinabè doit applaudir la révolution burkinabè. Tout Ivoirien qui n’aime pas la révolution burkinabè, n’aime pas le peuple burkinabè. A partir de là il s’agit de savoir où se trouve le froid, et qui se refroidit.

Est-ce à dire que la Côte d’Ivoire, qui avait d’excellentes relations avec la Haute-Volta réactionnaire, se refroidit subitement parce que la Haute-Volta est devenue révolutionnaire ? C’est là une question qu’il faut poser aux seuls Ivoiriens. Nous, nous sommes dans la chaleur de la révolution, chaleur que nous partageons avec tous ceux qui veulent bien l’accepter mais nous ne pouvons l’imposer à personne et ce serait bien

dommage que des peuples frères, des peuples voisins ne communient pas à la même joie et ne profitent pas de la même chaleur.

Question : A l’opposé de la Côte d’Ivoire, le Ghana et son président sont les bienvenus au Burkina Faso. On a vu même des troupes du Ghana défiler lors de la commémoration de la révolution. Où finit le soutien, et où commence l’ingérence ? En un mot, le Ghana peut-il devenir encombrant pour votre jeune pays ?

Sankara : Soutien à qui, ingérence par rapport à qui ? L’ingérence commence là où les peuples s’estiment trahis. Et tant que les peuples ne le sont pas, le soutien ne sera jamais suffisant.

Le Ghana vient au Burkina Faso, se manifeste ici à chaque fois qu’un événement le mérite des événements heureux et aussi des événements moins heureux. Parce que nous n’en doutons pas et je ne pense pas que vous en doutiez non plus, il y a une communion entre les Burkinabè et les Ghanéens. Et tant que cette communion pourra durer nous ne pourrons que déplorer que nous n’ayons pas assez fait pour que le soutien soit plus grand.

Nous n’avons pas une vision chauvine des choses et nous condamnons le sectarisme. Pour ces raisons-là nous considérons les frontières comme des démarcations administratives, peut-être nécessaires pour limiter le champ d’action de chacun, lui permettre de voir assez clair. Mais l’esprit de liberté, de dignité, de compter sur ses propres forces, d’indépendance et de lutte anti-impérialiste conséquente doit souffler du Nord au Sud, du Sud au Nord et franchir allègrement les frontières. Nous sommes heureux de constater qu’entre le Burkina Faso et le Ghana, il en est ainsi et il faut qu’il continue à en être ainsi.

Pensez-vous que notre pays aurait quelque problème que ce soit, quelque difficulté, pensez-vous que nos relations connaîtraient une quelconque hausse avec qui que ce soit, si ce vent-là soufflait entre notre pays et tous les autres pays ? Pensez-vous qu’aujourd’hui des pays en seraient arrivés à se menacer d’apocalypse si entre tous les pays du monde soufflait ce même vent ? Nous parlons aujourd’hui d’Iran et d’Irak; ne pensez-vous pas que ce serait heureux que les Iraniens puissent aller chez les Irakiens comme les Ghanéens vont chez les Burkinabè et vice-versa ?

Nous croyons qu’il y a là un exemple que nous souhaitons voir se multiplier. Nous pensons que cela va dans l’intérêt des peuples. Ceux qui sont lésés sont peut-être ceux qui voudraient opposer le Ghana au Burkina Faso parce qu’ils ont d’autres desseins.

Question : Que pense le Burkina Faso de la crise actuelle de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) ?

Sankara : Nous pensons que c’est une crise tout à fait normale, souhaitable parce que c’est un processus révolutionnaire qui implique donc des remises en cause, des redéfinitions des objectifs de l’OUA. L’OUA telle qu’elle existait ne peut pas continuer. Le souci d’unitarisme a trop vite fait de prendre le pas sur le souci d’unité. Au nom de l’unité et par unitarisme beaucoup de choses ont été sacrifiées. Aujourd’hui de plus en plus les peuples d’Afrique sont exigeants et parce qu’ils le sont ils interdisent les réunions, les rencontres qui servent à prendre des résolutions jamais appliquées ou qui servent à ne pas prendre des résolutions applicables et attendues.

L’Afrique est face à elle-même avec des problèmes que l’OUA réussit toujours à contourner en remettant leur résolution à demain. Ce demain-là, c’est aujourd’hui. On ne peut plus remettre à demain toutes ces questions. C’est pourquoi nous trouvons que cette crise est tout à fait normale. Elle arrive peut-être même avec un peu de retard.

Question : Peut-on savoir la position du Burkina Faso vis-à-vis du conflit du Sahara occidental ?

Sankara : Nous avons reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et nous estimons qu’il n’y a pas de tergiversation en la matière : lorsqu’un peuple a décidé de choisir une organisation c’est une obligation de la reconnaître. Nous estimons donc qu’il ne peut y avoir de sommet de l’OUA sans la RASD. Il y aurait là une absence. S’il y a un absent et si les raisons de cette absence ne sont pas valables, le Burkina Faso ne peut pas se prêter à ce jeu-là.

Question : Vous avez parlé plusieurs fois d’aide et de coopération, qu’elles soient africaines ou autres mais pas de n’importe quelle aide, qu’est-ce que vous entendez par là ? ?

Sankara : L’aide doit aller dans le sens du renforcement de notre souveraineté et ne pas porter atteinte à cette souveraineté. L’aide doit aller dans un sens qui consiste à détruire l’aide. Toute aide qui assassine l’aide est la bienvenue au Burkina Faso. Mais de toute aide qui crée une mentalité d’assisté, nous serons dans l’obligation de nous départir. Et c’est pourquoi nous sommes très vigilants et très exigeants, chaque fois qu’une aide nous est promise, nous est proposée ou même quand c’est nous qui prenons l’initiative de la demander.

On ne fait pas la révolution, on ne construit pas son indépendance, sans un minimum de stoïcisme, de sacrifices. C’est ce stoïcisme-là que le peuple du Burkina s’impose pour ne pas justement regarder du côté de la tentation, du côté de la facilité comme certaines aides le voudraient. Ces miroirs aux alouettes ont fait beaucoup de tort à notre pays et à d’autres. Nous voulons y mettre fin.

Question : Camarade président, lors de votre retraite à Koupèlà vous avez reçu un membre de la Cour internationale de justice. II vous a certainement parlé du problème Burkina Faso / Mali. Alors comment avancent les travaux ? Etes-vous optimiste quant à leur issue ?

Sankara : Quarante-cinq jours après notre prise de pouvoir au Burkina Faso, nous avons exprimé au peuple malien toute notre volonté d’oeuvrer dans le sens d’une résolution correcte de ce problème. Nous avons levé tous les vétos, tous les interdits, tous les obstacles qui empêchaient un dialogue franc et positif autour de cette question. C’est dire aussi que ce qui se fait spontanément est généralement le plus sincère.

Nous sommes attachés à assurer le peuple malien de notre volonté, de notre sincérité, de notre désir profond de vivre en paix avec lui et c’est pourquoi cette balle qui était dans le camp du Burkina a été dégagée. Nous ne traitons plus ce dossier-là. Nous regardons les autres partenaires que ce soit la Cour internationale de justice, que ce soit le Mali. Nous leur laissons le temps d’agir ou de réagir. Nous n’en faisons pas un souci.

Question : Votre homologue zaïrois a récemment demandé la création d’une Ligue des États d’Afrique noire. Avez-vous été consulté et que pensez-vous de cette initiative du président Mobutu ? Est-ce que vous pensez que cette ligue pourra résoudre spécifiquement les problèmes qui se posent à l’Afrique Noire et pensez-vous que les conflits du Sahara occidental et du Tchad soient les causes de la situation actuelle de l’OUA ?

Sankara : Votre question m’inquiète au plus haut point parce que vous semblez dire une fois de plus que les chefs d’États se sont consultés autour de cette fameuse idée de la Ligue des États d’Afrique noire. C’est ce qui semble se dégager de votre question. En tout cas, moi, je n’ai pas été consulté heureusement pour moi ! Peut-être d’ailleurs n’a-t-on consulté que ceux qui pouvaient «apporter» quelque chose.

Nous ne sommes pas contre les regroupements des Africains noirs puisque c’est une réalité, qu’il y a des Africains noirs et des Africains blancs mais nous ne savons pas très bien à quoi cela servirait. Nous ne savons pas à quoi cela servirait de répéter que nous sommes des Noirs comme si les problèmes qui se posent à l’OUA sont dus au fait qu’il y a une OUA bichromatique et qu’il faudrait penser à une OUA monochromatique. C’est du surréalisme qui donne une certaine peinture à laquelle nous ne sommes pas sensibles.

Jeune Afrique et vous, semblez dire que le conflit du Sahara occidental-nous, nous parlons du conflit qui oppose la RASD au Maroc, comprenons-nous–et accessoirement celui du Tchad, pourraient être à la base de ce début d’éclatement de l’OUA; un peu comme si ces deux questions du Tchad et de la RASD étaient des questions d’Africains non-noirs et qu’en les extirpant de l’OUA nous pourrions nous retrouver entre Africains noirs de manière harmonieuse. Je ne suis pas certain qu’entre la RASD qui est africaine et principalement blanche et certains pays d’Afrique noire, les relations soient moins bonnes qu’entre certains pays d’Afrique noire et d’autres pays d’Afrique noire. Donc la question ne se pose pas en termes de couleur. En matière de conception de l’OUA, les daltoniens n’ont pas leur place. Il n’y a qu’une couleur : l’unité africaine.

Question : Quelle est votre position concernant l’évolution, notamment l’échec, de la Conférence de Brazzaville’ ?

Sankara : Les efforts de Brazzaville, comme vous le savez très bien, nous les avons soutenus. Nous avons dit que Brazzaville ne devrait pas être un ring duquel devrait sortir un champion poids lourd de boxe. Nous avons apporté au président [congolais] Sassou N’guesso tout notre soutien pour que les conditions de dialogue qu’il a tenté de créer soient mises à profit pour que les Tchadiens se retrouvent entre eux. Mais nous avions dit aussi que Brazzaville pour être valable devrait reconnaître le succès du peuple tchadien sur ses ennemis.

Question : Concernant vos relations avec la Libye, pouvez-vous mentionner un exemple de l’assistance de ce pays au Burkina Faso ?

Sankara : Vous me posez là une question très délicate, très difficile. Des exemples, il y a en tellement. Nous pouvons passer des heures et des heures, sinon des jours et des jours à vous raconter cette assistance-là. Nous avons de très bonnes relations qui ne font que se développer davantage avec l’affirmation de la personnalité de chacun, avec l’affirmation de l’indépendance de chacun et nous sommes très satisfaits, très heureux que la Libye respecte en nous cette indépendance.

Nous allons souvent en Libye. Il n’y a pas longtemps, j’ai rencontré le colonel Khadafi. Nous avons discuté de beaucoup de questions, et nous avons engagé des critiques mutuelles. Nous sommes aussi préparés à l’autocritique, quand nous estimons que ces critiques sont fondées et doivent nous amener à changer de position. Tout comme nous invitons la Libye à faire de même. Entre révolutionnaires, l’on doit pratiquer la critique et l’autocritique. Cela ne veut pas dire que la Libye est parfaite, parce que rien n’est parfait dans aucun pays du monde. Et cela donne lieu à des discussions. Donc nos relations continuent d’être comme par le passé et ont au contraire pris un tour nouveau avec cette forme d’échange de critiques, de débats fructueux.

Question : Au cours d’une tournée en Afrique, vous avez été au Mozambique et en Angola. Or on sait que ces pays ont signé des pactes avec l’Afrique du Sud; des accords qui à première vue, semblent contre nature. Quelle est la position du Burkina vis-à-vis de ces accords-là ?

Sankara : Notre position, nous l’avons déjà exprimée. Il y a une question de fond qui se pose. L’Afrique du Sud raciste ne cessera jamais d’être un poison, une épine dans le pied des Africains en général. Tant que nous n’arriverons pas à l’extraire, cette idéologie barbare, rétrograde et anachronique l’apartheid le racisme ne cessera pas. Donc on ne peut pas tergiverser, changer de position sur cette question-là.

Les voies et les moyens pour résoudre ce problème relèvent de la tactique de chaque pays. Mais fondamentalement, le combat contre le racisme doit se poursuivre. Il faut éviter du reste que tactique et stratégie

se confondent. C’est pourquoi tout en nous gardant de donner des leçons, de critiquer les camarades angolais ou mozambicains, nous leur rappelons qu’ils ont un devoir de lutte contre le racisme et que quelle que soit la tactique qu’ils emploient, il faut qu’en permanence ils combattent ce racisme-là. Toute position contraire serait une négation des sacrifices que des martyrs africains ont consentis. Ce serait aussi une négation de tout ce qui se fait aujourd’hui et de tout ce qui s’est fait hier.

Mais en même temps, nous ne manquons pas de porter la critique contre les autres États africains pour n’avoir pas apporté un soutien efficace, effectif et concret à ces pays qui, au front, ont veillé à notre sécurité à tous vis-à-vis du racisme. C’est parce que le Mozambique a osé soutenir d’autres luttes qu’aujourd’hui, ce qui était la Rhodésie, connaît une autre réalité. C’est parce que l’Angola veille en sentinelle face à l’Afrique du Sud que nous autres jusqu’en Afrique occidentale, en Afrique du Nord, nous échappons à la menace directe du racisme. Mais si les deux pays venaient à tomber, si la Ligne de front’ venait à exploser, ça serait le recul progressif, dangereux, envahissant, des frontières directes des racistes.

Donc, nous ne pouvons qu’inviter les deux pays à poursuivre leur lutte farouche contre le racisme, contre l’Afrique du Sud raciste. Et puis, en passant, nous ne pouvons que leur souhaiter toute la vigilance nécessaire; lorsque l’on traite avec le diable, il faut prendre la précaution d’avoir une louche munie d’un manche très long, suffisamment long en tout cas.

Question : Que pense le Burkina Faso du préalable de retrait des troupes cubaines d’Angola posé par l’Afrique du Sud pour l’indépendance de la Namibie ?

Sankara : Le préalable que pose l’Afrique du Sud est un faux problème, car elle traite avec des pays et même des pays africains qui ont sur leur sol des troupes étrangères. Pourquoi n’en fait-on pas un problème ? Pourquoi veut-on empêcher l’Angola de faire appel aux troupes qui lui paraissent être d’un apport utile, d’un soutien utile. C’est un droit. Cela relève de la souveraineté de l’Angola que de faire appel aux troupes cubaines. Et c’est un mérite pour les Cubains que d’accepter d’aller mourir pour un autre pays, eux qui ont aussi des dangers à leur porte, sur leurs côtes.

Concernant la présence des troupes étrangères dans tel ou tel pays, nous pensons qu’il y a des pays qui ont le droit d’en parler et d’autres qui n’en ont pas le droit, surtout quand eux-mêmes ont des troupes étrangères chez eux. Les troupes cubaines n’ont pas moins de mérite que d’autres qui prolongent leur politique de domination.

Question : Vous avez évoqué dans votre discours les pays qui vous accueillent avec le baiser de Judas ou ceux qui soutiennent les ennemis de votre peuple. Rangez-vous la France dans ces pays-là et comment envisagez-vous les relations entre la France et le Burkina Faso ?

Sankara : Peut-être que seul Jésus à l’époque avait déjà repéré Judas. Je ne suis pas certain que les 11 autres disciples l’avaient reconnu. N’allons pas trop vite en besogne. Nous ne faisons de procès d’intention à personne. Maintenant nous savons aussi que les Judas se reconnaissent et que, peut-être, surpris en flagrant délit de comploter contre nous, ils se trahiront par tel ou tel acte.

Puisque nous sommes dans ce domaine, on peut tout nier mais ses intentions profondes finissent par ressortir. Le premier des 12 disciples, Pierre, a été lui-même surpris. On lui disait : «Ton accent t’a trahi», lorsqu’il faisait croire qu’il n’était pas avec Celui-là qui était l’objet de la vindicte populaire. Enfin vous avez lu les Saintes écritures comme tout le monde et je n’insisterai pas.

La France a avec nous des relations qui surprennent peut-être. Nous pensons que ces relations pourraient être meilleures. Notre volonté de les améliorer est là. Nous l’avons maintes fois répété. Mais pour que ces relations s’améliorent, il faudrait que la France apprenne à traiter avec les pays africains, en tout cas avec nous, sur des bases nouvelles. Nous regrettons beaucoup que si mai 81 a permis de transformer la France c’est vous seul qui le savez dans le domaine des relations de la France avec l’Afrique, mai 81 n’a, en tous cas, apporté aucun changement.

La France de mai 81, reprend pratiquement les mêmes chemins que les régimes précédents. Elle se trouve aussi face aux mêmes interlocuteurs représentant de tel ou tel groupe d’Afrique. La France d’aujourd’hui n’est pas différente de la France d’hier. C’est pourquoi nous qui sommes en train d’exprimer, de traduire une nouvelle réalité africaine, nous ne sommes pas compris et peut-être même nous dérangeons un peu, la mare tranquille des relations franco-africaines.

Nous venons avec un langage de vérité, une vérité qui est peut-être directe et entachée de verdeur, mais une vérité qui s’accompagne d’une sincérité que l’on ne retrouve pas ailleurs. La France a été trop longtemps habituée à des langages je ne dirais pas de thuriféraires mais enfin… La France a été habituée à des langages parfois de valets locaux du néo-colonialisme. Dans ces conditions, elle ne peut pas comprendre qu’il y en ait qui ne veulent pas être dans les rangs.

Si l’on se donnait la peine en France de comprendre cette réalité nouvelle qui se vit au Burkina Faso comme une réalité qui est largement partagée dans beaucoup d’autres pays africains, si l’on se donnait la peine de l’accepter comme telle, beaucoup de choses changeraient. Mais hélas on veut considérer le cas du Burkina Faso comme un accident de parcours, comme un phénomène accidentel peut-être passager. Non, c’est cela la réalité en Afrique et il faudrait donc que les relations entre l’Afrique et les autres partenaires évoluent dans le même sens.

Question : Vous avez dit que vous étiez ouvert à des pays d’idéologies différentes. En mai 81, les socialistes ont pris le pouvoir en France, il n’empêche que votre pays a une idéologie contraire à celle de la France. Peut-on dire qu’il devrait exister entre les deux pays une amitié que l’on pourrait qualifier de conditionnelle ? Si oui, quelles en seraient les conditions ?

Sankara : Je ne pense pas qu’il existe d’amitié inconditionnelle. Même les coups de foudre ont, je crois, leurs conditions, qui, dès leur disparition ramènent les êtres à des calculs et à des réalités d’une froideur surprenante.

L’amitié entre le Burkina Faso et tout autre pays est une amitié qui est conditionnée au respect de notre souveraineté, de nos intérêts et qui nous oblige à respecter le partenaire d’en face. Ce n’est pas à sens unique ces conditions-là. Nous pensons qu’avec la France, le dialogue doit être franc; la vérité pour peu que les deux partenaires veuillent bien la suivre, pourrait nous amener à un programme d’amitié.

Depuis le 4 août 83 jusqu’à ce jour, le représentant de la France, l’ambassadeur, a compté que la balance des échanges diplomatiques entre la France et la Haute-Volta d’alors était très déficitaire en notre défaveur. Cela veut dire beaucoup de choses. La France continue de considérer que la position du Burkina Faso peut se deviner, peut s’interpréter, peut être exprimée par tel ou tel ténor. Cela veut dire que la France sur ce plan n’a pas considéré que le Burkina Faso est une nouveauté une nouveauté qui traduit une certaine réalité en Afrique.

Question : La Haute-Volta a décidé de ne pas aller aux jeux olympiques [d’été 1984], pourquoi ? Comment expliquez-vous le fait qu’il y a des pays africains qui ont décidé de partir ?

Sankara : La Haute-Volta a décidé de ne pas y aller et le Burkina Faso le confirme. Non pas parce qu’il n’y a pas pour nous beaucoup d’espoir de ramener des médailles, non ! Mais par principe. Ces jeux-là comme n’importe quelle tribune devraient être utilisés par nous, pour dénoncer nos ennemis et le racisme d’Afrique du Sud. Nous ne pouvons pas aller à de tels jeux aux côtés de ceux qui soutiennent l’Afrique du Sud dans sa politique raciste. Ét ceux qui refusent les mises en garde et les condamnations que les Africains lancent pour affaiblir l’Afrique du Sud raciste. Nous ne sommes pas d’accord et nous avons choisi de ne pas y aller, quitte à ne jamais aller à des jeux olympiques.

Notre position ne nous a été dictée par personne. Chacun de ceux qui ont refusé d’y aller, a ses raisons. Les nôtres tiennent aux relations que les sportifs britanniques ont avec l’Afrique du Sud. La Grande Bretagne n’a jamais accepté les mises en garde diverses et les nombreuses protestations. La Grande Bretagne n’a pas accepté, nous non plus : nous n’irons pas à ses côtés pour n’importe quelle fête. Nous ne pouvons pas aller à cette fête-là ! Nous n’avons pas le moral pour faire la fête.

Question : Vous savez que ce qui fait peur à l’Occident, à l’Europe, à la France, c’est souvent le terme de «révolution». Dans votre discours, vous avez dit : «La révolution ne s’exporte pas». Est-ce une manière de rassurer les pays qui ont un peu peur ? Peut-on ne pas exporter la révolution lorsque les frontières ne sont qu’une démarcation administrative ?

Sankara : La révolution ne s’exporte pas. L’on ne peut imposer à aucun peuple un choix idéologique. Exporter la révolution signifierait d’abord que nous Burkinabè, nous pensions que nous pouvons aller enseigner à d’autres ce qu’ils doivent faire pour résoudre leurs problèmes. C’est une vision contre-révolutionnaire. C’est ce que les pseudo-révolutionnaires, la petite-bourgeoisie livresque et dogmatique proclament. Cela voudrait dire que nous avons conscience que nous avons importé notre révolution et que ce faisant, nous sommes chargés de poursuivre la chaîne.

Il ne s’agit pas de cela. Nous avons dit que notre révolution ne méconnaît pas les expériences des autres peuples, leurs luttes, leurs succès, leurs échecs. C’est ainsi que la révolution du Burkina Faso prend en compte toutes les révolutions du monde, quelles qu’elles soient. Exemples : la révolution [russe] de 1917 nous enseigne beaucoup de choses; celle de 1789 nous apporte beaucoup de leçons; La théorie de Monroe, «l’Amérique aux Américains» nous enseigne beaucoup. Tout cela nous intéresse.

Nous pensons aussi que le fait d’avoir des frontières qui ne sont que des démarcations administratives n’implique pas que notre idéologie pourra envahir les autres. Parce que s’ils n’acceptent pas, s’ils la repoussent, elle ne fera pas grand chemin. Pour que ces frontières ne puissent pas être un barrage même aux idées, il faudrait que de chaque côté de la frontière, on comprenne la ligne comme n’étant qu’une démarcation administrative. Si le Burkina Faso comprend telle frontière comme n’étant qu’une démarcation administrative, alors que de l’autre côté on la comprend comme étant un rempart protecteur, il ne se passera pas ce qui se passe entre le Ghana et le Burkina Faso.

Mieux on connaîtra la révolution, mieux on comprendra que finalement elle n’est pas dangereuse, qu’elle est un bien pour les peuples. Beaucoup d’hommes ont peur de la révolution parce qu’ils ne la connaissent pas ou parce qu’ils n’en connaissent que les excès tels que nous les rapportent les chroniqueurs et les correspondants de presse qui sont allés rechercher le sensationnel.

Mais soyons précis, bien que notre révolution ne soit pas faite pour l’exportation, nous n’entendons pas nous couper les cheveux en quatre pour enfermer la révolution burkinabè dans un blocus imprenable. C’est une idéologie qui souffle ; elle est à la disposition de tous ceux qui pensent nécessaire d’en profiter.

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Nous tenons à remercier la première personne qui avait mis une importante partie de cette conférence qui agissait sous le nom d’INTERNATIONAL KAINFR. Nous vous la proposons pour lui rendre hommage. La vidéo plus complète est un peu plus bas. Et nous avons aussi mis en ligne après la retranscription texte de cette conférence de presse.

Vous qui visitez cette page aujourd’hui, vous ne pouvez pas imaginer la joie que nous avons ressentie en voyant souvent pour la première fois, des images de Thomas Sankara, alors qu’à l’époque, le régime de Blaise Compaoré s’efforçait d’effacer tous les documents sur Thomas Sankara et la Révolution.

Contrairement à ce qui est dit dans le générique, cette vidéo dont l’introduction précise qu’elle est issue de INTERNATIONAL KAINFR ne date probablement pas de 1984 mais plutôt de quelques jours après le 4 août 1983.

Il s’agit des premières vidéos récupérées, on ne sait trop comment, qui avaient été mises sur le marché sous forme de DVD, alors que le pouvoir de Blaise Compaoré, faisait tout ce qui était en son pouvoir pour effacer toute trace de Thomas Sankara, en particulier les images et les vidéos. Nous avons plusieurs vidéos dans cette rubrique issues de la même source, qui ont toutes été mises en ligne au tout début de l’existence du site thomassankara.net.

Nous étions alors entrés en contact avec la personne qui s’était donné le pseudonyme de Romsiten qui avait bien voulu nous la passer pour que nous la mettions en ligne. Qu’il soit ici chaleureusement.


La rédaction du site


Nous vous proposons maintenant la vidéo. Elle est extraite d’une cassette pou un DVD où figuraient un reportage sur le sommet de l’OUA où Sankara a prononcé son fameux discours sur la dette, puis de sa visite en Libye.

Et la conférence de presse proprement dite commence au temps 6’40″”.



La retranscription a été effectuée par nos soins.

Question : Monsieur le président, le 4 août est perçu par certains comme étant une action revancharde à l’encontre des tenants du pouvoir de l’après – 17 mai. Alors comment présentez-vous cette action ?

Thomas Sankara : J’ai, moi aussi entendu de telles analyses. Mais enfin, il faut considérer que, pour certaines personnes, le problème du peuple voltaïque se pose simplement en termes de clans. Il faut considérer aussi qu’il est tout à fait normal pour certains de voir dans chaque action des actions revanchardes, des reprises, des retours, etc.

Nous, nous pensons que le 4 août est simplement l’aboutissement, la concrétisation d’une volonté populaire que vous avez pu suivre ici en Haute-Volta. Du reste, nous disons que tous ces Voltaïques qui se sont mobilisés à Ouagadougou et ailleurs, après ce fameux coup d’Etat du 17 mai dernier, tous ces Voltaïques ne se sont pas mobilisés simplement à cause du capitaine Sankara et de ses camarades, mais à cause d’un processus auquel ils étaient très attachés le processus de libération du peuple voltaïque. Ils se sont mobilisés pour que le peuple prenne son destin, son développement, en mains. Ils se sont battus parce qu’ils n’admettaient pas les gifles infligées au peuple voltaïque. Ils se sont battus parce qu’il y avait une trahison des intérêts du peuple voltaïque, trahison qu’ils ne pouvaient pas admettre.

S’il y a revanche, il y a revanche du peuple contre la réaction qui s’était regroupée autour de quelques hommes, quelques individus. Mais il n’y a pas revanche d’un groupe contre un autre.

Question : Monsieur le président, le Conseil national de la révolution (CNR) est-il une continuation du Conseil du salut du peuple (CSP) d’avant le 17 mai ?

Sankara : Nous sommes d’accord : nous affirmons que le CNR est une continuation du CSP d’avant le 17 mai et un dépassement de celui-ci. C’est ce CSP d’avant le 17 mai qui nous a permis de nous lier au peuple voltaïque, de l’amener à s’exprimer et de nous dire quelles étaient ses sincères et profondes aspirations, de les connaître. Cela nous a permis de définir à partir de ce moment une politique, celle du CSP de l’époque, qui devait progressivement amener le peuple voltaïque à prendre et à assumer réellement le pouvoir à son profit.

Vous savez que le CSP d’avant le 17 mai a pris fin précisément avec le 17 mai, c’est-à-dire que quelque part quelqu’un a trahi le peuple. Et cette trahison s’est opérée le 17 mai.

Question : Monsieur le président, lors d’un entretien que vous avez eu avec les journalistes du Carrefour africain, alors que vous étiez Premier ministre, vous aviez dit que le CSP cherchait une stratégie pour mettre fin aux putschs militaires en Haute-Volta. Maintenant que vous présidez aux destinées du peuple voltaïque, pensez-vous que le CNR peut être la dernière intervention de l’armée dans les affaires politiques de l’État voltaïque ?

Sankara : En tout cas nous le souhaitons et nous sommes convaincus que la meilleure façon de limiter l’usurpation du pouvoir par un groupe d’individus, militaire ou non, c’est de responsabiliser d’abord le peuple. Entre des fractions, entre des clans, on peut perpétrer des complots et des coups d’Etats. Contre le peuple, on ne peut perpétrer un coup d’État durable. Par conséquent, la meilleure façon d’éviter que l’armée ne confisque à elle seule et pour elle seule le pouvoir, c’est de faire partager d’ores et déjà ce pouvoir par le peuple voltaïque. C’est ce vers quoi nous tendons.

Question :Monsieur le président, beaucoup d’observateurs politiques vous ont attribué la paternité de l’avènement du CSP le 7 novembre 1982. Si tel était le cas, pourquoi n’en avez-vous pas pris la direction politique ? Cela aurait pu du reste éviter les événements du 17 mai ?

Sankara : C’est bien dommage qu’il y ait des observateurs qui voient les événements politiques comme des bandes dessinées. Il faut un Zorro, il faut une vedette. Non, le problème de la Haute-Volta est plus sérieux que cela. Cela a été une grave erreur d’avoir cherché coûte que coûte un homme, une vedette, jusqu’à en créer une, c’est-à-dire jusqu’à attribuer la paternité de l’événement au capitaine Sankara qui en aurait été le cerveau etc.

Je vais vous dire que le 7 novembre est une histoire très complexe, pleine d’anecdotes. Le 7 novembre a donné naissance à un pouvoir qui était très hétérogène,très composite avec des contradictions inévitables. Le 7 novembre, tous nos efforts, à mes camarades et moi, cherchaient à empêcher le déroulement de ce coup d’Etat. C’est curieux, mais nous n’étions à Ouagadougou que par coïncidence. C’est curieux, mais nous avions tout fait auprès de ceux qui avaient intérêt à ce que ce 7 novembre ait lieu pour qu’ils abandonnent leur projet. Mais vous comprenez que la vision des problèmes politiques n’est pas la même pour tous. Pour certains, il suffit d’avoir les armes, d’avoir avec soi quelques unités, pour prendre le pouvoir. Chez d’autres, c’est une autre conviction qui prévaut. Le pouvoir doit être d’abord l’affaire d’un peuple conscient. Par conséquent, les armes ne constituaient qu’une solution ponctuelle, occasionnelle, complémentaire.

Il est bon pour vous de savoir que, ce 7 novembre, quelques acteurs bien cachés avaient essayé de faire partager leur projet, ou en tout cas de réaliser leurs ambitions en exploitant et en utilisant d’autres personnes. C’étaient ceux qui voulaient placer un homme je veux parler du colonel Somé Yoryan que l’on cherchait à placer à la Présidence de la République de Haute-Volta. Ces hommes étaient aussi ceux qui voulaient libérer certains éléments de la Troisième république détenus alors par le Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN)’.

Pour réaliser ce projet, pour atteindre cet objectif, il leur fallait des militaires. Et la meilleure façon pour eux qui se sentaient, qui se trouvaient isolés au sein de l’année d’avoir des militaires, c’était de proposer par-ci, par-là dans des unités, la participation de tous ceux qui voulaient, disait-on, libérer les officiers détenus. C’est-à-dire le capitaine Blaise Compaoré, le capitaine Henri Zongo, le capitaine Sankara, et d’autres, comme le commandant Lingani qui était menacé’.

Cela a fait recette parce que beaucoup de militaires se sont crus un devoir moral vis-à-vis de ces officiers-là, de donner leur caution. Ils ont accepté de se battre, ignorant que tous les officiers que j’ai cités étaient eux-mêmes contre ce coup d’Etat. Ils l’avaient exprimé à des officiers comme le capitaine Kamboulé, comme le médecin commandant Jean-Baptiste Ouédraogo et j’en passe. Ils leur avaient expliqué, ils leur avaient fait comprendre tous les risques tous les dangers que comportait un tel coup d’Etat.

Mais la vision politique des choses n’était pas la même. Nous avons passé des heures, des nuits entières à discuter, à essayer de convaincre ces officiers-là. Ils sont néanmoins passés aux actes et il y a eu le 7 novembre. Naturellement devant les contradictions qui sont nées entre eux, ils n’ont pas pu placer le colonel Somé Yoryan comme chef d’Etat. Certains étaient satisfaits d’avoir pu libérer des éléments de la Troisième république, mais en même temps étaient déçus que d’autres éléments de cette même Troisième république aient été aussi libérés. Ce sont là des contradictions qu’il faut comprendre.

Et ils n’ont pas hésité à dire que le capitaine Sankara était l’homme fort ; à rejeter la responsabilité du coup d’Etat sur le capitaine Sankara en se disant que de toute façon, le vin était tiré, il serait bien obligé de le boire.

Je sais que la presse a repris cette information, nous condamnant ainsi à accepter les responsabilités politiques que nous avions refusées auparavant à cause de nos convictions politiques.

Nous commencions à être obligé de les assumer, là encore, pour des raisons purement politiques. Vous comprenez qu’un régime qui est né de cette façon ne pouvait pas durer très longtemps.

Il faut aussi savoir que, malgré toutes les contradictions, les divergences et les oppositions qu’il y avait entre nous, et bien que nous détenions et la force militaire et la force politique au niveau des débats démocratiques contre le clan des putschistes, nous avions toujours tenté peut être par sentimentalisme, peut-être aussi par naïveté, peut-être par honnêteté de ramener les putschistes à une meilleure compréhension des choses. Nous avons tenté aussi d’éviter tout accrochage violent dont nous serions sortis vainqueurs bien naturellement.

Vous savez que le médecin commandant Jean-Baptiste Ouédraogo était protégé, était gardé par des commandos formés par nous et qui gardent à notre égard toute la loyauté, toute la fidélité que les troupes d’élite savent tisser entre les chefs et les hommes. Nous aurions donc pu à tout moment perpétrer un coup d’État contre lui, si nous avions voulu. Nous avons même pris des risques pour éviter qu’il ne se fasse de coup d’État contre lui.

Il faut donc dire que le 7 novembre a été pour nous un coup très dur, très, très dur. A un moment donné, nous avions même donné notre démission au président Jean-Baptiste Ouédraogo. Il ne l’a jamais rendue publique, mais il s’en souvient. Nous avions donné notre démission parce que nous n’étions pas d’accord avec sa politique. Nous savions qu’il continuait de recevoir des mots d’ordre de quelque part. Nous savions aussi que nous ne pourrions pas le ramener à nos positions. Mais nous ne voulions pas non plus faire un coup d’Etat. Nous avons préféré lui donner purement et simplement, par honnêteté, notre démission. Il ne l’a jamais acceptée.

Voilà donc dévoilés les dessous du 7 novembre. Des mystères restent encore sous la couverture. L’Histoire pourra peut-être en parler plus longuement et situer les responsabilités plus clairement.

Question : Pour revenir à une de vos réponses précédentes, est-ce que vous pouvez d’ores et déjà envisager une échéance au terme de laquelle l’année retournera dans les casernes ? D’autre part, quel type de relations souhaitez-vous établir avec les forces politiques civiles qui existaient dans le pays et, plus généralement, comment pensez-vous préserver la liberté d’expression à laquelle vous vous étiez vous-même, je crois, déclaré par le passé très attaché ?

Sankara : Première question : retour de l’armée dans les casernes. Vous affectionnez cela, c’est votre droit. Mais comprenez que pour nous, il n’y a pas les révolutionnaires dans les casernes et ceux qui sont hors des casernes. Les révolutionnaires sont partout. L’armée est une composante du peuple voltaïque, une composante qui connaît les mêmes contradictions que les autres couches de ce peuple voltaïque et nous avons fait sortir le pouvoir des casernes.

Vous avez remarqué que nous sommes le premier régime militaire à n’avoir pas établis notre quartier général dans un camp militaire. Cela est hautement significatif, mieux : nous l’avons installé au Conseil de l’entente’. Vous m’avez compris.

Il ne s’agit pas pour les militaires de prendre un jour le pouvoir et de le rendre un autre jour. Il s’agit pour les militaires de vivre avec le peuple voltaïque, de souffrir avec lui, de se battre avec lui à tout moment.

Donc, il n’y a pas d’échéance qui tienne. Bien sûr, vous pensez, j’en suis convaincu, à ceux qui déclaraient que les militaires ne doivent plus faire de la politique. Ceux-là avaient enchanté certains milieux voltaïques pour lesquels certains militaires ne devaient plus faire de la politique. C’est tout ce que cela voulait dire. La preuve, c’est qu’il y avait des militaires au pouvoir qui le déclaraient pour maintenir d’autres militaires en résidence surveillée.

Quant à nos rapports avec la classe politique, quelles relations auriez-vous voulu que nous tissions ? Nous nous sommes expliqués face à face, directement avec les dirigeants, les anciens dirigeants des anciens partis politiques parce que, pour nous, ces partis n’existent plus, ils ont été dissous.

Et cela est très clair. Les rapports que nous avons avec eux sont simplement des rapports que nous avons avec des citoyens voltaïques, ou, s’ils le veulent, des rapports entre révolutionnaires, s’ils veulent devenir des révolutionnaires. En dehors de cela, il ne reste plus que des rapports entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires.

Vous parlez de la liberté d’expression à laquelle j’étais très attaché. Je dirai que je suis très constant, quand bien même je change parfois de casquette. Je suis très constant, je suis toujours attaché à la liberté d’expression. Je dis simplement que chaque Voltaïque pourra toujours défendre la liberté, défendre la justice, défendre la démocratie. C’est tout ce que nous permettrons.

Tous ceux qui veulent s’engager pour un tel combat trouveront place dans notre presse, dans les colonnes de nos journaux, au sein de nos médias, et même dans les rues, tant qu’ils veulent défendre la liberté d’expression, la démocratie, la justice.

Hors de ce combat, il ne reste plus que le combat entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires. C’est-à-dire que nous nous affronterons.

Source : Radio Nationale du Burkina

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